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Poids, et mesures en Saintonge, Aunis et Angoumois

samedi 8 juillet 2006, par Pierre, 13324 visites.

Un diaporama sur la velte de Matha, par Marius Rouger.

En 1810, Jean-Pierre Bachasson, comte de Montalivet, est ministre de l’Intrieur. Il crit F. Gattey, membre du Conseil des Poids et Mesures pour le fliciter d’avoir publi une "Table des rapports des anciennes mesures agraires avec les nouvelles".

Dans sa lettre, il crit : "pendant longtemps encore on aura besoin de connatre les rapports des anciennes Mesures agraires avec le nouvelles"

200 ans plus tard, nous avons toujours bien des difficults apprhender dans sa globalit cet aspect tout fait typique de la vie sous l’Ancien rgime.

Car on trouve presque autant de mesures que de seigneurs, des textes rglementaires qui restent lettre morte, des mesures-talon qui varient dans le temps, avec au final une vie quotidienne complique et un lourd handicap pour le commerce.

Mme la Rvolution ne parviendra pas faire changer les choses. Finalement, c’est comme pour le passage l’Euro. Il faut une gnration au moins (30 ans) pour que les habitudes changent !

Voir aussi :
 17me sicle en Saintonge : l’exemple de l’arpent
 Evolution des prix du 16me au 19me sicle en Saintonge

Pour les raisons qui viennent d’tre voques, les conversions en mesures actuelles proposes ici sont prendre avec une trs grande prudence.

Voir aussi, en conclusion de cette page, les balbutiements du systme mtrique

En 1790, Claude-Antoine PRIEUR-DUVERNOIS, officier du Gnie, rdige un "mmoire sur la ncessit et les moyens de rendre uniforme les mesures dans tout le royaume". Le sujet tait particulirement ardu, car le systme des poids et mesures tait caractris par une diversit peine imaginable.

Le systme mtrique a t institu par les lois du 18 germinal an 3 et du 19 frimaire an 8 mais, dans les faits, c’est seulement partir du 01/01/1840 que tous les poids et mesures anciens furent dfinitivement interdits sous peine de pnalits. Il aura fallu prs de 36 ans pour que le nouveau systme entre effectivement en application.

Jusqu’ la rvolution, quelques units de mesure taient peu prs communes l’ensemble de la France, mais seulement par leur nom, leur contenu tant variable selon les provinces et les lieux.

Cette variabilit des mesures pose de nombreux problmes dans la vie quotidienne. Elle est un frein aux changes, et une source de contestation qui apparatra de faon gnrale lors de la raction des cahiers de dolances en mars 1789.

Et pourtant, les tentatives du pouvoir royal, puis imprial, pour remdier cette situation n’ont pas manqu :
 en octobre 1557, dit de Henri II, concernant les mesures de Paris,
 31 aot 1558, dclaration du mme roi, pour l’ensemble du royaume.
Chaque tentative se heurte aux habitudes et aux "avantages acquis" seigneuriaux.

Pour limiter la drive (les seigneurs ayant une tendance naturelle augmenter subrepticement la taille des mesures-talon pour amliorer leurs revenus), on leur impose de fabriquer leurs talons "en dur", de les exposer sur les places publiques, et d’en dposer les cotes au greffe de la snchausse.

Mais, jusqu’ la Rvolution, le domaine des poids et mesure restera cahotique.

Dans la liste ci-dessous, on trouvera ces units de mesure peu prs communes par le nom mais diffrentes par la valeur, selon les lieux et les poques.

Poids

 quintal - 1 quintal = 100 livres = 48,95 kg
 livre

  • 1 livre de poids = 12 onces
  • 1 livre de poids de marc = 2 marcs = 16 onces = environ 489,5 grammes.

 marc - 1 marc = 1/2 livre = 8 onces = environ 244,8 grammes.
 once - 1 once = 1/16e de livre = environ 30,594 grammes.
 gros ou treizeau - 1 gros = 1/128e de livre = 1/8e d’once = 3,824 grammes.
 esterlin ( l’usage des bijoutiers) - 1 esterlin = 1,530 grammes.
 denier ou scrupule - 1 denier = 1/384e de livre = 1/24e d’once = 1,275 grammes.
 maille ou obole ( l’usage des bijoutiers) - 1 maille = 764,852 milligrammes.
 felin ( l’usage des bijoutiers) - 1 felin = 382,426 milligrammes
 carat ( l’usage des bijoutiers) - 1 carat = 1/3 d’obole = 254,951 milligrammes.
 grain - 1 grain = 1/24e de denier = 53,114 milligrammes.
 prime - 1 prime = 1/24e de grain = 2,213 milligrammes

Longueur

 lieue terrestre,
 lieue de poste,
 lieue marine,
 mille marin,
 encablure,
 journal,
 perche commune,
 perche des eaux et forts,
 latte de Guyenne : gale 7 pieds de Guyenne, soit 2,497 m ? Arpentage de 1684 Saint-Mme :  784 lattes de Guyenne qui font 1.448 toises de Guyenne, chaque toise de 6 pieds de Guyenne 
 latte de Saintonge : 1,846 toises de Guyenne, soit de 3,82 m 3,89 m
 toise dite des maons (avant 1667) : 1,9595 m
 toise dite du Chtelet ( partir de 1667) : 6 pieds de Roi, soit 1,949 m
 toise : en Guyenne, vaut 6 pieds de Guyenne, et selon les lieux, de 6 pieds 4 pouces 6 lignes de Roi 6 pieds 6 pouces de Roi soit de 2,07 m 2,11 m.
 brasse : environ 5 pieds, soit env. 1,62 m
 aune : mesure peu prs standard en France, elle sert principalement pour les tissus. Fixe par Franois 1er en 1544 la valeur de 3 pieds 7 pouces 8 lignes de la toise du Chtelet, soit 118,84 cm. Redfinie en 1667, puis en 1745 (3 pieds 7 pouces 10 lignes et 5/6e de ligne) : l’aune garde toujours la mme longueur, mais c’est la toise-talon qui change de longueur.
 pas : mesure approximative, comprise entre 2 et 3 pieds
 pied de Guyenne : en thorie, mais pas en pratique, vaut 13 pouces de Roi, soit 35,17 cm. Le document de 1641 sur l’arpent semble indiquer un pied de 33,71 cm.
 pied de Roi : 12 pouces de Roi, soit 32,47 cm
 palme,
 pouce de Roi : 12 lignes de Roi, soit 27,06 mm
 doigt,
 ligne de Roi : 12 points, soit 2,255 mm
 trait
 point : 0,1879166 mm

Superficie

 journal : mesure agraire la plus employe, ayant pour origine la surface qui peut tre travaille en une journe, donc une mesure approximative, qui varie selon la nature du terrain (+ petit en rgion pentue) et l’nergie du journalier. Voir les diffrentes dfinitions utilises en Saintonge. En simplifiant l’extrme, aux environs de 1/3 d’hectare.
 carreau (Saintonge) : carr de ct gal 12 pieds de Guyenne (144 pieds de Guyenne carrs).
 arpent ou quartier : ancienne mesure gauloise, connue ds le Ier sicle. En gnral, vaut 100 perches carres.
 arpent de Roi : 0,4221 ha. Peu utilis en zone rurale
Voir source de 1641 sur l’arpent en Saintonge, avec essai de synthse ci-dessous.

Valeur de l’arpent dans les chtellenies de Saintonge en 1641en pas carrsen pieds carrsen journaux et carreaux
Saintes (glise), St Jean d’Angly, Benon, Fontenay, Tonnay-Boutonne, Tonnay-Charente 72 252 2 jx 10 cx
Aulnay, Soubise 75 262,5 2 jx 27 cx
Saintes (chtellenie), Talmont, Richemont, Royan, Parcoul, Champagne, Nancras, Saujon 85 297,5 2 jx 190 cx
Pons, Plassac, Le Viroul, Conac, Montendre, Barbezieux, Chalais, Coyron, Broussac, Archiac, Jonzac, Saint-Magrin, Vougezac (?), Montbouyer, Ozillac, Fontaines, Montlieu, Montignac-Charente, Pont-l’Abb, Mortagne, Matha, Taillebourg, Rochefort 90 315 3 jx 50 cx

 perche carre,
 toise carre,
 palme carre,
 boissele,
 pied carr,
 doigt carr,
 pouce carr (pouce de Roi) : 7,3275 cm2
 trait carr

Volume

 toise cube,
 corde,
 voie,
 pice,
 pied cube,
 pouce cube (pouce de Roi) : 19,835 cm3
 ligne cube

Capacit (liquides)

 tonneau : Cognac, l’unit de vente courante est le tonneau de 4 barriques, contenant chacune 28 veltes de 7,4506 l, soit un volume de 834,467 l pour le tonneau
 boucaut : en Saintonge, grande futaille contenant 3 barriques
 pipe : celle de Cognac fait 465 = 2 barriques ?l (voir plus bas : Mesures de Cognac et de Merpins)
 tieron : ft d’environ 440 litres (de 60 62 veltes)
 barrique : selon les lieux, de 200 500 l. A Angoulme, la barrique quivaut 168 pintes, soit 202,30 l..
 queue : Encyclopdie, s. f. (Mesure de liquides) particulierement pour les vins dont on se sert en plusieurs endroits, provinces & villes de France. Les queues d’Orlans, de Blois, de Nuys, de Dijon, de Mcon, sont semblables & reviennent un muid & demi de Paris, c’est--dire qu’elles contiennent chacune 420 pintes de Paris. Savary. (D. J.)
Il semblerait que barrique et queue sont des synonymes (ce point reste vrifier)

La barrique


A Cognac, la barrique dite "ancienne" est de 28 veltes, soit 208,617 l.

Mais une tolrance de +/- 1 velte tait admise, tolrance qui a eu comme consquence que les fabricants de tonneaux faisaient des barriques se rapprochant le plus possible de 27 veltes, dont le contenu rel (201,166 l) tait vendu pour le prix de 28 veltes (208,617 l).

Au 19me sicle, la barrique de Cognac tait rpute contenir 27 veltes.

Source : Bull. et mmoires de la SAHC - J. George - 1920

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Un bel exemple des entraves apportes au commerce par le flou des mesures

Les eaux de vie qui se tirent du pays Blaisois sont en poinons ; celles de l’Anjou, du Poitou & de Nantes sont en pipes & en tonneaux, & celles de Bordeaux, de Cognac, de la Rochelle, de l’Isle de Rh & autres lieux circonvoisins sont en barriques.

Quoique la barrique soit en plusieurs lieux vritablement une futaille d’une certaine continence, & d’un jaugeage rgl, on la peut nanmoins regarder, dans le commerce des eaux-de-vie, sur le pied d’une mesure d’valuation, qui sert dterminer les achats qu’en font les trangers.

Cette barrique d’valuation n’est pas gale par-tout & contient plus ou moins de veltes, ou verges, suivant les lieux. A Nantes, & en divers lieux de la Bretagne & de l’Anjou, on donne 29 veltes pour la barrique ; la Rochelle, Cognac & l’Isle de Rh, 27, & Bourdeaux, 32 ; ce qui doit s’entendre, que si la futaille contient moins que le nombre de veltes sur lesquelles l’acheteur fait son march, le vendeur lui tient compte de ce qui manque sur le pied de l’achat ; & que si au contraire il y a de l’excdent, comme il arrive presque toujours, y ayant des pipes, des poinons, des tonneaux & des barriques, depuis 50 jusqu’ 60 veltes, c’est l’acheteur en tenir compte au vendeur ; en sorte que si la pipe, vendue Bordeaux, o la barrique d’valuation est sur le pied de 32 veltes, en contient 48, l’acheteur la paie pour une barrique & demie ; & ainsi proportion dans les autres lieux.

La velte, sur quoi s’value la barrique, contient trois pots, le pot deux pintes, & la pinte pse un peu moins de deux livres & demie. Quelques uns estiment la velte sur le pied de 4 pots : mais apparemment ils se trompent, ou le pot sur lequel ils mesurent la velte, est moindre que de deux pintes.

Il faut remarquer que les pices d’eau de vie, comme on vient de le dire, n’tant pas bornes contenir un nombre de veltes limit ; & le veltage (c’est ce qu’on appelle ailleurs Jaugeage) des pipes, poinons & tonneaux, tant depuis 50 jusqu’ 90 veltes, ce qui est au dessus de 50 veltes, s’appelle excs, que les commis des Bureaux tablis sur les ports o le vin s’embarque, font payer raison de tant par veltes, outre les droits de sortie de 50 verges, qui est le pied ordinaire du Tarif pour chaque barrique.

Source : Dictionnaire portatif de commerce – Bouillon – Lige – 1770 – Books Google

 quartaut ou quartaud : 1/4 de barrique, soit de 50 125 l selon le lieu
 seau ou seilleau (Saintonge) : mesure approximative

 velte : 3 pots ou 6 pintes ; Cognac, 7,4506 l. A Angoulme, elle vaut 8 pintes de Paris. (voir encadr ci-dessus et diaporama ci-dessous)

Un diaporama sur la velte de Matha, par Marius Rouger

Clic sur l’image pour avoir la suivante

Un diaporama sur la velte
Par Marius Rouger

 pot ou quarte : 2 pintes
 pinte : varie entre 0,9 et 1,9 l.

La pinte



A Cognac, la pinte est de 0,9313 l. - Aubeterre, 1,0881 l - Champagne-Mouton, 1,1682 l. - Angoulme, 1,2042 l. - Segonzac, 1,5505 l. - Chteauneuf, 1,8626 l.

L’image ci-contre reprsente vraisemblablement une pinte de Cognac de la fin du XVIIe sicle. Elle est en cuivre, et sa capacit est de 0,93 l environ.

Dimensions : H 124 mm - Largeur suprieure : 90 mm - Largeur infrieure : 114 mm.
Ses 2 poinons sont celui du dinandier (IFI) et celui de l’talonneur (blason).

Source : Bull. et mmoires de la SAHC - J. George - 1916

 chopine : 4 roquilles soit environ 48 cl. A Paris, la chopine tait aussi appele setier, ne pas confondre avec le setier, mesure plutt utilise pour les grains.
 cannette
 roquille : environ 12 cl. Dans l’inventaire (1787) du chteau d’Ecoyeux, les bouteilles ont une contenance de 3 roquilles, ce qui ferait 36 cl.
 canon : 1/2 roquille, appele alors demi-posson

Capacit (farine et grains)

 pipe : Angoulme, la pipe fait 12 boisseaux, soit 664,02 l
 poche : mesure approximative, le contenu d’un sac. Dans un inventaire prsent sur ce site, il est indiqu qu’une poche contient 3 boisseaux mesure de Saintes
 boisseau de Paris aprs 1669 : 13,01 l
 boisseau : son volume varie selon la seigneurie, avec des extrmes qui sont dans un rapport de 1 2,7 : voir encadr ci-dessous
 mesure : Angoulme, 1/16e de boisseau, soit 3,4584 l. A Cognac, 1/8e de boisseau
 picotin : Antezant, 1/10e de boisseau, soit 2,5 l.
 jointe : mesure approximative, quantit de grain qui peut tre contenue dans le creux des deux mains jointes

Le boisseau



Il varie "de 22,10 l Marennes 58,99 l Tonnay-Boutonne, avec une valeur moyenne se situant autour de 25 l Saint-Savinien, Taillebourg, Pons, Rochefort, Tonnay-Charente, Saint-Jean d’Angly, Matha, Aulnay, Saintes, Cognac, Archiac, Montlieu et Montguyon, et de 45 l Jarnac, Beauvais-sous-Matha et Olron." (F. Julien-Labruyre dans "Paysans charentais")

Pour la Charente, on trouve un boisseau d’Angoulme de 56,539 l (ou 55,335), celui de Jarnac de 44,095 (ou 49,329 l), celui de Cognac de 31,62 l (ou 30,87 l). Les valeurs entre parenthses proviennent d’un document de l’an X intitul Tables de comparaison entre les mesures anciennes du dpartement de la Charente et celles qui les remplacent, dont la fiabilit est juge incertaine (J. George dans bulletin de la Socit Archologique et Historique de Charente - 1920 - Mercuriales d’Angoulme, de Cognac et de Jarnac)

Le boisseau de Brouage, utilis comme mesure de rfrence pour le commerce du sel, est dfini par dcision royale (Louis XV).



1726 - Dclaration du Roi portant rglement pour la perception des droits de Brouage & de la traite de Charente Voir texte complet

- IV. L’uniformit des mesures tant une rgle essentielle pour la sret de la rgie, nous dfendons toutes personnes de se servir pour la mesure du sel, tant sur les marais, que lors du renversement dans les barques & navires, d’autres mesures que de celles du boisseau de Brouage, duement talonn, si ce n’est dans les cas qui feront expliqus par l’article VI. des prsentes, peine de confiscation du sel & des mesures, & de trois cents livres d’amende pour la premire fois, & de punition corporelle en cas de rcidive, conformment l’article IV. du titre des droits de Brouage de notre ordonnance de 1680.

- V. Le boisseau de Brouage doit contenir trente une pintes & une chopine d’eau, de la mesure de l’ancienne pinte & chopine servant de matrice & dpose au bureau du sieur Duc de Richelieu Brouage, comme Propritaire de l’ancien, office de Contrleur des mesures, cr par dit du mois de Dcembre 1633. ledit boisseau doit tre de figure ronde & pyramidale, ayant son embouchure de dix pouces six lignes de diamtre en dedans, & de onze pouces six lignes de diamtre en dehors, le fond de vingt pouces de diamtre en dehors, & la profondeur de quatorze pouces, le demi-boisseau proportion ; & seront les boisseaux talonns & marqus audit bureau du sieur Duc de Richelieu, tant sur ladite pinte & chopine, que sur les deux cercles de fer qui y seront pareillement dposs pour rgler la forme du boisseau. Faisons trs-expresses dfenses & sous les peines portes par l’article prcdent, tous Tonneliers & Ouvriers, d’en faire l’avenir d’une autre forme, figure & contenance que celle ci-dessus marque, le tout suivant l’ordonnance rendue le 8. Juin 1700. par les Officiers dpositaires des mesures Brouage, conformment aux anciens rglements. Voulons que pour la vrification des mesures qui pourroient tre suspectes dans l’tendue des juridictions des fermes de la Rochelle & de Fontenay-le-Comte, il soit dpos au greffe de chaque jurisdiction un boisseau & un demi-boisseau de la mesure de Brouage, talonns sur lesdites matrices.

Mesures de Cognac et Merpins (16) d’aprs le Cartulaire ou Livre Rouge de l’Htel de Ville de Cognac - 16me sicle

Boisseau, seilleau, pinte, pipe, cuiller de minage, cuelle de moulin, aune, carrelure, darne

Le boyceau de Coingnac doibt contenir vingt huict pintes mesure de la ville dudict Coingnac.

Celuy de Merpins vingt neuf pintes.

Ung seilleau doibt contenir dix pintes.

Une pipe doibt contenir cinq cens pintes.

La cuillere du mynage doibt contenir la trente deuxiesme partie dung boyceau.

Lescuelle du moulin doibt contenir la seziesme partie dudict boyceau.

Laulne de Coingnac doibt contenir troys piez et demy de long.

Carreleure de cuyr marchande doibt contenir en tous sens dix points qui font douze poulces.

Derne de saumon doibt contenir ceste mesure et la demie a lesquipolent. Derne de mesgre doibt contenir ceste mesure, et la demie a lesquipolent.

La pinte de Cognac a une capacit de 0,9313 l (voir ci-dessus), ce qui donnerait les quivalences suivantes, qui semblent assez homognes avec celles donnes plus haut :

Boisseau de Cognac : 28 x 0,9313 = 26,07 l

Boisseau de Merpins : 29 x 0,9313 = 27,00 l

Seilleau (seau) de Cognac : 10 x 0,9313 = 9,31 l

Pipe de Cognac : 500 x 0,9313 = 465,65 l

Cuiller du minage : 26,07 / 32 = 0,81 l

Ecuelle de moulin : 26,07 / 16 = 1,63 l

L’information ci-contre sur l’aune de Cognac contredit celle donne plus haut sur le caractre "standard" de l’aune dans le royaume : l’aune de Cognac ferait donc 3,5 pieds soit 117,98 cm contre 118,84 cm pour l’aune standard, pourtant dfinie par Franois 1er, enfant de Cognac !!! Mais la dfinition donne par le Livre Rouge est peut-tre une approximation pour dsigner l’aune standard.

Darne de saumon et de maigre : Le type de ces deux mesures est reprsent sur l’original par deux figures en cuivre, la premire ayant en longueur sept centimtres, la seconde neuf centimtres.

A ct de ces units communes, chaque province, rgion, ville, seigneur (le droit de crer ses propres mesures faisait partie des droits seigneuriaux) avait dvelopp son propre systme de mesure.


Les balbutiements du systme mtrique

Sous l’empire napolonien, en 1810, le systme mtrique institu le 18 Germinal An III (7 Avril 1795) a dj 15 ans d’ge lgal, mais il n’est pratiquement pas appliqu. Alors pour faciliter la transition l’administration impriale utilise une pdagogie particulire.
On donne aux nouvelles units de mesure des noms qui contiennent les anciennes appellations :

Mesures de longueur

Type Nom officiel Nom vulgaire Equivalence Remplace
Itinraires Myriamtre Lieue mtrique 10.000 m 5,131 toises de Paris
Kilomtre Mille mtrique 1.000 m 513 toises
Hectomtre remplace l’expression porte de fusil 100 m
Ordinaires Dcamtre perche mtrique linaire 10 m ou 31 pieds
Mtre 3 pieds, 11 lignes 296/1000e
Dcimtre palme 3 pouces, 8 lignes du pied de roi
Centimtre doigt 4,5 lignes
Millimtre trait 44/100e de ligne

Mesures de superficie

Type Nom officiel Nom vulgaire Equivalence Remplace
Agraires Hectare arpent mtrique 10.000 m2 ou 1 arpent et 96 perches des eaux et forts
Are perche mtrique carre 100 m2 ou 1 perche et 96/100e de perche de l’arpent des eaux et forts
Centiare 1 m2
Ordinaires Mtre carr
Dcimtre carr palme carr 1/100e de m2
Centimtre carr doigt carr 1/10.000e de m2
Millimtre carr trait carr 1/1.000.000e de m2
Gographiques Myriamtre carr lieue mtrique carre carr de 10.000 m de ct
Kilomtre carr mille carr carr de 1.000 m de ct

Mesures de solidit

Type Nom officiel Nom vulgaire Equivalence Remplace
Stre stre cube d’un mtre de ct ou 29 pieds cubes
Dcastre solive mtrique 1/10e de stre solive, pice, marque, cheville
Dcimtre cube palme cube 1/1000e de m3
Centimtre cube doigt cube 1/1000e de dm3
Millimtre cube trait cube 1/1000e de cm3

Mesures de capacit

Type Nom officiel Nom vulgaire Equivalence Remplace
Liquides Kilolitre pas de synonyme 1.000 l ou 3 muids de Paris muids, queues, bottes, pipes, barriques, busses, etc
Hectolitre pas de synonyme 100 l ou 107 pintes ou 3/8 de muid de Paris quartaut, charge, feuillette, demi-muids
Dcalitre velte mtrique 10 l ou 10 pintes de Paris velte, setier, broc, dourg, coupe
Litre pinte mtrique 1 dm3 ou 1 pinte et 7/100e de Paris pinte, pot, canon
Dcilitre verre 1/10e de litre ou un peu plus de 1/10e de la pinte de Paris
Centilitre pas de synonyme 1/100e de litre ou 10 cm3

Messages

  • D’aprs les indications du notaire Mesgrier en 1601 et celles du notaire Feniou en 1768, on utilise la mesure d’Angoumois dans la chtellenie de Matha. L’instrument, appel gaule par Feniou, compte 12 pieds. Le journal fait 200 carreaux. La valeur du pied n’est pas indique.
    Dans l’Angoumois la fin de l’Ancien Rgime , Munier tudie la question de la valeur du pied.
    "Les Domaines de toute espce, mme les bois des particuliers, se mesurent au pied de Guienne, par carreaux et par journaux. Le carreau est un carr de douze pieds de Guienne ou une figure quelconque dont la surface peut tre value cent quarante-quatre pieds carrs de Guienne. Le journal est une tendue qui contient deux cens carreaux ou huit cent toises de Guienne. Cette mesure est la plus gnrale en Angoumois...
    Il est tonnant que l’on soit indcis dans l’Angoumois sur l’exacte valeur du pied de Guienne ; les uns lui donnent neuf lignes de plus qu’au pied de Roi, les autres neuf lignes trois quarts, les troisimes dix lignes, et les derniers rformateurs lui donnent un pouce de plus ; ce qui rduit la toise de Guienne six pieds quatre pouces six lignes de Roi, six pieds quatre pouces dix lignes et demie, six pieds cinq pouces et six pieds six pouces. On la comptoit autrefois six pieds cinq pouces dans le Marquisat de Ruffec mais elle est fixe aujourd’hui six pieds six pouces, ensuite de la vrification que le Seigneur a fait faire du pied de Guienne Bordeaux, que l’on a trouv tre de treize pouces de Roi. On la compte de cette faon sur le Registre des Mesures dpos au Grfe de la Snchausse d’Angoulme, mais il y est observ que cette longueur n’a jamais t reue dans la pratique." (Munier, L’Angoumois la fin de l’Ancien Rgime, reprint B. Spulchre, p. 41).
    Autrement dit, ce qu’on appelle mesure d’Angoumois est la mesure admise la snchausse d’Angoulme, au pied de 13 pouces de roi appel pied de Guyenne, et cette mesure n’est pas observe dans les chtellenies. Ceci ne nous renseigne pas sur le pied de Matha.
    Un arpentage effectu en 1684 Saint-Mme l’est au pied de Guyenne de 13 pouces de roi : sept cens vingt quatre lattes de Guyenne qui font quatorze cens quarante huit toises de Guyenne, chaque toise de six pieds de Guyenne, chaque pied de Guyenne compos de treize poulces, car il y a un pouce de plus qu’au pied de roy (Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome VIII, p. 101).

    • J’ai trouv un acte de vente de terres Ozillac (1665), qui met en doute ce beau systme dodcagsimal, je cite :
      “ung journauld de terre a compte (de) cent carreaux au journauld chascung carreau de dix huict pied en carr chascung carreaux [plutt pied !] conpanze de douze pouce “.
      Ce qui nous ferait pour un pied compt 12 pouces du Roi, un carreau 18 pieds x 18 pieds, un journal de 100 carreaux 3419 mtres carrs.
      Alors que, si j’en crois ce qui est dit dans cet article, pour un carreau 12 pieds x 12 pieds, le journal de 200 carreaux vaut 3039 mtres carrs.
      Donc, je crois qu’il est peu prs clair qu’un journal vaut un petit ou un gros tiers d’hectare, selon les sources, les lieux et les poques...

      Mais qu’en est-il du carreau... vaut-il 12x12=144 ou 18x18=324 pieds carrs (cad. 15 ou 34 mtres carrs) ?

    •  Comme son nom l’indique, le carreau est un carr, d’une chane ou perche de ct.

    •  complment : l’acte de 1665 montre qu’ Ozillac on use de l’arpent de Paris, qui est bien connu et vaut en effet 34,19 ares. Il n’y a pas lieu de contester ce qu’crit Munier. Il s’en faut que le journal ait partout la mme valeur dans les diocses de Saintes et d’Angoulme. Nous ignorons beaucoup de mesures. Le document de 1665 contribue rduire notre ignorance.

  • Boisseau : selon F. Julien-Labruyre (Paysans charentais, tome I, p. 257), il "varie de 22,10 l Marennes 58,99 l Tonnay-Boutonne, avec une valeur moyenne se situant autour de 25 l Saint-Savinien, Taillebourg, Pons, Rochefort, Tonnay-Charente, Saint-Jean d’Angly, Matha, Aulnay, Saintes, Cognac, Archiac, Montlieu et Montguyon, et de 45 l Jarnac, Beauvais-sous-Matha et Olron." Il renvoie M. A. Gautier (que je n’ai pas) pour la Charente-Maritime et Jean George pour la Charente ("Les mercuriales d’Angoulme, de Cognac et de Jarnac", in Mmoires et bulletins de la Socit archologique et historique de la Charente, BSAHC, 1920-21, page 15). Or celui-ci donne en fait, dans le BSAHC de 1920 et page 16 (!) des valeurs de "55 l. 335 pour Angoulme, 30 l. 870 pour Cognac et 49 l. 329 pour Jarnac".
    Mais je pense qu’on trouverait un bon point de dpart, pour cela et pour bien d’autres mesures, dans les Tables de comparaison entre les mesures anciennes du dpartement de la Charente et celles qui les remplacent, "imprimes en l’an X et rdiges par une Commission dont faisaient partie Munier, ingnieur en chef du dpartement, et Ltourneau an, professeur de mathmatiques l’Ecole Centrale" (George, ibid., page 14). L’quivalent devrait d’ailleurs exister pour la Charente-Infrieure.

  • Mon propos est d’abord une question : Je ne vois nulle part dans les units de surface la notion de LIVRES, or j’ai sous les yeux un texte fond sur les archives du XVII sicles faisant allusion cette mesure. En voici deux exemples parmi d’autres :
    "Le 10 dcembre 1601 Abraham Michel achetait moyennant 900 livres de Marie Beaudouin, veuve de Jean Berton le Jeune, trois livres de marais salants en la prise de la Tousche de Cuts en Arvert, tenus trois sols de rente...."
    "En 1624 Marie Constantin faisait construire onze livres douze aires de marais sur le chenal de Putet...."
    Toute suggestion est la bienvenue. D’avance merci

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