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990 (c) La légende de la fondation de Saint-Jean d’Angély, par D. Massiou

D 20 novembre 2007     H 12:08     A Pierre     C 2 messages A 2022 LECTURES


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La ville de St-Jean-d’Angély s’est élevée à l’ombre des murailles du monastère de ce nom.

La fondation de cette abbaye remonte, selon toute vraisemblance, aux alentours de l’année 990.

Piganiol de la Force, dans sa Description de la France, donne la date de 942, et il attribue la fondation à Pépin, roi d’Aquitaine. Il s’appuie sur une date donnée par Dom Fonteneau, (t. 13, p. 41), à une donation faite à ce monastère, vers 928, par un nommé Ithier, de tout ce qu’il possédait dans le pays de Brioux, aux villages appelés Lupchiacus et Asnerias. Cette date semble erronée.
A propos de ces dates, voir les explications de Jacques Duguet

Voici, d’après Massiou (Histoire de Saintonge, première période, p. 350), les circonstances qui accompagnèrent la fondation du monastère. Cette tradition, revêt un caractère plus légendaire et merveilleux qu’historique. Une légende qui fait partie de l’histoire de la ville.

Image : Sculpture de Caroline Wagner - St Jean Baptiste - 1998 - Voir son site

S’il faut en croire de vieilles annales, Peppin avait en Saintonge un château du nom d’Angéri ou Angély, situé au milieu d’une forêt sur la rive droite de la Boutonne. C’était vraisemblablement une de ces fermes royales où les monarques de la deuxième race habitaient alternativement pendant quelques mois de l’année.

Docile aux pieux enseignements de son père, Peppin fit, dit-on, bâtir près de ce castrum une église en l’honneur de saint Jean-Baptiste. Attirées bientôt par la sainteté du lieu, quelques familles vinrent fixer leurs demeures près de ce moutier, et jetèrent, au commencement du IXe siècle, les fondements de la ville de Saint-Jean-d’Angély.

Mais cette origine toute royale était encore trop vulgaire au gré des vieux écrivains monastiques. Comme presque toutes les anciennes cités de la Gaule, Saint-Jean-d’Angély devait voir des fables ridicules environner son berceau. Écoutons un moine anonyme dont le récit merveilleux est imprimé à la suite des œuvres de saint Cyprien de Poitiers.

Après avoir essuyé bien des vicissitudes, depuis la jour où il fut décollé à Samarie par l’ordre du cruel Hérode, les reliques du Précurseur de Dieu reposaient à Alexandrie, dans la basilique élevée en son honneur par l’empereur Théodose. Un moine d’Occident, appelé Félix, ayant entrepris le voyage de Jérusalem, eut une vision pendant la nuit. — « Lève-toi, lui dit une voix, et marche jusqu’à Alexandrie. Là, tu trouveras, dans la chapelle où il est déposé, le chef de saint Jean-Baptiste : tu t’en empareras, et, reprenant le chemin de la Gaule, tu le porteras en Aquitaine dans un lieu que je t’indiquerai. »

Le moine exécuta, sans rencontrer d’obstacles, l’ordre qu’il avait reçu, et, renfermant dans un reliquaire le trésor qui lui était confié, regagna promptement le rivage de la mer, où il trouva une barque que les anges avaient préparée pour le recevoir. Il s’embarqua avec six autres religieux qui l’avaient accompagné dans son pèlerinage, et cingla vers la haute mer en louant le Seigneur.

Pendant que la barque voguait au milieu des ondes, Félix leva les yeux et les mains au ciel : « Mon Dieu, s’écria-t-il, vous qui avez marché à pied sec sur les flots, qui avez tendu une main secourable à saint Pierre en danger de se noyer, et préservé trois fois saint Paul du naufrage, protégez-nous contre cette mer en fureur, et conduisez-nous promptement au terme de notre voyage, pour y déposer le précieux trésor que nous portons. »

Il avait à peine achevé sa prière, que du sein d’un nuage lumineux descendit une colombe blanche comme la neige qui vint se percher sur la poupe du navire, et s’y tint immobile jusqu’à ce qu’étant entrés dans l’Océan, les pieux navigateurs eussent atteint le rivage d’Aquitaine. Aussitôt qu’ils aperçurent la terre, ils dirigèrent leur barque vers le port d’Angoulins, sur la côte de l’Aunis. Après être débarqués sur le rivage, ils se reposèrent un peu, puis se mirent en marche, ignorant encore où le ciel les conduirait.

C’était le temps où, fuyant leurs climats sauvages, et poussés par la soif du butin, les pirates Scandinaves commençaient à venir sur les côtes de l’Occident chercher de l’or et du soleil. Lorsque les sept religieux débarquèrent sur le rivage d’Angoulins, une sanglante bataille venait d’avoir lieu entre les pirates du Nord et le roi d’Aquitaine. Tel avait été le succès des armes de Peppin, que pas un pirate n’était échappé au carnage, et que le monarque n’avait perdu que vingt de ses gens. Après cette victoire signalée, Peppin, ayant rassemblé ses guerriers et fait asseoir son camp non loin du champ de bataille, s’était endormi profondément sous sa tente.

Au plus fort de son sommeil, une voix se fit entendre à son oreille :—- « Paresseux, lui cria-t-elle, pourquoi dors-tu ? Apprends que le chef du grand saint Jean-Baptiste, apporté du fond de l’Orient, vient d’arriver en ces lieux, et que c’est par son mérite que Dieu t’a donné la victoire sur tes ennemis. — Seigneur, que faut-il faire, demanda le roi endormi, et où trouverai-je ce grand saint ? » La voix reprit : « Derrière ton camp s’avancent sept religieux en habits de pèlerins : marche à leur rencontre en grande humilité, reçois de leurs mains la sainte relique, et tu connaîtras bientôt la puissance de Dieu. »

Cependant les moines étaient arrivés à deux milles du rivage de la mer, lorsqu’ils virent la terre jonchée de cadavres. Félix fut d’abord saisi de frayeur ; mais, se remettant bientôt, il encouragea ses compagnons, et poursuivit sa route par des sentiers détournés. Sur le soir, ils bâtirent une cabane de feuillages, et y passèrent la nuit.

Le lendemain au matin, lorsque le roi d’Aquitaine fut réveillé, il se rappela les paroles qu’il avait entendues pendant son sommeil, et consulta un vieillard sur ce qu’il convenait de faire. Il fut décidé que le prince déposerait ses ornements royaux, revêtirait un cilice, et irait, suivi de ses officiers, comme lui pieds nus et couverts de cendre, au-devant des serviteurs de Dieu.

Lorsque Félix vit arriver le roi dans cet humble appareil, il marcha à sa rencontre, le salua, lui donna le baiser de paix et lut fit connaître l’objet de sa mission. Alors tous deux se mirent dévotement en prière, et le moine, élevant sur ses bras la glorieuse relique, entonna un hymne auquel les autres religieux répondirent en chœur. Au-bruit de ce pieux concert, toute l’armée accourut au nombre de trente mille hommes. Les soldats, portant sur des litières les cadavres de leurs vingt compagnons d’armes tués dans le combat de la veille, se mirent à prier Dieu de rendre la vie à ces corps inanimés par l’intercession de son saint Précurseur. En même temps ils les approchèrent, l’un après l’autre, de la châsse où était renfermé le chef du martyr. O prodige ! à peine les cadavres eurent-ils effleuré le précieux reliquaire, qu’ils se dressèrent soudain, comme s’ils se fussent éveillés d’un profond sommeil.

A la vue d’un miracle aussi éclatant, toute l’armée jeta un cri de joie et d’admiration. Les moines, portant la sainte relique, se mirent en marche, suivis du roi et de tous ses guerriers. Ils arrivèrent ainsi à un lieu nommé Voutron, d’où ils gagnèrent bientôt, à travers les marais de Mathevaulx, le château d’Angéry. Le sacré chef fut déposé dans la chapelle du château, dédiée à la Vierge. Bientôt après s’éleva au bord de la Boutonne une église où la relique du bienheureux fut enfermée, avec des parfums, dans un ciboire décoré de six colonnes en marbre et scellé avec de la poix. Auprès de cette basilique fut institué un nombreux couvent de religieux, pour desservir à perpétuité l’autel du Précurseur de Dieu.

Vos commentaires

  • Le 20 novembre 2007 à 17:29, par Jacques Duguet En réponse à : 928 (c) La légende de la fondation de Saint-Jean d’Angély

    " La ville de St-Jean-d’Angély s’est élevée à l’ombre des murailles du monastère de ce nom. La fondation de cette abbaye remonte, selon Piganiol de la Force, dans sa Description de la France, à 942, et est attribuée par lui à Pépin, roi d’Aquitaine. Cependant, dans les manuscrits de D. Fonteneau, nous trouvons, t. 13, p. 41, une donation faite à ce monastère, vers 928, par un nommé Ithier, de tout ce qu’il possédait dans le pays de Brioux, aux villages appelés Lupchiacus et Asnerias".

    Si Piganiol de la Force a fixé en 942 la fondation de l’abbaye et attribué cette fondation au roi d’Aquitaine Pépin, il a commis une énorme bourde chronologique. Quant à Fonteneau,il a lui aussi fait une erreur en datant "vers 928" un acte qu’il faut situer entre 987 et 992.

    • Le 21 novembre 2007 à 10:39, par jacques duguet En réponse à : 928 (c) La légende de la fondation de Saint-Jean d’Angély

      Je précise parce que j’ai dû être trop bref précédemment. Nous ne possédons pas l’acte de fondation de l’abbaye de Saint-Jean d’Angély. Cependant, on admet généralement le témoignage d’Adémar de Chabannes selon lequel la fondation est l’oeuvre du roi des Aquitains Pépin (814-838), sur l’ordre de son père l’empereur Louis, mort en 840.

      La plus ancienne pièce figurant dans le cartulaire est de 941. Elle précède de peu l’acte de restauration du monastère en 942. Fonteneau a mal daté "vers 928" un acte sans autre datation que "du temps du roi Charles". Il a cru qu’il s’agissait de Charles le Simple. Or il s’agit de Charles de Lorraine, rival malheureux de Hugues Capet au trône, qui est décédé en 992. Cette datation montre que le rédacteur était prtisan de Charles de Lorraine.

      .

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