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1596 : Procès de Charlotte de la Trimouille, accusée d’avoir empoisonné le Prince de Condé son mari

D 4 août 2009     H 12:56     A Pierre     C 0 messages A 1086 LECTURES


La mort du Prince de Condé en 1588 à St Jean d’Angély défraya la chronique. Sa veuve, Charlotte de la Trimouille, fut accusée de l’avoir empoisonné. Jacques de Thou raconte son procès et son acquittement, malgré le lobbying intense de la famille de Condé auprès du Roi Henri IV et de la justice.

Source : Histoire universelle de Jacques-Auguste de Thou – Londres - 1734 - Books Google

Voir la relation de l’évènement.

1596 : Procès de Charlotte de la Trimouille, accusée d’avoir empoisonné le Prince de Condé son mari

Ce fut aussi en ce tems-là que Charlotte Catherine de la Trimoüille, veuve du Prince Henri de Condé mort à Saint- jean d’Angeli en Sainconge, en 1588. le 4. de Mars, & mère de Henri II, prince de Condé, né après la mort de son père, (le Roi l’avoit fait venir a la Cour l’année précédente,) abjura la Religion nouvelle à Rouen , & embrassa la Religion Romaine. Le Légat du Pape fit la cérémonie de la réconciliation , quoique le cardinal de Gondi, comme évêque de Paris, prétendît que c’étoit à lui de la faire. Après la cérémonie, le Légat donna à la Princesse un repas magnifique , auquel les Princes & les Seigneurs de la Cour furent invités.

Cette Princesse n’avoit jugé à propos de changer de Religion que longtems après son arrivée à la Cour, parce qu’après la mort de son mari, ayant été accusée d’en avoir été l’auteur, ayant été même condamnée par des juges incompetens, elle vouloit, avant de faire profession de la Religion Catholique, ( ce qu’elle avoit résolu depuis longtems,) être déchargée de cette accusation & déclarée innocente, par un arrêt du Parlement de Paris, auquel le Roi avoït renvoyé cette affaire : Elle craignoit avec raison qu’on ne la soupçonnât d’avoir plutôt cherché à se rendre, par ce changement, ses juges favorables, que d’avoir fait cette démarche par la persuasion où elle étoit, que son abjuration étoit utile & même nécessaire à son salut.

Il y avoit huit ans qu’étant détenue prisonniére en Saintonge, par l’ordre des commissaires nommés par les Protestans pour juger de cette affaire, elle avoit interjette appel au Parlement de Paris, qui par un arrêt du 6. de Mai 1588. s’attribua à lui seul la connoissance de cette cause & défendit aux juges de Saintonge, & à tous autres, d’en connoître, ordonna que toutes les pièces & procédures contre la Princesse, seroient déposées au Greffe de la Cour , & que cet arrêt seroit signifié aux juges. L’arrêt fut publié par des Huissiers royaux , à Niort & à Saintes, villes voisines de S. Jean d’Angeli, & dans lesquelles il y avoit alors une garnison pour le Roi. Comme il y auroit eu du danger de faire la même chose à S. Jean d’Angeli, on se contenta d’afficher l’arrêt aux portes de la ville.

Le neuvième d’Août de la même année , il intervint un autre arrêt du Parlement, pour ordonner qu’une copie de la requête présentée par la Princesse, seroit délivrée à François de Conti , & à Charle de Soissons, frères du feu prince de Condé ; & il leur fut fait défense de poursuivre cette affaire devant tout autre Tribunal que le Parlement de Paris. Comme les juges de Saintonge firent peu de cas du premier arrêt, & que loin d’y obeïr, ils continuèrent d’instruire l’affaire, & rendirent même une sentence, le Parlement les décréta de prise de corps, ordonnant que leurs biens seroient saisis & mis en sequestre, jusqu’à ce qu’ils se fussent présentés à la Cour, pour rendre compte de leur conduite. Il fut ordonné aussi que ce dernier arrêt seroit affiché comme le premier.

Cependant les juges de Saintonge accordèrent un sursis de la sentence, par laquelle ils avoient ordonné que la Princesse subiroit un interrogatoire, & ils ordonnèrent que la sentence ne seroit exécutée qu’après ses couches. La Princesse ayant mis au monde un fils, les juges se repentirent de leur procédure, & de leur jugement, & l’action demeura suspendue. Mais l’année suivante le cardinal Charle de Vendôme, autre frère du feu prince de Condé, présenta à Tours une requête au Roi, pour demander que S. M. évoquât à sa personne l’affaire de l’empoisonnement dont la Princesse étoit accusée : Qu’elle interdît à tous autres juges la connoissance de cette cause : Qu’elle nommât des commissaires pour faire l’enquête, ordonnant que toutes les procédures faites jusqu’alors, & toutes les pièces du procès, lui seroient envoyées ; & qu’elle nommât des juges pour terminer enfin cette affaire.

Le Roi, conformément à la requête, donna le 12. de Mai un arrêt, sur le rapport de Jacque Auguste de Thou. On cessa ensuite de parler de ce procès, jusqu’à ce que longtems après, les frères & les cousins de la Princesse présentèrent au Roi une requête. Le Roi qui étoit alors à Dijon, c’est-à-dire, en 1595. renvoya toute cette affaire au Parlement de Paris. On fit donc venir de S. Jean d’Angeli toute la procédure avec la sentence des juges ; & l’on fit assigner les princes de Conti & de Soissons. Ces Princes n’ayant point comparu, le Parlement, sur les conclusions du Procureur général, déclara toutes les procédures faites contre la princesse de Condé, par les juges de Saintonge, nulles & de nul effet, comme contraires à l’autorité du Roi & du Parlement, avec défense à toutes personnes de quelque rang & de quelque qualité qu’elles fussent, de pouvoir jamais s’en prévaloir, ni en faire usage. Il fut ordonné de plus le 26. d’Avril, qu’avant de procéder à absoudre la Princesse, conformément à sa demande, le prince de Conti & le comte de Soissons seroient encore assignés, pour produire leurs moyens contre elle.

Les Princes n’ayant point comparu, & ayant décliné la jurisdiction du Parlement, & fait demander par leurs Procureurs, que le Roi en personne & les Pairs de France jugeassent cette affaire, la Princesse demanda sur ces entrefaites, que toutes les procédures que le Parlement avoit cassées, & tous les actes qu’il avoit déclaré nuls, fussent supprimés & éteints, de peur que ces actes, qui ne fournissoient aucunes preuves, ne donnassent dans la suite lieu à la calomnie. Le Parlement ordonna donc le 18. de May, que toutes les procédures faites contre la Princesse à S. Jean d’Angeli & ailleurs, seroient supprimées ; & le même jour elles furent jettées au feu par le Greffier criminel, en présence d’Achille de Harlai premier Président, & d’Edouard de Molé rapporteur de l’affaire.

Le prince de Conti & le comte de Soissons en furent extrêmement piqués. Ils ne comparurent point ; mais ils écrivirent à chacun des juges en particulier, pour leur faire scavoir qu’ils vouloient que leurs Procureurs protestassent en leur nom. Leurs Procureurs ayant été entendus, & le tout ayant été communiqué au Procureur général du Roi, la Cour déclara enfin le 24. de Juillet, Charlotte Catherine de la Trimouille, veuve du prince de Condé, innocente du crime dont elle étoit accusée.

Les Princes ses beaux-frères prétendirent, que l’affaire avoit été jugée avec trop de précipitation , & chargèrent leurs Procureurs de mettre leur protestation au Greffe, & d’en demander acte au Greffier : celui-ci l’ayant refusé, & leur ayant dit de voir à ce sujet le premier Président de Harlai, ils allèrent trouver ce Magistrat. Harlai leur répondit avec beaucoup de sagesse, & leur dit, que dans cette affaire, tout s’étoit passé selon les règles : Qu’il étoit contraire à l’usage, de recevoir des protestations contre les arrêts des Cours souveraines : Que personne n’étoit plus intéressé que les Princes du sang, à maintenir l’autorité des jugemens de ces Tribunaux : Qu’après avoir été plusieurs fois sommés de comparoître, ils avoient toujours refusé de le faire : Que le Parlement avoit donc ordonné, que sans avoir égard à leur déclinatoire, on continuât d’instruire le procès ; ce qui leur avoit été signifié : Qu’en conséquence des premiers arrêts , on avoit rendu le dernier, par lequel la Princesse de Condé avoit été entièrement déchargée : Que ses parties n’avoient administré contre elle aucunes preuves ; & que c’étoit un axiome de droit, que l’accusateur ne prouvant point, l’accusé est absous : Qu’on avoit suivi cette règle dans le procès du prince Louis de Condé leur père, & depuis peu dans l’affaire de François de Monmorenci, & que personne ne s’étoit avisé de protester contre les arrêts du Parlement, qui les avoient renvoyés absous : Que les beaux-frères de la Princesse agiroient contre toutes les règles de la prudence, s’ils prétendoient infirmer l’autorité du dernier arrêt de la Cour : Qu’ils devoient prendre garde de nuire au jeune Prince leur neveu, en voulant venger mal à propos la mort de leur frère. Telle fut la réponse que le premier Président fit aux Procureurs des Princes ; & il ne fut plus depuis question de cette affaire. La princesse de Condé obtint dans la suite des Lettres patentes du Roi, pour faire enregistrer dans toutes les autres cours du Royaume l’arrêt du Parlement de Paris rendu en sa faveur : ce qui fut exécuté, sans que les frères du prince de Condé fissent aucune protestation.

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