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1652 - La prise des châteaux d’Ambleville et de Barbezieux

D 9 octobre 2018     H 00:29     A Jean-Claude, Pierre     C 0 messages     A 11 LECTURES


L’année 1652 marque le déclin des troupes du Prince de Condé, et la perte de ses positions en Angoumois.

Ici, le récit détaillé de la prise de deux places fortes situées en Grande Champagne, au sud-est de Jarnac.

Source : La Fronde en Angoumois pendant les années 1651 et 1652, contenant le siège de Cognac, la prise des châteaux d’Ambleville, de Barbezieux, de la Tranchade et autres avantages remportés par le comte d’Harcourt sur le prince de Condé - Paul de Lacroix - Angoulême - 1863 - Bibliothèque numérique de Lyon via BNF Gallica

Voir en ligne :

LA PRISE DES CHATEAUX D’AMBLEVILLE ET DE BARBEZIEUX.

Le comte d’Harcourt arriva à Cognac avec son armée, le 10 janvier 1652 ; il en partit le lendemain pour aller à Segonzac. Le 12, étant dans cette localité, il monta à cheval avec du Plessis-BelIière et cent cavaliers pris dans les divers régiments, pour aller reconnaître quelques défilés par où les troupes devaient passer, et envoya le régiment de Montausier prendre son quartier à Ambleville, sur l’avis qu’il eut que celui qui commandait la garnison établie dans le château par M. le Prince prétendait le défendre contre les troupes du Roi. Ce commandant et tous ses soldats ayant crié Vive le Roi et les Princes à la sommation qui leur fut faite de livrer le château, le comte d’Harcourt résolut d’en venir à bout et y envoya du Plessis-Bellière avec deux pièces de canon.

Le commandement de l’attaque ayant été donné au sieur de Hémont-Créqui, maréchal de camp en jour, elle fut conduite avec tant de vigueur, que six heures après le logement fait sur la contrescarpe du fossé, qui était profond et le château dans une position avantageuse, le commandant demanda à parlementer. Il voulait quatre jours de délai avant de se rendre. Mais cette faveur lui ayant été refusée, et la fusillade ayant recommencé, quelque belle résolution qu’il eût prise d’attendre le secours que Condé lui avait fait espérer, il demanda qu’il lui fût permis de sortir avec armes et bagages. Du Plessis-Bellière lui ayant répondu qu’il ne pouvait espérer, pour lui et ses soldats, que la vie, et que s’il s’opiniâtrait encore il n’aurait aucun quartier, ce commandant, pour éviter l’effet de cette menace, accepta l’offre de la vie et sortit avec les siens le bâton à la main. Ainsi il se rendit prisonnier de guerre avec toute sa garnison, qui était de quatre-vingts ou cent hommes. On mit à l’ordre du jour de l’armée royale les sieurs de Saint-Amand, de Criqueville et du Clauzier, maréchaux de bataille, Le dernier commandant le régiment de Montausier, qui avaient servi fort utilement en cette occasion.

« Cette petite conquête n’arrêta pas d’un moment la marche du comte d’Harcourt, qui avait fait dessein de passer le Né pour s’approcher de l’armée de M. le Prince, et étant parti de Segonzac le même jour de la prise de ce château, vint camper à Touzac, dont il fit raccommoder le Pont-à-Brac sur ladite rivière, que les ennemis avaient rompu, et réparer quelques gués pour faciliter le passage des troupes.

« La nuit du 13 dudit mois, il eut nouvelle par des prisonniers que le marquis de Creuly, capitaine au régiment d’Armagnac, avait faits au gué de la Magdeleine, où il était en garde avec un parti de cinquante maistres du même régiment, que l’armée de M. le Prince ne se trouvant pas assez couverte de la rivière du Né, aurait marché au-delà de la Seugne, et qu’elle prétendait se retirer avec toute la diligence possible du côté de Bourg, ou se mettre à couvert de la rivière de l’Isle. Ce qui obligea le comte d’Harcourt de partir le 14 de Touzac, à dessein de suivre M. le Prince ; mais comme il avait laissé dans Barbezieux une garnison considérable en nombre et en la qualité des officiers, il ne jugea pas devoir laisser ce poste en arrière. Pendant qu’il continue son dessein, il arriva le même jour à Barbezieux, à la vue duquel il reçut des assurances de la fidélité des habitants qui l’attendaient avec impatience pour lui remettre la Ville, comme ils firent, avec des témoignages particuliers de leur zèle au service du Roi, au moment de son arrivée. Il commanda à MM. du Plessis-Bellière et de Montausier, qui avaient joint l’armée le jour d’auparavant pour y servir de lieutenants-généraux, de disposer les attaques du château, faire tenir les mineurs en état d’y être attachés dès la nuit du quinzième.

Le château de Barbezieux - Dessin de Jean-Claude Chambrelent

« La première attaque fut donnée au régiment des Gardes, commandé par le sieur de Genlis, maréchal de camp et capitaine audit régiment ; la seconde au régiment de Picardie, commandé par le sieur de Bellefonds, aussi maréchal de camp. À peine les postes furent-ils ordonnés que les soldats, avec une vigueur sans égale, se logèrent à vingt pas du château, à la faveur de quelques maisons qui n’en étaient pas éloignées.

« Toute cette nuit se passa à faire des galeries pour attacher des mineurs ; mais comme ce château était défendu par un nombre considérable de leurs meilleurs soldats, et la quantité d’officiers et gentilshommes qui s’étaient trouvés enfermés avec le sieur marquis de Lévis, maréchal de camp, qui y commandait pour M. le Prince, les galeries furent brûlées, et un des mineurs tué. Cependant le comte d’Harcourt ayant eu avis, le 15, à la pointe du jour, que M. le Prince était décampé de Pons pour prendre le chemin de sa retraite, et qu’une partie de ses troupes avait passé la dernière nuit à Jonzac, il partit dans ce moment avec l’armée du Roi, pour couper le chemin à celle de M. le Prince, ayant seulement laissé le régiment de Picardie sous les ordres du sieur de Bellefonds pour achever l’entreprise de Barbezieux, et s’étant informé que son plus court chemin était celui de Montguyon, à six grandes lieues de Barbezieux, il se résolut de marcher incessamment ; et pour ne pas perdre l’occasion qui, dans toutes les apparences, lui devait être favorable, il laissa son infanterie et ses bagages à une lieue de Barbezieux et continua sa marche avec toute sa cavalerie pour aller à Saint-André, espérant qu’il aurait dans son chemin des nouvelles assurées de celui que M. le Prince aurait pris.

« Le comte d’Harcourt commanda au sieur Chevalier d’Aubeterre, mareschal de camp en jour, d’aller faire le logement à Saint-André, et dans la pensée qu’il avait qu’il pourrait rencontrer les troupes ennemies, il le fit accompagner des chevau-légers de la garde du Roi, de quarante Maistres du régiment de Mercœur qui étaient à la tête de l’armée, de quelques gentilshommes volontaires qui choisirent le comte de Brassac [1] pour les commander, et de tous les maréchaux des logis qui faisaient un bon escadron. Le chevalier d’Aubeterre, trouvant les ennemis aux lieux mêmes où il devait faire son campement, tomba sur leurs quartiers, et aidé par de Bougy, du Plessis-Bellière, Folleviile et les volontaires, en défit un grand nombre ; et si le comte d’Harcourt l’eût fait soutenir seulement par 300 chevaux, il aurait été en état de tailler en pièces toute la cavalerie de M. le Prince : mais celui-ci échappa d’un si grand danger, et malgré la déroute de Balthazar, le Prince ne laissa pas d’arriver à Bordeaux [2]. Cependant, il y perdit la meilleure partie des régiments de Balthazar, de la Marcousse, de Gaudiez et de Montpouillan.

« On ne saurait assez estimer la vigilance avec laquelle MM. du Plessis-Bellière, Bougy, d’Aubeterre, Folleville, ont agi en cette occasion. MM. de la Roche du Maine, Galard de Brassac, de Sainte-Maure, de Réal, de Courbon, d’Ars, de Saint-Trojean, de Fleurac, de Ternan, d’Olleron, de Château-Chesnel, Paillé et autres gentilshommes volontaires, ayant fait un escadron des meilleurs de l’armée, dont le commandement fut donné à M. de Tracy. L’armée n’ayant pu suivre celle du Prince au delà de Saint-André, qui était son quartier, à cause de l’obscurité de la nuit, elle demeura en bataille à la tête du défilé jusqu’au jour, que le comte d’Harcourt, ayant reconnu le pays, envoya quelques coureurs vers Libourne, qui lui amenèrent des prisonniers.

« Le lendemain du départ du comte, le château de Barbezieux se rendit. Dès la première nuit de l’attaque, le sieur d’Alméras, capitaine aux gardes, et les autres officiers commandés dudit régiment, firent merveilles. Les officiers de Picardie, particulièrement le lieutenant-colonel, ne firent que ce qu’ils ont accoutumé partout, et au lieu d’exposer leurs soldats à porter les planches et les madriers qui servaient aux galeries, ils leur en ôtaient l’honneur, pour en courir le danger ; mais surtout nous devons la prompte exécution de cette entreprise à la valeur du sieur de Bellefonds qui la commandait et qui se loue fort des assistances qu’il a reçues du sieur de la Chesnaie, maréchal de bataille, que le comte d’Harcourt lui avait laissé.

« La capitulation du château de Barbezieux portait, en substance, que le sieur marquis de Lévis [3] aurait la vie sauve, ainsi que les officiers, soldats et volontaires qui étaient dans ladite place, lesquels demeureraient prisonniers de guerre ; qu’il remettrait le château le lendemain seizième janvier, à six heures du matin, avec les armes, bagages, meubles, équipages, et les munitions de guerre et de bouche qui s’y trouveraient, entre les mains de celui qui serait désigné par le comte d’Harcourt ; qu’il lui serait donné cinq ou six de ses domestiques pour le servir dans la prison où il serait conduit.

« II y eut un grand nombre d’officiers fait prisonniers, parmi lesquels ledit sieur de Lévis, comte de Charlus, lieutenant du roi en Berry, commandant ; les sieurs de Boucheterie, la Coste, de Boumeuf, de Boisguérin, de Grandpré, Heulin frères, du Vivier, lieutenant-colonel et capitaines au régiment de Richelieu. Les sieurs des Roches, de Montagray, de la Lay, de Vilsé, Simonnet, Montforton, des Garennes, de Brassac et Barré, lieutenants du régiment de Chouppes. Les sieurs Métayer, de Maisonneuve, de la Grange, du régiment de Guienne ; les sieurs de la Barde, de Beynac, de Graize, de Champié, du régiment de cavalerie d’Enghien. Les sieurs de la Motte-Virlobier, du Ranger, de Sainte-Hippolyte,de Lachèze, de Poussi, de Serre, de Charrié, gentilshommes dudit de Lévis et de monsieur de Richelieu ; les sieurs de la Ganneraye, de la Dourville, gentilshommes du prince de Conti, et de trois à quatre cents, tant soldats que cavaliers.

« Le sieur de Tracy fut dépéché vers Leurs Majestés pour leur porter la nouvelle de cette capitulation. »

CONCLUSION.

Après l’affaire de Saint-André de Cubzac, le comte d’Harcourt, qui, comme on sait, n’avait avec lui que sa cavalerie, rétrograda sur Barbezieux pour y prendre son infanterie et tous ses bagages. Il trouva le château soumis aux armes du roi, et approuva la capitulation qui en avait été signée par le marquis de Lévis et par Belle- fonds.

Il laissa une garnison dans le château, et, suivi de tout son effectif militaire, il entra en Périgord et courut dégager Miradoux, qu’il savait assiégé par Marsin, et où il n’y avait que les régiments de Champagne et de Lorraine. À cet effet, il passa I’IsIe, continua sa route entre Périgueux et Bourdeiile, d’où il dépêcha, le 22 février 4652, un détachement de troupes dans la Saintonge pour y assiéger Pons, Saintes et Taillebourg, sous le commandement de du Plessis-Bellière et de Montausier, auxquels se joignirent les corps de cavalerie de Folleville et de Bolle, maréchaux de camp. Le comte d’Harcourt ne devait plus combattre les Frondeurs dans les champs de l’Angoumois ; il y avait assez travaillé pour sa gloire, et l’Agenais, envahi par les révoltés, demandait, à son tour, l’appui de sa vaillante épée.

Le prince de Condé était passé en Guienne ; il s’occupait de fortifier Bergerac et Libourne. Si quelques villes tenaient encore pour son parti en Saintonge, une campagne nouvelle allait s’ouvrir pour les forcer de se remettre sous l’obéissance du gouvernement. La lutte ne touchait pas à sa fin de ce côté ; loin de là ; il fallait prendre Pons, qui était bien fortifié ; Saintes, où il y avait une garnison de quatorze cents hommes ; Taillebourg, citadelle inexpugnable, où avaient été entassées les munitions de guerre. La relation de ces nouveaux faits d’armes nous entraînerait hors du cadre que nous nous sommes imposé. Nous suivrons notre programme jusqu’au bout, mais nous n’irons pas au delà. II se trouvera un jour, nous en conservons du moins l’espoir, un bibliophile dévoué qui, à son tour, ne reculera devant aucune recherche pénible ou dispendieuse, pour offrir au public lettré les documents précieux qui existent sur ces événements.


[1Alexandre de Galard de Béarn, comte de Brassac, seigneur de Salles et Genté.

[2Mémoires de Tarente. — Mémoires de la Rochefoucauld.

[3Roger de Lévis, comte de Charlus, marquis de Poligny, etc., fils de Charles de Lévis, capitaine des gardes du corps, et d’Antoinette de l’Hôpital, né en 1621, lieutenant-général des armées du roi, gouverneur du Bourbonnais et de la province de Berry, époux, depuis 1642, de Jeanne de Montjouvent, de laquelle il eut Charles-Antoine de Lévis, comte de Charlus, etc.

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