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1801 - Statistique du Département de la Charente par le citoyen Delaistre, préfet

D 25 juillet 2008     H 18:58     A Pierre     C 0 messages A 1495 LECTURES


Après l’intendant, sous l’Ancien Régime, c’est au tour du préfet, sous le Consulat, de se livrer à l’exercice imposé de la description de son département. Cette vision panoramique d’un monde en mutation ne manque pas d’intérêt.

M Guillaume Delaistre (écrit aussi Delètre) a été le premier préfet du département de la Charente. Il est nommé le 11 Ventôse an VIII (2 mars 1800), et occupe cette fonction jusqu’au 18 Ventôse an X (9 mars 1802).

Source : Statistique du Département de la Charente par le citoyen Delaistre, préfet - publiée par ordre du Ministère de l’Intérieur - Paris - An X - BNF Gallica

Le département de la Charente s’étend sur un sol de quinze myriamètres du nord-est au sud-ouest, et de douze myriamètres du sud-est au nord-est, entre les 45 et 47e. degrés de latitude, et les 17 à 19e. de longitude.

Il est borné, au nord, par le département des Deux-Sèvres et de la Vienne ; au midi et à l’ouest, par la Dordogne et la Charente-Inférieure, et à l’est, par la Dordogne et la Haute-Vienne. La surface de son territoire est de 61 myriamètres carrés. Il est divisé en cinq arrondissemens communaux : Ruffec, Confolens, Angoulême, Barbezieux et Cognac. Il est composé de l’ancien Angoumois, d’une partie de la Saintonge et du Limousin, et d’une faible partie du Poitou. Sa population est de 340 à 350 mille âmes, et sa garde nationale sédentaire de 60 mille hommes.

Sa contribution foncière, pour l’an 9, est de 2,084,000 fr.
La contribution mobiliaire, de 234,943
Celle des portes et fenêtres, de 128,776
Total : 2,447,719.

Le département de la Charente prend sou nom de la rivière qui le traverse dans toute son étendue, et qui, prenant sa source dans la Haute-Vienne, passe à Civray, Verteuil, Mansle, Angoulême, Château-Neuf, Jarnac et Cognac ; de là par Saintes, se rend à Rochefort, où elle forme un port de marine nationale, et va rendre le tribut de ses eaux à l’Océan, à 7 kilomètres de cette ville.

Villes principales

Angoulême est le chef-lieu du département de la Charente, le siège d’un tribunal criminel, d’un tribunal civil, d’un tribunal de commerce et des autres établissemens pubics. Elle est située sur un rocher très-élevé, an pied duquel coule la Charente ; c’est une ancienne ville, dont l’établissement remonte à une époque très-éloignée. Une opinion vulgaire et évidemment erronée, attribue sa fondation à Angelius Marrus, capitaine romain, 531 ans avant l’ère chrétienne. Quoique la nuit des temps semble couvrir l’antiquité de son existence d’une obscurité difficile à percer, on ne peut se refuser à reconnaître cette existence aux premiers temps de la monarchie Française : cette ville, d’une population de quatorze à quinze mille individus, est justement célèbre par le bon air qu’on y respire, par sa position avantageuse, par les agrémens de la vie, et le caractère heureux de ses habitans.

Elle est l’entrepôt de toutes les denrées, eaux-de-vie, sels, vins, bois, fer, douvelles, cercles, canons, etc. etc., transportés par la Charente pour Rochefort et pour les départemens environnans, tels que la Vienne, la Haute-Vienne, la Dordogne et autres plus -éloignés. Le commerce se fait principalement au faubourg de l’Houmeau. Ce faubourg, depuis quelques années, s’est considérablement agrandi ; effet ordinaire du commerce, qui porte la vie et l’aisance dans tous les lieux où il établit son empire.

Cette ville se glorifie d’avoir produit Balzac, poète, historien, écrivain, dont la réputation très-étendue, au seizième siècle, n’est pas parvenue jusqu’à nous aussi brillante. Cet homme de lettres était ami du cardinal de Richelieu, qui le combla de bienfaits. Le poëte Saint-Gelais, qui mérita le surnom d’Ovide Français, et qui brilla à la cour de Henri II, était originaire d’Angoulême.

Elle fut la patrie d’André Thevet, auteur d’ouvrages à peu près oubliés, mais que sa qualité d’historiographe de France et d’aumônier de Catherine de Médicis, rendit célèbre au temps où il écrivait.

Angoulême est la résidence des marchands de papier, dont les fabriques justement renommées rivalisent avec les produits de l’étranger, et concourent à établir ces chefs-d’œuvres de typographie embellis par tous les charmes de l’art des Didot.

Cette branche de commerce est très-avantageuse en temps de paix. Elle occupe un grand nombre d’ouvriers, et elle enrichit ceux qui s’y livrent avec des moyens industriels et avec l’esprit du commerce.

Il existe, en outre, à Angoulême des fabriques de grosses étoffes de la laine du pays, et à l’usage des habitans de la campagne.

Les autres villes sont :
- 1°. Cognac, chef-lieu d’arrondissement, siège d’un tribunal civil et d’un tribunal de commerce, ville renommée par l’excellence et la supériorité de ses eaux-de-vie. Elle fut le lieu de la naissance de François Ier., dit le père des lettres. Elle est située sur la Charente, dont la navigation sert avantageusement son commerce. Son territoire est délicieux, et d’une fertilité justement renommée.
- 2°. Confolens, chef-lieu d’arrondissement, résidence d’un tribunal civil, ancienne ville sur la Vienne, située dans un arrondissement généralement mauvais, au milieu de landes incultes. Ses habitans gagnent, par le commerce et par l’industrie, ce que l’aridité du sol refuse à leurs efforts. Ils font des élèves de bestiaux, qu’ils vendent pour l’approvisionnement de Paris. Ce trafic leur réussit, et les dédommage de l’ingratitude de leur territoire. Les bords de la Vienne, qui traverse cette ville, sont rians et fertiles ; ils présentent des pâturages abondans, et quelques terres à blé, dont la culture est avantageuse.
- 3°. Barbezieux, chef-lieu d’arrondissement et d’un tribunal civil, petite ville intéressante par la douceur de ses habitans, la fertilité de son arrondissement, et par sa position sur la route de Bordeaux et d’Espagne. Les productions de son sol sont : le blé, le seigle, l’avoine, les foins ; quelques coteaux sont cultivés en vigne, et donnent d’assez bon vin.
- 4°. Ruffec, chef-lieu d’arrondissement, siège d’un tribunal civil. Sa position sur la route de Paris en Espagne, est avantageuse : elle possède deux établissemens importans sur la Charente, qui coule à deux kilomètres de ses murs ; l’un est une forge établie à Tésé-Aisy, par le ci-devant comte Broglie ; l’autre, un moulin à blé, sur la même rivière, construit par le même propriétaire, à Condac. Ce moulin, qui a trois roues, est un bâtiment immense à trois étages, dont la destination paraît avoir été d’introduire, dans le pays, la mouture économique et le commerce des farines. Son mécanisme répond à l’intention du propriétaire, qui n’avait rien épargné pour le rendre parfait : il peut moudre environ trois mille boisseaux de grain, mesure locale (76 liv. pesant), par mois.
- 5°. La Rochefoucauld, ancien chef-lieu de district, sur la Tardouère : elle fait un commerce assez considérable en bois merrain, lattes, fil plat à coudre ; elle fabrique des serges de différentes espèces, des toiles, du droguet elle possède des tanneries ; elle a un ancien château, dont l’aspect attache le voyageur par la singularité de sa construction, qui ne présente l’empreinte d’aucun siècle. On porte son établissement à l’année 1530, sous François Ier. ; son escalier principal, construit en pierre de taille et en vignot, attire spécialement l’attention, et mérite d’être admiré.
- 6°. Jarnac, ancien bourg sur la Charente, célèbre par la bataille de ce nom, où le prince de Condé, à la tête des protestans, fut vaincu par l’armée royale, commandée par le duc d’Anjou, en 1669, et finit, sous les coups de la vengeance, une vie que le feu du combat avait respectée. Une pyramide quadrangulaire élevée sur le territoire de Bassac, au lieu même où ce prince fut tué, existait encore il y a quelques années : elle a été détruite en 1793. Le port de Jarnac est intéressant ; il est situé au milieu de vastes prairies, arrosées par la rivière qui les fertilise : il fait un grand commerce d’eaux-de-vie. Son château, qui n’offre plus que des ruines, pourra être utilisé à la construction d’un pont sur la Charente, en remplacement du bac actuellement existant sur cette rivière, pour joindre la route de Cognac.
- 7°. Chabanais-sur-la-Vienne, avec un pont en pierres, fort ancien.
- 8°. Château-Neuf-sur-la-Charente, avec un pont en bois.
- 9°. Montbron, petite ville sur la Tardouère.
- 10°. Verteuil, ancienne ville sur la Charente.
- 11°. Aubeterre, Montmoreau, Chalais.
- 12°. Mansle, Marthon, Lavalette, Blanzac, bourgs plus ou moins importans.

Rivières

La rivière la plus intéressante du département de la Charente, est celle qui lui donne son nom. Elle prend sa source à Charonnat, dans la Haute-Vienne, traverse l’extrémité nord-est du département, pour gagner Civray, dans le département de la Vienne, rentre ensuite dans l’arrondissement de Ruffec, et coule à travers ceux d’Angoulême et de Cognac : elle roule ses eaux dans un riche vallon, sur un lit de bonne terre ; son cours est rempli de moulins et d’usines ; sa navigation, qui remonta jusqu’à deux myriamètres au-dessus d’Angoulême, sert avantageusement au débouché et à la circulation des denrées du pays, et des approvisionnemens de la marine pour Rochefort ; elle sert aussi au transport des canons fondus à la forge de Ruelle, dont nous parlerons à l’article des usines. Les bateaux qui font cette navigation, portent jusqu’à quatre-vingts tonneaux de mer, ou deux mille mvriagrammes. La navigation est favorisée et soutenue par un très-grand nombre d’écluses destinées à tenir les eaux dans un équilibre propre à la faciliter ; sans elles, la rapidité du fleuve, dont la pente, réduite sur toute la longueur de son cours, donne quatre lignes pour dix toises, empêcherait la navigation, et surtout en remontant : les débordemens de cette rivière sont des causes de fertilité ; les prairies qui en sont couvertes, donnent une très-bonne et très-abondante récolte. On ignore précisément le temps où la Charente a été rendue navigable. Les titres de la maison de Jarnac le font remonter au delà de 1300 ; François 1er. s’occupa des travaux nécessaires pour améliorer cette navigation, qui enrichissait son pays natal, et depuis les établissemens des écluses se sont faits successivement, surtout depuis que Louis XIV eut établi, en 1664, un port de grande marine à Rochefort.

La prolongation de la navigation jusqu’à Civray, projetée depuis long-temps, serait bien avantageuse aux pays qu’elle traverse, et sous ce point de vue, elle mérite toute la sollicitude du gouvernement ; mais combien cet intérêt s’agrandirait aux yeux de l’administration, si cette navigation pouvait s’étendre au Clain ou à la Vienne pour gagner la Loire, et de là, par le canal de Briare, la Seine et Paris ! Combien cette communication de l’Océan avec la capitale et avec la Manche, présenterait d’avantages pour la circulation des denrées et la facilité des transports ! Si ce projet, conçu il y a un siècle, par des hommes de génie, doit se réaliser un jour, c’est, sans doute, dans un moment où toutes les idées se fixent sur ce qui est vraiment grand et utile, où l’espoir de la paix appelle la prospérité, et provoque tous les moyens d’amélioration et de perfectionnement. Une commission d’ingénieurs a, dit-on, été envoyée par le ministre François de Neufchâteau, pour vérifier la possibilité de la navigation du Clain jusques à la Loire par Châtelleraut ; on ignore le résultat des opérations de cette commission. Une compagnie de capitalistes a offert deux millions huit cent mille francs au gouvernement pour entreprendre d’établir la navigation entière, depuis Angoulême jusqu’à Civray : ces offres n’ont pu être encore agréées, par la difficulté d’établir les moyens de remboursement, tant du capital que des intérêts. On ne peut en indiquer d’autres qu’un droit à percevoir sur les gabares ou sur les marchandises transportées par la Charente, et c’est le seul qu’on puisse raisonnablement adopter. Le principe en est déjà consacré par l’établissement de la taxe d’entretien. Il ne s’agit que d’en faire, aux canaux et rivières navigables, une application tellement combinée, qu’elle suffise à la confection et à l’entretien des travaux, sans nuire au débouché des denrées et marchandises. Le premier pas une fois fait, il n’y a aucun obstacle à l’accomplissement du projet de réunion de la Charente à la Loire, par le Clain ou la Vienne.

Ces deux rivières, dont l’une (le Clain) prend sa source dans le département, entre Alloïce et Confolens, et l’autre le traverse dans son extrémité septentrionale, en passant par Chabanais et Confolens, ont des eaux abondantes. Le lit de la Vienne est hérissé de rochers, qui en rendent, dit-on, la navigation impossible : mais avec des ingénieurs et des capitaux, on parvient à vaincre la nature même, et le volume d’eau que roule la Vienne, présente trop de moyens et d’avantages pour qu’on ne tente pas les efforts qui pourront l’utiliser. On regarde comme facile la jonction de la Charente à la Vienne près de Lapéreuze, où elles sont séparées tout au plus par une distance de cinq kilomètres. L’importance de la communication de Paris avec l’Océan, doit exciter bien des intérêts, et une grande émulation. Heureux l’homme de génie, l’administrateur éclairé qui pourra attacher son nom à cette grande et glorieuse entreprise ! Heureux le pays qui jouira du fruit de ses travaux et de ses veilles !

Outre ces rivières principales, le département de la Charente est arrosé par une infinité de petites rivières, plus ou moins considérables. Au premier rang, et en avant de ces rivières, on doit placer la Touvre, qui, dans un cours de douze kilomètres au plus, fait tourner une quantité considérable de moulins, et alimente un établissement national du premier ordre, la fonderie de canons de Ruelle. La source de cette rivière est au pied d’un coteau escarpé : c’est un bassin circulaire qui se divise en deux parties ; l’une est formée d’eaux en quelque sorte dormantes ; l’autre, d’eaux jaillissantes, dont le bouillonnement s’élève quelquefois à 350 millimètres au-dessus du niveau de la source. On attribue l’origine de cette rivière au Bandia et à la Tardouère, qui coulent à quelque distance, sur un terrain plus élevé, et qui perdent insensiblement leurs eaux jusques à la fin de leur cours : des expériences faites par des naturalistes, ont donné à cette origine une grande probabilité ; quoi qu’il en soit, la Touvre porte bateau à sa source, et serait facilement rendue navigable, sans la grande quantité d’îles et d’établissemens qui existent sur son cours. Elle produit beaucoup de poissons, et va enrichir, de ses eaux, la Charente au-dessous du village du Gond, près du faubourg de l’Houmeau, sous Angoulême. La Touvre ne sort jamais de son lit, excepté à son embouchure, où le débordement de la Charente la fait quelquefois se répandre sur les prairies voisines.

La Tardouère et le Bandia arrosent beaucoup de prairies, et sont souvent à sec dans les grandes chaleurs, après avoir, pendant les hivers, inondé leurs environs. Le Bandia passe à Marthon, Pranzat et Bunzat. La Tardouère arrose le territoire de Montbron, de la Rochefoucauld, d’Agris, et se jette dans la Bogneure, qui a son ernbouchure dans la Charente, près de Mansle.

La Dronne sépare le département de la Charente de celui de la Dordogne, et passe à Aubeterre, où elle entretient quelques moulins et usines.

Après ces rivières de quelqu’importance, vient une grande quantité de ruisseaux qui baignent des vallons fertiles, et qui servent à alimenter des élablissemens : tels sont le Liain, qui coule à la hauteur de Ruffec, où il se jette dans la Charente ; l’Argent et l’Or, réunis sous le nom d’Argent-Or, qui passe à Champagne-Mouton et à Nanteuil-en-Vallée ; la Bogneure, qui, après avoir reçu le tribut affaibli des eaux du Bandia et de la Tardouère, rejoint la Charente près de Mansle l’Anguienne, les Eaux-Claires, le Charreau, le Nouère, la Bohême, le Fondion, sur lesquels sont établis tous les moulins à papier du département, et dont les eaux contribuent, assure-t-on, à donner à cette production de l’industrie charentaise, la qualité précieuse qui la distingue.

La Tude, qui se perd dans la Dronne après avoir passé à Chalais et à Montmoreau ; l’Arse, qui longe et sépare l’arrondissement d’Angoulême de celui de Barbezieux, et qui va se perdre dans le Né, qu’il augmente au point qu’on a conçu l’idée de rendre ce ruisseau navigable. Deux canaux de navigation furent commencés dans la vallée au-dessous de Merpins, pour utiliser son cours jusqu’à la Charente, où il va se décharger non loin de ce village. Ce travail n’a point eu de suite. Le Né passe à Salles, à la Madeleine, à Saint-Fort.

L’Ausonne se jette dans la Dronne à l’extrémité de l’arrondissement de Barbezieux, du côté de la Dordogne ; c’est un faible ruisseau.

L’Antenne coule à l’ouest de l’arrondissement de Cognac, où elle vient se perdre dans la Charente, près de Croin, après avoir alimenté plusieurs moulins et une papeterie considérable. Le Son et la Sonnette prennent leur source dans l’arrondissement de Barbezieux, et viennent se réunir près de Ventouse, d’où elles se rendent dans la Charente, entre Mouton et Fondclairaud.

Toutes ces rivières et ces ruisseaux fertilisent les vallons, et forment des prairies d’autant plus intéressantes, qu’elles sont l’unique ressource du pays pour ses bestiaux ; mais elles acquerraient un degré bien plus précieux d’importance, si quelques génies industrieux s’emparaient de leur cours, et sans les détourner de l’intérêt de l’agriculture, les rendaient utiles au commerce et aux fabriques. Quels moyens d’exploitation et de débouché pour les bois provenant des forêts, pour les mines de fer assez abondantes dans ce département ! Combien d’établissement industriels seraient avantageusement formés dans un pays voisin de l’Espagne, et ayant autour de lui des débouchés certains pour ses produits, quels qu’ils fussent, faïences, draps et étoffes de laine, de coton, verreries, etc., etc.! La paix et la prospérité peuvent rendre le département de la Charente un des plus riches et des plus intéressans de la République, et c’est principalement à ses eaux qu’il en sera redevable.

Culture et productions

Le sol de ce département est généralement calcaire, sec et brûlant. Les collines s’y élèvent toutes à la même hauteur ; elles sont composées de couches horizontales et verticales, dans lesquelles se trouve une immense quantité de coquillages et de débris de corps marins, qui font croire que ce terrain a dû être couvert par la mer. On remarque une différence tout à fait étonnante entre le territoire de la Charente et celui des départemens environnans : à mesure qu’on s’éloigne, on s’aperçoit que la pierre calcaire se change en silex ; et ensuite, au delà de la Haute-Vienne, on ne rencontre plus que le granit en masse ou décomposé, mélangé avec l’argile, qui forme à peu près la terre végétale du ci-devant Limousin. L’air est plus froid, le caractère moins gai ; les mœurs, les habitudes, les productions, l’idiome sont différens.

On cultive à peu près les quatre douzièmes de la terre en grains de toute espèce, tels que le blé, le seigle, l’orge, le maïs ou blé d’Espagne, le sarrasin ou blé noir.

Quatre douzièmes sont employés à la culture des vignes ; le reste est en prairies, bois, terres incultes, ou landes et rochers.

On cultive également la pomme de terre dans une grande partie du département, mais c’est en petite quantité : elle sert en partie, avec les châtaignes, qui abondent dans l’arrondissement de Confolens, à nourrir les indigens, et l’excédent est employé à engraisser des porcs, dont on tire grand parti, en les vendant pour Rochefort, Bordeaux, et même pour l’Espagne.

Le lin et le chanvre sont aussi cultivés, et notamment dans l’arrondissement de Ruffec ; mais on n’en fait que pour les besoins : leurs produits sont d’une qualité inférieure.

Le safran était autrefois une branche de culture avantageuse pour ce département : on calculait son produit dans le commerce, à environ 36,000 liv. L’Angoumois en produisait jusqu’à 2,000 liv. pesant : elle a beaucoup diminué depuis, l’hiver de 1766 ayant gelé tous les ognons. Cependant elle est encore en vigueur dans les communes de Balzac, Champniers, Salles et Bayers. On expédie le safran pour Lyon, l’Allemagne et la Hollande.

Les truffes doivent être regardées comme une production assez importante de ce département, par le prix qu’on y attache dans la consommation. Elles se trouvent principalement dans les vignes, dans les terres labourables et les chaumes, presque toujours dans le voisinage des chênes, des genévriers, de l’épine noire, des noisetiers ou des charmes. Vient-on à abattre quelqu’un de ces arbres, la truffière disparaît et périt avec lui : c’est ce qui a accrédité l’opinion générale du ci-devant Angoumois, que les racines et l’ombre du chêne produisent les truffes, et que les autres arbres dont on parle ci-dessus, les produisent aussi, mais d’une qualité moins estimée.

Les landes qui se-trouvent dans l’arrondissement de Barbezieux, du côté de la route de Bordeaux, sont en grande partie susceptibles de culture ; pour les fertiliser, il ne faudrait que des bras et des capitaux : jusqu’à présent elles n’ont produit que des pacages pour les bestiaux, mais en général d’une mauvaise qualité. Celles qui existent dans l’arrondissement de Confolens, et qui prennent près d’un tiers de sa surface, sont généralement moins susceptibles d’être utilisées. Elles sont presque toutes arrosées par des eaux sauvages, stagnantes, auxquelles il faudrait procurer de l’écoulement pour en tirer parti. Le peu qui n’est point submergé par les eaux, sert à nourrir une petite race de moutons faible et chétive, qui s’estime, dans les métairies, à un franc la pièce. Dans plusieurs localités, on en tire parti pour le pacage du bétail, dont l’arrondissement de Confolens fait un grand commerce.

Les vins et les eaux-de-vie sont les productions les plus précieuses de ce département : quelques cantons produisent du vin d’une très-bonne qualité, et qui se conserve assez long-temps. L’excédent de la consommation trouve des débouchés utiles dans les départemens des Deux-Viennes, et dans les besoins de la marine à Rochefort.

Mais c’est vers la fabrication des eaux-de-vie que se dirige principalement l’industrie des propriétaires de vignobles. Ces eaux-de-vie, justement renommées sous le nom d’eaux-de-vie de Cognac, étaient anciennement un objet d’exportation, jusqu’à concurrence de quinze mille pièces de vingt-sept veltes (environ deux hectolitres). Ou assure que ce produit est diminué au moins d’un sixième depuis la révolution. L’Angleterre, la Hollande, l’Allemagne, les villes anséatiques, la Russie, les Etats-Unis d’Amérique, offraient des débouchés avantageux. Il est à désirer qu’à l’époque de la paix générale, les droits imposés à l’entrée sur les eaux-de-vie dans l’étranger, soient réduits, et contribuent ainsi à augmenter la consommation, et par une suite nécessaire nos exportations. Le commerce et l’agriculture, intéressés à cette mesure salutaire, réclament l’appui du gouvernement, au moment où les négociations et la conclusion des traités de paix lui permettront de s’en occuper, et ils le font avec toute la confiance qu’inspirent les grandes vues et les talens éminens des magistrats qui gouvernent la République.

Agriculture et bestiaux

L’agriculture s’est constamment perfectionnée dans la révolution. La terre, débarrassée des entraves qui enchaînaient ses productions, semble les fournir plus libéralement. Le travail, qui double les produits, a augmenté en proportion de la liberté qu’a eue le cultivateur, et de l’aisance qu’il a éprouvée. Mais rien n’a plus servi l’agriculture, que la disette qui a régné pendant 1793 et 1794 ; elle a forcé, en quelque sorte, par la nécessité, la routine des cultivateurs à essayer de nouvelles cultures. La pomme de terre, les plantes farineuses ont été généralement cultivées, et ont suppléé aux grains, qui, dans les meilleures années, ne peuvent fournir à sept mois de consommation ; elle a alimenté des bestiaux qui ont donné de l’aisance, fourni des engrais et des alimens. La division des propriétés et la vente des domaines nationaux ont également servi l’agriculture ; et c’est dans ce département surtout qu’on peut juger combien cette division des propriétés lui est favorable dans beaucoup d’endroits, et surtout dans les environs des villes. On ne connaît plus le nom de jachères. La terre cultivée assidûment, et renouvelée en quelque sorte par la variété des semences qu’on lui confie, rapporte chaque année le tribut de ses productions. Dans les communes éloignées des villes, on a diminué les jachères, on a formé des prairies artificielles de luzerne et de sainfoin, qui contribuent à entretenir les domaines des bestiaux nécessaires à leur culture, et à faire des élèves.

Les bœufs de la Charente sont de la moyenne encolure ; les métayers les soignent avec beaucoup d’attention, et en tirent un grand parti pour les travaux et pour les foires, où ils les vendent avec une portion du bénéfice à leur profit. Il y a en général peu de troupeaux : la race des moutons est faible, excepté du côté de Barbezieux, où elle est de la taille ordinaire, et de plus d’une excellente qualité. Généralement on s’occupe peu de cette branche importante de l’économie agricole ; cependant la laine du pays sert à vêtir en grande partie les cultivateurs, métayers et colons du département.

L’arrondissement de Confolens fait aussi beaucoup d’élèves ; mais comme il n’a guère d’autres pâturages que des landes et des bruyères, on supplée par des raves et des patates à la nourriture des bestiaux. Les bœufs de ce pays sont vendus ensuite pour la Haute-Vienne, où on les engraisse pour la consommation, et même pour l’approvisionnement de Paris.

Forêts et bois

Les forêts du département de la Charente sont celles de Bouex, de Tusson, de Ruffec, au nord d’Angoulême, de Braconne, de Quatre-Vaux, de Bélair, de Chasseneuil, de Brigueuil, d’Horte à l’est : au midi et à l’ouest, celles de Dirac, de Chardin de la Grande-Garenne, de Marange et de Jarnac. Ses bois sont ceux de Brillac.de Bois-Blanc, de la Magdeleine, d’Availles de la Palu.

Beaucoup de ces domaines sont acquis à la République par les lois sur les émigrés, et sont l’objet des réclamations de plusieurs familles. Ils sont peuplés principalement de chênes noir et blanc. La Braconne, l’Horte et la Bouex sont les seules qui présentent des ressources pour la marine. La principale exploitation est en taillis. Quelques propriétés particulières pourraient offrir des bois de construction intéressans, mais les propriétaires les soustraient facilement au marteau de la marine.

Le bois de construction et le bois merrain proviennent en plus grande partie des départemens environnans. On éprouve ici en général, comme dans toute la République, le besoin d’un bon code forestier, pour conserver à la France les précieux restes de ses richesses en bois, qui, s’ils ne sont l’objet d’une surveillance rigoureuse et prévoyante, finiront par nous livrer à une disette effrayante, et d’autant plus funeste, que l’on aura plus de raison d’en accuser la génération actuelle. On réclame de toutes parts l’exécution des sages et bienfaisantes dispositions de l’ordonnance de 1669, combinées d’après les lois actuellement constitutives de la République. Ces réclamations sont véritablement un vœu national que le gouvernement ne peut, ni ne veut méconnaître : en conséquence on espère qu’il s’empressera d’y déférer dans la présente session législative.

Minéralogie

Plusieurs mines de fer sont en pleine exploitation dans ce département, et fournissent aux travaux des fonderies de Ruelle. Combiers, Lamotbe, Mont-Tizon, Champ-Laurier et Taisé-Aisie. Les mines ne suffisent pas entièrement à ces six établissemens ; mais celles de la Dordogne y suppléent. Le territoire le plus abondant en mines du département, est la plaine des Adjots ; elles s’y trouvent en globules détachés, dont la grosseur varie : souvent ces globules sont réunis et forment masse, en veines ou filons plus ou moins considérables. Ces filons, plus ou moins riches, sont inclinés en tous sens, souvent horizontaux ; les ouvriers les suivent par-dessous terre, ou à une très-petite profondeur. La mine rend en fer fondu, pour former la gueuse, environ moitié de son poids, et le fer battu qui en résulte, est d’une excellente qualité.

Outre les mines de fer, on prétend qu’il en existe de plomb et une d’antimoine. On remarque des masses de quartz du côté de Confolens.

Du côté de Cognac, on trouve une carrière très-abondante de gypse, vulgairement appelé plâtre. La profondeur de cette carrière est d’environ six mètres : elle fournis du gypse de trois qualités distinguées par les. minéralogistes, du gris, du blanc et du lard. On assure que cette carrière peut se comparer, pour la qualité, à celle de Montmartre.

Parmi les ouvrages de la nature que le département offre à l’œil de l’observateur éclairé, on ne doit point omettre les grottes et les cavités qui se rencontrent le long du cours de la Tardouère et du Bandia. C’est surtout dans les collines qui bordent le lit de ces rivières, et qui sont formées de rochers dont la masse parait avoir été, à diverses fois, remuée et bouleversée, que se sont formées des caves immenses, dont les profondeurs offrent le spectacle le plus singulier et le plus étonnant. Parmi les cavernes, on distingue celles de Rencogne, à 5 kilomètres de la Rochefoucauld. L’ouverture principale se trouve à quelques mètres au-dessus du cours de la Tardouère, qui coule au pied de ce coteau : l’entrée en est basse et sombre. Parvenu à quelque distance, ou se voit dans de vastes caveaux, dont on aperçoit à peine les voûtes de rocailles en pendentifs, en culs de lampes, en couches détachées les unes sur les autres, de mille formes variées. On s’avance en suivant les issues qui se présentent entre les rochers suspendus aux voûtes, et ceux qui couvrent le sol, et dont les pointes se réunissent en plusieurs endroits, et rendent le passage étroit et difficile. A la clarté des flambeaux (seul moyen d’éclairer ces ténébreuses demeures), on parvient à des souterrains remplis de stalactites de différentes couleurs et de différente nature, qui produisent, par la réflexion de la lumière, l’aspect le plus brillant et le plus riche. On jouit constamment, dans ces cavernes, d’un air tempéré, doux et bienfaisant, comme celui d’un appartement bien clos. Un ruisseau qui les traverse, et qui gronde entre les rochers et les précipices, augmente encore l’étonnement et l’admiration dont on est saisi en les parcourant. On n’a pu encore bien déterminer la longueur et l’étendue de ce vaste et extraordinaire souterrain, dont on attribue la formation aux infiltrations des eaux à travers les rochers ; dont le sol de la colline de Rancogne est composé. A cette première cause, qui seule n’aurait pu suffire à former cet étonnant phénomène, on doit encore ajouter les débordemens de la Tardouère, qui ont souvent rempli ces énormes cavernes, et entraîné les terres qui unissaient ensemble les différentes couches de rochers inclinés en tous sens, dont se compose le coteau. Cette cause est d’autant plus probable, que les gouffres dans lesquels se perd la Tardouère, tout le long de son cours, bordent son lit le long du flanc de ce coteau, et que l’eau, dans les débordemens, a souvent bouché la grande ouverture d’entrée du souterrain, sur laquelle on voit encore aujourd’hui tracé, par la nature, le niveau des eaux qui y sont entrées dans les hauteurs qu’elles ont atteint, suivant les degrés des débordemens. Quoi qu’il en soit, les grottes de Rancogne méritent l’attention des naturalistes, par la nature, la forme, la couleur et la singularité des concrétions pierreuses qu’elles renferment, et par l’étonnant assemblage des rochers, des voûtes, des masses, des pyramides, des infiltrations, des précipices, des cavités qu’elles présentent ; c’est un diminutif des fameuses grottes d’Arcy, décrites au mot Grottes, dans le Dictionnaire des Sciences, avec lesquelles celles de Rancogne paraissent avoir une grande conformité. Elles doivent d’autant plus intéresser, qu’elles n’ont point encore été décrites, et qu’elles pourraient donner, sur la formation des pierres et sur l’effet de la filtration des eaux, de nouvelles lumières, que le progrès des sciences, depuis un siècle, rendrait encore plus utiles et plus sûres.

Les gouffres qui bordent le cours du Bandia, sont encore plus nombreux et plus marqués que ceux où se perd la Tardouère.

Il s’en trouve un, entre autres, près du village de Chez-Robi, formé en entonnoir ou cône renversé, qui suffirait pour engloutir toute la rivière, si elle n’était retenue par une digue qui en détourne son cours. Les eaux qui s’échappent à travers cette digue, se précipitent dans le gouffre avec un bruit effroyable, et à une profondeur incalculable : cette perte des eaux du Bandia et de la Tardouère, a donné lieu à quelques naturalistes de penser que ces deux rivières, réunies clans les flancs des rochers, remontaient ensemble à la surface de la terre pour reprendre le niveau de leur cours, et former la source de la Touvre. On a appuyé cette opinion de raisons assez plausibles, tirées de la couleur des eaux de cette dernière rivière qui se trouve limoneuse, saumâtre et trouble, malgré la sérénité du ciel, quand il a tombé quelqu’orage dans les pays arrosés par le Bandia ou la Tardouère : l’état presque toujours invariable du cours de la Touvre, et la hauteur uniforme de ses eaux, sembleraient militer contre l’origine qu’on leur donne, puisque pendant presque tous les étés, le Bandia et la Tardouère se trouvent à sec. Au reste, quelqu’effet plus marquant viendra peut-être un jour éclaircir cette question ; mais on ne peut se refuser à reconnaître une grande conformité entre les grottes de Rancogne, et le gouffre qui forme le bassin de la source dormante de la Touvre. Les voûtes de ces grottes présentent des cônes hérissés jusqu’à leur sommet de roches transversales. Le gouffre de la Touvre est aussi un cône, mais un cône renversé, dont la base forme le bassin de la rivière, et dont le fond paraît dans les beaux temps traversé par une infinité de pointes de rochers les uns sur les autres. La sonde que des observateurs ont jetée, dans ce bassin, sans pouvoir en déterminer au juste la profondeur, en est rarement revenue, toujours obstruée au retour par les rochers, lorsque, par l’effet de sa pesanteur et de sa forme, elle avait pu pénétrer dans l’intérieur du gouffre.

Routes

La principale route du département de la Charente est celle de Paris en Espagne par Bordeaux, qui le parcourt dans sa plus grande étendue. L’importance de cette route de première classe est généralement connue. La longueur de cette route sur le territoire de la Charente, est de 101,960 mètres.

Les autres sont :
- 1°. Celle de Lyon à Rochefort par Yzeron, Fleurs, Thion, Clermont, Aubusson, Bourganeuf, Limoges, Saint-Junien, Angoulême, Cognac et Saintes : sa longueur, sur le département de la Charente, est de 115,143 mètres. (Cette route peut être considérée comme de première classe de celles qui ne partent pas de Paris).
- 2°. Celle de Rochefort à Brive, depuis Angoulême, par la Rochefoucauld, Mareuil, Brantôme, Périgueux et Terrasson : sa longueur, sur le département, est de 30,000 mètres. (Cette route est faite sur le département de la Charente, dans une longueur d’environ 10,000 mètres. Le surplus dans le département n’est pas ouvert).
- 3°. Celle de Limoges à Saumur, depuis Etagnac, à une lieue avant Chabanais, par Confolens, Availles, Geneay, Poitiers, Mirebeau et Loudun : sa longueur, sur le département, est de 13,000 mètres. (Cette route est ouverte d’Etagnac à Confolens, ou environ les deux tiers de sa longueur).
- 4°. Celle de Saint-Jean-d’Angely à Libourne, depuis Saint-Hilaire jusqu’à la Roche-Chalais, par Cognac, Archiac, Barbezieux et Chalais : sa longueur, sur le département, est de 36,000 mètres. (Cette route n’est point tracée, mais elle est fréquentée dans l’été).
- 5°. De Royan à Barbezieux, par Pons : sa longueur, sur le département, est de 5,000 mètres.
- 6°. Celle de la Rochelle à Limoges, par Surgères, Saint-Jean-d’Angely, Matha, Saint-Cybardeaux et Angoulême : sa longueur, sur le département, est de 16,000 mètres. (Celte route est ouverte en grande partie).
- 7°. Celle d’Angoulême à Vars et Montignac : sa longueur est de 8,000 mètres. (Cette route est ouverte d’Angoulême à Vars).
- 8°. Celle de Saint-Cybardeaux à Chasseneuil, par Vars et le Pont-d’Agris : sa longueur est de 16,000 mètres. (Elle est ouverte en partie ).
- 9°. Celle de Mansle à Montbron, par Coulgens, la Rochette, le Pont-d’Agris et la Rochefoucauld : sa longueur est de 18,000 mètres. (Elle est ouverte).
- 10°. Celle de Mansle à Cyvray, par Verteuil et Bieuzat : sa longueur, sur le département, est de 8,000 mètres. (Elle est ouverte).
- 11°. Celle d’Angoulême au port de Basseau sur la Charente : sa longueur est de 4,000 mètres.
(Cette route est faite).

Une partie de ces routes, faites et améliorées par les soins d’un des premiers administrateurs qu’ait eus la France, du respectable Turgot, ne présente plus que des ruines et des dégradations. Ce qui nuit surtout dans ce moment, dans toute l’étendue de ce département, au bon état des routes, c’est la multitude des empiétemens que se permettent les riverains. On a totalement méconnu les lois et les règlemens sur la police de la voirie. On bâtit, on laboure, on plante jusque sur les accotemens des chemins publics ; en vain l’administration s’efforce de faire revenir aux principes et à l’exécution des lois. L’autorité est méconnue par des hommes, accoutumés au désordre, et qui y trouvent leur intérêt. On dresse des procès-verbaux pour constater les délits j mais l’autorité judiciaire les laisse sans suite, et encourage, par ce moyen, les délinquans. Le seul remède à ces maux qui s’aggravent, est de donner la connaissance et la répression de ces délits au conseil de préfecture de chaque département.

Manufactures et commerce

Les principales fabriques de ce département sont les papeteries et les fonderies.

Avant la révocation de l’édit de Nantes, on comptait, dans le ci-devant Angoumois, soixante-dix cuves sur les différentes rivières des environs d’Angoulême. Il n’en reste plus que vingt-huit. Les fabricans, expulsés par cette désastreuse mesure, portèrent en Hollande leur industrie : elle y trouva protection et encouragement. Cette fabrication devint bientôt une source de prospérité pour les Hollandais, chez qui elle est encore très-florissante. Les fabriques de l’Angoumois eurent peine à soutenir cette concurrence, et la fabrication tomba dans un découragement dont elle ne s’est relevée depuis que par les soins actifs de l’inspecteur des manufactures, Desmarets, membre de l’académie des sciences, qui encouragea les propriétaires principaux des moulins à papier, à se servir de cylindres au lieu de marteaux, pour broyer et réduire les matières. Turgot, alors intendant de la généralité de Limoges, accorda une protection marquée à ces utiles établissemens. Plusieurs reçurent du gouvernement des avarices, et le commerce du papier prit un accroissement avantageux. On calculait, avant la révolution, les bénéfices nets de cette branche d’industrie à un revenu de 70,000 liv. par an pour la province de l’Angoumois.

Aujourd’hui, les avantages de cette fabrication sont considérablement réduits. Le prix de la main d’œuvre a augmenté, les débouchés ont cessé par l’interruption de rapports de la France avec les pays étrangers qui tiraient le plus de papier. La consommation, qui paraissait d’abord avoir augmenté dans les premières années de la révolution, a effectivement diminué par la cessation des exportations à l’étranger. La paix et le rétablissement de nos relations commerciales peuvent donner un nouveau lustre à ce commerce, et le rétablir dans sen état primitif.

Les fonderies et les forges de ce département sont celles de Ruelle (établissement national de première classe pour la fonte des canons), de Combiers, de Lamothe, de Montizon, de Champ-Laurier et de Taisé-Aisie, dont nous avons parlé dans l’art, de Ruffec.

La plupart des fers forgés par les derniers établissemens, sont consommés par la forge de Ruelle pour les canons, et par la forge d’Indret, département de la Loire-Inférieure.

L’établissement de Ruelle-sur-la-Touvre se compose de quatre fourneaux pour fondre les canons, dont deux sont à réverbère, et construits sur les plans et méthodes nouvellement adoptés. On admire, avec raison, le mécanisme simple des machines destinées à forer et tourner les canons, à en scier les têtes, à tirer le canon de la cuve. La halle pour le charbon fixe l’attention, par la construction simple et bien entendue de sa charpente. Cette fonderie si intéressante pour le port national de Rochefort, fut établie par le ci-devant marquis de Montalembert, qui la vendit à un ci-devant prince français. Un échange fait en 1777, en fit passer la propriété au gouvernement, qui, depuis ce temps, l’a toujours gérée pour son compte. La forêt de Braconne alimente cette fonderie, qui depuis un an languit dans une fâcheuse inactivité.

Le fer fondu et forgé dans les autres forges, se consomme, partie dans le département, partie dans les départemens voisins. C’est un objet d’exportation.

Les eaux-de-vie, le bois inerrain, les barriques, le sel, le bétail, forment autant de branches de commerce pour le département de la Charente.

Le sel transporté à Angoulême par la Charente, et provenant des marais de la Charente-Inférieure, trouve dans les magasins des négocians de l’Houmeau, un entrepôt d’où il alimente les départemens de l’intérieur. On évaluait, avant la révolution, le capital de ce commerce pour Angoulême, à 1,125,000 fr. par an, qui pouvait donner en bénéfice, à peu près 70,000 fr.

La liberté du commerce et la concurrence de ceux qui le font, ont considérablement diminué les bénéfices, quoique la consommation soit toujours à peu près la même.

Il existe clans ce département quelques fabriques de grosses étoffes en laine, à l’usage des habitans de la campagne ; une fabrique de faïence : mais ces établissemens sont encore loin de la perfection à laquelle ils pourraient prétendre.

Antiquités

Le seul vestige d’antiquités qui se rencontre dans ce département, est le camp du fort Sévère, construit par les Romains, dans la commune de ce nom, canton de Jarnac. C’est un carré parfait, entouré de retranchemens, et baigné par la petite rivière de Sonnoire : il pouvait contenir 10,000 hommes.

On voit encore près de Cognac une éminence ou fort, dont la construction est attribuée à Jules-César. Le nom du village où il se trouve, semble donner quelque poids à cette opinion. Merpins a beaucoup d’analogie avec les deux mots Mare pictum, qui, dit-on, désignent, dans les Commentaires de César, le fort dont il est question, parce que, dans l’hiver et dans les débordemens de la Charente et du Né, les deux vallons dominés par cette éminence sont remplis d’eau, et paraissent une vaste mer. On admire encore dans la campagne de Cognac, un chemin fait par les Romains, et qui s’est parfaitement conservé jusques à ce jour.

Un homme de lettres du département de la Charente-Inférieure vient d’entreprendre de donner un recueil des monumens anciens de la ci-devant Saintonge. Cette entreprise utile au progrès des sciences, à la connaissance de l’antiquité, donnera lieu sans doute d’approfondir l’origine des ouvrages attribués aux Romains, et que la tradition seule paraît avoir jusqu’ici consacrés sous ce nom. Ce sera un motif de plus pour les amis des arts, de s’attacher à les connaître, et à y trouver des preuves des faits héroïques qui signalaient à cette époque la première puissance du monde.

Angoulême, 15 brumaire an 9.

DELAISTRE.

Par le Préfet, Le secrétaire général, LAVAUZELLE

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