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1844 - Chassenon (16) : Description du site archéologique par l’abbé J.-H. Michon

D 19 juillet 2008     H 01:48     A Pierre     C 0 messages A 2701 LECTURES


Dans sa Statistique Monumentale de la Charente, l’abbé Michon décrit avec minutie l’état des fouilles de Chassenon. Même si parfois le rédacteur se laisse un peu entraîner par son imagination, son témoignage nous plonge dans les méthodes archéologiques en vigueur au milieu du 19ème siècle.

Parmi les points les plus contestés actuellement : Chassenon bâti sur un ancien volcan et le chapitre sur la Sibylle et son antre.

Source : Statistique monumentale de la Charente - J. H. Michon - Paris - 1844

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Chassenon, Cassinomagus

Il n’y a pas à douter que le Cassinomagus de la Table Théodosienne ne soit le Chassenon moderne.

Les ruines d’un palais immense, d’un amphithéâtre, d’un temple, de bains, le nombre infini d’urnes, de médailles trouvées à différentes époques, ne laissent aucune incertitude à cet égard. On peut donc avancer que Cassinomagus, ville de second ordre, qui n’était pas, comme Limoges, Poitiers, Périgueux et Angoulême, un chef-lieu de cité, était cependant une ville d’une grande importance.

J’ai marqué sur la carte un circuit triangulaire irrégulier qui m’a paru avoir formé l’enceinte de la ville romaine. Cet emplacement qui se reconnaît facilement aux débris de tuiles à rebords dont il est couvert, a dans sa plus grande longueur un kilomètre et demi. Si l’on se rappelle que les capitales des cités dans les Gaules, à en juger par les vestiges qu’on a étudiés, étaient de peu d’étendue, on placera Cassinomagus non plus parmi les mansions ou relais établis sur les voies antiques, mais au rang des villes déjà connues de la seconde Aquitaine.

Un problème se présente d’abord à l’esprit en parcourant ces champs cultivés, tout parsemés de débris de tuiles à rebords. On se demande comment les pierres qui construisaient une ville entière ont pu disparaître dans les maisons d’une petite bourgade.

Le bourg de Chassenon n’occupe pas un cinquième de cette surface, couverte de débris antiques. La population peu nombreuse qui échappa aux invasions, se groupa autour du cimetière et de l’église chrétienne. Les monuments de Cassinomagus devinrent les carrières où, pendant quatorze siècles, l’on vint de tous les lieux du voisinage, chercher les blocs de grand appareil qui formaient les revêtements extérieurs des murs. Le bourg de Chassenon est tout bâti de ces blocs. Chaque fois encore qu’en labourant, le soc de la charrue est arrêté par quelqu’une de ces larges assises, on se hâte de l’extraire à l’aide du levier. Puis avec les coins de fer et la massue, le bloc est partagé en quatre ou six morceaux qui vont se perdre à l’angle de quelque nouvelle chaumière.

La découverte de ces blocs est toujours une bonne fortune pour le propriétaire du champ où ils étaient enfouis.

L’emplacement de la ville antique est facile à reconnaître, d’abord à la présence des nombreux fragments des tuiles à rebords, ensuite à la couleur et à la fertilité de la terre. Le noyer, qui se trouve rarement dans les communes circonvoisines, s’y complaît et y acquiert une grande beauté. L’on sait que cet arbre aime les terrains chauds et chargés d’humus. La couleur de la terre est généralement noire, pendant que, en dehors de l’enceinte des habitations antiques, elle est jaune ou rougeâtre.

Chassenon est bâti sur un volcan éteint dont un des cratères principaux forme la hauteur qui domine la ville antique. Ce monticule, sur lequel une vigne fut plantée autrefois, ne présente plus qu’un terrain desséché et peu propre à la culture. Au centre, est l’immense carrière qui a fourni les blocs aux constructions de Cassinomagus et des lieux circonvoisins. Les autres carrières du pays étant de granit sont exploitées difficilement. C’est ce qui explique la valeur de la pierre de Chassenon, quoique poreuse, friable et de peu de résistance par son manque de dureté.

Rien n’indique à Chassenon une enceinte fortifiée, comme à Saintes, à Bordeaux, à Angoulême. En général, les villes gallo-romaines, dans l’intérieur des provinces, n’avaient point de fortifications. On reconnaît aujourd’hui que les remparts de Bordeaux, de Périgueux, de Saintes, entièrement formés de blocs des temples et des autres monuments publics, sont postérieurs à l’époque de prospérité paisible de ces villes. Dans le moment du danger, quand les Barbares ont envahi les provinces-, on a pris à la hâte les premiers matériaux qui se sont présentés. Les temples païens, devenus odieux depuis l’introduction du christianisme et déjà croulants de toutes parts après leur abandon, présentèrent leurs larges assises toutes prêtes à être appareillées. Les villes gallo-romaines n’ont eu de remparts qu’au moment où elles ont été menacées des invasions.

Pour procéder avec ordre dans nos études sur Chassenon, nous allons parler successivement du palais, du temple, des arènes, des bains, du cimetière et des aqueducs.

1° - Le Palais

On en voit tes ruines à l’extrémité de Chassenon, au levant1 Il se compose d’une enceinte en parallélogramme rectangte, et du palais proprement dit, connu sous le nom vulgaire des Caves de Longea, au milieu de l’enceinte. (Voy. le plan A.)

Dans une lettre adressée à l’abbé Lebœuf, en 1748, Nadaud donne pour longueur au mur de cette enceinte 738 pieds. Beaumesnil et Cornuau qui visitèrent Chassenon en 1779 ou 1780, trouvèrent à ce mur, en le mesurant jusqu’à un taillis qui subsiste encore à l’est, 1925 pieds. Cette partie de l’enceinte a été entièrement démolie pour livrer le terrain au labour. Il faudrait donc quelques fouilles pour trouver les fondations du mur à l’est. Dans cette direction, le mur se voit encore au point a  ; mais au delà, vers le taillis dont parle Beaumesnil, il n’y a plus de traces visibles au-dessus du sol.

La largeur de l’enceinte qu’il est facile de mesurer est de 220 mètres. Des parties considérables sont encore debout aux points b,b,b,b,b , et les fondations au niveau du sol aux points c,c,c . Le mur d’enceinte a 1 mètre 15 cent. d’épaisseur, et dans beaucoup d’endroits il s’élève à une hauteur de 4 mètres. J’ai fait sur la construction de ces murs une remarque qui me paraît importante, parce qu’elle tient à l’emploi des ciments.

Ces murs sont tellement compacts que, rongés à leur base par l’humidité et le salpêtre, ils ne tombent que lorsque cette base amincie est trop faible pour soutenir la masse entière du mur. Tant qu’ils ne tombent pas pour cette unique cause de destruction, vous n’y pouvez découvrir la moindre lézarde. Et cependant ils présentent cette singulière particularité que dans leur hauteur, de distance en distance, on voit des lignes horizontales de séparation, semblables à celles de longs blocs de pierre superposés sans ciment. L’air a nécessairement exercé son action sur les bords de ces parties mal jointes. De grands fragments de ce mur en petit appareil se montrent ainsi placés les uns sur les autres sans être liés par aucun ciment.

Voici comment je me suis expliqué ce problème de construction. Les ouvriers ne préparaient de ciment que celui qu’ils pouvaient employer dans une journée ou dans un temps donné. Lorsque, le lendemain ils en préparaient de nouveau, la surface du mur nivelée de la veille s’était rapidement durcie. La nouvelle couche de ciment placée sur cette surface, n’y adhérait pas d’une manière aussi complète que les couches fraîches du même ciment adhéraient entr’elles. Il est arrivé que l’air qui n’a pas pu diviser les masses formées du même ciment a pourtant pénétré entre les couches moins homogènes des ciments superposés après un certain intervalle de temps.

Toutes les murailles de l’enceinte du palais sont en moellons plats noyés dans le ciment, et très-fréquemment inclinés tantôt à droite, tantôt à gauche, ce qui présente à l’œil l’appareil à ailes de fougère. C’est du reste le même genre de construction que celui des murs du palais qui subsistent au nord, et dont la carte donne une vue (Voy. le N° 3 de la carte).

Comme le terrain occupé par l’enceinte du palais est un peu incliné du sud au nord, on remarque encore très-bien les nivellements des terrains du jardin à l’ouest ( e,e ).

Le palais, placé au milieu de l’enceinte, présentait au sud une façade de 91 mètres sur laquelle un avant-corps ( f ) de 15 mètres servait probablement de vestibule.

Il serait impossible sans des fouilles considérables, d’assigner une destination quelconque aux diverses pièces du rez de-chaussée. Je ne pourrais me livrer, sur ce sujet, qu’à de vagues conjectures que des fouilles sur le terrain viendraient détruire plus tard ; mais ce qui peut présenter un intérêt réel, c’est la description des caves du palais. Toute cette partie de l’édifice, teinte en noir sur le plan, a été mesurée avec exactitude. On y descendait, du vestibule sans doute, par un large escalier dans un emplacement ( u ) occupé aujourd’hui par un noyer.

L’entrée ( g ) est considérablement obstruée, et ce n’est qu’en rampant qu’on peut y pénétrer. Cette entrée, comme l’entrée opposée ( q ) est en plein-cintre et en briques. Vous vous trouvez bientôt dans le corridor central ( h ) qui a 12 m. 57 cent. de longueur sur 205 de largeur. De chaque côté, quatre portes à cintre très-surbaissé formé de briques (Voy. sur la carte le n° 2) donnent entrée à autant de caves qui ne reçoivent de dehors aucune lumière. Chacune des caves est voûtée en plein-cintre. Les murs du fond (Voy. le n° 5), ainsi que les murs perpendiculaires, sont en petit appareil carré long régulier, entouré d’une couche épaisse de ciment. Les voûtes au contraire sont en moellons noyés dans le ciment, de telle sorte qu’on n’aperçoit que l’empreinte des planches qui formaient l’échafaudage des voûtes. Cette manière de faire les voûtes s’est continuée jusqu’au moyen-âge. Les coupoles de Saint-Front de Périgueux ont été construites par ce procédé : on commençait par étendre sur les planches des échafaudages une couche épaisse de ciment qui s’unissant aux couches transversales dont chaque moellon était entouré, formaient en se durcissant une masse compacte d’une extrême solidité. Les quatre caves du Levant ( i,i,i,i ) ont, en partant du sud, les dimensions suivantes :

Longueur 10m 25c. Longueur 10 m 45 Longueur 10 m 40 Longueur 10 m 65, sur 2m de largeur.

Ces caves ne communiquent point entr’elles : elles n’ont d’autre issue que la porte d’entrée.

Celles de l’ouest ( j ;j,j ;j , ont la même largeur, mais la longueur est différente. Elles ont, en partant du sud : Longueur 8 m 50c.Longueur 8 m 50. Longueur 8 m 40. Longueur 8 m 10.

Ainsi que les autres, ces caves n’ont entr’elles aucune communication ; seulement l’instinct de la curiosité a porté à percer le fond de la dernière cave au point k. On a fait avec infiniment de peine, dans ce ciment aussi dur que le granit, un trou fort étroit dans lequel un homme passe avec difficulté. On a découvert alors les trois caves ( l, l, l ) qui ont des dimensions plus considérables que celles qui aboutissent au corridor central.

Elles ont, en partant du sud : Longueur 15m 58c ; Longueur 15 m 58, Longueur 14 m 50 sur 2m 14c de largeur.

Un enfoncement muré ( n ) donnait sans doute communication à d’autres caves ou était probablement l’entrée par laquelle on y pénétrait : Ces trois caves communiquent entr’elles par les portes ( m, m ) qui ont une singulière conformation et s’ouvrent obliquement. Il est bien probable que dans les emplacements correspondants ( o, p ) il se trouve des caves semblables à celles que nous venons de parcourir.

Les voûtes de ces caves, quoique exposées depuis tant de siècles, à l’infiltration des eaux, ont une telle solidité que l’instrument le plus dur ne peut les attaquer qu’avec de grands efforts.

Ce qui reste des murs du palais, à l’angle (t) et au point (g) montre un cordon de briques formant une assise de nivellement placée partout à la même hauteur. Ce rang d’assises en briques disparaît aux murs extérieurs. (Voy. le plan partiel n° 3, et aux murs d’enceinte b, b, b, b , plan général.)

Deux fragments considérables des murs extérieurs du palais se voient aux points ( r,s ) et dans le plan partiel n° 3. Comme ils ne sont percés d’aucune ouverture, ne servaient-ils pas d’enceinte à la maison proprement dite, élevée sur les caves, pour former des basses-cours ? Le chemin d’exploitation qui conduit du village de Longea à la grande route de Chabanais à Rochechouart, traverse les ruines entre ces deux fragments. Le plus éloigné à l’est a 11 mètres de longueur à la base sur 3 mètres 20 cent. dans sa plus grande hauteur. L’autre n’a que 7 mètres 50 cent.de longueur, sur une hauteur également de 3 mètres 20 cent. Ces murs sont percés de plusieurs rangs de trous suivant horizontalement la même ligne et séparés verticalement à la distance de 1 mètre 20 cent. Ces trous ont fait longtemps le désespoir des archéologues. Beaumesnil voyait, dans les plus grands, la place des poutres destinées à recevoir les planchers, et, dans les plus petits, les places des crampons où l’on suspendait les armes, « ce qui, ajoute-t-il, ne doit pas sembler étrange dans un proconsulat. [1] » Ces traces ne sont autre chose que la place des soliveaux qu’il est encore aujourd’hui d’usage d’établir à travers les murs pour asseoir des deux côtés les planchers des échafaudages. Cette explication eût paru trop simple au correspondant de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Ces murs ont 1 mètre 20 cent, d’épaisseur, ce qui est, en général, l’épaisseur des autres murs du palais. Dans le plan partiel, n° 4, j’ai cherché à donner des mesures exactes. Les erreurs qui s’y trouveraient, et que je serais content de voir rectifier plus tard, tiennent à la difficulté de pouvoir sur des murs éboulés et couverts de gazon, découvrir les angles et les parements extérieurs. Il faut pour cela des fouilles qui mettent à nu les substructions ; dès-lors on est assuré d’une précision mathématique. Beaumesnil dans ses notes prétend qu’on donnait à ces ruines, dans le pays, le nom de Palais du préfet Cassinius. Je crains bien que ce ne soit une invention de l’académicien qui aura voulu tirer Chassenon de Cassinius. Les ruines ne sont pas appelées autrement que les caves de Longea,

(Caveae longae , les longues caves [2]).
On a bien dû oublier quel personnage avait construit ou habité ce palais. Mais il a été dans le génie des langues de donner à ces ruines le nom de ce qui en subsistait de plus remarquable, les caves allongées qui ont encore une si parfaite conservation.

Je parlerai plus bas, à l’article Aqueducs, des bassins d’eau renfermés dans l’enceinte du palais.

2° LE TEMPLE, appelé Montelu

Des fouilles exécutées en décembre 1844 [3] et .pendant l’année 1845, sur un monticule octogone couvert de débris et de broussailles qui, disait-on, cachait des voûtes souterraines, ont mis à nu les fondements d’un temple antique. Le plan singulier de ce temple, ses vastes dimensions, une caverne artificielle placée dans le sanctuaire, près de l’entrée, probablement destinée à un oracle, attachent le plus grand intérêt à la découverte de ce temple.

Le plan de ce curieux édifice est un octogone formant une vaste galerie ( B,B,B,B ) à laquelle on parvient par quatre rampes ( C, C, C, C ) placées aux quatre points cardinaux et dont on voit la coupe ( c, d ). Cet octogone est un massif de ciment et de moellons placés irrégulièrement, qui s’élève de 2 mètres 94 c. au-dessus du tuf volcanique sur lequel il repose, et de 2 mètres seulement au-dessus des terres végétales qui l’entourent. Il était revêtu de larges assises de pierres qui ont été enlevées avec soin, excepté un certain nombre des premières qui touchent le sol. Ces assises de revêtement sont en lave du volcan de Chassenon, plus ou moins compacte selon les couches où elle a été prise. Le massif est maintenant à nu ; mais il est d’une dureté telle qu’il est difficile de l’attaquer avec les plus forts instruments. La main de l’homme ne peut plus rien en détacher et le temps ne fera que le durcir.

Au centre de l’octogone est la cella ou sanctuaire A, dont le mur est circulaire au dedans et octogone au dehors. Ce mur partage donc le temple en deux parties bien distinctes, le sanctuaire et la galerie. Le soin minutieux avec lequel j’ai pris les mesures de ce temple m’a mis à même de constater que la masse avait été élevée sans aucune précision dans la distance des diverses parties qui se correspondent. Ainsi, par exemple, les distances des angles saillants du mur intérieur qui forment à l’extérieur la galerie octogone, ( i, j, k, l, m, n, o, p ) ont les mesures suivantes : 8 m 82c ; 8 m 82 ; 9 m 10 ; 8 m 72 ; 8 m 88 ; 8 m 88 ; 8 m 82 ; 9 m 10
Même variation dans la largeur de la galerie : 8 m 75c. ; 7 m 60 ; 8 m 45
Même variation dans la largeur des rampes par lesquelles on monte à la galerie : 18 m 56 ; 18 m 25 ; 18 m 67 ; 20 m 10

J’ai attribué ces différences : 1° à ce que les mesures étant prises dans les fondations, elles pouvaient par des retraits successifs devenir plus régulières en s’élevant au-dessus du sol ; 2° à ce que le mur octogone au-dehors et circulaire au-dedans était couvert d’une couche épaisse de ciment destinée à recevoir les marbres de revêtement. On avait pu rectifier les mesures, en donnant à cette couche plus ou moins d’épaisseur.

Je donne cette seconde explication, quoiqu’elle me paraisse à moi-même assez peu satisfaisante [4].

Le mur du sanctuaire est construit en petit appareil régulier, semblable à celui des caves (plan général, détails, n° 5). Mais le ciment, soit qu’il ait souffert de l’infiltration des eaux, soit qu’il n’eût pas de qualité, ne présente qu’une construction peu solide ; en sorte que cette partie de l’édifice se trouvant, depuis les fouilles, dégarnie, exposée à la pluie et à la gelée, croulera bientôt quoiqu’elle ne s’élève guère qu’à 1 m 50c (U, Q). Du reste, l’architecte avait pris ses précautions pour la solidité de ce mur qui probablement supportait une voûte et devait avoir une grande hauteur. Les huit angles extérieurs étaient en briques, et à chacun de ces angles correspondait dans l’enceinte circulaire un pilastre (a, b — h) aussi en briques. Seize chaînes de briques aux points (q, q, q, etc. ) s’élevaient dans la maçonnerie. Ces chaînes de briques ont tenté la cupidité des démolisseurs ; elles ont été enlevées avec le plus grand soin, quoique retenues dans un fort ciment, et aujourd’hui l’espace qu’elles occupaient présente autant de passages étroits que j’avais pris pour autant de portes et dont j’avais vainement cherché la destination.

Le sanctuaire était décoré :
- 1° d’un pavé en marbre dont il existe encore des parties considérables qui n’ont pas été détachées. Ce pavé repose sur une couche de ciment rouge fait en brique pilée de 0m 4c d’épaisseur, qui elle-même est adhérente à une autre couche d’un béton gris excessivement dur, fait de débris de pierres volcaniques. Cette couche de béton, épaisse de 0 m 10c, est placée sur le massif du temple, composé, comme nous l’avons dit, de moellons irréguliers noyés dans un ciment d’une extrême dureté. Chacune de ces couches avait été nivelée avec soin. Les pavés de marbre sont des parallélogrammes rectangles de l m 19c de longueur sur 0 m 55c de largeur. Ils sont alternativement de marbre rouge veiné et de marbre gris blanc à veines micacées. Le dernier surtout est d’une grande beauté.
- 2° D’une plinthe en marbre cipolin qui régnait à la base des murs et dont plusieurs fragments étaient encore à leur place au moment des fouilles.
- 3° De revêtements en marbre qui devaient orner les pilastres, peut-être même le fond des murailles. On peut le conjecturer des débris considérables de pilastres à cannelures, de chambranles, de cymaises, de corniches à moulures de toutes formes, dont on admire les profils extrêmement purs et les courbes du goût le plus délicat.

Un beau bronze trouvé dans une fouille, au milieu du bourg de Chassenon, provenait sans doute du temple et ornait les angles saillants des pilastres. C’est une baguette à grains de chapelet, coupée par une rainure longitudinale dans laquelle entrait l’angle du pilastre. Elle est creuse à l’une des extrémités et se termine de l’autre par un tenon arrondi, destiné à s’engager dans la baguette placée au-dessus. Des trous, faits dans la rainure, recevaient les pitons engagés dans la maçonnerie pour sceller la baguette.

Parmi ces moulures on remarque particulièrement des doucines profilées avec beaucoup d’art. Quelques-unes des corniches où se trouvent ces doucines ont été couvertes d’un enduit épais sur lequel j’ai cru reconnaître des traces de dorures. Tous ces curieux fragments d’architecture d’une époque si intéressante seront déposés au Musée d’Angoulême.

Outre les différents marbres de revêtement trouvés sur le sol du sanctuaire et bien distincts de ceux du pavé en raison de leur épaisseur, les fouilles ont découvert de petites tablettes de porphyre et d’ophite d’Orient.

Quant à l’ordre d’architecture qui décorait l’intérieur de ce sanctuaire, il est impossible de le connaître. Une corniche en marbre blanc d’une grande richesse de sculpture, que nous donnons (planche du temple de Chassenon, n° III), et un fragment de pilastre cannelé [5] dont chaque cannelure a 27 millim. de largeur et chaque côté ou listel 15 millim., indiqueraient ou l’ordre ionique ou l’ordre corinthien, si l’on ne savait pas que, dans l’intérieur des édifices, les Romains ne s’astreignaient pas, comme les modernes, à des règles sévères d’architecture et avaient une décoration de fantaisie dont ils variaient les combinaisons, comme on le voit à Pompeï et à Herculanum.

Voici du reste les fragments les plus importants :
- 1° Frise en marbre blanc de 10 c. de largeur sur 14 c. de hauteur (image 1).
- 2° Fragment en marbre blanc sur lequel on voit une volute ionique. Ce morceau a 15c de longueur sur 8 de saillie. Aurait-il appartenu au chapiteau d’un pilastre ?
- 3° Frise en marbre blanc, ornée de feuille » et de fleurs.
- 4° Autre sculpture en feuillage. Elle présente cette particularité qu’elle a été couverte d’une couleur ou d’un enduit destiné à recevoir une dorure. Le travail en est très-soigné.
- 5° Corniche en marbre blanc. De tous les débris du temple, c’est le morceau le plus délicatement travaillé. En voici le profil et le dessin (planche du temple de Chassenon, n°s III et IV) : Dans le bas un talon ciselé en feuilles d’eau et un filet ; au milieu un quart de rond ciselé en oves et un filet, et dans le haut une doucine ciselée en feuilles d’acanthe et deux filets. Cette corniche a 15c de hauteur perpendiculaire et 17 de saillie ; sa surface supérieure est percée d’un trou pour recevoir le crochet en bronze destiné à la retenir.

Nous avons trouvé plusieurs des crochets en bronze qui servaient à sceller les marbres de revêtement. Ils sont aplatis du côté où ils doivent être placés entre les assises des briques ou dans le ciment. Ensuite ils s’arrondissent et se recourbent pour entrer dans les trous des marbres. Les plus petits (plan du temple, n° VI, 1) ont 14c de longueur ; les plus longs (id. n° VI, 2) ont 24c et sont recourbés du côté où ils sont aplatis. Ils étaient sans doute destinés aux pièces les plus saillantes et avaient besoin d’être retenus avec force dans le ciment. La largeur des pilastres donnerait un moyen facile de connaître la hauteur de l’ordre entier de la décoration intérieure, si l’on pouvait s’assurer qu’il n’y avait pas de piédestal aux colonnes ; mais il est plus probable que les pilastres de 90 qui se voient maintenant, ne sont autre chose que les piédestaux des colonnes. Cependant en supposant que le temple fût d’ordre ionique, et en calculant d’a
près la hauteur de lA CORNICHE EN MARBRE blanc mentionnée plus haut, la colonne aurait eu environ 66c de largeur, ce qui coïnciderait assez bien avec le diamètre des briques rondes dont parle Beaumesnil. Selon moi, ces briques, qui avaient 66C de diamètre, ont dû former les assises de la colonnade extérieure.

Quoique je ne hasarde ces développements qu’à titre d’hypothèse, j’ai mis trop d’application à réunir toutes les données qui pouvaient me mettre à même de trouver à quel ordre d’architecture ce temple a appartenu, pour qu’ils n’aient pas encore quelque valeur. Outre les seize pilastres qui ornaient l’intérieur du temple, quatre niches [6] dont les bases se voient aux points k, k, k, k devaient recevoir autant de statues. Une d’elles était une Victoire, à en juger par L’extrémité d’une aile en marbre blanc, trouvée dans les fouilles (fragment déposé au Musée). Quoique le travail de ce fragment n’ait rien de bien remarquable comme pureté de dessin et habileté de ciseau, ce serait porter un jugement trop sévère que d’apprécier la statue entière sur un détail que les artistes ne regardent que comme très-accessoire.

Nous abordons maintenant ce qui donne au temple de Chassenon son intérêt le plus piquant.

C’est un antre artificiel placé au point E, à l’entrée du sanctuaire. Il est construit en ciment et en moellons irréguliers, de manière à imiter parfaitement une grotte naturelle. Le pavé du temple allait jusqu’à l’orifice de cet antre. Il faut donc penser qu’il était recouvert d’un treillis ou garni d’une balustrade. L’ouverture est elliptique ; elle a 3m 68c sur lm 97c. Les parois sont perpendiculaires de trois côtés. Celle de l’est est obliquée de manière à ne plus donner dans le fond qu’une longueur de 2m 62c à 2m de profondeur ; l’antre se rétrécit tout à coup par un étranglement et laisse la vue se perdre dans une seconde caverne artificielle dont l’orifice irrégulier n’a que 1m 40c sur 85c. Cette caverne est très-petite, n’ayant que 94c de hauteur ; elle va s’élargissant depuis l’orifice jusqu’au tuf sur lequel est bâti le massif du temple. Dans un de ses côtés, la maçonnerie est appuyée sur une pierre au milieu de laquelle est un petit bassin circulaire de 40 c. de largeur sur 30 de profondeur. Ce bassin est placé de manière à n’être pas aperçu lorsqu’on regarde du pavé du temple au fond du soupirail ; on a trouvé dans le bassin de petits morceaux de charbon.

Le soupirail sur lequel on plaçait le trépied de la Pythie à Delphes, est décrit par l’auteur du Voyage d’Anacharsis de manière à me faire conjecturer-que le temple de Chassenon avait aussi un oracle, ce qui lui donnerait comme monument une très-grande importance. Lorsque la disposition des lieux le permettait, on se servait des antres naturels au fond desquels on faisait brûler des herbes et des parfums dont l’exhalaison enivrait la prêtresse. Plutarque, dans son curieux traité : des Oracles qui ont cessé et pourquoi, nous apprend que dans certains temples, celui qui venait consulter l’oracle était renfermé pendant la nuit dans le sanctuaire, et que le songe qu’il avait eu était l’explication qu’il désirait. On y voit que souvent les chambres où l’on faisait asseoir ceux qui venaient demander réponse à l’oracle, se remplissaient à certains moments d’odeurs parfumées qui venaient du sanctuaire [7]. Il dit formellement en plusieurs endroits que les prêtres faisaient descendre la Pythie dans le trou de l’oracle [8] d’où elle sortait quelquefois si troublée et si hors d’elle-même qu’elle en perdait le sens et qu’elle se jetait à terre en poussant des cris horribles [9]. Ces indications suffisent pour nous rendre raison de tous les subterfuges mis en œuvre par les prêtres païens, afin de tromper les peuples. Le temple de Chassenon nous en montre l’application ingénieuse.

A l’entrée du sanctuaire, au levant, dans la galerie, se trouve le bassin des ablutions. (C’est un parallélogramme de 2m 60c sur 1m 80c. Il est toujours plein d’eau, même par les plus fortes chaleurs. C’était là qu’on se purifiait le corps avant d’aller au sacrifice. La porte du sanctuaire qui a 6m 55c de largeur et par laquelle seule on pense que la lumière arrivait dans les sanctuaires, était masquée à une certaine hauteur par un petit mur en briques [10], V, qui ne permettait pas de voir du dehors ce qui se passait à l’intérieur et ne laissait de chaque côté que deux ouvertures étroites. A droite de la porte se trouvait l’antre de l’oracle, E, que nous venons de décrire ; à gauche le puits, F, qui a 2m de diamètre à son orifice, et descend jusqu’au tuf à travers le massif ; il servait à recevoir les débris des sacrifices. Nous en avons retiré des cornes de cerfs, de taureaux, l’os frontal d’un jeune taureau avec la corne encore adhérente, et des morceaux de charbon, restes peut-être du dernier sacrifice qu’on y ait offert. Vers le centre du sanctuaire se trouve un autre puits, à peu près de même diamètre que le précédent. Il ne contenait aucun débris ; mais à côté, les fouilles ont laissé à nu un bloc de granit ayant 55c d’épaisseur sur 1m 20c de longueur et 1m 15c de largeur. Ce bloc grossier qui n’a aucune trace de sculpture, est percé dans son centre d’un trou de 20c de diamètre et de 25c de profondeur [11]. J’ignore à quoi cette pierre a pu servir. Fermait-elle l’orifice du puits, de manière à laisser cependant de l’espace pour y descendre ? Était-ce une assise du piédestal d’une statue ? Pourquoi ce trou de25c de profondeur ?

Au sud du sanctuaire se trouve une excavation longitudinale, J, qui passe sous le mur et va sortir en se prolongeant de 2m 40c dans la galerie extérieure B. On pouvait, sans être aperçu, se cacher dans le corridor souterrain et sortir tour à tour par la galerie ou par le sanctuaire.

Mentionnons encore le puits I, aujourd’hui desséché, mais dans lequel les eaux étaient probablement conduites par un petit canal [12] que j’ai trouvé au point R, et qui suivait les premières assises du temple. Ce sont là toutes les excavations faites dans le massif du temple ; elles ne tiennent les unes aux autres par aucune communication. Elles entraient dans l’ordonnance de l’édifice et étaient faites pour un usage bien déterminé, puisqu’elles ont été élevées avec le massif lui-même.

Le mur d’enceinte du sanctuaire renferme dans son angle extérieur, n, la fontaine pentagone, H. Comme le bassin destiné aux ablutions, elle est constamment pleine d’eau, même dans les grandes chaleurs. Lorsqu’on la tarit entièrement, on la voit bientôt se remplir d’eau peu à peu. Le suintement se fait par un filtre artificiel de ciment et de briques concassées, dont on aperçoit les petites alvéoles irrégulières ; une fois qu’elle a pris son niveau, elle s’arrête. On a renouvelé plusieurs fois cette expérience, toujours avec le même résultat. On s’explique difficilement la présence de cette eau limpide à 2m au-dessus des terres environnantes. Il y a sans doute des conduits dans le massif qui reçoivent l’eau amenée de la colline voisine par un canal et la rendent à son niveau.

Cette fontaine de 20c de profondeur est pavée en briques de 4c d’épaisseur, qui reposent sur le massif ; une rainure de 10c règne dans le pourtour, afin de recevoir un couvercle. En partant de l’angle n, le bassin a lm 10c de longueur sur 0m 90c de largeur.

Il me reste maintenant un problème difficile à résoudre. Quelle était la décoration extérieure de la galerie octogone ? Le temple était-il périptère, c’est-à-dire entouré d’une colonnade dans tout le pourtour ? ou bien un mur s’élevait-il aux quatre côtés M, M, M, M , pour ne laisser de place à une colonnade qu’en face des quatre escaliers C, C, C, C  ? J’adopterais de préférence cette dernière hypothèse, parce qu’elle s’éloigne de la forme ordinaire des temples réguliers, de même que ce sanctuaire circulaire au dedans et octogone au dehors, est un type particulier que je n’ai pas rencontré ailleurs.

Une large corniche d’entablement en pierre, aux moulures bien profilées, que j’ai découverte dans le mur de clôture du cimetière, a dû être apportée du temple et appartenir à la décoration extérieure (voy. planche du temple, n° VII). Elle a 20c dans sa hauteur perpendiculaire.

Quant aux colonnes, nous n’avons pas découvert la moindre trace des bases et des chapiteaux. Étaient-ils en bronze comme M. de Caumont le conjecture d’un des temples de Vienne, où l’on a découvert de nombreux fûts de colonnes, sans aucunes bases ni chapiteaux [13] ?

Parmi les briques dont Beaumesnil a parlé, il en est de rondes qui ont 66 de diamètre, sur une épaisseur de près de 11c. Evidemment ces larges briques ne sont autre chose que des assises de colonnes [14]. Il cite encore d’autres briques qui réunies au nombre de quatre forment une brique ronde exactement du même diamètre que les précédentes (66c), mais qui n’avaient pas autant d’épaisseur (5c seulement). Voici le dessin de la brique ronde.

Voici celui des quatre briques, destinées à former une assise.

Beaumesnil rencontra quantité de ces dernières briques employées dans les murs des maisons et des jardins de Chassenon. Comme il était difficile de cuire ces briques, n°1, en raison de leur diamètre et de leur épaisseur, on fut obligé de leur donner moins d’épaisseur et de superficie, comme dans le n°2.

On ne peut guère douter que ces briques n’aient servi à former les fûts des colonnes des quatre péristyles qui correspondaient aux quatre rampes par lesquelles on montait au temple. Peut-être même ces fûts étaient-ils couverts à l’extérieur d’un revêtement cannelé en bronze.

Si l’on se rappelle que les angles des pilastres à l’intérieur avaient des baguettes ciselées, en bronze massif, d’une grande épaisseur, on ne repoussera pas cette hypothèse.

Toutefois, pour ne pas mêler mes suppositions sur la restitution de cette partie du temple avec ce que les fouilles ont réellement constaté, je n’ai marqué qu’au pointillé, dans le plan, l’ordonnance extérieure. Je ne leur donne par conséquent d’autre valeur que celle d’une conjecture.

Mais si elles étaient adoptées, le temple de Chassenon nous apparaîtrait avec sa masse imposante de 47m de diamètre. On y montait par quatre rampes revêtues de degrés. On entrait dans la galerie extérieure à travers un rang de colonnes. De cette galerie [15] on pénétrait dans la Cella, ou sanctuaire, toute revêtue de marbre, au fond de laquelle se trouvait la statue du dieu qu’on y vénérait. Dans les usages religieux des anciens, le temple n’était jamais occupé par la foule. Autour de chaque sanctuaire se trouvait une vaste place, entourée de portiques, où le peuple se réunissait. Les prêtres seuls et ceux qui offraient les sacrifices avançaient dans le sanctuaire. Je ne serais pas éloigné de croire que le temple octogone était entouré d’un rang de portiques sur un plan octogone. Nadaud, dans ses précieux manuscrits, parle d’un mur circulaire qui n’existe plus et qui conduisait du mur d’enceinte du palais au sanctuaire, appelé Montelu [16].

Beaumesnil place à peu de distance du Montelu, une construction qu’il ne désigne pas autrement que par ces mots : « Six demi-arceaux enfoncés, détruits en 1758. » Ce mur circulaire et ces arceaux pouvaient très-bien appartenir au portique dont je parle. Du reste, on aperçoit encore, au levant du temple, dans un talus, des soubassements de murailles qui ont dû soutenir ce portique circulaire ou octogone. Quelques blocs de pierre calcaire que la cupidité n’avait pas encore enlevés du temple et qui se sont trouvés parmi les terres qui comblaient les soupiraux, nous ont présenté la manière dont ils étaient scellés les uns aux autres. Une mortaise dans chaque bloc recevait un crochet en fer. Nous avons trouvé un de ces crochets du poids de près de 2 kilogrammes. D’autres blocs étaient légèrement évidés sur une de leurs faces, afin de donner des joints plus parfaits (voy. plan du temple, n° V, 1, 2, 3).

On avait pillé le temple avec un soin minutieux, pour en enlever le cuivre et le fer. Le peu d’objets qui ont été trouvés dans les fouilles avaient seuls échappé. De très-gros clous de fer n’ayant pas de tète, étaient réunis auprès d’un des pilastres du sanctuaire et avaient sans doute été oubliés. Ils sont semblables à ceux qui retiennent les ciments de la tour de Vésone à Périgueux.

Du reste, en terminant, je ne dois pas oublier que la tour de Vésone, qui était aussi la cella d’un temple, a exactement le même diamètre à l’intérieur que le sanctuaire de Chassenon. La mesure donnée par l’auteur des Antiquités de Vésone, est de 53 pieds 3 pouces, et nous avons 17m 78c. La légère différence qui pourrait exister doit être comptée pour rien, en se rappelant que l’irrégularité de l’appareil, destiné à être revêtu de ciment, ne peut donner une mesure précise qu’à quelques centimètres près.

Il y a ensuite beaucoup de points de ressemblance entre les deux monuments. Les marbres de revêtement, à Périgueux, sont les mêmes qu’à Chassenon, soit pour la nature, soit pour le profil des moulures, la disposition présumée des compartiments, et la place des petits crampons de bronze destinés à les sceller sur les murailles. Mais les fouilles de Périgueux ont mis à nu les fûts, les bases, les chapiteaux des colonnes qui formaient le temple. Ici le plan a été plus original ; et je ne doute pas qu’il ne fixe au plus haut point l’intérêt des hommes de la science et qu’il ne soit cité maintenant comme une variété singulière de ces édifices somptueux, où le génie antique déploya toute sa puissance.

Les briques ont été employées à Chassenon avec profusion. Aussi sont-elles travaillées avec un grand soin pour la force et pour la cuisson. Elles ont toutes les dimensions imaginables de longueur et d’épaisseur. Quelques-unes ont jusqu’à 11c d’épaisseur, d’autres sont si minces qu’elles n’ont que 1c. Ces dernières sont marquées de petites stries qui se coupent de manière à former sur leur surface des losanges régulières ; presque toutes ont à l’un de leurs angles un gros bouton saillant destiné à retenir le mortier. Beaumesnil en avait dessiné un grand nombre. Elles ont des marques différentes. Tantôt une patte d’animal, fourchue, à plusieurs doigts, tantôt des quatre-feuilles et des quinte-feuilles, tantôt des stries longitudinales ou sinueuses, on en spirales.

3° L’amphithéâtre.

L’amphithéâtre porte dans la langue romane du pays le nom de La Lena (arena, l’arène). A l’exemple de l’amphithéâtre de Saintes, un des côtés (B) de celui de Chassenon s’appuie sur le rocher, taillé à plusieurs précinctions, pour recevoir les gradins. L’autre côté ( C, C ) a été élevé dans une largeur de 22m, en blocage noyé dans le ciment. Il ne reste plus que le rez-de-chaussée dans lequel se trouvent les galeries pour conduire les bêtes dans l’arène. Les gradins ont été enlevés ainsi que le revêtement extérieur, formé de gros blocs de pierre volcanique dont quelques uns se voient encore.

Le plan est elliptique comme celui de la plupart des amphithéâtres. Le grand diamètre de l’arène est de 60m et le petit de 40m [17].

L’état complet de ruines dans lequel est cet amphithéâtre ne donne pas lieu à d’autres développements. Des fouilles dans l’arène pourraient amener peut-être quelque découverte intéressante. Le propriétaire du jardin formé dans l’arène, en travaillant, l’hiver dernier, a découvert une des galeries transversales m , dans le massif en blocage du côté C, C . La voûte de cette galerie a été construite sur des cintres d’échafaudage légèrement ogives, et repose sur des pieds droits taillés dans le tuf. Elle a 2m de hauteur sur lm 80c de largeur dans le bas et lm à la naissance du cintre. Sa longueur est de 9m. Le rocher du côté B a 3m d’élévation au-dessus du sol de l’arène. Au point A de ce côté de l’amphithéâtre, on voit une des loges destinées aux bêtes. Le mur de face qui a 1m 80c de longueur est parallèle à l’ellipse, et ceux de côté sont dans l’alignement des deux rayons partis du centre de l’arène.

Les autres loges, dont quelques-unes ont été détruites récemment, devaient rayonner dans la même direction et former autant d’arcades sous le podium. Les murs de ces loges sont en petit appareil et d’une excellente construction [18].

4° Les Bains

Dans le fond de la vallée légèrement inclinée, qui reçoit les eaux de la partie du plateau de Chassenon, s’élèvent, à une hauteur de 4m, les restes d’un édifice que l’épaisseur des murs, la force des ciments, la ressemblance avec les constructions du palais, font regarder comme un monument public. A sa position sur le bord du petit ruisseau qui descend de la fontaine de Chassenon, j’ai pensé qu’il pouvait renfermer des bains. Il serait très-facile d’y faire quelques fouilles, et il n’est pas douteux qu’elles ne donnassent des résultats intéressants. Les murs qui s élèvent hors du sol forment une équerre dont le plus grand côté, ouest, a 17m 10c de longueur, et le plus petit, nord, 6m 30c de largeur sur lm 60c d’épaisseur. Ils sont percés, à espaces réguliers, de trous qui ont servi à porter les bois des échafaudages.

Il faut remarquer, comme aux murs d’enceinte du palais, que les couches de ciment cessent d’être adhérentes de distance en distance. J’ai cru donner plus haut la véritable raison de cette singularité.

Dans la saison où les eaux sont abondantes, elles sourdissent du pied des murailles, probablement par des canaux en partie obstrués. L’appareil n’est pas régulier. C’est un blocage dans un ciment extrêmement dur.

5° Le Cimetière

La grande quantité d’urnes et de médailles [19] des empereurs, qui se trouvent chaque jour dans les tombes du cimetière, indique nécessairement des sépultures gallo-romaines. Ce cimetière est trop vaste pour la population ; en sorte qu’une partie est rarement mise en usage. C’est vers l’angle nord-ouest de ce cimetière que se trouvent le plus grand nombre de sépultures romaines qui n’ont pas été fouillées.

Il y a peu de villes anciennes qui aient conservé un aussi grand nombre de pierres tombales que Chassenon. La surface du cimetière en est toute couverte, et le mur dont il est entouré en est presque entièrement construit. Beaucoup de ces monuments funèbres se rapportent à l’époque chrétienne, peut-être même tous. Mais cela n’infirmerait en rien leur antiquité. Certes, ce n’est pas la pauvre bourgade de Chassenon qui, à aucune époque, aura pu faire sculpter un aussi grand nombre de tombeaux. Ils sont d’un style qui accuse hautement les temps primitifs de notre ère, par conséquent l’époque où Chassenon avait toute sa splendeur. Je pense qu’ils appartiennent pour la plupart au IIIe siècle et au IVe.

Voici quelques-unes de ces formes :

1. Couvercle en pierre volcanique. Longueur : 1m 60c. Largeur à la base : 0m 54 . Hauteur perpendiculaire : 0m 47.
2. Couvercle de même pierre. Longueur : 1m 82c. Largeur à la base : 0m 44c. Hauteur dans le milieu : 0m 21c. Hauteur aux deux extrémités : 0m 27c
3. Couvercle de même pierre. Longueur : 1m 71c. Largeur à la base : 0m 23c.
4. Couvercle de même pierre. Cette forme, évidemment antique, est remarquable par sa belle simplicité.
5. Couvercle de même pierre.
6. Couvercle de même pierre.
7. Couvercle de même pierre. Forme également gracieuse.
8. Couvercle de même pierre. Celui-ci présente une suite de cannelures en saillie.
9. Sarcophage avec son couvercle de même pierre.

Ce tombeau se voyait autrefois à droite de la porte de l’église. Il y avait été transporté du cimetière. Il se compose de deux parties : le couvercle A, orné d’arcatures, seulement d’un côté, et le sarcophage B qui a des arcatures sur sa face antérieure et sur une de ses extrémités. Le couvercle était si fortement cimenté au sarcophage, ’que lorsqu’on voulut l’ouvrir, on brisa une partie du couvercle et la paroi du sarcophage sur laquelle portait l’instrument dont on se servait.

Il est aussi en pierre de volcan. Il a 2m 05c de longueur, 1m de hauteur et 0m 55c de largeur.

Aucune de ces tombes, qui sont très-nombreuses, ne porte d’inscription ni de signes chrétiens.

Voici celles qui ont la croix grecque. Elles sont ornées d’écailles imbriquées.

10. Couvercle en pierre volcanique. La croix grecque est renfermée dans un cercle évidé en cannelures.
11. Couvercle en granit. Longueur : 1m 38c. Largeur : 0m46c.
Il sert aujourd’hui de dessus de porte, à l’entrée d’une petite cour, dans le centre du village.

La preuve qu’aucune de ces tombes n’est postérieure au Xe siècle, c’est que, dans le mur du nord de l’église de la Péruse, autre position antique, peu distante de Chassenon, un tombeau de même style se trouve placé transversalement dans la construction, comme pierre d’encorbellement, destinée à je ne sais quel usage. Or, cette église a été consacrée en 1079, et ce n’était ni au Xe ni au XIe siècle qu’on donnait de semblables formes aux pierres tombales. D’ailleurs le respect que l’on portait, à cette époque, aux sépultures n’aurait pas permis d’employer celle-ci parmi les matériaux, si elle n’eût pas été d’une époque beaucoup plus reculée et n’eût, par conséquent, appartenu à aucune famille alors existante.
12. Tombeau en pierre volcanique, à la Péruse.

La forme n° 4 se trouve aussi à la Péruse. On remarque également dans le pavé de l’église, deux fragments d’un tombeau en granit, à écailles imbriquées, comme dans le n° 11.

Ces tombes de Chassenon et de la Péruse appartiennent à l’époque chrétienne-primitive.

En général, les sarcophages sur lesquels reposaient les pierres tombales, sont de simples auges en pierre. L’un d’eux, qui se trouve parmi les matériaux ; du Montelu, et qui, coupé par le milieu, n’a jamais servi de sépulture et n’est là que comme pierre emportée de la carrière, a la forme suivante :
13. Sarcophage trouvé dans les décombres du temple de Chassenon.

Une entaille carrée a été ménagée pour recevoir la tête. Il est probable que plusieurs sarcophages encore enfouis dans le cimetière ont la même disposition.
Parmi les urnes trouvées fréquemment dans le cimetière, je donnerai seulement les deux formes suivantes :

a. Urne de terne, rousse, sans vernies. Hauteur : 0m 09. Diamètre : 0m 08.
b. Urne de terre, couverte d’un vernis vert. Hauteur : 0m 11c. Largeur : 0m 12c.
Le haut de l’urne a été brisé, et l’on voit sur le côté le ; commencement d’une anse qui a été brisée également.

6° Aqueducs

On sait quel soin les Romains donnaient aux aqueducs. Ils étudiaient avec une attention particulière le terrain où ils devaient bâtir, afin d’y conduire des eaux en abondance.

A Chassenon ils ont tiré un parti admirable de toutes les sources, même des plus petites.

Le sol où cette ville antique était assise, présente un plateau légèrement incliné du sud au nord ; depuis la crête du volcan jusqu’à la Vienne. Deux, petites vallées, assez profondes en quelques endroits, viennent couper ce plateau et prennent leur naissance dans Chassenon même ; De jolies fontaines y sourdissent. Mais l’inclination du terrain ne permettait pas de les conduire sur le plateau, pour les besoins du palais, du temple, de l’amphithéâtre. Ils imaginèrent de creuser des puits peu profonds, destinés à recueillir toutes les eaux de la partie sud, la plus élevée du plateau. Ils firent communiquer ces puits les uns aux autres par des canaux souterrains et assurèrent ainsi une eau abondante, au moins aux édifices publics, même durant les fortes chaleurs.

Nous avons vu que ce système ingénieux a continué jusqu’à ce jour de fournir l’eau au temple, quoique l’aire où elle monte soit élevée de deux mètres au dessus des terres environnantes.

Au point Y (voy. plan général de Chassenon), en dehors de l’enceinte du palais, un canal souterrain amenait les eaux du côté de l’est. Le fragment qui subsiste encore a 27m de longueur. On y descend assez facilement. La construction a ceci de remarquable que la voûte est légèrement ogivée. Le canal a 1m 30c de hauteur sur 0m 60c de largeur.

Le puits L reçoit les eaux par un canal qui vient du sud et les transmet par un autre canal à l’un des bassins du palais, S.

Deux autres puits, placés à 10m 66c l’un de l’autre, vers l’angle sud-ouest de l’enceinte du palais, ont le même usage. Peut-être fournissent-ils les eaux du temple.

Au sud-ouest du bourg, au point G, était un aqueduc qui se séparait en deux ou trois branches, au-dessous du sol, à 2m 33c de profondeur, lorsqu’il fut découvert. On trouva à côté quatre puits on citernes [20] de 2m de profondeur maçonnés en petit appareil et couverts chacun de trois pierres de taille superposées, d’environ 1m 33c carrés, dont les uns avaient d’épaisseur 0m 66c ; d’autres 0m 41c, et les autres 0m 50c. Ces pierres avaient, pour recevoir un crampon destiné à les sceller, un trou dans lequel on ne trouva qu’une matière noirâtre et terreuse, comme de quelque chose de décomposé. Au Fa de Sireuil, j’ai vu la même matière noirâtre dans les mortaises où des crampons devaient avoir été placés.

Une des branches de cet aqueduc traversait la place qui est en face de l’église, dans la direction du sud au nord. Voici le dessin d’une des pierres inférieures qui formaient le canal. Ce bloc existait encore il y a deux ans, lorsque je le mesurai. Je ne l’ai plus retrouvé à Chassenon. ; il aura été brisé pour servir à quelque maçonnerie.

Longueur : 1m 50c ; largeur : 0m 65c ; hauteur : 0m 27c.
Largeur de la rigole dans le haut : 0m 27c.
Profondeur de la rigole : 0m 16c.

Une autre branche d’aqueduc se dirigeait vers les Arènes. Le bloc dont je donne le dessin a été trouvé entre les arènes et le temple. C’était une des pierres supérieures qui couvraient les pierres inférieures du canal. Elle était taillée en caniveau.

Pierre supérieure du grand aqueduc des Arènes.
Dimensions : lm 33c carrés.
Parmi quelques bas-reliefs d’un travail extrêmement grossier, incrustés dans la façade de l’église de Chassenon, Beaumesnil en cite un qu’il a cru antique. Il l’a dessiné de cette sorte : Trois personnages en font le sujet ; celui du milieu, armé d’une massue ou d’un coutelas, est prêt à frapper une femme tombée à genoux devant lui ; l’autre personnage est debout. J’ai étudié ce bas-relief de la sculpture la plus barbare. Au lieu d’un sacrifice païen, vu par Beaumesnil, c’est l’Annonciation. La femme à genoux sur le point d’être immolée, c’est l’ange dont l’aile est facile à reconnaître. Un prie-dieu le sépare de la Vierge placée en face de lui.

Deux colonnes de granit qui supportent des croix de fer, l’une dans le cimetière, l’autre sur la place de l’Église, ont aussi paru antiques à Beaumesnil. Je ne partage pas cette opinion. Le granit du pays dont elles sont faites, offrait trop de difficultés pour les moulures des bases. Il n’est pas probable que les Romains aient jamais eu la pensée de s’en servir.

De nouvelles fouilles seront faites cette année à Chassenon. Si elles amenaient quelque découverte digne d’intérêt, j’en rendrais compte dans les Additions, à la fin du volume.


[1Mr de Beaumesnil, sur Chassenon.

[2Les habitants de Chassenon appellent les caves les cuisines basses. Nadaud M. Recherches sur les antiquités du Limousin, pag. 59.

[3Ces fouilles furent commencées sur les fonds produits par une souscription spontanée des principaux habitants de la ville de Chabanais, auxquels je suis heureux de payer ici une dette de reconnaissance pour cet exemple de généreuse manifestation. Elles furent continuées, grâce à une allocation considérable que M. Galzain, préfet de la Charente, s’empressa de mettre à ma disposition avec une bienveillance dont je garde bon souvenir à l’homme de goût et à l’administrateur.

[4En mesurant plusieurs édifices du moyen âge, on remarque la même irrégularité dans les différentes parties correspondantes. Il est probable que les anciens ne s’occupaient que de l’effet général de l’ensemble, dans un monument, et se contentaient de mesures approximatives faites à vue d’œil pour les détails.

[5On a trouvé dans les fouilles plusieurs de ces fragments de pilastres cannelés ; tous ont le lislel à côté de la cannelure.

[6Le temple de Diane, à Nismes, a aussi des niches dans les murs latéraux ; elles ont 1 m 33c de largeur. Celles de Chassenon ont 2m 46c.

[7« La chambre où on- fait seoir et atendre ceux qui viennent demander response à l’oracle se remplit aucune fois non pas souvent ni à certains intervalles de temps, ains à différens espaces fortuitement d’une si souefve odeur et si douce halaine que les plus précieux et meilleurs parfums n’en s’auroient rendre de plus douce, qui sourd connut d’une source de vive fontaine du sanctuaire du temple. » (Plutarqne, Œuvres morales, trad. d’Amyot.)

[8« Lors ils usèrent de deux prophétisses qui l’une après l’autre descendoient dedans le trou. Encore y en avoit-il une tierce pour secours si besoin en estoit.et maintenant il n’y en a plus qu’une. » (Plut., id.)

[9Il cite, à la fin du traité, une des dernières Pythies qui était morte peu de jours après un accès de frénésie semblable. On choisissait pour ce rôle de Pythie des filles simples et ignorantes, auxquelles on interdisait-sévèrement toute relation avec les hommes et les personnes étrangères au temple.

[10Voir la coupe de ce petit mur, n° V, a.

[11Une mortaise de 12c. sur 4, est à coté de ce trou circulaire. Cette mortaise a été faite pour recevoir le croc en fer destiné à soulever le bloc de la carrière. Ces mortaises, qui sont plus larges dans le fond qu’à l’orifice, se trouvent à Chassenon, dans tous les blocs de grand appareil que l’on tire des fondations des édifices On les voit aussi à Périgueux, dans les murs d’enceinte de la cité, au Fa de Sireuil, et en général dans tous les monuments romains.

[12Ce canal recevait l’eau dans un bassin circulaire, S, dont il ne reste plus qu’un côté taillé dans un large bloc de pierre entouré de trois autres blocs.

[13M. de Caumont appuie son jugement sur une inscription qui parle des tuiles en bronze doré, des statues, des bases et autres ornements en bronze qu’on avait donnés à ce temple. Avec de telles idées de magnificence chez les anciens, il ne serait pas étonnant que celui de Chassenon eût été élevé de cette manière.

[14J’ai trouvé à Chassenon une de ces briques rondes, mais d’un bien moindre diamètre. Dans un pays où la pierre propre à être taillée avec finesse manque complètement, on a bien pu recourir à la brique pour les assises des fûts, comme on l’avait employée pour les pilastres inférieurs.

[15J’ai oublié de dire que la plinthe qui ornait le mur octogone était, comme celle du sanctuaire, de marbre cipolin. La galerie était pavée en pierre d’un calcaire compact tiré des carrières de Chasseneuil, mais ces pavés dont quelques-uns subsistent encore n’ont pas les dimensions des pavés de marbre. On voit évidemment que tout le luxe de la décoration a été pour la Cella.
Dimensions des pavés de la galerie :Longueur 0 m. 63 cent. Largeur 0 m 45

[16« A coté de l’ancien édifice dont on a parlé ci-dessus, on voit un autre mur fait en rond, qui conduit presque jusqu’à un endroit appelé vulgairement le Monteh, où l’on dit avoir été un temple de Diane... On y trouve de petites pierres de jaspe et de marbre blanc. On dit qu’il y a dans ce lieu un antre souterrain. On y a fait creuser, mais on a perdu son temps et son argent. » Nadamd Ms. Recherches sur les antiquités du Limouzin. pag. 61. Ces lignes de Nadaud sont précieuses comme indices de la tradition. Le souvenir de cet antre souterrain ne s’était pas perdu à travers les siècles, depuis peut-être que les chrétiens, abolissant un culte idolâtrique, avaient comblé le soupirail que nous offrons aujourd’hui aux voyageurs comme digne de leur curiosité.

[17L’arène de l’amphithéâtre d’Arles a 70 mètres dans son plus grand axe et 39 dans le plus petit. M. de Taillefert donne à l’arène de Périgueux 66 mètres sur 40.

[18Beaumesnil, en parlant des six arceaux, qu’il désigne sous le nom d’arcaux enfoncés, placés entre le temple et l’amphithéâtre, pense qu’ils servaient de logement aux bêtes. Cette construction est bien à regretter. Elle est indiquée sur le plan de Chassenon au point T.

[19Ces médailles sont de toutes les époques de l’empire jusqu’à la fin du IVe siècle. Quetques-unes sont dans la collection de M. Muret, à Saint-Junien. Beaucoup d’autres ont été vendues à Limoges et sont entrées dans ce commerce vulgaire qui ôte aux objets leur plus intéressante valeur, en ne leur laissant ni le nom du lieu où ils ont été trouvés, ni celui du monument auquel ils se rattachent.

[20Beaumesnil a cru que ces puits étaient les gémonies où on jetait les cadavres des esclaves. Opinion bizarre qui n’a pas besoin d’être réfutée.

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