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1794 - Les citoyens de La Rochelle expliquent le nouveau système des poids et mesures

D 11 janvier 2009     H 15:28     A Pierre     C 0 messages A 1114 LECTURES


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En expliquant le choix des nouveaux noms des rues de La Rochelle, les citoyens de la ville nous ont fourni des notices très intéressantes. Celle sur le nouveau système des poids et mesures est un vrai bijou !

Une partie significative de notre héritage culturel issu de la Révolution est racontée ici.

Source : Notice sur la Nouvelle nomenclature des Rues de la Rochelle, par plusieurs citoyens de cette commune - La Rochelle - An III de la République Française - BNF Gallica

Cours des Mesures Décimales.

Parmi les innombrables abus de l’ancien ordre de choses, il en étoit de plus-vivement sentis ; il en étoit sur lesquels on pouvoit s’expliquer sans craindre la verge de fer qui faisoit courber toutes les têtes. De ce nombre étoit la diversité des poids & mesures. Leur fixation remontoir à ces temps de féodalité, où une foule de tyrans subalternes déchiroit le sein de la plus belle partie de l’Europe. Faut-il s’étonner du défaut d’unité, d’ensemble, de combinaison, de rapports, qui se fait sentir dans ce système monstrueux. L’homme simple & de bonne foi se perdoit dans ce dédale, tandis que l’homme puissant & l’homme astucieux y faisoient tourner à leur profit ces ténèbres impénétrables, Leur intérêt commun leur faisoit repousser, de concert, la lumière présentée par quelques savans, amis de l’humanité. On exagéroit les difficultés ; on opposoit le bouleversement que l’on prétendoit devoir résulter de toute innovation dans cette partie. Ainsi en parlant de boisseau, de livre, de journal & de pinte, des hommes différens disoient des choses très-différentes ; & prononcer les mêmes mots n’étoit pas parler la même langue. Pour en donner un exemple qui ne nous soit pas étranger, disons qu’à la Rochelle on se sert de trois boisseaux différens entr’eux, celui de Minage, celui de Rive & celui de Marans.

Un nouvel ordre de choses succède à ce chaos ; une conception vaste, lumineuse, qui ne pouvoit appartenir qu’à un siècle où les sciences perfectionnées sont appliquées aux arts utiles, a su résoudre ce grand problème. Les mesures linéaires, celles de superficie, & au nombre desquelles sont les mesures agraires, les mesures des solides & de capacité, les poids, les divisions du temps, celles des monnoies, sont embrassées par des rapports sensibles : ils unifient tout ce qui peut être compté ou mesuré. Mais ce qui assure la durée immortelle de cet ouvrage, c’est d’avoir rejeté toute base de convention, base que le temps, l’ignorance & la mauvaise foi eussent pu altérer ; c’est d’avoir choisi une mesure dont la durée doit être celle de notre globe.

Il faut un Traité pour expliquer cette sublime opération [1]. La nature de notre ouvrage, les bornes qui lui sont prescrites ne nous permettent qu’une simple notice : nous allons la présenter.

La base ou unité à laquelle se rapportent toutes les mesures est le quart du méridien ou la distance de l’équateur à l’un des pôles. Les opérations, tant géométriques qu’astronomiques, nous ont appris que cette distance est de 5,132,450 toises.

Cette base une fois connue, il a fallu en fixer la division, pour y trouver l’étalon des différentes mesures. Et d’abord, ayant à se déterminer entre division duodécimale & la division décimale, les deux seules dont les avantages pussent se balancer, la dernière a été adoptée : l’usage de presque tous les Peuples, usage qui paroît dériver de la Nature, le nombre des doigts de l’homme, ayant probablement déterminé cette méthode, semblent lui avoir assuré la préférence.

On a donc divisé le quart du méridien en parties égales : chaque partie en dix autres, & ainsi de suite, c’est à dire en 10, en 100, en 1000 parties, &c. En continuant la subdivision, on est descendu à la dix-millioneme partie, qui, correspondant a 3 pieds 0 pouces 11 lignes 44 tierces de l’ancienne mesure, a été jugée d’une proportion commode dans l’usage journalier.

Cette dix-millioneme partie est regardée comme l’unité usuelle de mesure & s’appelle mètre , c’est-à-dire mesure. Ce mètre est l’étalon d’après lequel doivent être déterminées toutes les autres mesures. Son invariabilité est donc du plus grand intérêt, mais elle est irrévocablement assurée.

Si dans la suite des siècles on venoit à perdre le mètre, il ne seroit plus nécessaire que des astronomes fussent de nouveau sous les glaces du Pôle & sous les feux dévorans de l’Equateur mesurer un arc du méridien, ni même qu’ils mesurassent la portion de ce cercle comprise entre Barcelone & Dunkerque, pour en déduire la mesure du quart de ce cercle. La physique nous a appris qu’un pendule d’une longueur déterminée faisoit toujours, à une même distance & dans un temps donné, un nombre égal d’oscillations. Il suffira donc de connoître combien un pendule de la longueur du mètre déjà trouvé doit faire d’oscillations dans l’espace d’un jour, à telle distance du Pôle ; & l’on a choisi le quarante-sixieme degré de l’ancienne manière de compter, ce point également éloigné du Pôle & de Equateur réunissant plusieurs avantages. Ayant conservé cette connoissance, il n’y aura plus, pour rétablir tout le système des mesures, qu’à trouver, au point dont nous avons parlé, quelle longueur doit avoir le pendule, pour faire le nombre d’oscillations connu ; & l’on aura retrouvé un pendule égal à celui qui aura servi à la première observation , on aura retrouvé le mètre.

Les mesures linéaires sont les premières & les plus simples. Dans l’usage du commerce, le mètre doit remplacer l’aune, le double-mètre remplacera la toise ; le quart de mètre remplacera le pied : ce pied sera de 9 pouces, 2 lignes de l’ancien pied.

La dix-millième partie du quart du méridien, égale à mille mètres, est appelée millaire . C’est l’unité des mesures itinéraire, comprises dans les mesures linéaires. Le milliaire répond à-peu-près à 513 toises de l’ancienne mesure , & n’excède que de 13 toises le quart de la très-petite lieue.

La centième partie du quart du méridien, égale à cent mille mètres, se nomme grade ou degré décimal du méridien  ; c’est une grande mesure géographique, Ainsi le quart du méridien est divisé en 100 degrés, au lieu de 90. Les minutes, les secondes sont divisées par 100, au lieu de l’être par 60.

Parmi les mesures de superficie, les mesures agraires méritoient que l’on fixât pour elles une unité. Cette unité est un carré dont chaque côté est de 100 mètres, & qui renferme dix mille mètres. On lui a donné, le nom d’ are , dérivé du mot latin qui signifie labourer. Son étendue est à-peu-près double de celle de l’arpent qu’elle remplace. Sa dixième partie s’appelle déciaire , & sa centième partie centiaire . Les autres superficies, sans avoir d’unité appellée d’un nom particulier, ont toujours pour base de leur calcul le mètre, base générale de toutes les mesures.

Les mesures de capacité sont les mêmes pour les liquides & pour les grains. L’unité usuelle de ces mesures, qui ne pourra servir qu’aux grands approvisionnemens, sera égale au mètre cubique & portera le nom de cade , du mot latin qui signifie tonneau.

Le cade se divisera en décicade , centicade & cadit qui est le millecade . Le centicade contient environ 16 livres de bled, & le cadit à-peu-près une pinte & un vingtième, mesure de Paris.

L’unité des poids est donnée par la pesanteur d’un volume d’eau capable de remplir le cadit. Cette eau a été distillee & amenée au degré de la glace fondante. Pesé dans le vuide, ce volume pese 2 £, 5 gros , 49 grains de l’ancien poids de marc. On lui donne le nom de grave (pesant). Il se subdivise comme les mesures. Le millegrave s’appelle gravet qui se subdivise encore pour l’usage des orfèvres & des jouailliers.

Pour les grandes pesées on remonte, en suivant toujours le système décimal, & l’on compte centibar , décibar , bar ou millier d’unités. Le mot bar vient du Grec & signifie ce qui est pesant.

Le temps a aussi été divisé en portions décimales, tant que cette division a pu se concilier avec les mouvemens célestes. Le mois est partagé en décades, & la durée du jour, de minuit à minuit, est de 10 heures. L’heure se divise en 100 minutes, la minute en 100 secondes. (Voy. Rue Décadaire.)

Le quart de cercle est divisé en 100 degrés, au lieu de 90, le degré en 100 minutes &c.

La division des monnoies en livres, sous & deniers, c’est-à-dire en parties dont les subdivisions étoient soumises à un systême différent, jetoit de l’embarras dans le calcul. Le système décimal lui a été substitué. La livre tournois sera l’unité de la monnoie de compte ; elle sera divisée en décimes , valant chacun deux des anciens sous, & en centimes ou centièmes de livres.

Ainsi dans le nouveau systeme, tout est simple & uniforme, tout est lié. Les rapports qu’il offre se saisissent sans effort. Les opérations du calcul dont facilitées & assurées ; & si l’habitude nous y faisoit d’abord trouver quelques difficultés, un peu d’usage les feroit bientôt disparoître.


[1Voyez l’instruction sur les mesures déduites de la grandeur de la terre... par la Commisson temporaire des poids & mesures répub. Paris, Lepetit. Un professeur de mathématiques, dans notre commune, s’occupe d’un ouvrage élémentaire sur cet objet.

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