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260 - 1048 - Historia Pontificum et Comitum Engolismensium -1- Histoire des Evêques et des Comtes d’Angoulême

D 15 février 2012     H 23:10     A Pierre     C 0 messages A 739 LECTURES


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Historia pontificum et comitum Engolismensium ("Histoire des Evêques et des Comtes d’Angoulême") est une généalogie historique anonyme de la dynastie des Taillefer, des comtes et évêques d’Angoulême, écrite vers 1160.

Elle couvre une période allant de l’an 260 environ à 1159. Cette page présente la 1ère partie (de 260 à 1048).

Ce grand texte de référence de l’histoire ancienne et médiévale de l’Angoumois a servi également de source aux rédacteurs du Gallia Christiana.

Sa première publication fut l’oeuvre du jésuite Philippe Labbe en 1657. D’autres fragments furent découverts plus tard et édités par Dom Martin Bouquet et ses collaborateurs. En 1858, Eusèbe Castaigne publia le texte complet, basé, non sur les manuscrits, mais sur les publications de Labbe, Bouquet et autres. Un manuscrit angoumoisin du XIVe siècle fut tiré des Archives du Vatican par George de Manteyer, et constitua la base de la première édition critique, publiée par Jacques Boussard en 1957, comme élément de sa thèse de doctorat soutenue en 1956 devant la Faculté de Lettres de Paris.

Eusèbe Castaigne et Jacques Boussard pensent que l’auteur était un chanoine de la cathédrale d’Angoulême, peut-être en charge des archives de la librairie, et certainement contemporain des derniers personnages mentionnés.

Source : Rerum engolismensium scriptores, nunc primum in unum corpus collectos animadversionibus notisque fusioribus illustravit - Jean-François-Eusèbe Castaigne - Angoulême - 1853

Voir la 2ème partie : de 1048 à 1159

HISTORIA PONTIFICUM ET COMITUM ENGOLISMENSIUM, AD ANNUM USQUE MCLIX.

Incerto Auctore, qui multa tum ex aliis tum ex Ademaro deprompsit.

Cette Histoire, souvent confuse pour les origines de l’Angoumois, est d’une grande autorité pour les faits du onzième siècle et du douzième. Elle s’étend depuis l’établissement du Christianisme dans nos contrées jusqu’à l’année 1159.

Elle est imprimée en entier dans le tome II (pag. 249 a 264) de la Nova Bibliotheca MSS. Libr. du P. Philippe Labbe, où elle remplit environ 16 pages in-folio ; et elle se trouve par fragments dans les tomes X (pag. 248), XI (pag. 263) et XII (pag. 393) du Recueil des Historiens des Gaules et de la France.

Le P. Labbe l’a publiée d’après trois manuscrits, l’un provenant de la bibliothèque du P. Fronton du Duc, et les deux autres de celle de J. Besly, lesquels cités souvent dans les Preuves de ce dernier passèrent a sa mort dans la bibliothèque de Jacques Dupuy. La reine Christine de Suède en possédait un quatrième qui doit se conserver encore au Vatican, parmi ses manuscrits, au numéro 168 ; un cinquième enfin, très-ancien, offrant quelques variantes, avait été tiré du château de Verteuil, d’où il etait connu sous le titre de Codex Vertulensis ou Vertoliensis. II est souvent cité par Gabriel de La Charlonye, dans ses Engolismenses Episcopi (Engolismae, 1597, in-4°) et dans ses Annotations sur le Recueil de Corlieu (2e édit.) ; le doyen J. Mesneau en avait fait prendre copie en 1639.

L’auteur ne nous est pas connu ; mais il paraît certain qu’il était chanoine d’Angoulême, et il vivait encore le 15 octobre 1159, époque ou se termine son récit. II mentionne dans son Prologue, parmi les sources ou il a puisé, un certain écrit de Hugues Ier, evêque d’Angoulême, vel in scripto felicis memorim Hugonis Engolismensis Episcopi. Ce membre de phrase nous explique les mots ajoutés, par une main sans doute étrangère, sur le titre du manuscrit du Vatican, ainsi intitulé : Historia de Gestis Pontificum et Comitum Engolismensium, ex historia Hugonis Engolismensis descripta ; manuscrit que le P. Lelong et ses continuateurs Biblioth. Hist. de la France, tom. I, pag. 562) ont pris a tort pour un ouvrage différent de celui qui fait le sujet de cet article. L’écrit de Hugues n’était pas une narration suivie des gestes de nos Evêques et de nos Comtes, puisque, comme l’a fort bien remarqué Dom Rivet (Hist. littér. de la France, tom. VI, pag. 495), l’auteur de l’Historia Pontificum et Comitum, dont nous nous occupons, se plaint de la profonde négligence des écrivains sur cette matière ; ce n’était pas non plus un ouvrage considérable, puisque ce même historien semble l’avoir fondu tout entier dans le sien qui est déjà si peu étendu ; ces raisons nous font penser que l’opuscule de Hugues, que l’on croit perdu, est tout simplement la Petite Chronique d’Angoulême que nous venons de réimprimer dans le présent volume (pag. 3 a 10).

Nous publions l’Historia Pontificum et Comitum Engolismensium sur le texte donné par le P. Labbe et conféré par nous avec les fragments reproduits par D. Bouquet et ses successeurs. Les notes traduites du Recueil de ces derniers sont toujours distinguées des nôtres par les lettres D. B. Nous avons renvoyé les plus longues a la fin du texte ; c’est dans celles-ci que nous nous sommes particulièrement appliqué a rassembler les passages épars où les anciens chroniqueurs racontent le même fait que notre historien.

Eusèbe Castaigne

INCIPIT PROOEMIUM. 

Nomina et gesta Pontificum et Comitum Engolismensium, quod negligentia scriptorum oblivioni traditum erat quantum potui, memoriae commendare curavi et nihil de meo apposui ; sed ea quae in veteribus libris, vel in scripto felicis memoriae Hugonis Engolismensis episcopi inveni, vel mihi celebris fama vulgavit, veraci stylo usque ad nostra tempora scribere proposui. Taceat igitur aemulus seu adulator : non enim inveniet aliquid iste de meo, unde mihi detrahat, nec aliud unde me laudet.

Cap. I. De Ausonio Episcopo. [vers 260]

Primus igitur episcopus Engolismensis Ausonius fuit natione Xantonicus, patre Albino, matre vero Eugenia, oppido Mauritania natus, a beato Martiale episcopus ordinatus Engolismensis qui persecutione Vandalica, capitis obtruncatione, martyrium consummavit. Sepultus in confinio urbis, in occidentali parte, undecimo kalendas junii.

Cessavit episcopatus per tempora multa [1].

Cap. II. De Aptonio Episcopo.

Aptonius episcopus, qui capellanus Clodovaei fuerat, assensu quoque ipsius regis episcopus Engolismensis consecratur. Praedictus siquidem rex, Engolismam obsidens quam nefandissima gens Gothorum occupaverat, etiam pontificatum ipsius urbis sibi usurpaverat à tempore B. Ausonii, consilio praedicti capellani sacrosanctas reliquias sanguinis et aquae contra muros extollere fecit, et statim muri corruerunt, captaque civitate interfectisque Gothis et expulso Arriano Gothorum episcopo, venerabilem capellanum suum Aptonium consecrare fecit, et in praedicta civitate constituit episcopum et sacerdos sacras reliquias sanguinis et aquae cathedrali ecclesiae obtulit, in qua usque in praesens continentur et in maximo honore venerantur [ Voir à la fin du texte la note A..]

Cap. III. – De Euparchio, Engolismensi Patrono.

Ab isto S. Euparchius seu Eparchius Engolismensis patronus ordinatur. Sepultus est autem in confinio urbis in occidentali parte.

Cap. IV. De consecratione Ecclesiae Cathedralis Engolismensis.

Post transitum vero Aptonii, Gregorius archiepiscopus Turonensis, et Germanus Altissiodorensis (corrigendum Parisiensis), a Chariberto rege missi, consecraverunt cathedralem ecclesiam in honore apostolorum Petri et Pauli quam de novo construxerat [2], destructa [3] priori sede quam Gothi Arriana maculatione fœdaverant, quae fuerat ante in honore S. Saturnini ; consecraveruntque assensu regis episcopum Engolismensem Mererium [ Voir la note B. ], qui capellanus ipsius regis erat. Hic siquidem facundissimus fuit doctorque mirandus, cujus scripta, ut audivimus, Cluniacensis ecclesia habet. Ut vero antiquorum narrabat opinio, quae quandoque pro teste adhibetur, sepultus est sub altare B. Petri de subtus muro. Eadem autem opinio asserebat quod Innocentis corpus sub eodem altari cum corpore precdicti viri continebatur. Cum autem praedictum altare pro reaedificatione ecclesiae dirueretur, ut praedicta opinio divulgavit, ita utrumque corpus sub altare inventum est, praesente domino Hugone Engolismensi episcopo (ordinato anno 974) et aliis venerabilibus personis. Sed quia sine litteris et titulo corpora illa inventa sunt, publice noluit revelari ; sed tale consilium omnibus placuit quod, sicuti sub priori altari fuerant, ita sub reaedificato reponerentur, sub quo usque in praesens requiescunt.

Cap. V. De Sigeberti Regis pugna contra fratrem suum.

Eodem tempore, Sigebertus rex Franciae contra fratrem suum (imo ex fratre nepotem) Theodebertum pugnam disposuit, persequens eum usque Engolismam, ubi residebat propter fortitudinem murorum. Ille quoque, derelictus a suis, cum paucis remansit ; sed tamen ad bellum procedere non dubitavit, veniensque ad pugnam octo millibus ab Engolisma, juxta fluvium Carantonum secus silvam Buxitam, Theodebertus devincitur, et apud S. Eparchium sepelitur [ Voir la note C. ].

Cap. VI. De negligentia Scriptorum.

Civitas vero Engolismensium, negligentia scriptorum, ut credimus, memoriae non tradidit facta subsequentium episcoporum à Mererio usque ad Launum. Inde est quod nomina tantum habemus eorum, scilicet : Mathaeus Sigismundus, Gotismundus, Anselmus, Berthoalis Ardoïnus Gerbardus [4] Theomundus, Erogius, Gibaldus, Adebalardus, Madabertus, Guillermus, Fredebertus (ad cujus petitionem Pipinus rex dicitur chartam dedisse), Sidranius [5].

Cap. VII. De Launo Episcopo.

Launus episcopus, ab Aptonio decimus octavus. Hic siquidem regis Pipini capellanus fuit, et assensu ipsius episcopus Engolismensis factus. Vixit etiam usque ad tempus Caroli, cujus regis scripto et impressione annuli sui, possessiones clericorum confirmari fecit in ecclesia B. Eparchii Deo servientium ; quia tunc temporis canonicalis habitus in ecclesia S. Eparchii erat. Privilegium autem suprascriptum in hunc modum erat (deest in tribus MSS. codicibus quibus usus sum : Papirius Massonus habuit, nosque vidimus ad calcem Ademari MS. in biblioth. Thuana [ Les mots ajoutés ici entre parenthèses sont du P. Labbe. Voir la note D ]).

Cap. VIII. De Helia Scotigena Episcopo.

Defuncto Launo, suscepit Helias Scotigena cathedram Engolismensem, qui in Gallia mirifice scholas rexit. Hic attulit sacrosanctum corpus sanctissimi martyris Benigni Engolismam ; quo tempore Calvus imperiale solium ascendit ; sub quo rege Helias Scotus vita egreditur. Ita siquidem invenitur in quodam libro Scotigenam fuisse doctorem in Galliis : Beda docuit Simplicium et Simplicius Rabanum qui a transmarinis oris ab imperatore Carolo vocatus in pontificem in Francia promovetur ; qui Alcuinum docuit. Alcuinus Maragdum, Maragdus Theodulfum Aurelianensem episcopum Theodulfus Heliam Scotigenam Engolimensem episcopum, Helias Henricum, Henricus Remigium et Hugbaudum heredes philosophiae reliquit.

Cap. IX. De Hooliba Episcopo.

Helia vero decedente, Hooliba pontifex suscepit cathedram. Tunc temporis Carolus Calvus, congregato concilio, Aquitaniam per comites disposuit. Turpionem vero in Engolisma civitate misit propter infestationem Normannorum. Post autem paucos dies, Turpio, comes Engolismae, ultra Xantonas cum Normannis congressus est, et, occidens eorum regem nomine Maurum, ab eo ipse occiditur ; currentibus enim caballis, ambo in pectoribus sibi lanceas configunt et vitam relinquunt.

Cap. X. – De Emenone Comite.

Mortuo Turpione, Emeno, frater Turpionis, Engolismse comes efficitur ; et ipse post biennium cum Landrico, Xantonensi comite, confligens propter castrum Botavillae, quod frater ejus tenuerat, et Landricus ipsum castrum dolo acceperat. Landrico interempto, castro Ranconia saucius reducitur, et octava die moritur ; sepultus juxta basilicam S. Eparchii, et reliquit filium parvulum, nomine Ademarum, qui processu temporis Pictavis comes effectus est.

Cap. XI. De Vulgrino Comite.

Audita morte Emenonis, Carolus Calvus Vulgrinum propinquum suum, fratrem abbatis ex monasterio S. Dionysii, direxit Engolismam, et praefecit Engolismae et Petragoricae et assensu Caroli regis Hooliba in pontificem Engolismae consecratur.

Cap. XII. – De Fredeberto Episcopo.

His temporibus Fredebertus, episcopus Franciae ad S. Eparchium veniens, construxit ibi ecclesiam in honorem S. Salvatoris ; sed corpus beati viri de loco in quo erat transferre non valuit, ipsoque consecrationis die, post celebratam consecrationem ecclesiae et sacrificium Missae consummatum ante altare Salvatoris, placida morte obdormivit in Domino, et ibidem ab Hooliba episcopo honorifice sepulturae traditur.

Cap. XIII. – De Carolo Calvo Rege.

Interea Carolo Calvo, cujus pater imperator monetam Engolismensem suo nomine sculpere jussit [6], migrante de hoc saeculo, regnavit pro eo Ludovicus Balbus, nec aliqua aliquis rex Franciae elevatur. Defuncto Ludovico, regnavit filius ejus Carolus Insipiens [7]. Quo tempore Vulgrinus, Engolismensis comes, migravit a saeculo decimo (imo quinto) nonas maii, et sepultus est juxta basilicam S. Eparchii ; post cujus mortem quinto anno, Hooliba episcopus diem clausit.

Cap. XIV. – De Anatalo Episcopo,

Et Anatalus, pontifex Engolismae, loco ejus ordinatus, tertio anno vitam finivit. Vulgrinus autem, multis praeliis cum Normannis frequenter confligens, hac de causa aedificavit castellum Mastaciam et Marcilliacum munimen contra paganos, misitque in Marcilliaco Roberlum, legis doctum, et amicum Rannulfum quem fecit vicecomitem ; qui Rannulfus habuit tres filios, Lambertum, Aldoënum atque Odolricum sive Offricum. Idem Vulgrinus filiis suis reliquit, Aldouino quidem Engolismam Guillermo vero et Agennum, quem assumens vendicaverat sibi pro sorore Guillermi Tolosani, quam sibi copulaverat in matrimonium. Ademarus autem, filius Emenonis, Sanciam, sororem comitis Petragoricensis Bernardi, copularat sibi in conjugio ; Alduino et Guillermo familiarissimus fuit, qui honores illorum ac si frater diligebat ; qui, a rege Odone vocatus, ad palatium provectus est Pictavis comes.

Cap. XV. – De morte Vulgrini.

Post mortem siquidem Vulgrini, filius ejus Aldouinus, Engolismensis comes, viginti annos vixit. Hic muros civitatis Engolismae restaurare cœpit.

Cap. XVI. – De Guibaudo Episcopo.

Quo tempore, Guibaudo pontificatum Engolism. Regente, repelentes Normanni crebras irruptiones per Pictavensium terminos exercebant ; unde factum est ut monachi S. Salvatoris Karoffii pretiosum lignum Crucis ad custodiendum Engolismae deferrent cum diversis ornamentis ecclesiae ; et, cessante infestatione Normannica, Aldouinus in civitate sua retinere tentavit omnibus diebus supradictum lignum, volens reddere commendatitium ; hac de causa jussit adornare ecclesiam S. Salvatoris, foras muros, in capite basilicae S. Eparchii, ubi sanctum lignum deportaretur. Post annos vero septem, languore corporis mulclatus est ipse, et in populo ejus ita fames vehementissima grassata est, ut, quod hactenus compertum non fuit, de vulgo unus alterum ad devorandum quaereret, et a multis alios perimentes carnibus humanis more luporum vescerentur ; quibus Alduinus coactus necessitatibus, ultimo anno ante mortem suam, remisit Karoffo lignum per manum Guillelmi Sectoris-forri cum capsa aurea, quam ipse cum gemmis construi jusserat, ubi contulit Tribellicensem villam, et statim cessavit plaga, et ipse post annum defunctus est sexto kal. aprilis, et juxta patrem suum sepultus est. Post cujus mortem, occisi sunt a Bernardo, nepote Odonis, in ultionem Sanciae sororis, Lambertus vicecomes, et Rannulfus frater ejus, qui eam occidere conati sunt.

Cap. XVII. De Guillermo Sectore-ferri.

Guillermus autem Sector-ferri honorem illorum restituit Odolrico fratri eorum, qui fuit minor natu, et fuit illi vicecomes, sicuti Rannulfus patri suo.

Cap. XVIII. – De morte Willelmi.

Hic denique Bernardus, mortuo patre suo Guillermo, qui fuerat frater Aldoïni ex Vulgrino, comes Petragoricae effectus est. Guillermus vero Sector-ferri Engolismensem principatum obtinuit, et communem habuerunt totum honorem suum Guillermus Sector-ferri, et Bernardus consanguineus ejus.

Cap. XIX. – De successione Focaudi Episcopi.

Quo tempore, Guibaudus episcopus Engolismensis decedens, successorem habuit Focaudum ; tunc Willelmus Sector-ferri, et Bernardus consanguineus ejus, aggregato conventu nobilium, iterum restituerunt monasticum ordinem in ecclesia B. Eparchii, praeficientes abbatem Mainardum, qui in fronte ecclesiae elegans construxit oratorium in nomine sanctae Resurrectionis, et multas reliquias, quas de Hierosolymis asportaverat, ibi recondidit. Tunc Willelmus Sector-ferri, possessiones S. Eparchii augens, dedit supradictae ecclesiae multa beneficia, tam praedia quam ecclesias. Per idem tempus, Focaudus, Engolismensis episcopus, rexerat ecclesiam per duodecim annos, et migravit a saeculo ; et successit in episcopatu Ebulus, qui et ipse praefuit ecclesiae duodecim annos. Guillermus itaque Sector-ferri, qui hoc nomen sortitus est, quia cum Normannis confligens, venire solito conflictu deluctans, ense corto vel scorto durissimo [8] quem Walandus faber condiderat, per medium corpus loricatum secavit una percussione, obiens, sepultus est juxta basilicam S. Eparchii, et per triginta annos pro eo principati sunt Bernardus, comes Petracoricensis, deinde filius ejus Arnaldus, cognomento Borrario pro eo, quia cum ipsa veste lupum diabolicum homines devoranlem appetiit, et manibus gestans, militibus occidendurn praebuit. Deinde Willermus Talerandus, deinde Rannulfus Bonparus, et Ricardus Insipiens. Arnaldus siquidem, subtrahens S. Eparchio villam Sallasensem et conferens Heliae duci Villaboënci, ab Angelo percussus interiens hac de causa, in fine mortis S. Eparchio Ajarnacensem villam contulit pro emendatione, et sepultus est juxta basilicam S. Eparchii. Mortuo fratre ejus Guillelmo, Rannulfus bello occisus est ab Arnaldo Manzere, id est, adulterino filio Guillelmi Sectoris-ferri, qui pro patre suo principatum Engolismae suscepit.

Cap. XX. – De Arnaldo Comite.

Arnaldus iste quidem Engolismensis, pro Dei amore facto habitaculo monachorum Buxiaci Sancti Amantii, et ibi misso reverendo abbate Francone, factus monachus in aula S. Eparchii, sepultus est, quarto nonas martii juxta patrem suum.

Cap. XXI. De Guillermo Comite.

Arnaldus supradictus comes successorem sibi reliquit Guillermum filium suum. Praeterea Focaudus episcopus migravit a saeculo anno DCCCCLI ab incarnatione Domini, qui sedit annis XII, mensibus XI, diebus XIII. Obiit idibus februarii, et reliquit sibi successorem Rannulfum, qui, regens episcopatum Engolismensem annis IX, mensibus XI, diebus XIV, obiit X kalendas februarii.

Cap. XXII. – De Hugone Episcopo.

Post quem suscipiens episcopatum XII kalendas aprilis DCCCCLXXIII ab incarnatione Domini [9], Hugo pontifex ordinatur siquidem vir natione Xantonicus a Jarnaco castro de Senioribus illius castri, quos vulgariter Comptarios vocant, natus, vir astutus et eloquens et litteratus qui ut nobis celebris fama antecessorum divulgavit, comitatum Engolismensem ecclesiae Engolismensi acquirere volens, maximas guerras cum Arnaldo, Engolismensi comite, habuit. Qua de causa, bona Engolismensis ecclesiae detrahens, maxima casamenta in Lemovicensi, Petragoricensi, Engolismensi, Xantonensi episcopatibus, baronibus qui in praedicta seditione ei auxilium praebebant, impendit. Unde ad tantam alienationem bonorum et ad tantam loci desolationem versa est cathedralis ecclesia, quod pauci monachi, ibi Deo servientes, de bonis ecciesiae vix sustentari poterant : unde cymbalum in claustro, et alias monasticas cathedrales (legendum consuetudines) in ecclesia Engolismensi adhuc retinent [10]. Dicitur etiam de praedicto pontifice, quod Vitam beati Eparchii scripserit. Obiit in monastico habitu, et, ut credimus, in vita sua deposuit se, maxime cum corpus illius sine virga et annulo in sepulcro suo inventum fuerit, cum vetus ecclesia beati Eparchii dirueretur. Decessit vero DCCCCXXX [11], anno ab incarnatione Domini, VIII kal. decemb. ; sedit annis XII (legendum XVII [12]).

CAP. XXIll. – De Grimoardo Episcopo.

Cathedram vero illius Grimoardus episcopus accepit. Hic natione Petragoricus, more (forte matre) Tuensis (forte Eduensis [13]), fuit a Guillelmo (legendum Guidone), vicecomite Limovicensi, captus pro monasterio Brantosmensi, quod ad eum in munere poscebat ; captus tenebatur in turre Lemovicina, et dimissus juxta conditionem Guidonis, Gerberti seu Silvestri papae curiam appellans, Romam adiit. Guido curiae Romanae sententiam damnationis suscepit, et cum ibi Guido presens esset, Grimoardo episcopo traditus est. Grimoardus iste oblationes ecclesiae Engolismensis, et mansum de Tournac ecclesiae praedictae acquisivit ; et insuper quaedam praebenda cuidam pauperi in ecclesia praedicta pro anima ejus datur. A quo etiam ecclesia cathedralis Engolismensis consecratur ; per quem Hugo, rex Francorum, privilegium cathedrali ecclesiae Engolismensi dedit. Cujus tempore, quidam de principibus Engolismensibus Wadradus (alias Wardrardus vel Gardradus) Loriches aedificavit in Xantonico pago monasterium Basiense (legendum Bassiacense) in honore Sancti Stephani protomartyris, et censuale fecit Romanae Ecclesiae ; consecratur autem ecclesia praedicta a Grimoardo et lslone, fratre ejus, Xantonensi episcopo. Grimoardus vero obiens sepultus est in cathedrali ecclesia, juxta altare capituli. In quo capitulo cum maxima hominum multitudo fortuiiu conveniret, contigit ut quidam super tumbam ipsius obdormiit ; tertio voce angelica vocatus, tertio evigilans admonitus est, quod a loco praedicto discederet : sub tumba etiam illa quiescebat sancti viri corpus ; quod fratribus ecclesiae praedictus homo resarcivit (alias reseravit). Corpus vero illius e loco illo translatum est in quodam arcu in capitulo, cum ecclesia nova aedificaretur.

Cap. XXIV. – De Rohone Episcopo Engolismensi.

Reliquit vero Rohonem successorem sibi qui natione Pictaviensis Montis-aculi oppidanus fuit cujus manu Robertus, rex Gallicanus, cathedralem ecclesiam Engolismensem privilegiavit. Guillermus vero, comes Engolismensis, copulata sibi uxore Giberta (alias Girberga vel Gerberga), sorore comitis Guillermi Andegavensis (scribendum Fulconis), Alduinum et Gaufridum ex ea genuit. Guillermus iste sapientissimus fuit, et consiliarius Guillelmi Pictaviensis ducis. Blaviam denique cum expugnasset Guillelmus Engolismensis, secum Ducem habuit, et magna fortitudine ipsum castrum cepit ; et accepit haec in beneficio a Pictaviensi vicecomitatum Mellensem, Oenacensem seu Chenaucensem, et Rocacardensem, et Chabanes, Confolens et Roffiacum, et multa alia.

Cap. XXV. – De Aymerico Principe.

Quo tempore, Aymericus princeps Ranconiensis seniorem suum Guillermum comitem Engolisme, dum ipse Romae esset, castrum Fractum-Botum (forte Botavillam) in Xantonico construxit per dies Resurrectionis. Promiserat ei fidelitatem super reliquias sanctarum caligarum S. Eparchii et quoniam perjurus contra ipsum fuit, post paucos dies a Jofredo filio comitis supradicti animam sine mora reliquit. Comes vero Willermus cum Alduino filio suo castrum diu obsedit et fortiter expugnavit ; captum destruxit et iterum reaedificavit, filio suo Joffredo commendans. Guillermus vero, vicecomes Marciliacensis, et frater ejus Odolricus gravi discordia decertabant cum Auduino fratre eorum, propter castrum Roffiacum, multo tempore ; unde facturn est ut a Willermo comite inter se pacificarentur, et pacem ipsam pactumque conditionis super corpus Sancti Eparchii iidem jurarent ; quod interim mentiti et perjurio rei alter excaecatus est, alii duo omni honore privati sunt. Nam Guillelmus et Odolricus ad se dolo accersentes Aldoïnum in hebdomada in Ramis Palmarum, postquam cum eis cœnaverat et in hospitio eorum dormiebat, dormientem arripiunt, linguam ejus amputant et oculos ejus effodiunt et ita Roffiacum recuperant. Regressus vero Roma Willermus comes, tantam impietatem vindicare decrevit, et accito Willelmo duce, Marciliacum obsidens desolavit, igne comburens et traditoribus vitam et membra concessit sed omnium [14] eos privavit, et Alduino caecitate mulctato Roffiacum concessit ; et post aliquot annos, jubente Guillermo comite, Alduinus filius ejus (qui) excaecatus Marciliacum reaedificavit.

Ea tempestate, Willermus Engolismensium comes, per Bajoariam iter cœpit ad sepulcrum Domini ; nam ante eum per illas partes nullus praeterierat, quippe quia novella adhuc Christianitas per Ungriam et Sclavoniam erat. Comitati sunt cum Odoardus Bituricensis princeps, Ricardus Dolensis abbas. Stephanus rex Ungariae cum omni honore eum suscepit, et muneribus magnis ditavit. Cœpit iter agere mense octobri, et pervenit in Sanctam Civitatem prima hebdomada mensis martii ; unde revertens, ab omnibus Ecclesiae ordinibus solemniter suscipitur princeps ; tam Engolismenses quam Xantonenses et Petragorici ei obviam venerunt.

Eodem fere anno, idem comes languore corripitur ; quo anno Xantonas urbs cum ipsa cathedrali ecclesia incendio crematur ab impiis Christianis. Quam injuriam Dei supradictus comes vindicare volens, paulatim cœpit viribus corporis destitui, et in urbe Engolisma secus ecclesiam Sancti Andreae propter divinum Officium jubet sibi domum praeparari, in qua aegrotans decumbere cœpit ; ubi incessanter a diversis partibus omnes principes et nobiles visitabant. Cumque a nonnullis diceretur maleficis artibus eum aegrotare, quia natura languore membrorum destituebatur, detecta est quaedam mulier malefica contra eum exercuisse, hoc est, imagines ex lino et cera confictas in ejus nomine sepelisse, tam in fontibus quam in arida, et contra radices arborum, et quasdam in gutturibus corporum mortuorum inclusisse [15]. Quae dum malefica non confiteretur, judicio Dei commissum est, ut quod verum latebat, per duellum duorum virorum inter se pugnantium, data victoria probaretur. Factis ergo sacramentis, feria secunda primae hebdomadae Passionis, decertaverunt diu multumque extra civitatem, in insula Carantoni fluminis, scilicet missus comitis Stephanus et defensor maleficae Willermus, cum baculis et scutis. Defensor enim maleficae erat ipso die maleficiatus a quibusdam incantatoribus, et quibusdam potionibus herbarum initiatus ; sed Stephanus, de solo Domini vero judicio confidens, victor sine sui corporis damno fuit. Alter, toto corpore conquassato, suo nimium sanguine coopertus victus stetit in pedibus ab hora tertia usque ad horam nonam cum se movere jam non posset clypeo et baculo, evomuit quaedam maleficia quae gustaverat. Semivivus aliorum manibus deportatur, et longo tempore languens decubuit. Incantatores vero ejus de longe stantes, qui et quaedam praecantamina dicebant, mox territi fugerunt. Stephanus vero, laetus et exiliens, eadem hora cucurrit gratias Deo referre ad tumulum beati Eparchii, ubi praedicta (melius praeterita) nocte pervigil excubaverat. Deinde reversus est exultans in civitatem ut se reficeret. Malefica vero multis tormentis, ignorante comite, mox excruciata, nec sic confessa est, et, a Diabolo corde obdurato, nullum verbum nec vocem ex ore protulit ; a tribus tamen mulieribus, quae cum ea interfuerant, de his maleficiis convicta est testimoniis ; quasdamque phantasticas ex lino imagines de subtus terra eaedem mulieres extraxerunt coram omnibus, jam putrefactas diuturnitate. Comes ergo pepercit maleficae mulieri, nec sivit eam tormentari ulterius et vitam concessit. Narrat Hieronymus, in expositione Danielis, Epiphanem, phanthasiis maleficarum versum in amentiam, a quibusdam terroribus oppressum interiisse. Alexander quoque Magnus talibus maleficiis in Babylonia fatiscere cœpit corpore, quae maleficia jusserunt fieri latenter qui post eum regnare cupiebant. Ideo refertur de eo, quod decidit in lectum et cognovit quia moreretur ; sed cum diu langueret vivens, veneno extinctus est. Et Moyses ait : Maleficos non patieris vivere. Nec mirum si Deus permittat praestigiis maleficorum aegrotare, cum beatum Job, sciamus a Diabolo percussum gravi ulcere, et Paulum ab angelo Satanae colaphizatum, nec timenda sit corporis perituri aegrotatio, graviorque sit animorum quam corporis percussio. Quod autem quibusdam non nocet haec phantastica operatio, protectio Dei est, qui vetat sic ad homines malignum spiritum accedere.

Cap. XXVI. – De obitu Willelmi Comitis.

Igitur Willelmus comes ab episcopis et abbatibus pœnitentiam suscipiens, omniaque sua disponens, et inter filios suos et conjugem suam nominatim, prout sibi visum est, honorem suum ordinans, reconciliatus et absolutus est ; et toto Quadragesimae tempore Missas et cultum Dei frequentavit, quousque hebdomada Passionis oleo sancto ungeretur, et Viatico muniretur et, ligno Crucis adorato et deosculato, spiritum in manu episcopi Rohonis et sacerdotum Deo redderet, laudabili fine et memoria. Per biduum servatum est corpus ejus a clericis in basilica cathedrali Sancti Petri apostoli. Planctu nimio tota civitas repleta est ; multitudo nobilium et turbarum undique flens advenit. Tunc, Dominica sancta Osanna, cum ramis et floribus delatum est corpus ejus ad basilicam Sancti Eparchii, et ibi sepultum est ante altare Sancti Dionysii ; sepelierunt eum duo episcopi, Roho Engolismensis et Arnaldus Petragoricensis. Ad caput ejus jussit poni filius ejus Audoïnus tabulam plumbeam ita scriptam : Hic jacet Dominus amabilis Guillermus, comes Engolismae, qui ipso anno quo venit de Ierusalem, obiit in pace, VI (melius VIII) idus aprilis, vigilia Osanna, MXXVIII ab incarnatione Domini. Et tota sua progenies jacet in loco Sancti Eparchii. Interea, jussu Aldoini, flamma exustae sunt maleficae mulieres extra urbem. Postquam vero comes sepultus est, processerunt episcopi cum clero et populo ad sanctam processionem Dominicam, et stationem solemniter peregerunt.

Cap. XXVII. – De Alduino Comite.

Successit pro Willermo Alduinus filius ejus in principatu Engolismae, et praeclarum laetitiae signum initio principatus ejus ostensum est, cum a dolore sepulturae transiit populus ad laetitiam, obvians Domino, exclamans « Osanna in excelsis, benedictum regnum patris nostri David », praeferens manibus victoriae palmas, ramos securitatis et flores suavitatis. Obtulit supradictus Guillermus pro sepultura sua Sancto Eparchio diversa et pretiosa munera, tam in terris quam in silvis, auro et argento multo, aliisque rebus. Inter caetera donaria, obtulit crucem auream cum gemmis pretiosis, pensantem libras septem ; candelabra argentea, sarravisa (alias Saracenisca [16]) fabrefacta, pensantia libras quindecim ; totam silvam de Veniaco (alias Vasnaco), quae antiquitus in dominio S. Eparchii fuerat. Sed demum propter... abalienata illi erat ab antecessoribus comitibus.

Crastina vero post sepulturam ejus die, Blaviae castrum dolo subtractum est comiti Alduino a Joffredo fratre ejus. Mox cornes Alduinus cum virtute militari illuc tendit, et cito ipsum castrum capiens in deditionem accepit, et missa illic custodia militum, Engolismam regreditur ad celebrandum ; quo regresso, frater ejus per dies sanctissimos parasceves Sepulturae et Dominicae Resurrectionis, contra Blaviam exstruxit aliud novum castellum. Hoc comperto, Alduinus nequaqnam praetermisit opus Dei, sed cum magna gloria et lœtitia sanctum Pascha celebravit, et post diem tertium festivitatis, electo exercitu, ad bellum committendum exiit. Audierat enim fratrem suum velle cum eo confligere, et exercitum de Xantonico aggregari. Ita castrum noviter munitum obsedit illico et praelium praestolatur feroci corde ; sed nequaquam frater ejus praesumpsit lacessere ad pugnam, videns robustam eum habere manum ; et post dies octo, expugnato et capto castro, supplex venit ad eum. Cui comes Alduinus protinus ignovit et pacem concessit, et facti sunt amici in illa die ; et tunc in beneficio tres partes Blaviae comes concessit fratri suo Joffredo quartamque sibi retinuit, et conditionibus congruis pacificati sunt amore praecipuo. Tunc Joffredus filium suum commendavit fratri suo Alduino comiti in manibus, propter duo castra quae sunt in Xantonico, scilicet Archiacum et Botavillam, quae semper attinent ad comitatum Engolismensem.

Qua tempestate, Odolricus, Sancti Martialis abbas, vigilantissimae honestatis, Engolismam venit ad Alduinum comitem. Ipse vero tunc donavit Sancto Martiali ecclesiam beatae Mariae in territorio Burdegalensi, cum insula magna Dordoniae, in qua sita est ; estque ipsa ecclesia uno plus milliario a castro Fronciaco, quod erat in dominicatu vel in dominio proprietatis supradicti comitis, cum omnibus in circuitu terris et castellis ; quam possessionem retinebat ex jure hereditario uxoris suae nobilissimae Alairiae vel Alauziae comitissae.

Pater vero Alduini Willelmus reversus ab Ierosolymis, multis nobilibus, mediocribus et pauperibus bonum fuit incitamentum : confestim enim Isembertus episcopus Pictavinus, et Jordanus episcopus Lemovicinus, et comes Fulco, pluresque primatum, et infinita multitudo mediocrium et pauperum, ac divitum Ierosolymam tendunt.

Roho autem obiens, sepultus est in capite cathedralis ecclesiae, a parte australi.

Cap. XXVIII. – De Geraldo episcopo Engolismensi.

In cujus locum successit Geraldus Arte-mala (vulgo Malart), vir magnus a studiis (magnae constantiae), qui, tyrannidem dapiferorum suorum fugiens, ad regem Franciae quasi exul divertit ; et in extremis vitae laborans, erigere se contra Episcopatum Engolismae fecit, et vivos simul ac mortuos illius episcopatus absolvit, praeter dapiferos suos, quos excommunicavit, et futuram progeniem maledixit. Hic autem obiens sepultus est intra ecclesiam S. Dionysii, a parte septentrionali. Titulus autem talis est tumuli illius : Hic requiescit Ger. Angulismae civitatis episcopus.

Cap. XXIX. De morte Auduini Comitis.

Ipse vero Auduinus, post mortem Guillermi patris sui, quatuor annis consulatum tenuit et mortuus est anno MXXX (aliquid deest [17] ), anno ab incarnatione Domini.

Cap. XXX. De Gaufrido Comite Engolismensi.

Successit in consulatum Auduino Gaufridus seu Josfredus, frater ejus, cujus erat uxor Petronilla [18], filia Marnardi, dicti Divitis, domini Archiaci et Botavillae et sola ejus heres : pro qua totam hereditatem patris habuit et possedit ; quam duxerat ipse Gaufridus, vivente patre suo Willermo comite. Filius vero fratris Alduini, scilicet Willermus Chausardus, licet filius esset primogeniti et terram de comitatu debuisset habere, solummodo Mastacium et medietatem castri Fronciaci habuit. Hac de causa scilicet quia comes Willelmus ejus avus filios et filias exheredavit, idcirco quia uxor ejusdem Audoini toxicaverat eum [19], et propter hoc sententiam exheredationis in progeniem illius mulieris retorsit. Gaufridus vero comes de uxore sua praedicta filios genuit Fulconem, Gaufredum Rudelli, Arnaldum de Montosario, Willermum et Ademarum postea Engolismenses episcopos. Fulconi primogenito dedit comitatum Engolismae et terram quam ex parte uxoris suae habebat, Gaufredo Rudelli castrum Montosarii. Obiit autem Gaufredus comes MXLVIII anno ab incarnatione Domini.

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A.

Après les mots sacrosanctas reliquias sanguinis et aquae, on lisait dans le Manuscrit de Verteuil : quae fluxit a latere Christi in sua passione.

Plusieurs historiens parlent de cette prise d’Angoulême, qui eut lieu en 507, après la bataille livrée dans les champs de Voclade (in campo Vogladense vel Vocladense) :

1° « Chlodovechus vero, apud Burdegalensem urbem hyemem agens, cunctos thesauros Alarici a Tholosa auferens, Ecolismam (alias Encolismam, Ecolisinam, seu Engolismam) venit. Cui Dominus tantam gratiam tribuit, ut in ejus contemplatione muri sponte conruerent. Tunc, exclusis Gothis, urbem suo dominio subjugavit » (Gregorii episc. Turonensis Hist. Francorum, lib. II, cap. 37, Rec. des Hist., tom. II, p. 183).

2° « Chlodoveus quoque apud Burdigalensem civitatem totam hyemen resedit thesauros vero plurimos Alarici regis de Tholosa abstulit ; omnesque urbes illas accipiens, Ecolosinam civitatem veniens, tantam ei gratiam Deus contulit, ut in ejus adventu muri ejus funditus corruerent. Interfectis quoque Gothis qui ibidem erant, ipsam urbem adprehendit atque ita omni terra eorum subjugata, in Santonico vel Burdigalense Francos praecepit manere ad delendam Gothorum gentem » (Gesta Regum Francorum, auctore incerto, cap. 17, ibid., tom. II, p. 554)

3° « Clodoveus igitur rex Burdegalem civitatem ingrediens, per hyemem ibidem demoratus est, et fatigatum in bello refecit exercitum. Unde progrediens Tolosam invasit, et thesauros Alarici his qui eandem provinciam possessuri erant dividere praecepit. Cumque Ecolesinam civitatem, quae rebellionis audaciam assumpserat, expeteret, et eam armis et obsidione expugnare decerneret, tantam gratiam ei virtus divina concessit, ut in ejus adventum muri ejusdem civitatis ruerent. Quod videntes oppidani et rem divino nutu avenisse credentes, sese suaque dedere Clodoveo, et urbis munitionem machinis protriverunt, et Gothos milites munitionis ejusdem regi pariter obtulerunt ; quos omnes capite plexos morti tradidit. » (Gesta Francorum, auctore Roricone monacho, lib. IV, ibid., tom. III, p. 18).

4° « Tunc in Burdegalensi urbe hyemabat. Brumali autem recedente rigore vernalique succedente temperie, Clodoveus Tolosam petit. Inde thesauros Alarici auferens, ad Engolismam properat. In cujus adventu, murus urbis divino nutu sponte ruens, advenienti regi apertum praebuit iter ; qui universos Gothos, quos ibi reperit, gladio interemit. Pari etiam modo, per vicinas urbes adversarios interficiens, suosque constituens, eas sibi parere compulit » (Aimoini monachi Floriacensis de Gestis Regum Francorum, lib. I, cap. 22, ibid., tom. III, p. 42).

5° « . Lors yvrenoit en la cité de Bordiaus. Quand li yvers fu passez et li prinstens revenus, li rois s’en ala à Tholouse, là prist les trésors qui orent esté le (au) roy Alaric. De là s’en alerent à la cité d’Angolesme ; li mur de la vile trebuchierent en son avenement, sans nule force, par la volenté de nostre Seigneur. En la cité entra : tout li Ghot, qui en la cité (alias leenz) furent trouvé, furent mis à l’espée ; par toutes les voisines cités occist aussi tous ses adversaires, et les garnist de sa gent » (Chroniques de Saint-Denis, liv. I, ch. 23, ibid., tom. III, p. 174).

6° « Clodoveus autem hyemavit Burdegalae, et thesauros Amalarici (sic) de Tolosa accepit ; et, per Caturrum et Lemovicam rediens, Engolismam obsedit, et in ejus adventu muri corruerunt totamque terram subjugans, in Xantonia et Engolisma et Burdegala Francos reliquit contra Gothos » (De Aquitania Opusculum, ex codice Thuano, in Nov. Biblioth. Mss. Libr. Ph. Labbe, tom. II, p. 731).

7° « Et invadens Tolosam, sedem regni Gothorum, usque ad Pyrenaeos regnum Francorum dilatavit. Fertur etiam muros Ecolismae (alias Ecolesinae) urbis ante faciem ejus corruisse » (Sigeberti Gemblacensis monachi Chronicon, anno DIX, corrig. DVII, Rec. des Hist., tom. III, p. 337).

8° « Denique cum ipse rex, superato penes Pictavum civitatem Alarico rege Gothorum, deliberasset in revertendo illas urbes capere quae sibi contrarias persistebant, Equolismae muri civitatis, quam opugnare volebat, in conspectu ejus divinitus corruerunt » (Chronicon Centulense, auctore Hariulfo monacho, lib. I, cap. I, ibid,, tom. III, p. 349).

9° « Patrata siquidem victoria, et multis civitatibus suae ditioni subjugatis, usque Tholosam perrexit, et thesauros Alarici accipiens, per Equolisinam (alias Engolosinam) civitatem, cujus muri ante conspectum ejus corruerunt, interfectis Gothis Arrianis qui ibi erant, cum gloriosa victoria de multis civitatibus ad propria rediit » (Vita S. Remigii Remensis episcopi, ibid., tom. III, p. 379).

10° Ajoutons à ces extraits des anciens historiens la phrase suivante d’un écrivain du seizième siècle « Qui eorum (Visigothorum) Engolismae in praesidio relicti erant, dum urbem muniunt, repentina strage territi, cum pars murorum vetustate corruens miraculi speciem praebuisset, Francos mœnibus admisere » (Pauli Emilii de Rebus gestis Francorum, lib. I, fol. 9, Parisiis, Vascosan, 1539, in-fol.).

Nous reviendrons sur ce même fait, en publiant le passage d’Adémar qui s’y rapporte.

Nous avons suivi la chronologie de Dom Bouquet, en disant au commencement de la présente Note que la prise d’Angoulême eut lieu en 507 ; mais il est très-probable que cette date ne doit se rapporter qu’à la bataille de Voclade. Clovis en effet n’a pu s’emparer de notre ville que l’année suivante, puisqu’il passa l’hiver à Bordeaux, et qu’avant de venir à Angoulême il marcha sur Toulouse pour enlever les trésors d’Alaric.

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B.

On est loin d’être fixé sur l’année de la dédicace de la cathédrale d’Angoulême et de la consécration de Mérère ; mais il est bien certain que, si Grégoire de Tours y assista, comme l’écrit notre auteur, la date ne peut être antérieure à l’an 573. Ceux qui adoptent, non sans valables motifs, une époque plus ancienne, seront obligés de lire ici, avec quelques savants, au lieu de Gregorius, le nom de l’archevêque Euphronius qui précéda Grégoire sur le siège de Tours, de 556 à 573. Nous ajouterons, pour confirmer cette lecture, que Grégoire de Tours ne nous dit en aucun endroit de ses écrits avoir assisté à cette double cérémonie ; et qu’il n’a pu le dire, puisque ce fut le roi Charibert qui envoya à Angoulême les deux évêques consécrateurs, et que ce monarque mourut dès l’année 567, six ans avant l’élévation de Grégoire à l’épiscopat.

Dans les vers que Fortunat, évêque de Poitiers, adresse à Félix, évêque de Nantes, sur la dédicace de l’église de cette dernière ville, il mentionne avec éloge, parmi les prélats assistants, Domnule, évêque du Mans, et Marachaire d’Angoulême, qui, d’après l’opinion la plus raisonnablement adoptée, est le même que notre évêque Mérère :

Domnulus hinc fulgut meritis, Maracharius inde,
Jure sacerdotii cultor uterque Dei.

(Ven. Hon. Clem. Fortunati Carmina, lib. III, carm. VI, v. 27 et 28.)

La présence de Mérère à cette dédicace de l’église de Nantes vient à l’appui de ce que nous avons avancé plus haut, puisqu’on en place généralement la date à l’année 567, et que Fortunat nous apprend aussi qu’Euphrone, archevêque de Tours, présidait cette solennité :

Inter quos medios, Martini sede sacerdos,
Euphronius fulget metropolita sacer. (Ibid., v. 19 et 20.)

Entre Aptone, chapelain de Clovis, et Mérère, il faut placer les deux évêques suivants :
- 1° Lupicin, qui assista au premier concile d’Orléans, convoqué par Clovis et tenu le 6 des ides de juillet de l’an 511, et signa de cette manière : « Lupicinus episcopus ecclesiae Ecolesimensis subscripsi » (Labbe et Cossart, SS. Concilia, t. IV, col. 1409). Il assista également au second concile de la même ville, assemblé par Childebert et ses frères, le 9 des calendes de juillet de l’an 533 « Lupicinus episcopus Ecolismensis subscripsi » (ibid., col. 1783). Il fut aussi représenté, en 541, indiction IV au quatrième concile d’Orléans, par le prêtre Egérius « Egerius presbyter directus a domino Lupicino episcopo civitatis Ecolesimae subscripsi » (ibid., t. V, col. 389).
- 2° Aptone, qui fut présent au cinquième concile d’Orléans, convoqué par Childebert et tenu le jour des calendes de novembre de l’an 549, indiction XIII. Il signa ainsi (ibid. col. 398) « Aptonius in Christi nomme episcopus ecclesiae Ecolismensis subscripsi » (un autre Ms. porte Abthonius, et quatre autres Antonius). Cet évêque, qui est mentionné dans la légende de saint Cybard, est au moins le deuxième du nom car il nous paraîtrait bien téméraire de révoquer en doute l’existence de l’Aptone auquel notre auteur a consacré en entier le Chap. II de la présente Histoire, et dont il est également parlé dans Adémar. Il est vrai que ces deux écrivains ont confondu le prédécesseur de Lupicin avec le prédécesseur de Mérère mais cette erreur, qui n’est peut-être que le résultat de l’homonymie, ne nous paraît pas suffisante pour rayer le chapelain de Clovis de la liste de nos prélats. L’Aptone du concile d’Orléans est même quelquefois nommé Aptone III par les écrivains qui admettent comme évêque le frère de saint Ausone, c’est-à-dire saint Aptone, dont l’existence se trouve entièrement liée à celle de notre premier pontife, d’après les légendes recueillies dans l’Ordinarium Officii beati Ausonii (Ms. du XVe siècle, in-4°, imprimé avec quelques changements sous le titre de Propria sancta Festorum Sanctorum Episcoporum diocesis Angolismensis et aliorum Sanctorum, Parisiis, F. Huby, 1606, in-8°). C’est ce premier Aptone seulement que l’on peut qualifier de Saint, et dont l’Église d’Angoulême doit célébrer la mémoire le 26 octobre ; les Hymnes et Oraisons du jour, conservées dans les anciens Propres que nous venons de citer, ne laissent aucun doute à cet égard. Ajoutons que les deux frères sont toujours accolés dans nos vieilles traditions, et jusque dans la charte de Charles-le-Chauve, de l’an 852, qui mentionne une porte de ville appelée de leur nom, ad portam SS. Ausonii et Aphtonii (Voir cette charte dans la Note D).

Revenons à Mérère : il est à peu près reçu, malgré la distinction admise par Corlieu, Gabriel de La Charlonye et Vigier de La Pile, que cet évêque est le même que Marachaire, Maraquier ou Macaire, nommé tour-à-tour Maracharius, Magnacarius, Macharius et Marharius, qui avait été comte d’Angoulême avant d’embrasser l’état ecclésiastique.

Voici un passage important de Grégoire de Tours, où sont mentionnés des faits scandaleux omis par l’Historien de nos comtes et de nos évoques, et où nous apprenons aussi que Marachaire fut remplacé comme comte par son neveu Nantin, et comme évêque par Fronton, auquel Héracle succéda :

« Hac itaque aegritudine (alias pestilentia) et Nantinus (alias Nautinus) Ecolisnensis comes exinanitus interiit ; sed quae contra sacerdotes vel ecclesias Dei egerit, altius repetenda sunt. Denique Maracharius avunculus ejus diu in ipsa urbe usus est comitatu ; quo officio expleto, ecclesiae sociatur, clericusque factus ordinatur episcopus. Qui multum vigilanter vel ecclesias, vel ecclesiae domos, et erigens, et componens, septimo sacerdotii anno, injecto ab inimicis in caput piscis veneno simpliciter accipiens crudeliter enecatur. Sed non diu inultam ejus mortem pertulit divina clementia ; nam Frontonius (alias Frontimius), cujus consilio hoc scelus est perpetratum, adsumpto confestim episcopatu uno in eo degens anno, praecurrente judicio Dei, interiit. Cujus post obitum Heraclius (alias Eradius vel Eraclius), Burdegalensis presbyter, qui quondam legatus Childeberti senioris fuerat, episcopus ordinatur. Nantinus vero ob requirendam avunculi sui mortem, comitatum in ipsa urbe expetiit. Quo accepto, multas episcopo injurias inrogavit. Aiebat enim episcopo : « Homicidas illos, qui avunculum meum interfecerunt, tecum retines ; sed et presbyteros huic noxae admixtos, ad convivium recipis. » Deinde inimicitia increscente paulatim coepit villas ecclesiae, quas Maracharius testamento scripto reliquerat, violenter invadere, adserens non debere ecclesiam ejus facultatem adipisci, a cujus clericis testator fuerat interfectus. Post ita vero, jam aliquibus ex laïcis interfectis, addidit ut adprehensum presbyterum adligaret, ac conto perfoderet. Cui adhuc viventi, retortis post tergum manibus, adpenso ad stipitem, elicere quaerebant si in hac causa fuisset admixtus. Quod cum ille negaret, profluente cruore de vulnere, reddidit spiritum. Qua de causa commotus episcopus, jussit eum ab ecclesiae foribus prohiberi. Convenientibus autem apud civitatem Santonas sacerdotibus, deprecabatur Nantinus, ut pacem episcopi mereretur, promittens se omnes ecclesiae res, quas sine ratione abstulerat, redditurum, atque humilem exhibere se sacerdoti. At ille fratrum jussioni obaudire procurans, cuncta quae petebantur indulsit ; causam tamen presbyteri omnipotenti Deo commendans, comitem in caritate recepit. Qui post ita regressus urbem, domos illas quas male pervaserat, spoliat, elidit, ac disjicit, discens ; « Et si hoc ab ecclesia recipitur, vel desertum inveniatur. » Qua de causa iterum motus episcopus, eum a communione suspendit. Quae dum aguntur, impleto beatus pontifex vitae cursu, migravit ad Dominum. Nantinus quoque ab aliquibus episcopis, intercedentibus praemiis atque adulationibus, communicatur. Post paucos vero menses a supradicto morbo corripitur qui nimia exustus febre, clamavit, discens « Heu heu, ab Heraclio antistite exuror, ab illo crucior, ab illo ad judicium vocor. Cognosco facinus, reminiscor me injuste injurias intulisse pontifici ; mortem deprecor, ne diutius crucier hoc tormento. » Haec cum maxima in febre clamaret, deficiente robore corporis, infelicem animam fudit, indubia relinquens vestigia, hoc ei ad ultionem beati antistitis evenisse ; nam exanimum corpus ita nigredinem duxit, ut putares eum prunis superpositum fuisse combustum. Ergo omnes haec obstupescant, admirentur, et metuant, ne inferant injurias sacerdotibus ; quia ultor est Dominus servorum suorum sperantium in se » ( Gregorii episc. Turonensis Hist. Francorum, lib. V, cap. 37, Rec. des Hist., tom. II, p. 254).

Aimoin raconte ainsi les mêmes faits : « Tunc temporis Nantinus Engolismensis comes hujus modi ex causa gravem divinitus est passus mortis pœnam. Maracharius avunculus ejus, comitatu praedictae urbis diu potitus, ad clericatum accedens, post non multum tempus episcopus est factus. Quem cum adversarii ejus, immisso in capite piscis veneno, nefandissime necassent, non diu laetati sunt. Nam Frontonius, cujus consilio hoc perpetratum est scelus, uno tantum anno post eum functus est episcopatu. Cumque ei Heraclius Burdegalensis presbyter successisset, a Nantino, qui ob ulciscendam avunculi mortem comitatum a rege emerat, gravissime increpabatur quod avunculi sui interfectores secum retineret. Quare in majus crescente controversia, comes villas ecclesiae ab avunculo per testamentum relictas pervasit, asserens quod non deberet ea tenere testamenta, quorum testator ab ejus fuerat clericis interemptus. Post haec crudeliori exardescens iracundia, interfectis etiam quibusdam laïcis, unum ex presbyteris lancea vulneratum, dum adhuc viveret, suspendi ac ad confessionem criminis cogi jussit ; qui diu revinctis post terga manibus pendens, fluente e patenti vulnere sanguine, innocentem reddidit spiritum. Pro tantis igitur sceleribus Nantinus ab Heraclio excommunicatus, convenientes apud Sanctonas urbem quosdam sacerdotum rogavit, ut pro se antistitem interpellarent pollicitus se res ecclesiae redditurum, et mala quae commiserat emendaturum. Antistes vero, rogantibus annuens fratribus, eum communioni restituit. Sed comes ad Engolismam reversus, domos quas pervaserat destruxit, dicens « Si haec ecclesia recipit, saltem deserta inveniantur. » Episcopus sane, his auditis, iterum communione eum privans, vita decessit. Nantinus quoque, a quibusdam episcopis pecunia corruptis communioni redditus, in morbum incidit. Cum vero valida cruciaretur febre, clamabat : « Heu ! heu ! quae tormenta ab Heraclio illata patior ! Ipse me nunc cruciat, ipsius igne consumor ; mortem peto, ne diu male vivam. » In his vocibus constitutus interiit. Audiant ista qui sacerdotibus, vel Deo servire cupientibus, injurias irrogant ; intelligunt Deum esse vindicem injuste oppressorum » (Aimoini monachi Floriacensis de Gestis Regum Francorum, lib. III, cap. 30, ibid., tom. III, p. 81).

Voici comment s’expriment les Chroniques de Saint-Denis « Nantins li cuens d’Angolesme morut en ce tens par griez tourmenz, par la venjance de nostre Seigneur, pour les griez et pour les injures que il faisoit à sainte Eglise, si comme nous dirons ci-après. Macaires, oncles à celi conte Nantin, qui longuement ot usé de sa seignourie de la conté, ala au clergié et fist tant em poi de tems que il fu évesques de la cité ; mais il ne vesqui pas longuement ; car cil qui pas ne l’amoient l’envenimèrent. Cilz toutes voies par qui ceste vilenie fu faite, qui Frontins avoit nom, fu évesques après li ; mais il ne vesqui puis que un an. Après Frontin fu li tiers (évesques) Éracles, qui devant avoit esté archeprestres de Bordiaus. Cil Nantins, dont nous avons parlé, qui la contrée avoit achatée au roy pour la mort son oncle vanchier, le reprist et blasma de ce que il tenoit entour lui ceulz qui son oncle avoient occiz par venin. Tant monta li contenz d’une part et d’autre, que li cuens saisi les viles de l’Église, que ses oncles avoit données et quitées en son testament, et disoit que il n’estoit pas tenus au testament tenir, pour ce que si propre clerc avoient fait celui morir qui le testament avoit fet. Après monta en plus grand forsenerie ; car il occist aucuns du pueple, et feri un prestre d’une lance parmi le cors, les mainz li fist lier derrière le dos, tormenter le fist et contraindre, pour ce que il cuidoit qu’il li deust reconnoistre la mort de son oncle. Li prestres, qui innocenz estoit du fait, vuida tant de sanc de son cors par la plaie qui estoit ouverte, que il rendi son esperit comme martirs. Pour tiex cas et pour semblables, fu escommeniés de l’évesque Éracle. A la parfin pria tant aucuns des évesques qui à Saintes furent assemblé, qui il le firent asoudre par leur prières, em promettant que il s’amenderoit et que il rendroit quanques il avoit pris et saisi des choses de l’Église. Quant il fu retournez à Engolesme, il craventa et destruit toutes les maisons, et dist que se li évesques resoit ces choses, il les trouveroit désertes. Quant il sot qu’il ot ce fait, puis que il ot esté rasous, il le rescommenia derechief, puis ne demoura pas moult que il trespassa de cest siècle. Li cuens se fist asoudre par aucuns évesques qu’il avoit corrumpus par dons. Après ceste absolucion qui poi ou noient li valut, chaï en une fort ague (forte et aigre fièvre). En ce point qu’il estoit ou plus fort de la fièvre, il crioit à haute vois : « Haro las ! haro las ! comme li évesques Éracles me tourmente : il me flaele et me fait ardoir tous le cors de son feu. Las ! je desir la mort, que je ne vive longuement en si grans doleurs comme je sueffre. » En tex criz et en tel vois se feni sa dolereuse vie. Ci doivent prendre garde cil qui font les griez à sainte Église, et doivent entendre que nostre Sires vange les tors fais de ceulz qui sont grevé sans raison » (Chroniques de Saint-Denis liv. III, ch. XI, ibid., tom. III, p. 225).

Il résulte de tous ces faits que Marachaire était évêque dès l’an 567 ; et s’il mourut, d’après Grégoire de Tours, dans la septième année de son épiscopat, c’est-à-dire au plus tard en 574, il faut placer la mort de Fronton en 575, celle d’Héracle en 578, et celle du comte Nantin quelques mois après. Ces dates ne peuvent être qu’approximatives ; mais elles nous paraissent plus près de la vérité que celles de Denys de Sainte-Marthe, qui leur sont postérieures de deux ans. Nicaise fut le successeur d’Héracle ; nous en parlerons dans la Note C.

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C.

Cette bataille, dont on fixe ordinairement la date à l’année 575, se livra entre l’armée de Sigebert, roi d’Austrasie, commandée par les deux chefs Godegisèle et Gontran et l’armée de Chilpéric roi de Soissons, commandée par son fils Théodebert, qui y fut tué.

Voici les passages des anciens historiens qui relatent le même fait :

1° « Rex (Sigibertus) Godegiselum et Guntchramnum, duces in capite dirigit. Qui commoventes exercitum adversus eum (Theodobertum) pergunt. At ille, derelictus a suis, cum paucis remansit ; sed tamen ad bellum exire non dubitat. Ineuntes autem praelium Theodobertus evictus in campo prosternitur et ab hostibus exanime corpus, quod dici dolor est, spoliatur. Tunc ab Arnulfo (alias Aunulfo vel Unulfo) quodam collectus, ablutusque, ac dignis vestibus est indutus, et ad Ecolismensem (alias Ecolunensem vel Ecolinensem) civitatem sepultus » (Gregorii episc. Turonensis Hist. Francorum, lib. IV, cap. LI, Rec. des Hist., tom. II, p. 229).

2° « Rex (Sigibertus) Godegisilum et Guntramnum, duces in capite, dirigit. Qui commoventes exercitum, adversus eum (Theudobertum) pergunt. Ille quoque derelictus a suis, cum paucis remansit ; sed tamen ad bellum exire non dubitavit. Venientesque ad pugnam, Theudobertus devictus prosternitur, mortuusque est ibi ; ab Aunolfo quoque duce collectus, Ecolosinam civitatem deportatus ibidem sepultus est » ( Gesta Regum Francorum, auctore incerto cap. 32, ibid., tom. II, p. 561).

3° « Sigebertus tamen non usquequaque otiosus fuit, nec multa diu regni. sui passus dispendia est ; nam insidiis opportune locatis, omnem exercitum Theodeberti cum ipso attrivit. Qui, dum evadere nititur, a cohorte regia oppressus occiditur. Corpus ejus ab Arnulpho duce collectum et ad Engolismam delatum, ibidem est humatum » (Aimoini monachi Floriacensis de Gestis Regum Francorum, lib. III, cap. XII, ibid., tom. III, p. 71).

4° « Li rois Sigeberz qui bien se refu pourchaciez (pourveu) de gent ne refu pas oiseux ; il ne vout pas souffrir sa gent, ne sa terre domager, que il n’i meist conseill ; ainz ala encontre Theodebers son neveu, qui sa terre li avoit gastée et sa gent desconfite. Embuchement mist ès fors pas (destroits) par là où il devoit passer. Theodebers et sa gent fu là toute desconfite, il meismes fu occis en fuiant. Li dux Ernoulz prist le cors, et le fist mestre en sépulture en la cité d’Angoulesme » (Chroniques de Saint-Denis, liv. III, ch. 3, ibid., tom. III, p. 213).

II faut voir aussi dans Adémar le passage relatif à cette bataille.

L’Histoire de nos Évêques et de nos Comtes ne relate pas le fait suivant qui se passa à Angoulême en 585, quelques années après la mort de Théodebert. Nous voulons parler de l’accueil favorable que l’évêque Nicaise et les principaux habitants d’Angoulême firent au fils naturel de Clotaire Ier, à Gondebaud ou Gondevald, surnommé Ballomer, qui cherchait à s’emparer du trône, après la mort de Chilpéric Ier. Grégoire de Tours s’exprime de cette manière « Gundovaldus vero Pictavum accedere voluit, sed timuit ; audierat enim jam contra se exercitum commoveri. In civitatibus enim quae Sigiberti regis fuerant, ex nomine regis Childeberti sacramenta suscipiebat ; in reliquis vero quae aut Guntchranini aut Chilperici fuerant, nomine suo, quod fidem servarent, jurabant. Post haec Engolismam accessit, susceptisque sacramentis, muneratisque prioribus, Petrogoricum adgreditur, graviter episcopum tunc injuriatum reliquit, pro eo quod susceptus ab eodem non fuisset » (Gregorii episc. Turon. Hist. Francorum, lib. VII, cap. 26, Rec, des Hist., tom. II, p. 302). Voici le passage d’Aimoin « In illis diebus Gundoaldus iter Pictavis destinatum, audita expeditione, ad Engolismam deflexit ; ubi ab antistite et proceribus gratanter exceptus, eorum remunerata sedulitate, Petrogoricas tendit, cujus praesulem male multatum reliquit, eo quod se cum favore non excepisset » (Aimoini mon. Floriac. de Gestis Francorum, lib. III, cap. 67, ibid., tom. III, p. 99). Aimoin est ainsi traduit par le Chroniqueur de Saint-Denis En ce point venoit Gondoalt à Poitiers ; mais quant il sot que li olz (l’ost) le roi Gontrans estoit là, il retourna à Engolesme ; là le receurent honorablement li évesques et li baron. Quant il les ot merciés il s’en retorna vers la cité de Pierregort et pour ce que li évesques ne le receut pas en grace ne en faveur, si comme il li sembla, il l’afola assez vileinement, et li fist assez de persécucions » (Chron. de Saint-Denis, liv. III ch. 25, ibid., tom. III, p. 246).

Le roi Gontran en conserva de la rancune contre l’évêque d’Angoulême, et lui en fit des reproches dans la ville d’Orléans, où Nicaise se trouva quelque temps après (en juillet 585) avec plusieurs autres prélats, parmi lesquels figurait Antidius, évêque d’Agen « Nicasio autem et Antidio episcopis dixit « Quid vos, ô sanctissimi patres, pro regionis utilitate, vel regni nostri sospitate tractastis, edicite ? » Illis quoque tacentibus, ablutis rex manibus, accepta a sacerdotibus benedictione, ad mensam resedit laeto vultu et hilari facie, quasi nihil de contemtu suo fuisset effatus » (Gregorii episc. Turon. Hist. Franc., lib. VIII, cap. 2, ibid., p. 314).

Cet évêque Nicaise, dont l’Historien que nous publions n’a pas dit un mot, assista, en cette même année 585, au deuxième concile de Mâcon, dont il signa les actes « Nicasius episcopus ecclesiae Aquilimensium subscripsi » (Labbe et Cossart, SS. Concilia, t. V, col. 988).

Nicaise fut aussi l’un des évêques qui vinrent à Poitiers, en 589, pour faire rentrer dans leur devoir quarante religieuses du monastère de Sainte-Croix, qui s’étaient révoltées à l’instigation de Chrodielde, fille du roi Charibert, et de Basine, sa cousine, fille du roi Chilpéric. Les prélats furent indignement maltraités dans l’église de Saint-Hilaire. Il n’entre pas dans notre plan de raconter cette affaire scandaleuse, dont les détails, appartenant à l’histoire du diocèse de Poitiers, se trouvent dans Grégoire de Tours (Liv. IX, ch. 30 et suiv., et liv. X, ch. 20).

On lit dans l’une des légendes de saint Cybard « Nicasius quoque, tunc temporis Engolismensis episcopus, in civitate Burdegala ecclesiam sacri ordinis in honorem S. Eparchi devote constituit » (Nov. Biblioth. Mss. Libr. Ph. Labbe, tom. II, p. 523). Mabillon (Annal. Ord. S. Benedict, tom. I, p. 164, ad annum 581, num. 12) en a inféré que Nicaise était passé sur le siège de Bordeaux mais les mots tunc temporis Engolismensis episcopus prouvent que, lors de la construction de cette église ce prélat s’avait pas cessé d’être évêque d’Angoulême.

Entre Nicaise et la liste d’ évêques insérée dans le Chapitre VI de notre Histoire, il faut placer :

1° Giboald (Giboaldus), nommé dans le testament fait en 616 par Bertrand (Bertchramnus), évêque du Mans. Cette pièce a été publiée dans les Vetera Analecta de Mabillon (Paris, 1723, in-fol.),

2° Namace, qui est ainsi mentionné : Namatio Ecolesmensi, dans la liste des prélats qui assistèrent au concile de Reims de l’an 630 (mais mieux 625). Voir le passage de Flodoard (Hist, Eccles. Remensis, 1. 2, c. 5), cité par les PP. Labbe et Cossart (SS. Concilia, tom. V, col. 1689). Namace est aussi nommé dans une charte de saint Faron, évêque de Meaux, en faveur de l’abbaye qui depuis a porté son nom (Gallia Christ., tom. II, col. 981).

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D.

Ce Chapitre VII de notre auteur n’a d’autre base que la fausse interprétation de la charte suivante, dont l’original se trouvait à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et a été ainsi reproduit en partie dans la collection de Dom Bouquet :

« In nomine sanctae et individuae Trinitatis, Karolus gratia Dei rex. Quidquid pro utilitate servorum Dei efficere contendimus, profuturum nobis ad futuram felicitatis vitam obtinendam nullatenus dubitamus. Itaque notum sit omnibus sanctae Dei Ecclesiae fidelibus et nostris, praesentibus atque futuris, quia vir venerabilis Launus Equalismae episcopus ecclesiae ad nostram accedens excellentiam, innotuit qualiter S. Eparchii monasterii sui clericis villas quasdam usibus eorum habendas contulerit, et stipendiis eorum perpetua lege deputaverit. Unde firmitatis gratia altitudinis nostrae quoque petiit ex eodem negotio praeceptionem. Nos, inquam rationabilem petitionem ejus clementer audientes, confirmationis praeceptum hoc fieri jussimus, et easdem res eidem inscribi pleniter fecimus : hoc est in pago Equalismense, super fluvium Tolveram, Magnacum, Vinemacum, Vasnacum, cum eorum appenditiis ; mansiones quae sunt in aspectu ipsius monasterii ; in Monterione terras apsas cum piscinis ; civitatem quoque de posterula civitatis, quae dicitur porta B. Eparchii, usque ad aliam portam, quae vocatur B. Apostolorum principis Petri ; et Podium Coiardum usque ad portam SS. Ausonii atque Aphtonii, totam nisi solum monasterium cum officinis et domibus pertinentiam ; item in Enguena unum hortum tenentem dimidiam moratam de terra juxta pontem vero Biconum unum molendinum ; in ipso loco in villa, quae dicitur Fracta-genua, unum mansum Floriacum villam cum suis attinentiis ; in Visaco mansum unum cum duabus borderiis ; Roliacum super Noiram cum suis attinentiis ; Baudiclavem villam et Decamilon collationem quondam Radulfi, et illas res quas Dructannus et Samuel diaconus eidem monasterio contulerunt ; Ganiacum et Condolon cum Ruliaco minore ; et in Torciaco ecclesiam cum mansis duobus Sertorum villam cum suis appenditiis ; Tomolatum super Dordoniam, in qua est ecclesia in honore beatae Dei genitricis Mariae... Item villam Nauclarsiam (melius Nanclarsiam) cum suis attinentiis... et juxta fluvium Carantae tres mansos ; Aianarcum vero cum omnibus terris ad ipsum pertinentibus, quae longe et prope et in circuitu ejus sunt, nisi solum castrum ; in pago Sanctonico Montemvillam et Baciacum super ripam fluminis Carentae, cum eorum attinentiis, etc.

« Signum Karoli gloriosissimi regis.
Bartholomaeus notarius ad vicem Ludovici recognovi.
Data VIII Idus septemb., Indict. XV, anno XIII regnante Karolo gloriosissimo rege. Actum in Equalisma civitate in Dei nomine feliciter. Amen. » (Rec. des Hist., tom. VIII, p. 521.)

Cette charte figure aussi dans les différentes copies du Cartulaire de l’abbaye de Saint-Cybard (Archives Départ. de la Charente, Lettre H, Liasse 390) mais le texte en a été tellement dénaturé, qu’on y a interpolé jusqu’aux détails de la fondation de l’abbaye de Bassac, qui n’eut lieu que
dans les premières années du onzième siècle.

La plupart des écrivains qui ont cité ce diplôme, et Denys de Sainte-Marthe lui-même (Gallia Christ., tom. II, col. 982), l’ont attribué à Charlemagne et en ont placé la date à l’an 769, d’après l’Histoire des Évêques et des Comtes que nous annotons ici, et d’après la Vie de ce prince, due à un moine de Saint-Cybard, sur laquelle nous aurons l’occasion de nous expliquer à propos de la Chronique d’Adémar que nous publierons dans le présent volume. L’attribution de cet acte à Charlemagne est bien certainement une erreur, qui prend sa source dans la tendance puérile des moines du moyen-âge à illustrer les origines de leur monastère, et à rattacher à son histoire le souvenir du grand rénovateur de l’empire d’Occident. Pour dissiper cette illusion, il a suffi aux diplomatistes modernes, et entr’autres au savant Bréquigny (Table chron. des Dipl.), de jeter un coup d’œil sur la charte originale, au bas de laquelle se trouve cette souscription « Bartholomœus Notarius ad vicem Ludovici recognovi. Data VIII Idus Septemb., Indict. XV, anno XIII regnante Karolo gloriosissimo Rege. Actum in Equalisma civitate, in Dei nomine feliciter. Amen ». Il est évident que cette date si précise, qui fait ici partie intégrante du diplôme, ne peut être soupçonnée de fausseté, comme celle qui est apposée, en forme de commentaire, au bas de la charte du Cartulaire, et suivie des supputations absurdes d’un ignare copiste et il est évident aussi qu’elle ne peut se rapporter qu’à l’an 852, qui est en effet la quinzième Indiction et la treizième année du règne de Charles-le-Chauve, monté sur le trône le 20 juin 840. Nous ajouterons que le nom du notaire Bartholomœus, qui sanctionne l’acte, figure avec celui du chancelier Ludovicus pour lequel il signe, sur une grande partie des chartes de Charles-le-Chauve, et qu’on ne les trouve, ni l’un ni l’autre, sur aucun des diplômes de Charlemagne. La charte a donc été délivrée le 6 septembre 852, et non en 769 ; par Charles-le-Chauve, et non par Charlemagne à la demande de Launus II, évêque d’Angoulême, qui assista au Concile de Soissons, tenu dans le mois d’avril 853 en présence de Charles-Ie-Chauve lui-même, et non à la sollicitation de Launus Ier, dont il nous semble conséquent de révoquer l’existence en doute, puisque les mots qui le concernent dans la Vie de Charlemagne et précèdent de quelques lignes la mention du diplôme à l’année 769, ne paraissent y avoir été insérés que pour motiver le récit erroné du moine de Saint-Cybard. Du reste, ce serait tourner dans un cercle vicieux que de prétendre, avec M. l’abbé Michon (Chron. cles Év. d’Ang., p. 61), que rien n’indique que Launus II ait été abbé de Saint-Cybard, tandis que ce n’est que par une fausse attribution de la même charte qu’on a pu donner ce titre a Launus Ier. On se tromperait également en avançant, avec le même écrivain, que Charles-le-Chauve n’est jamais venu à Angoulême, lui qui en eut si souvent l’occasion durant ses longs démêlés pour la possession de l’Aquitaine ; lui qui en 845, par le traité fait à Saint-Benoît-sur-Loire, céda ce royaume à Pépin II, à l’exception du Poitou, de la Saintonge et de I’Angoumois (praeter Pictavos, Sanctonas et EGOLIMENSES) ; et qui enfin, en l’année même 852, s’empara de nouveau de toute l’Aquitaine, après avoir forcé Pépin de se retirer dans un monastère.

Au lieu d’éclaircir la question, Corlieu n’avait fait que l’embrouiller ; puisque pour faire accorder la souscription du diplôme avec la treizième année du règne de Charlemagne, il l’avait placé à l’an 781 sans s’inquiéter si l’Indiction se rapportait ou non à ce nouveau calcul. Quant à M. Desbrandes, qui donne dans son Histoire d’Angoumois Ms. (tome I, p. 226 et suiv.) une assez mauvaise traduction de la charte d’après le Cartulaire de l’abbaye, il adopte bien la bonne date de 852, mais il l’accompagne de réflexions qui laissent une idée peu avantageuse de sa critique.

Nous ferons observer que l’Historien que nous publions a omis de mentionner plusieurs évêques, qu’il faut placer entre Frédebert, contemporain de Pépin nommé dans la liste du Chap. VI, et Launus, contemporain de Charles-le-Chauve :

1° Landebert, qui fut représenté par le diacre Ansebrand au concile tenu à Narbonne, le 5 des calendes de juillet de l’an 788. Ce dernier signa ainsi « Ego Ansebrandus diaconus ad vicem Landeberti Eglinensium episcopi subscripsi » (Labbe et Cossart, SS. Concilia, tom. VII, col. 966) Eglinensium est ici par abréviation pour Egolesinensium.

2° Saint Salve, Sauve ou Sauge (Salvius), assassiné à Valenciennes avec son compagnon Superi (Superius). On place sa mort vers l’an 801, et il est honoré par l’Église le 26 juin. Nous donnerons sa légende dans les Acta Sanctorum Engolismensium, qui seront joints à la présente publication. On ne trouve point le nom de ce saint personnage dans les anciens catalogues de nos évêques, et ce silence a suggéré à l’abbé Hugues du Temps la réflexion suivante « Nous ne dissimulerons pas une difficulté qui mérite quelque attention : comment l’église d’Angoulême a-t-elle omis dans ses fastes un pontife dont la gloire devait rejaillir sur elle » (Le Clergé de France, Paris, 1774, 4 vol. in-8°, tom. II p. 314 à la note) ?

3° Sidrane (Sidranîus). Il est nommé le dernier dans la liste du Chap. VI ; Denys de Sainte-Marthe (Gal. Christ., tom. II, col. 983) le fait siéger en 801, immédiatement après saint Salve, nous ne savons sur quelle autorité.

4° Autbert, mentionné par la Chronique de Saint-Maixent ou de Maillezais, parmi plusieurs évêques qui vivaient en 844 « Autbertus Engolismensis » (Nov. Bibliolh. Mss. Libr. Ph. Labbe, tom. II, p. 200).

C’est à ce dernier pontife que succéda Launus, nommé dans la charte qui a motivé la présente Note. Il assista, comme nous l’avons déjà dit, au second concile tenu à Soissons, en présence de Charles-le-Chauve, le 10 (ou le 6) des calendes de mai de l’an 853 indiction I ; et son nom se lit ainsi dans la liste des évêques « Launo AEquolesinae civitatis episcopo » (SS. Concilia, tom. VIII, col. 84). Il figura aussi au second concile de Tulle, le 11 des calendes de novembre de l’an 860, indiction IX (mieux VIII), et en signa les canons « Launus AEcolenensium episcopus subscripsi (ibid., col. 705). Sa signature se trouve également, « Launus AEqualesinae sedis episcopus », au bas de l’approbation donnée au testament de saint Yrieix par les évêques du même concile, le 7 des ides de novembre de la même année (ibid., col. 706).

Launus eut pour successeur Élie l’Écossais (Elias Scotus vel Scotigena) ce qui a été admis par notre Historien lui-même, et est une preuve convaincante de sa fausse chronologie et de la non-existence de Launus Ier. Elie assista au concile qui fut tenu à Piste (in loco qui dicitur Pistis, ad
Sequanam fluvium
) en 862 et signa « Helias gratuita Dei dispositione Equalismorum episcopus subscripsi » (ibid., col. 758). Sa signature se trouve aussi de cette manière « Helias Ecolesinensis episcopus » (ibid., col. 836), au bas de la lettre adressée au pape Nicolas Ier par les pères du troisième concile de Soissons, le 8 des calendes de septembre de l’an 866 ; et de cette autre manière « Helias AEquoalisinorum episcopus consentiendo subscripsi » (ibid., col. 843), au bas du privilège accordé par le même concile au monastère de Solignac, en Limousin. Il signa enfin « Helias indignus episcopus subscripsi » (ibid., col. 867) un autre privilège que le monastère de Saint-Waast d’Arras obtint, vers le même temps, des pères du concile de Verberie ; concile que l’on croit avec raison être le même que celui qui fut tenu l’an 869, indiction II, auquel assista notre
Élie ainsi que le prouve cette dernière signature « Helias Engolismensis episcopus » (ibid,, col. 1528), apposée au bas du privilège accordé par ce concile à l’abbaye de Charroux, la veille des calendes de mai. Cet évêque mourut vers l’année 875, comme on le verra dans la Chronique d’Adémar.

La Petite Chronique d’Angoulême place la mort d’Élie en 860 ; c’est l’une des rares erreurs de ce précieux document. Il est bien difficile aussi d’admettre comme exacte la date de 864 donnée par la même Chronique pour la mort de l’évêque Gerbald. Les renseignements et signatures que nous venons de relever nous forcent d’admettre une partie de la conclusion de Denys de Sainte-Marthe, citée dans la note 2 de la page 7 : Gerbald (Gerbaldus) que nous croyons être le même que le Gerbardus mentionné dans la liste du Chap. VI de notre Historien, avait probablement abdiqué plusieurs années avant sa mort.

On nous pardonnera la sécheresse et la longueur de ces digressions chronologiques : nous en serons plus sobre dorénavant, à mesure que nous avancerons vers des temps moins incertains mais elles nous ont paru indispensables pour mettre un peu d’ordre dans la liste de nos premiers pontifes jusque vers la fin du règne de Charles-le-Chauve, liste dressée trop souvent d’une manière arbitraire par les compilateurs modernes, qui se permettent d’effacer des noms d’évêques, de transporter le titre de saint d’un personnage à un autre, et de présenter comme définitives des dates plus que douteuses, sans nous expliquer les motifs de leur façon d’agir. Nous excepterons de ce blâme notre savant et honorable ami, M. l’abbé J.-H. Michon, qui nous a donné deux catalogues de nos prélats, l’un sous le titre de Chronique, en tête de la Vie de Jean-Joseph-Pierre Guigou, évêque d’Angoulême (Angoulême, 1844, in-8°), et l’autre dans sa Statistique monumentale de la Charente (Paris, 1844, in-4°, p. 87 et suiv.) s’il s’est trompé quelquefois, il n’a pas négligé du moins de développer certaines raisons, qui nous mettent à même de le prendre au sérieux et de rechercher la source de ses erreurs.

Voir la 2ème partie : de 1048 à 1159

[1Il faut néanmoins placer entre Ausone et Aptone l’évêque Dynamius (ou Damianus, selon quelques Mss.), mentionné honorablement dans le passage suivant, extrait par Grégoire de Tours d’une Épitre de Paulin « Si enim hos videas dignos Domino sacerdotes, vel Exsuperium Tholosae, vel Simplicium Viennae, vel Amandum Burdegalae, vel Diogenianum Albigae, vel Dynamium Ecolismae (alias Engolesinae), vel Venerandum Arvernis, vel Alithium Cadurcis, vel nunc Pegasium Petrocoriis ; utcumque se habent saeculi mala, videbis profecto dignissimos totius sanctitatis ac fidei, religionisque custodes. » (Histor. Franc, lib. II, cap. 13, Rec. des Hist., tom. II, p. 169.)
On pense que ce fut ce même Dynamius qui signa la Lettre adressée en 451 au pape Léon Ier par les évêques de la Gaule.

[2Ce mot construxerat, ne pouvant se rapporter qu’à celui de Chariberto, semble indiquer que ce fut Charibert qui fit rebâtir la cathédrale d’Angoulême, profanée par les Ariens, ce qui ne s’accorde pas avec le texte d’Adémar que nous imprimerons plus loin, dans lequel cette reconstruction est positivement attribuée à Clovis.

[3Il y a distincta dans le texte publié par le P. Labbe ; mais je crois devoir rétablir destructa, d’après Adémar.

[4Ce Gerbardus pourrait être le Gerbaldus mentionné dans la Petite Chronique (Voir cette chronique).

[5Sidranius passe pour avoir succédé à Salvius, dont il n’est fait ici aucune mention. Nous réimprimerons, d’après les Bollandistes, la vie de saint Salvius, dans les Acta Sanctorum Engolismensium qui seront joints a la présente publication.

[6Voir plus loin la note sur le passage de la Chronique d’Ademar, relatif à la monnaie d’Angoulême.

[7Entre Louis le Bègue et Charles le Simple, il faut placer Louis III, Carloman, Charles le Gros et Eudes.

[8Le texte d’Adémar est préférable : « Ense curto, nomine Durissimo. »

[9Pet. Chron. d’Angoulême (Voir ci-dessus) « DCCCCLXXIV.– Tertio kal. Apr. Hugo pontificali ordine sacerd. est functus. » – D. B.

[10Ce passage offrait quelques variantes dans le Ms. de Verteuil ; les voici : « Qua de causa, bona ipsius ecclesiae distrahens, maximam partem, in Lemovicensi, Petragoricensi, Santonensi et Engolismensi, baronibus qui in praedicta seditione ei auxilium praebebant, impendit ; sicque ad tantam alienationem bonorum et ad tantam loci desolationem versa est cathedralis ecclesia, ut pauci monachi, ibi Deo servientes, de bonis ecclesiae vix sustentari possent. Quod autem essent hic tunc monachi apparet, quod cymbalum in claustro et alias monasticas consuetudines ecclesia Engolismensis adhuc retinet. »

[11Erreur de copiste ; il faut lire DCCCCXC, d’après la Petite Chronique d’Angoulême.
Un prêtre Angoumoisin, qui prit la parole au second concile de Limoges, en 1031, s’exprime ainsi en parlant de Hugues « Episcopus noster Engolismensis Hugo, vir undequaque doctissimus, qui ante hos quadraginta annos migravit » (Labbe et Cossart, SS. Concilia, tom. IX, col. 879). Denys de Sainte-Marthe [Gal. Christ., tom. II, col. 989) en a inféré que Hugues était mort en 992 ou 993 ; ce qui ne nous parait pas concluant, car ces mots ante hos quadraginta annos ne signifient point il n’y a pas encore quarante ans, mais bien voilà quarante ans passés. Nous devons avouer qu’un manuscrit de la Petite Chronique, conservé à l’abbaye de Saint-Martial de Limoges, indiquait l’année DCCCCXCIII, comme date de la mort de Hugues, tandis que celui qui a été publié par le P. Labbe donnait DCCCCXC.

[12Il faudrait cependant lire XII, si l’on s’en rapportait au Ms. de Verteuil, où ce passage était ainsi relaté « Sepelitur apud S. Eparchium in monastico habitu. Credimus in vita sua episcopatui renunciasse, maxime cum corpus illius sine virga et annulo in sepulchro suo inventum fuerit, quando vetus ecclesia B. Eparchii dirueretur. Decessit vero DCCCCXXCVI ab incarnatione Domini, octavo calendas decembris, sedit XII annos. » Ce fragment est loin de s’accorder avec Ademar, qui s’exprime en ces termes : « Ugo episcopatum per XX annos obtinuit. »

[13Le P. Labbe n’aurait pas ajouté entre parenthèses les mots matre et
Eduensis, s’il avait bien lu le manuscrit, où il y avait très-probablement Moxedanensis (changé depuis en Mussidanensis, qui signifie de Mussidan, lieu de naissance de Grimoard et de ses deux frères, Aimeric,v¡comte de Mussidan, et lslo, évêque de Saintes. Il faut donc écrire la phrase de cette manière « Hic natione Petragoricus, Moxedanensis, fuit a Guidone, vicecomite Lemovicensi, captus, etc. ...)

[14Au lieu d’omnium, nous pensons qu’il faut lire omni honore, d’après le texte d’Adémar.

[15Le Ms. de Verteuil portait « Idque per imagines ex lino et cera compactas et in loco subterraneo paulatiin acubus punctas. »

[16Du Cange (Glossar., tom. VI, col. 138), qui cite Ie mot saravisa (avec un seul r) d’après la présente Histoire, pense qu’il faudrait remplacer par salaria. Il y a Saracenisca dans la Chronique d’Adémar, d’où ce passage paraît avoir été tiré.

[17Dans la lacune ici indiquée il manque bien certainement la fin de la
date, qui devait être MXXXII ou MXXXIII (et non MXXXIV, comme le pensent les continuateurs de D. Bouquet), puisque Alduin mourut quatre ans après son père, décédé le 6 avril 1028, ou 1029 selon le nouveau style (Voir ci-dessus, p. 32).

[18Il y dans le Cartulaire de Saint-Cybard trois chartes où la femme de Geoffroi est nommée Ascelina et Aschelina.

[19Si les auteurs de l’Art de vérifier les Dates disent qu’Alduin fut empoisonné par sa femme, c’est que probablement ils auront fait rapporter à Audoini le pronom cum qui ne peut convenir qu’à Willelmus.

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