1789 - Description, histoire et anecdotes : la Saintonge, Sablonceaux et Saint-Jean d’Angély

D 16 août 2008     H 15:55     A Jean-Claude, Pierre     C 0 messages A 2755 LECTURES


Source : Description des principaux lieux de France, contenant des détails descriptifs & historiques sur les Provinces, Villes & Bourgs, Monastères, Châteaux, &c. du royaume, remarquables par quelques curiosités de la Nature ou des Arts ; par des évènemens intéressans & singuliers, &c; ainsi que des détails sur le commerce, la Population, les usages, & le caractère de chaque peuple de France ; semée d’observations critiques, &c., accompagnée de cartes.

Par J. A. Dulaure.
Prix, 2 liv. 10 sous br., 3 liv. rel.
A PARIS.
Chez LEJAI, Libraire , rue Neuve des Petits Champs, près celle de Richelieu.

M.DCC.LXXXIX. Avec Approbation & Privilège du Roi


Les lieux décrits dans cette page sont : Sablonceaux et Saint-Jean d’Angély
Voir aussi : Pons, l’île d’Oleron, Saintes

Nota : Plusieurs notes de bas de page de ce livre, qui recèlent des perles savoureuses, ou citent des archives probablement détruites aujourd’hui, ont été ramenées dans le corps de cette page, sous forme d’encadré, à la suite du paragraphe où elles sont situées.

Portail de l’Abbaye Royale de St-Jean d’Angély
Dessin de Jean-Claude Chambrelent

Sablanceaux

Bourg avec une abbaye d’hommes, de l’ordre de Saint-Augustin, situé dans un pays sablonneux, à trois lieues de Saintes, & à une demi-lieue des bords de la Seudre

Origine

L’abbaye de Sablanceaux ou Sablonceaux fut fondée vers l’année 1136, par Guillaume, Duc d’Aquitaine. Les fontaines d’eau limpide & légère qui jaillissent dans les environs, ont fait croire que ces eaux avoient contribué, avec les sablons qui entourent ce lieu, à former le nom de Sablonceaux ; cette étymologie est détruite par le nom latin de cette abbaye Sabloncella, évidemment composé de sablon, & de cella qui signifie petite maison. Ces noms de celle & chelle sont communs à plusieurs anciens monastères de France, qui n’étoient, dans leur origine, que de simples hermitages : c’est de là qu’on a fait cellule.

Histoire

Les privilèges accordés à cette abbaye furent considérables, maïs ne purent la garantir de plusieurs malheureux evénemens dont nous allons parler.

Cette abbaye, fortifiée, comme l’étoit, dans les quinzième & seizième siècles, la plupart des riches monastères, fut assiégée & pillée en 1559 par le parti des Protestans.

En 1568, les bâtimens de cette maison devinrent presque entièrement la proie des flammes ; les ravages de l’incendie ne furent, à ce qui paroît, entièrement réparés que long-temps après. Gabriel Martel, dernier Abbé régulier de Sablanceaux, depuis 1615 jusqu’en 1621, ne résidoit plus dans cette abbaye, & s’emparoit de presque tous les revenus ; alors les Religieux demandèrent en Cour de Rome un Abbé commendataire. Hugues fut le premier Abbé de ce titre. Raimond de Mortagne, nommé depuis Evêque de Bayonne, lui succéda dans cette dignité, & il n’en fut pourvu qu’a condition qu’il feroit réparer l’église & les lieux réguliers. Les guerres de la religion l’empêchèrent sans doute de s’occuper pleinement de ces réparations. De son temps, en 1621, l’abbaye fut assiégée par le Prince de Soubise, qui, à la tête de deux mille hommes, & avec trois pièces de canon, s’en rendit maître ; ses soldats y firent plusieurs dégradations ; un grand nombre de titres, de manuscrits, & de mémoires du temps qui y étoient conservés, furent perdus en cette occasion.

Les Religieux n’avoient pas alors une conduite fort régulière, & leurs moeurs déréglées ne devoient pas inspirer beaucoup de respect aux Catholiques, & encore moins aux Protestans. Lorsqu’en 1633, Henri d’Escoubleau de Sourdis, Archevêque de Bordeaux, fut nommé Abbé commendataire de Sablanceaux, il ne put voir sans indignation la vie scandaleuse des Moines. Pour remédier à ces maux, il prit le parti extrême de renvoyer, sans exception, tous les Religieux de cette communauté, de les disperser en leur donnant des pensions, & de les remplacer par des Religieux plus exemplaires. En conséquence, le 25 octobre 1633, il fit un accord avec Alain de Solminiac, Abbé & réformateur de la Chancellade, & depuis Evêque de Cahors, qui lui envoya douze Chanoines réguliers de sa réforme. Mais les Moines expulsés n’étoient pas d’un caractère à voir tranquillement ces nouveaux venus occuper leur monastère de Sablanceaux. A peine la nouvelle colonie fut-elle introduite dans l’abbaye, que les anciens prirent conseil entre eux, se glissèrent pendant la nuit dans la communauté, & forcèrent, à main armée, les nouveaux à quitter la place.

Ceux-ci, moins aguerris, firent peu de résistance, & reprirent le chemin de la Chancellade, d’où on les avoit tirés. En route, ils rencontrèrent un Seigneur voisin, nommé le sieur de Balanzac, qui, apprenant leur disgrace, les arrêta, & leur promit qu’ils seroient bientôt rétablis ; en effet, il assembla une compagnie de cavalerie qui étoit en garnison dans Corme-Royal, conduisit cette troupe sous les murs de l’abbaye, fit faire une décharge de mousqueterie, & menaça les anciens Moines de les faire brûler dans la communauté, s’ils ne se retiroient promptement : la peur les fit obéir. Les Chanoines réguliers furent remis en possession de l’abbaye, & les Moines irréguliers ne firent plus de semblables tentatives.

Description

Après avoir, avec succès, réformé cette abbaye, M. de Sourdis en fit réparer les bâtimens, & reconstruire entièrement la maison abbatiale ; ses armes, sculptées en différens endroits, indiquent les parties restaurées ou rebâties par ce Prélat.

Dans le palais qui joint l’abbaye, on voit un vieux appartement qu’on nomme encore la salle des Pages, ce qui feroit croire que les Ducs d’Aquitaine ont habité ce lieu ; cette conjecture semble être confirmée par un autre monument. A un quart de lieue de Sablanceaux on trouve des masures que les habitans ont toujours appelées le château Guillaume.

La pile de Pirelonge
Dessin de Jean-Claude Chambrelent

Environs

Dans les environs de Sablançeaux il existe quelques monumens curieux.

A une demi-lieue de cette abbaye, & proche le village de Saint-Germain de Benest, est une construction appelée la Pile de Pirelonge ; c’est une des belles antiquités qui nous restent des Romains ; cette pile est massive, & construite en moellons avec du ciment dur ; sa hauteur est de foixante-quatorze pieds ; le plan offre un carré dont chaque côté a dix-huit pieds de longueur ; cette pile est couverte d’une maçonnerie en forme conique, de vingt pieds de hauteur, & composëe de sept assises de grosses pierres de taille ; la surface extérieure de ces pierres est sculptée en petites rigoles, creusées par compartimens.

Cette belle pile massive est un peu dégradée ; la curiosité de pénétrer dans son intérieur a occasionné, plutôt que la révolution des siècles, les brèches qu’on y voit.

Les anciens Romains élevoient de semblables édifices pour transmettre à la postérité le gain d’une bataille mémorable. « La Pile de Pirelonge, dit M. de la Sauvagère, est sans doute un de ces monumens, érigé peut-être par un Général de l’armée de Jules-César, Commandant dans cette contrée, qui pouvoit s’appeler Longinus, nom si commun parmi les Romains , & d’où cette pile aura pris son nom de Pila Longini, & dans la suite, on a dit Pirelonge, &c ». Recherches sur les ruines romaines de Saintes & des environs.

A un quart de lieue de cette pile, & à une demi-lieue de Sablanceaux sont les ruines d’une tour antique qui se nommoit Turris Longini, aujourd’hui Toulon, dont le nom vient à l’appui de l’opinion de M. de la Sauvagère, sur l’étymologie de la Pile de Pirelonge ; cette tour se voit au milieu d’un ancien camp Romain, appelé dans le pays camp de César.

On sait que plusieurs camps Romains portent le nom indéterminé de camp de César, qui peut s’appliquer également à Jules-César & aux autres Empereurs Romains ; mais celui ci, outre la tradition constante du pays, a tous les caractères qui conviennent aux camps que faisoit exécuter ce célèbre conquérant des Gaules.

Ce camp est placé sur le sommet d’une petite montagne, d’où on découvre un lointain immense, & dont on a applani le sol pour en augmenter l’étendue ; il est entouré de fossés sans parapets ; ce qui étonne, c’est que depuis un laps de temps aussi considérable, ces fossés, creusés en terre, sans jamais avoir été revêtus, se soient conservés aussi larges & aussi profonds ; ils ont encore communément vingt-huit à trente pieds d’ouverture à la gueule, & trente pieds de profondeur ; la nature du sol mêlé de pierrailles & durci à l’air, ainsi que les broussailles dont ces fossés sont remplis, ont empêché les éboulemens.

Sur la partie la plus élevée de ce camp, & au sommet de la petite montagne, sont les ruines de la tour ; elle a une enceinte particulière formée par un second fossé du côté du camp ; ces ruines offrent encore des murs de douze pieds de hauteur, & de sept pieds & demi d’épaisseur ; les faces extérieures présentent des pierres cubiques, liées avec du ciment, dur comme le marbre ; on voit, dans le massif des murs, des trous verticaux où l’on présume que les Romains plaçoient les drapeaux des légions qui étoient dans le camp.

M. de la Sauvagère, d’après lequel nous parlons de ce monument, est porté a croire qu’il étoit un de ces temples dont Juste-Lipse fait mention, qui dominoient le milieu des camps Romains, où l’on consultoit les Augures, & où l’on faisoit les sacrifices.

Dans le village de Toulon, qui est dans le voifinage de ce camp, & qui a pris son nom de la tour dont nous venons de parler, on remarque beaucoup de fragmens de murs antiques, quelques ruines d’aqueduc, ce qui fait conjecturer que ce lieu étoit autrefois une ville considérable ; la tradition du pays, & un titre de l’an 1481, qui parle d’une porte de cette ville alors existante, viennent à l’appui de cette conjecture.

Saint-Jean-d’Angély

Petite ville située sur la rivière de Boutonne, à cinq lieues de Saintes, & à peu près à la même distance de Rochefort.

Origine

Un magnifique château bâti par les anciens Ducs d’Aquitaine, dans une forêt nommée Angeriacum, fut l’origine de cette ville. A la place de ce château, Pépin le Bref fonda un monastère environ l’an 768, & y déposa, dit-on, la tête de Saint-Jean-Baptiste. On raconte que cette précieuse relique lui fut apportée de la Terre-Sainte par quelques Religieux, & que ce fut par la vertu de cette tête que ce Roi dépouilla Waiffre, Duc d’Aquitaine, de tous ses Etats, & qu’il parvint à le faire assassiner.

Cette relique de Saint-Jean, dont l’authenticité est au moins très-suspecte, comme nous allons le faire voir, fut cependant la cause de l’établissement de la ville de Saint-Jean-d’Angély ; elle attira un si grand concours de Pèlerins, qu’il fallut des hôtelleries pour les loger, & ces hôtelleries, enfin multipliées, formèrent une ville.

Mézerai, sous le règne du Roi Robert, raconte l’histoire de cette relique d’une manière peu ressemblante à la relation qu’en ont donnée les Religieux de Saint-Jean-d’Angély. « Le Duc d’Aquitaine, dit-il, à son retour de son troisième ou quatrième pèlerinage de Rome (ceux qui en faisoient le plus étoient les plus estimés), trouva son pays enrichi d’un nouveau trésor. L’Abbé de Saint-Jean-d’Angély ayant rencontré le crâne d’un homme mort, dans une muraille, le bruit s’espandit que c’était la tête de Saint-Jean-Baptiste. Les peuples de France, de Lorraine & de Germanie, qui, en ce temps-là, couroient avec grand zèle à toutes sortes de reliques, y affluoient de tous côtés. Le Roi Robert, la Reine, le Duc de Normandie, & une infinité de Seigneurs y apportèrent leurs offrandes ; celle du Roi fut d’une conque d’or qui pesoit trente-trois livres ; présent admirable, en un temps où l’or & l’argent étoient cinquante fois plus rares qu’ils ne sont à cette heure ».

Plusieurs Critiques se sont élevés contre le prétendu chef de Saint-Jean-Baptiste. Le Moine Guibert, Abbé de Nogent sous Couci, qui vivoit au commencement du douzième fiècle, est le premier, je crois, qui, dans son traité de pignoribus Sanctorum, ait élevé des doutes sur la sainteté de cette relique. « Les habitans de Constantinople, dit il, affirment qu’ils ont le chef de Saint-Jean-Baptiste, & les Moines de Saint-Jean-d’Angély prétendent la même chose. Y a-t-il rien de plus ridicule que d’attribuer deux têtes à ce grand Saint ? mais parlons sérieusement : puisqu’un même homme ne peut avoir qu’un chef, il est certain que ces deux sortes de personnes ne peuvent pas le posséder toutes deux ; & par conséquent que les uns ou les autres se sont engagés dans une insigne fausseté ».

Il n’y avoit alors dans le monde chrétien que deux têtes de Saint-Jean-Baptiste, elles se sont depuis beaucoup multipliées ; aujourd’hui, en France ou en Italie, on compte à ce Saint cinq ou six têtes.

Description

La ville de Saint-Jean-d’Angély étoit déjà considérable sous Philippe Auguste : Ce Roi, en 1204, y établit un Maire & des Echevins auxquels il accorda le privilège de noblesse & à leurs descendans, en considération de ce que les habitans avoient chassé les Anglois de leur ville. Mais ces habitans ayant, sous Louis XIII, embrassé le parti des Protestans, ce Roi, après avoir pris la ville en 1621, & fait raser les fortifications, les dépouilla de leurs privilèges, & les rendit taillables.

Cette petite ville, agréablement située & assez bien bâtie, n’est remarquable que par ses moulins à poudre, construits sur les bords de la rivière de Boutonne, au delà du faubourg de Taillebourg, & par son Abbaye.

L’Abbaye

Les bâtimens de cette Communauté sont vastes & commodes ; on y conserve la fameuse relique dont nous avons parlé. L’Abbé est Seigneur de la ville, & jouit d’un revenu très-considérable.

Anecdote

Ce fut un Abbé de Saint-Jean-d’Angély, nommé Jean Favre Versoris, qui, étant, le 14 mai 1471, à Saint-Sever, avec Charles, Duc de Guienne, frère du Roi Louis XI, & la dame de Chambes-Monsoreau, maîtresse de ce Duc, empoisonna ces deux amans dans une pêche qu’ils partagèrent : cette action est d’autant plus criminelle, que le Duc devoit avoir une entière confiance en ce Moine qui étoit son Confesseur, & qui fut, dit-on, porté à cet attentat par le dévot & méchant Roi Louis XI (note).

Note : Brantôme rapporte qu’on auroit ignoré la participation de Louis XI à l’empoisonnement de son frère, sans l’indiscrétion du fou de ce Roi. Voici comme cet Historien raconte le fait : « Louis étant un jour dans ses bonnes prières & oraisons à Cléry, devant Notre-Dame, qu’il appeloit sa bonne patronne, & n’ayant personne auprès de lui, sinon ce fou qui en étoit un peu éloigné, & duquel il ne se doutoit qu’il fût si fou, fat, sot, qu’il ne put rien rapporter ; il entendit comme il disoit : Ah ma bonne dame, ma petite maîtresse, ma grande amie, en qui j’ai eu toujours mon réconfort, je te prie de suppller Dieu pour moi & être mon avocate envers lui, qu’il me pardonne la mort de mon frère, que j’ai fait empoisonner par ce méchant Abbé de Saint-Jean d’Angély. (Notez encore qu’il l’eût bien servi en cela, il l’appeloit méchant : ainsi faut-il appeler toujours telles gens de ce nom) je m’en confesse à toi comme à ma bonne patronne & maitresse, mais aussi qu’eussè-je su faire ? il ne faisoit que troubler mon royaume. Fais-moi donc pardonner, ma bonne dame, & je scai ce que je te donnerai ; ; (je pense qu’il vouloit entendre quelques beaux présens, ainsi qu’il étoit coutumier d’en faire tous les ans, force grands & beaux à l’église), Le fou n’étoit point si reculé, ni dépourvu de sens, ni de mauvaises oreilles, qu’il n’entendît & : retînt fort bien le tout, en sorte qu’il redit à lui, en présence de tout le monde, à son dîner & à autres, lui reprochant ladite affaire, & lui répétant souvent qu’il avoit fait mourir son frère. Qui fut étonné ? ce fut le Roi .... Mais le fou ne le garda guères, car il passa comme les autres, de peur qu’en réitérant, il fût scandalisé davantage ».

Evènemens remarquables

Le 5 mars 1588, mourut à Saint-Jean-d’Angély, le second jour de sa maladie, Henri de Bourbon, Prince de Condé. D’après le rapport des Chirurgiens & Médecins qui ouvrirent & examinèrent son corps, il fut prouvé que le poison le plus violent avoit causé sa mort ; la Princesse son épouse, de la Tremouille, fut accusée d’avoir ordonné cet empoisonnement ; un Page nommé Belcastel commit ce crime ; il se sauva, & fut exécuté en effigie. Brillaud, Procureur au Parlement de Bordeaux, & Contrôleur de la maison, complice de ce meurtre, fut pris & tiré à quatre chevaux en la place publique de Saint-Jean-d’Angély. D’après les charges & informations, les Juges de Saint-Jean-d’Angély crurent devoir décréter Charlotte-Catherine de la Tremouille, veuve du Prince ; mais en sa qualité de Princesse du Sang, elle fit évoquer la procédure au Parlement de Paris, qui en interdit la connoissance aux Juges que Henri, Roi de Navarre, avoit commis pour cette affaire (note). Ces Juges n’ayant pas obéi aux ordres du Parlement de Paris, & ayant même continué d’instruire le procès, cette procédure fut, par la Cour, déclarée nulle, comme faite par Juges incompétens.

Note : Le Roi de Navarre (qui devint Henri IV) fut très-sensible à cette mort ; « Je ne saurois vous dire, écrivoit-il alors â M. de Ségur, l’extrême regret & déplaisir que j’ai reçu de la perte si notable & importante que nous venons de faire de feu mon cousin le Prince de Condé ; de combien la façon de sa mort si exécrable, a contristé mon coeur & mon âme... Nous sommes en un miserable temps, ajoute t-il, puisque les p !us grands, & ceux qui font profession d’honneur & de vertus, suivent des voies si exécrables ».

Le Cardinal de Bourbon, oncle du Prince empoisonné, fut sensible d’une autre manière à la perte de son neveu. On sait que dans ces temps de cabale & de violence, ce Cardinal ne montra pas un génie bien transcendant ; aussi-tôt qu’il eut appris la mort tragique de son neveu, il vint trouver le Roi Henri III, & lui dit avec une grande exclamation : Voilà, Sire, ce que c’est d’être excommunié ; quant à moi, je n’attribue sa mort à autre chose qu’au foudre d’excommunication dont il a été frappé. Le Roi se mit à rire, & lui répondit ; Il est vrai que le foudre d’excommunication, est dangereux ; mais si n’est-il point besoin que tous ceux qui en sont frappés en meurent ; il en mourroit beaucoup ; je crois que cela ne lui a pas servi, mais autre chose lui a bien aidé.

La Princesse cependant fut étroitement gardée au château de Saint-Jean-d’Angély, dont le sieur de Saint-Mesme étoit alors Gouveneur. Après sept ans de prison elle follicita vivement sa grâce, & l’obtint. Le Parlement revit alors toute la procédure, cassa, par arrêt du 26 avril 1596, toutes celles qui avoient été faites à Saint-Jean-d’Angéiy, & les supprima par un autre arrêt du 28 mai suivant ; enfin un autre arrêt du 24 juillet de la même année, déclare la Princesse innocente de toutes les accusations formées contre elle.

Les habitans de Saint-Jean-d’Angély embrassèrent de bonne heure la réformation de Calvin. En 1562, le Duc de la Rochefoucauld, un des chefs du parti des Protestans, vint assiéger cette ville, mais il fut contraint d’abandonner, ce projet. Quelque temps après, les troupes du même parti parvinrent à s’emparer de cette place, & y ajoutèrent de nouvelles fortifications. Le Duc d’Anjou, qui fut depuis Henri III, l’assiégea en 1569. Charles IX se rendit aussi devant cette ville lorsque le siège fut formé. Deux mille hommes des plus braves du parti Protestant défendirent cette place avec un courage vraiment héroïque. Dix mille hommes des troupes du Roi périrent à ce siège. Sébastien de Luxembourg, d’une des plus illustres maisons de l’Europe, & le plus grand ennemi des Protestans, fut tué dans la tranchée d’un coup de mousquet (note) ; enfin les assiégés furent forcés de céder aux efforts & au nombre des troupes royales : la ville fut prise ; mais bientôt elle fut reprise par les Protestans, qui en firent une de leurs places fortes, & la conservèrent jusqu’aux troubles arrivés en 1620 & 1621. Louis XIII la prit alors, punit rigoureusement, comme nous avons dit, les habitans de leur longue résistance, fit détruire les fortifications, & voulut même changer le nom de Saint-Jean-d’Angély en celui de Bourg-Louis ; mais l’expérience a prouvé souvent que les Rois n’ont point en cela le pouvoir de se faire obéir.

Note : On raconte qu’avant d’être frappé il se moquoit des hymnes & des pseaumes que les Protestans chantoient en françois du haut des murs, & leur demandoit où étoit leur Dieu le fort, qui étoit à cette heure leur Dieu le foible. Les Huguenots ont observé que ce fut en disant ces paroles qu’il fut renversé dans la tranchée.

L’évènement suivant, quoique particulier, mérite, par sa singularité, de trouver une place ici.

Madame Lacour, mère d’un Jacobin de ce nom, fut enterrée à Saint-Jean-d’Angély, avec les bagues qu’elle portoit aux doigts, comme elle l’avoit désiré. Sa Femme de chambre, de concert avec le Sacristain, résolut pendant la nuit suivante, de s’emparer des bijoux que la défunte avoit gardés dans son cercueil ; ils la découvrirent, & essayèrent d’arracher les bagues désirées ; les doigts gonflés de la dame rendirent cette entreprise difficile ; ils redoublèrent leurs efforts. La prétendue morte, ainsi tourmentée, poussa un grand soupir ; les deux voleurs effrayés prirent la fuite ; la dame Lacour revint parfaitement de son assoupissement, elle retourna, comme elle put, dans sa maison, & se rétablit si bien, qu’elle mit au monde, dans la suite, un fils qui fut le P. Lacour auquel il arriva un évènement à peu près semblable (note).

Note : Il y a plusieurs exemples de pareilles aventures. Nous raconterons la suivante, qui a beaucoup de rapport avec celle que nous venons de citer : Une dame fut enterrée dans, l’église des Jacobins de Toulouse, avec un diamant à son doigt ; un de ses domestiques, amoureux de ce bijou, se laissa enfermer dans l’église, & la nuit étant venue, il descendit dans le caveau où étoit déposé le cercueil de sa maîtresse ; l’ayant ouvert, le gonflement du doigt de la dame empêchant l’anneau de couler, il entreprit de couper ce doigt ; un cri perçant poussé par la prétendue morte , pénétra d’effroi le domestique : il tombe à la renverse sans connoissance ; les soupirs & les plaintes de la dame furent entendus par les Jacobins lorsqu’ils vinrent à Matines ; ils descendirent dans le caveau, virent la dame sur son séant & ressuscitée, & son domestique couché par terre, à demi-mort ; tous deux furent apportés au logis. La dame fut parfaitement rappelée à la vie, & le domestique mourut dans les vingt-quatre heures.

Étant à Saint-Jean-d’Angély, il mourut subitement ; on l’ensevelit, & après le délai ordinaire, on le porta à l’église pour l’enterrer : comme on se disposoit a le descendre dans la fosse, le cercueil échappa des mains de ceux qui le portoient, éprouva une rude secousse, & le mort ressuscita.

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