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Poids, et mesures en Saintonge, Aunis et Angoumois

D 8 juillet 2006     H 20:00     A Pierre     C 9 messages A 12396 LECTURES


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Un diaporama sur la velte de Matha, par Marius Rouger.

En 1810, Jean-Pierre Bachasson, comte de Montalivet, est ministre de l’Intérieur. Il écrit à F. Gattey, membre du Conseil des Poids et Mesures pour le féliciter d’avoir publié une "Table des rapports des anciennes mesures agraires avec les nouvelles".

Dans sa lettre, il écrit : "pendant longtemps encore on aura besoin de connaître les rapports des anciennes Mesures agraires avec le nouvelles"

200 ans plus tard, nous avons toujours bien des difficultés à appréhender dans sa globalité cet aspect tout à fait typique de la vie sous l’Ancien régime.

Car on trouve presque autant de mesures que de seigneurs, des textes réglementaires qui restent lettre morte, des mesures-étalon qui varient dans le temps, avec au final une vie quotidienne compliquée et un lourd handicap pour le commerce.

Même la Révolution ne parviendra pas à faire changer les choses. Finalement, c’est comme pour le passage à l’Euro. Il faut une génération au moins (30 ans) pour que les habitudes changent !

Voir aussi :
- 17ème siècle en Saintonge : l’exemple de l’arpent
- Evolution des prix du 16ème au 19ème siècle en Saintonge

Pour les raisons qui viennent d’être évoquées, les conversions en mesures actuelles proposées ici sont à prendre avec une très grande prudence.

Voir aussi, en conclusion de cette page, les balbutiements du système métrique

En 1790, Claude-Antoine PRIEUR-DUVERNOIS, officier du Génie, rédige un "mémoire sur la nécessité et les moyens de rendre uniforme les mesures dans tout le royaume". Le sujet était particulièrement ardu, car le système des poids et mesures était caractérisé par une diversité à peine imaginable.

Le système métrique a été institué par les lois du 18 germinal an 3 et du 19 frimaire an 8 mais, dans les faits, c’est seulement à partir du 01/01/1840 que tous les poids et mesures anciens furent définitivement interdits sous peine de pénalités. Il aura fallu près de 36 ans pour que le nouveau système entre effectivement en application.

Jusqu’à la révolution, quelques unités de mesure étaient à peu près communes à l’ensemble de la France, mais seulement par leur nom, leur contenu étant variable selon les provinces et les lieux.

Cette variabilité des mesures pose de nombreux problèmes dans la vie quotidienne. Elle est un frein aux échanges, et une source de contestation qui apparaîtra de façon générale lors de la réaction des cahiers de doléances en mars 1789.

Et pourtant, les tentatives du pouvoir royal, puis impérial, pour remédier à cette situation n’ont pas manqué :
- en octobre 1557, édit de Henri II, concernant les mesures de Paris,
- 31 août 1558, déclaration du même roi, pour l’ensemble du royaume.
Chaque tentative se heurte aux habitudes et aux "avantages acquis" seigneuriaux.

Pour limiter la dérive (les seigneurs ayant une tendance naturelle à augmenter subrepticement la taille des mesures-étalon pour améliorer leurs revenus), on leur impose de fabriquer leurs étalons "en dur", de les exposer sur les places publiques, et d’en déposer les cotes au greffe de la sénéchaussée.

Mais, jusqu’à la Révolution, le domaine des poids et mesure restera cahotique.

Dans la liste ci-dessous, on trouvera ces unités de mesure à peu près communes par le nom mais différentes par la valeur, selon les lieux et les époques.

Poids

- quintal - 1 quintal = 100 livres = 48,95 kg
- livre

  • 1 livre de poids = 12 onces
  • 1 livre de poids de marc = 2 marcs = 16 onces = environ 489,5 grammes.

- marc - 1 marc = 1/2 livre = 8 onces = environ 244,8 grammes.
- once - 1 once = 1/16e de livre = environ 30,594 grammes.
- gros ou treizeau - 1 gros = 1/128e de livre = 1/8e d’once = 3,824 grammes.
- esterlin (à l’usage des bijoutiers) - 1 esterlin = 1,530 grammes.
- denier ou scrupule - 1 denier = 1/384e de livre = 1/24e d’once = 1,275 grammes.
- maille ou obole (à l’usage des bijoutiers) - 1 maille = 764,852 milligrammes.
- felin (à l’usage des bijoutiers) - 1 felin = 382,426 milligrammes
- carat (à l’usage des bijoutiers) - 1 carat = 1/3 d’obole = 254,951 milligrammes.
- grain - 1 grain = 1/24e de denier = 53,114 milligrammes.
- prime - 1 prime = 1/24e de grain = 2,213 milligrammes

Longueur

- lieue terrestre,
- lieue de poste,
- lieue marine,
- mille marin,
- encablure,
- journal,
- perche commune,
- perche des eaux et forêts,
- latte de Guyenne : égale à 7 pieds de Guyenne, soit 2,497 m ? Arpentage de 1684 à Saint-Même : « 784 lattes de Guyenne qui font 1.448 toises de Guyenne, chaque toise de 6 pieds de Guyenne »
- latte de Saintonge : 1,846 toises de Guyenne, soit de 3,82 m à 3,89 m
- toise dite des maçons (avant 1667) : 1,9595 m
- toise dite du Châtelet (à partir de 1667) : 6 pieds de Roi, soit 1,949 m
- toise : en Guyenne, vaut 6 pieds de Guyenne, et selon les lieux, de 6 pieds 4 pouces 6 lignes de Roi à 6 pieds 6 pouces de Roi soit de 2,07 m à 2,11 m.
- brasse : environ 5 pieds, soit env. 1,62 m
- aune : mesure à peu près standard en France, elle sert principalement pour les tissus. Fixée par François 1er en 1544 à la valeur de 3 pieds 7 pouces 8 lignes de la toise du Châtelet, soit 118,84 cm. Redéfinie en 1667, puis en 1745 (3 pieds 7 pouces 10 lignes et 5/6e de ligne) : l’aune garde toujours la même longueur, mais c’est la toise-étalon qui change de longueur.
- pas : mesure approximative, comprise entre 2 et 3 pieds
- pied de Guyenne : en théorie, mais pas en pratique, vaut 13 pouces de Roi, soit 35,17 cm. Le document de 1641 sur l’arpent semble indiquer un pied de 33,71 cm.
- pied de Roi : 12 pouces de Roi, soit 32,47 cm
- palme,
- pouce de Roi : 12 lignes de Roi, soit 27,06 mm
- doigt,
- ligne de Roi : 12 points, soit 2,255 mm
- trait
- point : 0,1879166 mm

Superficie

- journal : mesure agraire la plus employée, ayant pour origine la surface qui peut être travaillée en une journée, donc une mesure approximative, qui varie selon la nature du terrain (+ petit en région pentue) et l’énergie du journalier. Voir les différentes définitions utilisées en Saintonge. En simplifiant à l’extrème, aux environs de 1/3 d’hectare.
- carreau (Saintonge) : carré de côté égal à 12 pieds de Guyenne (144 pieds de Guyenne carrés).
- arpent ou quartier : ancienne mesure gauloise, connue dès le Ier siècle. En général, vaut 100 perches carrées.
- arpent de Roi : 0,4221 ha. Peu utilisé en zone rurale
Voir source de 1641 sur l’arpent en Saintonge, avec essai de synthèse ci-dessous.

Valeur de l’arpent dans les châtellenies de Saintonge en 1641en pas carrésen pieds carrésen journaux et carreaux
Saintes (église), St Jean d’Angély, Benon, Fontenay, Tonnay-Boutonne, Tonnay-Charente 72 252 2 jx 10 cx
Aulnay, Soubise 75 262,5 2 jx 27 cx
Saintes (châtellenie), Talmont, Richemont, Royan, Parcoul, Champagne, Nancras, Saujon 85 297,5 2 jx 190 cx
Pons, Plassac, Le Viroul, Conac, Montendre, Barbezieux, Chalais, Coyron, Broussac, Archiac, Jonzac, Saint-Magrin, Vougezac (?), Montbouyer, Ozillac, Fontaines, Montlieu, Montignac-Charente, Pont-l’Abbé, Mortagne, Matha, Taillebourg, Rochefort 90 315 3 jx 50 cx

- perche carrée,
- toise carrée,
- palme carrée,
- boisselée,
- pied carré,
- doigt carré,
- pouce carré (pouce de Roi) : 7,3275 cm2
- trait carré

Volume

- toise cube,
- corde,
- voie,
- pièce,
- pied cube,
- pouce cube (pouce de Roi) : 19,835 cm3
- ligne cube

Capacité (liquides)

- tonneau : à Cognac, l’unité de vente courante est le tonneau de 4 barriques, contenant chacune 28 veltes de 7,4506 l, soit un volume de 834,467 l pour le tonneau
- boucaut : en Saintonge, grande futaille contenant 3 barriques
- pipe : celle de Cognac fait 465 = 2 barriques ?l (voir plus bas : Mesures de Cognac et de Merpins)
- tierçon : fût d’environ 440 litres (de 60 à 62 veltes)
- barrique : selon les lieux, de 200 à 500 l. A Angoulême, la barrique équivaut à 168 pintes, soit 202,30 l..
- queue : Encyclopédie, s. f. (Mesure de liquides) particulierement pour les vins dont on se sert en plusieurs endroits, provinces & villes de France. Les queues d’Orléans, de Blois, de Nuys, de Dijon, de Mâcon, sont semblables & reviennent à un muid & demi de Paris, c’est-à-dire qu’elles contiennent chacune 420 pintes de Paris. Savary. (D. J.)
Il semblerait que barrique et queue sont des synonymes (ce point reste à vérifier)

La barrique


A Cognac, la barrique dite "ancienne" est de 28 veltes, soit 208,617 l.

Mais une tolérance de +/- 1 velte était admise, tolérance qui a eu comme conséquence que les fabricants de tonneaux faisaient des barriques se rapprochant le plus possible de 27 veltes, dont le contenu réel (201,166 l) était vendu pour le prix de 28 veltes (208,617 l).

Au 19ème siècle, la barrique de Cognac était réputée contenir 27 veltes.

Source : Bull. et mémoires de la SAHC - J. George - 1920

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Un bel exemple des entraves apportées au commerce par le flou des mesures

Les eaux de vie qui se tirent du pays Blaisois sont en poinçons ; celles de l’Anjou, du Poitou & de Nantes sont en pipes & en tonneaux, & celles de Bordeaux, de Cognac, de la Rochelle, de l’Isle de Rhé & autres lieux circonvoisins sont en barriques.

Quoique la barrique soit en plusieurs lieux véritablement une futaille d’une certaine continence, & d’un jaugeage réglé, on la peut néanmoins regarder, dans le commerce des eaux-de-vie, sur le pied d’une mesure d’évaluation, qui sert à déterminer les achats qu’en font les étrangers.

Cette barrique d’évaluation n’est pas égale par-tout & contient plus ou moins de veltes, ou verges, suivant les lieux. A Nantes, & en divers lieux de la Bretagne & de l’Anjou, on donne 29 veltes pour la barrique ; à la Rochelle, à Cognac & à l’Isle de Rhé, 27, & à Bourdeaux, 32 ; ce qui doit s’entendre, que si la futaille contient moins que le nombre de veltes sur lesquelles l’acheteur fait son marché, le vendeur lui tient compte de ce qui manque sur le pied de l’achat ; & que si au contraire il y a de l’excédent, comme il arrive presque toujours, y ayant des pipes, des poinçons, des tonneaux & des barriques, depuis 50 jusqu’à 60 veltes, c’est à l’acheteur à en tenir compte au vendeur ; en sorte que si la pipe, vendue à Bordeaux, où la barrique d’évaluation est sur le pied de 32 veltes, en contient 48, l’acheteur la paie pour une barrique & demie ; & ainsi à proportion dans les autres lieux.

La velte, sur quoi s’évalue la barrique, contient trois pots, le pot deux pintes, & la pinte pèse un peu moins de deux livres & demie. Quelques uns estiment la velte sur le pied de 4 pots : mais apparemment ils se trompent, ou le pot sur lequel ils mesurent la velte, est moindre que de deux pintes.

Il faut remarquer que les pièces d’eau de vie, comme on vient de le dire, n’étant pas bornées à contenir un nombre de veltes limité ; & le veltage (c’est ce qu’on appelle ailleurs Jaugeage) des pipes, poinçons & tonneaux, étant depuis 50 jusqu’à 90 veltes, ce qui est au dessus de 50 veltes, s’appelle excès, que les commis des Bureaux établis sur les ports où le vin s’embarque, font payer à raison de tant par veltes, outre les droits de sortie de 50 verges, qui est le pied ordinaire du Tarif pour chaque barrique.

Source : Dictionnaire portatif de commerce – Bouillon – Liège – 1770 – Books Google

- quartaut ou quartaud : 1/4 de barrique, soit de 50 à 125 l selon le lieu
- seau ou seilleau (Saintonge) : mesure approximative

- velte : 3 pots ou 6 pintes ; à Cognac, 7,4506 l. A Angoulême, elle vaut 8 pintes de Paris. (voir encadré ci-dessus et diaporama ci-dessous)

Un diaporama sur la velte de Matha, par Marius Rouger

Clic sur l’image pour avoir la suivante

Un diaporama sur la velte
Par Marius Rouger

- pot ou quarte : 2 pintes
- pinte : varie entre 0,9 et 1,9 l.

La pinte



A Cognac, la pinte est de 0,9313 l. - à Aubeterre, 1,0881 l - à Champagne-Mouton, 1,1682 l. - à Angoulême, 1,2042 l. - à Segonzac, 1,5505 l. - à Châteauneuf, 1,8626 l.

L’image ci-contre représente vraisemblablement une pinte de Cognac de la fin du XVIIe siècle. Elle est en cuivre, et sa capacité est de 0,93 l environ.

Dimensions : H 124 mm - Largeur supérieure : 90 mm - Largeur inférieure : 114 mm.
Ses 2 poinçons sont celui du dinandier (IFI) et celui de l’étalonneur (blason).

Source : Bull. et mémoires de la SAHC - J. George - 1916

- chopine : 4 roquilles soit environ 48 cl. A Paris, la chopine était aussi appelée setier, à ne pas confondre avec le setier, mesure plutôt utilisée pour les grains.
- cannette
- roquille : environ 12 cl. Dans l’inventaire (1787) du château d’Ecoyeux, les bouteilles ont une contenance de 3 roquilles, ce qui ferait 36 cl.
- canon : 1/2 roquille, appelée alors demi-posson

Capacité (farine et grains)

- pipe : à Angoulême, la pipe fait 12 boisseaux, soit 664,02 l
- pochée : mesure approximative, le contenu d’un sac. Dans un inventaire présenté sur ce site, il est indiqué qu’une pochée contient 3 boisseaux mesure de Saintes
- boisseau de Paris après 1669 : 13,01 l
- boisseau : son volume varie selon la seigneurie, avec des extrèmes qui sont dans un rapport de 1 à 2,7 : voir encadré ci-dessous
- mesure : à Angoulême, 1/16e de boisseau, soit 3,4584 l. A Cognac, 1/8e de boisseau
- picotin : à Antezant, 1/10e de boisseau, soit 2,5 l.
- jointée : mesure approximative, quantité de grain qui peut être contenue dans le creux des deux mains jointes

Le boisseau



Il varie "de 22,10 l à Marennes à 58,99 l à Tonnay-Boutonne, avec une valeur moyenne se situant autour de 25 l à Saint-Savinien, Taillebourg, Pons, Rochefort, Tonnay-Charente, Saint-Jean d’Angély, Matha, Aulnay, Saintes, Cognac, Archiac, Montlieu et Montguyon, et de 45 l à Jarnac, Beauvais-sous-Matha et Oléron." (F. Julien-Labruyère dans "Paysans charentais")

Pour la Charente, on trouve un boisseau d’Angoulême de 56,539 l (ou 55,335), celui de Jarnac de 44,095 (ou 49,329 l), celui de Cognac de 31,62 l (ou 30,87 l). Les valeurs entre parenthèses proviennent d’un document de l’an X intitulé Tables de comparaison entre les mesures anciennes du département de la Charente et celles qui les remplacent, dont la fiabilité est jugée incertaine (J. George dans bulletin de la Société Archéologique et Historique de Charente - 1920 - Mercuriales d’Angoulême, de Cognac et de Jarnac)

Le boisseau de Brouage, utilisé comme mesure de référence pour le commerce du sel, est défini par décision royale (Louis XV).



1726 - Déclaration du Roi portant règlement pour la perception des droits de Brouage & de la traite de Charente Voir texte complet

- IV. L’uniformité des mesures étant une règle essentielle pour la sûreté de la régie, nous défendons à toutes personnes de se servir pour la mesure du sel, tant sur les marais, que lors du renversement dans les barques & navires, d’autres mesures que de celles du boisseau de Brouage, duement étalonné, si ce n’est dans les cas qui feront expliqués par l’article VI. des présentes, à peine de confiscation du sel & des mesures, & de trois cents livres d’amende pour la première fois, & de punition corporelle en cas de récidive, conformément à l’article IV. du titre des droits de Brouage de notre ordonnance de 1680.

- V. Le boisseau de Brouage doit contenir trente une pintes & une chopine d’eau, de la mesure de l’ancienne pinte & chopine servant de matrice & déposée au bureau du sieur Duc de Richelieu à Brouage, comme Propriétaire de l’ancien, office de Contrôleur des mesures, créé par édit du mois de Décembre 1633. ledit boisseau doit être de figure ronde & pyramidale, ayant son embouchure de dix pouces six lignes de diamètre en dedans, & de onze pouces six lignes de diamètre en dehors, le fond de vingt pouces de diamètre en dehors, & la profondeur de quatorze pouces, le demi-boisseau à proportion ; & seront les boisseaux étalonnés & marqués audit bureau du sieur Duc de Richelieu, tant sur ladite pinte & chopine, que sur les deux cercles de fer qui y seront pareillement déposés pour régler la forme du boisseau. Faisons très-expresses défenses & sous les peines portées par l’article précédent, à tous Tonneliers & Ouvriers, d’en faire à l’avenir d’une autre forme, figure & contenance que celle ci-dessus marquée, le tout suivant l’ordonnance rendue le 8. Juin 1700. par les Officiers dépositaires des mesures à Brouage, conformément aux anciens règlements. Voulons que pour la vérification des mesures qui pourroient être suspectes dans l’étendue des juridictions des fermes de la Rochelle & de Fontenay-le-Comte, il soit déposé au greffe de chaque jurisdiction un boisseau & un demi-boisseau de la mesure de Brouage, étalonnés sur lesdites matrices.

Mesures de Cognac et Merpins (16) d’après le Cartulaire ou Livre Rouge de l’Hôtel de Ville de Cognac - 16ème siècle

Boisseau, seilleau, pinte, pipe, cuiller de minage, écuelle de moulin, aune, carrelure, darne

Le boyceau de Coingnac doibt contenir vingt huict pintes mesure de la ville dudict Coingnac.

Celuy de Merpins vingt neuf pintes.

Ung seilleau doibt contenir dix pintes.

Une pipe doibt contenir cinq cens pintes.

La cuillere du mynage doibt contenir la trente deuxiesme partie dung boyceau.

Lescuelle du moulin doibt contenir la seziesme partie dudict boyceau.

Laulne de Coingnac doibt contenir troys piez et demy de long.

Carreleure de cuyr marchande doibt contenir en tous sens dix points qui font douze poulces.

Derne de saumon doibt contenir ceste mesure et la demie a lesquipolent. Derne de mesgre doibt contenir ceste mesure, et la demie a lesquipolent.

La pinte de Cognac a une capacité de 0,9313 l (voir ci-dessus), ce qui donnerait les équivalences suivantes, qui semblent assez homogènes avec celles données plus haut :

Boisseau de Cognac : 28 x 0,9313 = 26,07 l

Boisseau de Merpins : 29 x 0,9313 = 27,00 l

Seilleau (seau) de Cognac : 10 x 0,9313 = 9,31 l

Pipe de Cognac : 500 x 0,9313 = 465,65 l

Cuiller du minage : 26,07 / 32 = 0,81 l

Ecuelle de moulin : 26,07 / 16 = 1,63 l

L’information ci-contre sur l’aune de Cognac contredit celle donnée plus haut sur le caractère "standard" de l’aune dans le royaume : l’aune de Cognac ferait donc 3,5 pieds soit 117,98 cm contre 118,84 cm pour l’aune standard, pourtant définie par François 1er, enfant de Cognac !!! Mais la définition donnée par le Livre Rouge est peut-être une approximation pour désigner l’aune standard.

Darne de saumon et de maigre : Le type de ces deux mesures est représenté sur l’original par deux figures en cuivre, la première ayant en longueur sept centimètres, la seconde neuf centimètres.

A côté de ces unités communes, chaque province, région, ville, seigneur (le droit de créer ses propres mesures faisait partie des droits seigneuriaux) avait développé son propre système de mesure.


Les balbutiements du système métrique

Sous l’empire napoléonien, en 1810, le système métrique institué le 18 Germinal An III (7 Avril 1795) a déjà 15 ans d’âge légal, mais il n’est pratiquement pas appliqué. Alors pour faciliter la transition l’administration impériale utilise une pédagogie particulière.
On donne aux nouvelles unités de mesure des noms qui contiennent les anciennes appellations :

Mesures de longueur

Type Nom officiel Nom « vulgaire » Equivalence Remplace
Itinéraires Myriamètre Lieue métrique 10.000 m 5,131 toises de Paris
Kilomètre Mille métrique 1.000 m 513 toises
Hectomètre remplace l’expression « portée de fusil » 100 m
Ordinaires Décamètre perche métrique linéaire 10 m ou 31 pieds
Mètre 3 pieds, 11 lignes 296/1000e
Décimètre palme 3 pouces, 8 lignes du pied de roi
Centimètre doigt 4,5 lignes
Millimètre trait 44/100e de ligne

Mesures de superficie

Type Nom officiel Nom « vulgaire » Equivalence Remplace
Agraires Hectare arpent métrique 10.000 m2 ou 1 arpent et 96 perches des eaux et forêts
Are perche métrique carrée 100 m2 ou 1 perche et 96/100e de perche de l’arpent des eaux et forêts
Centiare 1 m2
Ordinaires Mètre carré
Décimètre carré palme carré 1/100e de m2
Centimètre carré doigt carré 1/10.000e de m2
Millimètre carré trait carré 1/1.000.000e de m2
Géographiques Myriamètre carré lieue métrique carrée carré de 10.000 m de côté
Kilomètre carré mille carré carré de 1.000 m de côté

Mesures de solidité

Type Nom officiel Nom « vulgaire » Equivalence Remplace
Stère stère cube d’un mètre de côté ou 29 pieds cubes
Décastère solive métrique 1/10e de stère solive, pièce, marque, cheville
Décimètre cube palme cube 1/1000e de m3
Centimètre cube doigt cube 1/1000e de dm3
Millimètre cube trait cube 1/1000e de cm3

Mesures de capacité

Type Nom officiel Nom « vulgaire » Equivalence Remplace
Liquides Kilolitre pas de synonyme 1.000 l ou 3 muids ¾ de Paris muids, queues, bottes, pipes, barriques, busses, etc
Hectolitre pas de synonyme 100 l ou 107 pintes ou 3/8 de muid de Paris quartaut, charge, feuillette, demi-muids
Décalitre velte métrique 10 l ou 10 pintes ¾ de Paris velte, setier, broc, dourg, coupe
Litre pinte métrique 1 dm3 ou 1 pinte et 7/100e de Paris pinte, pot, canon
Décilitre verre 1/10e de litre ou un peu plus de 1/10e de la pinte de Paris
Centilitre pas de synonyme 1/100e de litre ou 10 cm3

Vos commentaires

  • Le 30 septembre 2007 à 20:32, par Brigitte En réponse à : Poids, mesures et monnaies en Saintonge, Aunis et Angoumois

    Mon propos est d’abord une question : Je ne vois nulle part dans les unités de surface la notion de LIVRES, or j’ai sous les yeux un texte fondé sur les archives du XVIIè siècles faisant allusion à cette mesure. En voici deux exemples parmi d’autres :
    "Le 10 décembre 1601 Abraham Michel achetait moyennant 900 livres de Marie Beaudouin, veuve de Jean Berton le Jeune, trois livres de marais salants en la prise de la Tousche de Cuts en Arvert, tenus à trois sols de rente...."
    "En 1624 Marie Constantin faisait construire onze livres douze aires de marais sur le chenal de Putet...."
    Toute suggestion est la bienvenue. D’avance merci

    Répondre à ce message

    • Le 30 septembre 2007 à 22:59, par Christian En réponse à : Poids, mesures et monnaies en Saintonge, Aunis et Angoumois

      Se fondant sur l’Enquête sur les sels (1866 ou 1868), t. I, page 510, Littré définit la livre comme "l’unité de mesure des marais comprenant 20 aires et leurs dépendances", l’aire étant "le plus petit des bassins carrés d’un marais salant".

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    • Le 3 octobre 2007 à 09:51, par duguet En réponse à : Poids, mesures et monnaies en Saintonge, Aunis et Angoumois

      La livre ne figure pas dans les mesures de surface parce que ce n’en est pas une. L’aire non plus. L’aire est le bassin de cristallisation dans un marais salant. Dans un même marais, les aires sont à peu près égales mais cette caractéristique n’est pas prise en compte pour les évaluations des propriétés. Une propriété dans une saline se définit par le nombre des aires mais sa valeur dépend du rendement. Comme les propriétés dépassent presque toujours 20 aires, on parle de livres. La livre est alors la somme de 20 aires, contiguës ou non. Cette pratique pose la question de son origine. Pourquoi avoir choisi 20 aires ?

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  • Le 18 octobre 2006 à 12:11, par Christian Hervé En réponse à : Saintonge - Economie - Poids, mesures, et monnaies

    Boisseau : selon F. Julien-Labruyère (Paysans charentais, tome I, p. 257), il "varie de 22,10 l à Marennes à 58,99 l à Tonnay-Boutonne, avec une valeur moyenne se situant autour de 25 l à Saint-Savinien, Taillebourg, Pons, Rochefort, Tonnay-Charente, Saint-Jean d’Angély, Matha, Aulnay, Saintes, Cognac, Archiac, Montlieu et Montguyon, et de 45 l à Jarnac, Beauvais-sous-Matha et Oléron." Il renvoie à M. A. Gautier (que je n’ai pas) pour la Charente-Maritime et à Jean George pour la Charente ("Les mercuriales d’Angoulême, de Cognac et de Jarnac", in Mémoires et bulletins de la Société archéologique et historique de la Charente, BSAHC, 1920-21, page 15). Or celui-ci donne en fait, dans le BSAHC de 1920 et page 16 (!) des valeurs de "55 l. 335 pour Angoulême, 30 l. 870 pour Cognac et 49 l. 329 pour Jarnac".
    Mais je pense qu’on trouverait un bon point de départ, pour cela et pour bien d’autres mesures, dans les Tables de comparaison entre les mesures anciennes du département de la Charente et celles qui les remplacent, "imprimées en l’an X et rédigées par une Commission dont faisaient partie Munier, ingénieur en chef du département, et Létourneau aîné, professeur de mathématiques à l’Ecole Centrale" (George, ibid., page 14). L’équivalent devrait d’ailleurs exister pour la Charente-Inférieure.

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  • Le 13 août 2006 à 21:26, par Duguet En réponse à : Ancien Régime - Poids, mesures, monnaies

    D’après les indications du notaire Mesgrier en 1601 et celles du notaire Feniou en 1768, on utilise la mesure d’Angoumois dans la châtellenie de Matha. L’instrument, appelé « gaule » par Feniou, compte 12 pieds. Le journal fait 200 carreaux. La valeur du pied n’est pas indiquée.
    Dans « l’Angoumois à la fin de l’Ancien Régime », Munier étudie la question de la valeur du pied.
    "Les Domaines de toute espèce, même les bois des particuliers, se mesurent au pied de Guienne, par carreaux et par journaux. Le carreau est un carré de douze pieds de Guienne ou une figure quelconque dont la surface peut être évaluée cent quarante-quatre pieds carrés de Guienne. Le journal est une étendue qui contient deux cens carreaux ou huit cent toises de Guienne. Cette mesure est la plus générale en Angoumois...
    Il est étonnant que l’on soit indécis dans l’Angoumois sur l’exacte valeur du pied de Guienne ; les uns lui donnent neuf lignes de plus qu’au pied de Roi, les autres neuf lignes trois quarts, les troisièmes dix lignes, et les derniers réformateurs lui donnent un pouce de plus ; ce qui réduit la toise de Guienne à six pieds quatre pouces six lignes de Roi, à six pieds quatre pouces dix lignes et demie, à six pieds cinq pouces et à six pieds six pouces. On la comptoit autrefois à six pieds cinq pouces dans le Marquisat de Ruffec mais elle est fixée aujourd’hui à six pieds six pouces, ensuite de la vérification que le Seigneur a fait faire du pied de Guienne à Bordeaux, que l’on a trouvé être de treize pouces de Roi. On la compte de cette façon sur le Registre des Mesures déposé au Grêfe de la Sénéchaussée d’Angoulême, mais il y est observé que cette longueur n’a jamais été reçue dans la pratique." (Munier, L’Angoumois à la fin de l’Ancien Régime, reprint B. Sépulchre, p. 41).
    Autrement dit, ce qu’on appelle mesure d’Angoumois est la mesure admise à la sénéchaussée d’Angoulême, au pied de 13 pouces de roi appelé pied de Guyenne, et cette mesure n’est pas observée dans les châtellenies. Ceci ne nous renseigne pas sur le pied de Matha.
    Un arpentage effectué en 1684 à Saint-Même l’est au « pied de Guyenne » de 13 pouces de roi : « sept cens vingt quatre lattes de Guyenne qui font quatorze cens quarante huit toises de Guyenne, chaque toise de six pieds de Guyenne, chaque pied de Guyenne composé de treize poulces, car il y a un pouce de plus qu’au pied de roy (Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome VIII, p. 101).

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    • Le 1er octobre 2006 à 18:38, par Pascal En réponse à : Ancien Régime - Poids, mesures, monnaies

      J’ai trouvé un acte de vente de terres à Ozillac (1665), qui met en doute ce beau système dodécagésimal, je cite :
      “ung journauld de terre a compte (de) cent carreaux au journauld chascung carreau de dix huict pied en carré chascung carreaux [plutôt pied !] conpanze de douze pouce “.
      Ce qui nous ferait pour un pied compté à 12 pouces du Roi, un carreau à 18 pieds x 18 pieds, un journal de 100 carreaux à 3419 mètres carrés.
      Alors que, si j’en crois ce qui est dit dans cet article, pour un carreau à 12 pieds x 12 pieds, le journal de 200 carreaux vaut 3039 mètres carrés.
      Donc, je crois qu’il est à peu près clair qu’un journal vaut un petit ou un gros tiers d’hectare, selon les sources, les lieux et les époques...

      Mais qu’en est-il du carreau... vaut-il 12x12=144 ou 18x18=324 pieds carrés (cad. 15 ou 34 mètres carrés) ?

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      • Le 2 octobre 2006 à 07:44, par duguet En réponse à : Ancien Régime - Poids, mesures, monnaies

        - Comme son nom l’indique, le carreau est un carré, d’une chaîne ou perche de côté.

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        • Le 2 octobre 2006 à 10:13, par duguet En réponse à : Ancien Régime - Poids, mesures, monnaies

          - complément : l’acte de 1665 montre qu’à Ozillac on use de l’arpent de Paris, qui est bien connu et vaut en effet 34,19 ares. Il n’y a pas lieu de contester ce qu’écrit Munier. Il s’en faut que le journal ait partout la même valeur dans les diocèses de Saintes et d’Angoulême. Nous ignorons beaucoup de mesures. Le document de 1665 contribue à réduire notre ignorance.

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