1789 - Description, histoire et anecdotes : l’Aunis , iles de Ré et d’Aix, Surgères et Marans

D 17 août 2008     H 23:58     A Pierre     C 0 messages A 1844 LECTURES


Un état des recherches en histoire locale et archéologie à la veille de la Révolution : l’auteur aurait été à son aise avec Histoire Passion !

Cette page est faite pour les amoureux : Ronsard y chante Hélène de Surgères, et véritable perle, Henri IV, amoureux, écrit à la belle Corisandre d’Andouin, sa maîtresse, et lui présente la ville de Marans. Un véritable régal !

Source : Description des principaux lieux de France, contenant des détails descriptifs & historiques sur les Provinces, Villes & Bourgs, Monastères, Châteaux, &c. du royaume, remarquables par quelques curiosités de la Nature ou des Arts ; par des évènemens intéressans & singuliers, &c; ainsi que des détails sur le commerce, la Population, les usages, & le caractère de chaque peuple de France ; semée d’observations critiques, &c., accompagnée de cartes.

Par J. A. Dulaure.
Prix, 2 liv. 10 sous br., 3 liv. rel.
A PARIS.
Chez LEJAI, Libraire , rue Neuve des Petits Champs, près celle de Richelieu.

M.DCC.LXXXIX. Avec Approbation & Privilège du Roi


Les lieux décrits dans cette page sont : l’ile de Ré, l’ile d’Aix, Surgères et Marans, avec la lettre d’Henri IV à sa maîtresse.
Voir aussi les autres pages tirées du même ouvrage

Nota : Plusieurs notes de bas de page de ce livre, qui recèlent des perles savoureuses, ou citent des archives probablement détruites aujourd’hui, ont été ramenées dans le corps de cette page, sous forme d’encadré, à la suite du paragraphe où elles sont situées.

L’île de Ré

.

Cette île est située dans l’Océan, à deux lieues de la Rochelle, & à mille quatre cents toises de la terre ferme ; elle dépend du gouvernement d’Aunis, de l’élection & du diocèse de la Rochelle, & du Parlement de Paris.

On croit que l’île de Ré, dont le nom latin est insula Rea ou Reacus, a été ainsi nommée, parce qu’autrefois on y reléguoit les criminels. Cependant on voit dans une charte de Charles le Chauve, de l’an 845, le nom de cette île exprimé par insula Rodi, ce qui détruit l’étymologie qu’on lui donne.

Description

Ile de Ré - Le phare des Baleines
Photo : Pierre Collenot - 2007

Cette île a treize mille toises de longueur sur trois mille quatre cents dans sa plus grande largeur, & environ trente mille toises de circonférence. A l’extrémité la plus occidentale de l’île, est la Tour des baleines, du haut de laquelle on jouit d’une belle vue ; elle est surmontée d’un petit dôme construit en verre, & assujetti par des barres de fer très-solides. Au commencement de chaque nuit on élève sous ce dôme un assemblage de réverbères, qui, tous réunis, forment une très-grande lumière que l’huile alimente, & qui sert de reconnoissance aux vaisseaux qui approchent de ces parages.

La ville de Saint-Martin est le chef-lieu de cette île ; elle fut long-temps assiégée par les Anglois, commandés par le Duc de Buckingham, lorsque Louis XIII fit le siège de la Rochelle. Cette ville étoit alors bien peu considérable ; Louis XIV la fit agrandir & fortifier d’une nouvelle enceinte, suivant la méthode de M. de Vauban ; elle est composée de six grands bastions & de cinq demi-lunes, de fossés & de chemins couverts. La citadelle commande la ville, le port & la campagne. C’est un carré très-régulier défendu par quatre bastions, trois demi - lunes & une demi contre-garde, le tout entouré, excepté du côté de la mer, d’un fossé sec & d’un chemin couvert, revêtu comme tout le reste. Dans le fossé de cette citadelle, on remarque un ouvrage singulier ; c’est une cuvette ou petit fossé plein d’eau, bien entretenu & bien régulier ; le devant de trois des courtines de cette citadelle est occupé par une espèce de fausse braye, ouvrage qui ne se trouve, à ce qu’on croit, qu’en cette seule citadelle.

Le quatrième côté fait face à la mer, & est occupé par un petit port & un grand quai qui règne le long des faces des bastions ; l’entrée de ce port est défendue par un éperon en forme de demi-lune.

La ville de Saint-Martin est petite & jolie ; elle fut bâtie à la place d’un ancien monastère de l’ordre de Saint-Benoît, fondé en 735, par Eudes, Duc d’Aquitaine, & par Valtrude sa femme ; ils y furent tous les deux enterrés.

C’est dans ce même monastère que Hunold, fils du Duc Eudes, après avoir fait une paix forcée avec Carloman & Pépin, après avoir, contre son serment, fait crever les yeux à son propre frère (note), avoir abdiqué ses Etats en faveur de son fils Waifre, & enfermé sa femme dans un couvent, se retira du monde & embrassa la vie monastique.

Note : Après la paix, Hunold invita son frère Hatton, qui n’avoit point, dans la guerre, embrassé son parti, à venir à sa Cour, & lui promit avec serment qu’il ne lui feroit aucun mal. Hatton, comptant sur la promesse solennelle de son frère, vint auprès de lui avec confiance ; mais à peine fut-il arrivé, qu’Hunold, sans égard aux liens du sang, à la religion du serment, se saisit de sa personne lui fit crever les yeux, & l’enferma dans une étroite prison. Ce fut quelques jours après qu’Hunold abdiqua sa couronne, & prit l’habit monastique. Vingt-quatre ans après, ce Moine ayant appris que son fils avoit été dépouillé de ses Etats & assassiné par Pépin, sortit de son couvent, oublia ses voeux, rappela sa femme auprès de lui, s’arma contre le vainqueur & l’assassin de son fils, & fut vaincu à son tour.

Ce monastère fut ruiné dans la suite par les Normands, & il ne subsistoit plus l’an 845.

En 1730, en creusant les fondemens d’un nouveau corps de logis pour le Gouverneur de l’île de Ré, on découvrit le tombeau d’Eudes, fondateur de cette abbaye ; dans ce tombeau on trouva une couronne de cuivre très-simple, & assez semblable à quelques unes de Charles le Chauve ; elle est gravée au commencement du tome IV des Monumens de Ia Monarchie françoise, par Dom Bernard de Montfaucon ; une partie du crâne tenoit à cette couronne, qui offroit encore, en quelques endroits, des restes de dorure, & des pierres que l’humidité avoient rendues ternes.

L’île de Ré est défendue par plusieurs forts ; celui de Laprée, situé dans la partie orientale de l’île, a été construit pour défendre l’entrée du Pertuis-Breton ; c’est ainsi qu’on appelle le grand passage qui se trouve entre cette île & les côtes du Poitou.

Le fort de Sablanceaux défend le passage appelé le Pertuis d’Anthioche ; il est situé sur un rocher presque à la pointe de la partie la plus orientale & la plus voisine de la terre ferme de cette île.

Le fort de Martray est sur la cote méridionale, & dans la partie occidentale de l’île de Ré.

Celle île produit abondamment du sel, & du vin qui est d une qualité médiocre ; on en fait de l’eau-de-vie & de la fenouillette excellente ; on n’y recueille ni blé ni foin ; les arbres y sont rares. Cette apparence d’aridité n’empêche pas les habitans d’être riches ; l’abondance des sels qu’ils retirent des marais, la situation heureuse de l’île, & la sureté de ses ports y attirent sans cesse un grand nombre d’étrangers & de vaisseaux de plusieurs nations ; mais ce qui contribue beaucoup a l’aisance dont jouissent ces insulaires, c’est qu’ils ne payent point de taille, parce que leur île est réputée terre étrangère, & qu’elle jouit d’ailleurs de privilèges qui l’en exemptent ; il y a néanmoins un bureau pour la perception des droits sur le sel.

L’Ile d’Aix

Petite île, située près de la côte du pays d’Aunis dont elle dépend, à une lieue d’Oleron, à trois de la Rochelle, & à trois & demie de Rochefort.

Cette île a environ cinq cent cinquante toises de longueur sur cent trente de largeur. Il y a des vignes, des pâturages. Le bourg d’Aix, qui est le seul de cette île, est très-bien fortifié ; les ouvrages ont été construits d’après les dessins de M. de Montalembert ; le fort est un octogone qui commande la rade & toute l’île.

Surgères

Surgères - Eglise - Modillons romans
Photo : Pierre Collenot - 2007

Fort joli bourg de l’Intendance & de l’élection de la Rochelle, à six lieues de cette dernière ville, & à quatre de Rochefort.

Surgères est située sur les bords d’une petite rivière, dans un pays fertile en blé, en vins, en toutes sortes de fruits & en pâturage. C’est une ancienne baronnie du pays d’Aunis, qui a été possédée, depuis le onzième siècle jusqu’au milieu du quatorzième, par la maison de Maingot.

Ce bourg, qu’un ancien titre de 1333 qualifie de ville, étoit nommé Surgeriis, castrum Surgeriarum. Le château fut démoli par ordre de Louis XI. Charles VIII, son successeur, donna à Henri de Levis & à Antoinette de Clermont sa femme, la permission de le reconstruire ; & pour aider à subvenir aux frais d’une si grande dépense, il leur accorda le privilège de faire sortir du royaume mille tonneaux de blé sans payer aucun droit pendant dix ans.

Le plan de ce château est à peu prés de forme ovale ; il est flanqué de plusieurs tours, & l’enceinte est presque entièrement revêtue de pierres de taille.

L’église, sous le titre de Notre-Dame, est moderne ; les Protestans ruinèrent l’ancienne dont on voit encore le frontispice ; le clocher, de forme pittoresque, présente un dôme exagone, soutenu par des colonnes accouplées.

Au pied du château, vers le sud, coule la petite rivière de Surgères, qui se décharge dans la Charente, à la chaussée de Charas. On a proposé plusieurs fois de la rendre navigable jusqu’à Marancenne, pour faciliter le transport des denrées à Rochefort ; mais ce projet n’a pas été exécuté.

Plusieurs Rois ont passé ou séjourné à Surgères ; & ce lieu, à beaucoup d’égards, a participé aux grands événements qui ont troublé le pays d’Aunis.

La dévotion des habitans fut, au commencement du douzième siècle, le sujet des plaintes de Geoffroi, Abbé de Vendôme, qui avoit alors le patronage de l’église de Notre-Dame de Surgères ; il reprochoit à Pierre de Soubise, Evêque de Saintes, d’enlever, au préjudice des Religieux de Vendôme, les offrandes des fidèles de Surgères, & il le menaçoit de l’indignation du Pape.

La maison de Surgères, comme nous l’avons remarqué, est fort ancienne ; elle a fourni quelques personnes célèbres.

Hélène de Surgères, une des filles de la Reine Catherine de Médicis, devint l’objet des chants du fameux Ronsard, qui, suivan l’Auteur de sa vie, « couronna ses oeuvres par les vertus, beautés & rares perfections d’Hélène ». Voici quelques vers où ce vieillard amoureux parle de son Hélène, qu’il appelle mal a propos Saintongeoise.

Dessus ma tombe engravez mon soucy,

En mémorable écrit.

D’un Vendômois le corps repose ici,

Sous les myrthes, l’esprit.

Comme Paris, là-bas faut que je voise„

Non pour l’amour d’une belle Grégeoise,

Mais d’une Saintongeoise.

…………………………….

Deux Vénus, en avril, de même Déité,

Naquirent, l’une en Cypre & l’autre en la Saintonge,

La Vénus Cyprienne est des Grecs le mensonge,

La chaste Saintongeoise est une vérité (1).

(1) On sait combien les filles de la Reine

Catherine de Médicis méritoient le nom de chaste.

Ronsard consacra, dans une de ses terres, une fontaine à son héroïne, « laquelle dit son Commentateur, garde encore aujourd’hui son nom, pour abreuver ceux qui veulent devenir Poètes »

Le bourg de Surgères est la patrie du Cardinal de Raimond Perault, qui y naquit en 1435 ; il eut le faste, l’ambition & le fanatisrne des Prélats de son temps (note) ; il étoit né avec de l’esprit qu’il cultiva, & une certaine vigueur de caractère qu’il montra en diverses rencontres ; quoiqu’en servant l’avarice des Papes, il eut la hardiesse de parler de leurs injustices, hardiesse qui lui valut le peu de considération qu’il conserve encore.

Note : Il fut Nonce extraordinaire du Pape Innocent VIII, envoyé en Allemagne pour recueillir les aumônes des fidèles, destinées aux frais de la guerre contre les Turcs, & leur accorder en place, des indulgences. Théodoric Morung, Chanoine de Bamberg, déclama avec raison contre les indulgences que le Nonce prêchoit de toutes parts, & composa un livre intitulé, La passion des Prêtres. Perault le dégrada & le fit punir du dernier supplice. Perault, après avoir amassé des sommes considérables en vendant des indulgences, revint à la Cour de Rome, se plaignant de la mauvaise opinion que le peuple avoit du Pape & des Cardinaux dont le luxe & le libertinage étoient connus de toute l’Europe. On lui répondit, en lui disant que lui seul avoit, par sa conduite, donné lieu à ces bruits scandaleux ; on l’accusa aussi d’avoir diverti les sommes provenues de la vente des indulgences ; mais quelques Ecrivains assurent que ces sommes lui furent enlevées par des voleurs.

Marans ou Aligre

Petite ville, située sur la rivière de Sèvre, & sur la frontière du Poitou, proche l’extrémité occidentale d’une langue de terre qui s’élève au dessus des marais, & qu’on nomme l’île de Marans, à deux lieues de son embouchure dans l’Océan, à quatre lieues de la Rochelle, & à six de Niort.

En 1586, cette ville, quoique peu fortifiée, soutint un siège de quelques mois. Le Maréchal de Biron, à la tête des troupes de Henri III, attaqua cette place sans succès ; le Roi de Navarre, qui devint Henri IV, envoya promptement des troupes & des munitions de guerre pour la secourir. Après plusieurs tentatives inutiles, le Maréchal de Biron composa, promit de se retirer & de repasser la Charente sans attaquer Tonnai-Charente, place foible qui tenoit pour le Roi de Navarre. La plus grande partie des habitans de Marans étoit de la religion réformée ; le petit nombre de Catholiques qui s’y trouvoit fit tous ses efforts pour s’opposer à ce que le parti du Roi de Navarre dominât dans cette ville. Un certain Notaire, Ligueur, instruit que le Duc de Rohan étoit sur le point d’arriver à Marans pour assurer cette ville au Roi de Navarre, & y mettre garnison Protestante, alla de maison en maison pour attrouper les Catholiques, leur persuada de s’armer & de se saisir du château. Ce Notaire, qui faisoit l’office de Capitaine, entra avec ses soldats dans le château, & les exhorta à se défendre avec courage. Cependant trois ou quatre Gentilshommes Protestans, voyant cette émeute, parvinrent à monter sur la tour du portail qui commandoit tout le château, & déclarèrent à haute voix qu’ils alloient tirer sur ceux qui s’opposoient à l’entrée du Duc de Rohan. Cette menace épouvanta le Notaire, aussi peu aguerri que ses soldats, & ils ne songèrent plus à faire résistance : ce fut quelques mois après cet événement que se fit le siège dont nous avons parlé (note).

Note : Pendant ce siège, un soldat du parti des assiégeans fut assez hardi pour sortir de derrière les retranchemens, & se présenter aux coups d’arquebusades qu’on lui tiroit de la place, pour le plaisir de braver les assiégés ; voulant ensuite pousser plus loin sa témérité, il quitta sa cuirasse, se desarma, & resta entièrement à découvert ; les balles pleuvoient autour de lui ; après avoir demeuré quelque temps en cet état, il ne fut atteint que de deux coups qui le blessèrent fort légèrement.

Depuis ce siège jufqu’en 1587, les habitans de Marans jouirent d’un sort assez paisible (note),

Note : « Néanmoins, lit-on dans un Ouvrage du temps, que les Marchands & les Voyageurs étoient volés, & souvent tués sur les rivières par certains garnemens sortant de Fontenay, Maillezais & Niort, desquels étoit, comme le chef, un certain Prêtre nommé Messire Mery, Curé de la Ronde, Aussi que les Albanois de Niort faisoient ordinaires courses sur les chemins de Marans a la Rochelle, & en détroussoient & prenoient prisonniers plusieurs ».

Lavardin, après la défaite de Coutras, ayant rassemblé quelques régimens, vint surprendre cette place. Il arriva à deux heures après minuit, fit une descente dans l’île de Marans, avec des bateaux, à travers les marais de Beauregard, s’empara successivement de quelques petits forts, & força la garnison, ainsi que plusieurs habitans, de se réfugier dans le château, sans les vivres & munitions nécessaires. Le Roi de Navarre, apprenant leur situation, arriva au plutôt pour les fecourir ; mais ses tentatives furent inutiles ; après dix jouis de résistance, ceux du château se rendirent à des conditions honorables.

Ils y furent contraints, parce qu’il leur manquoit plusieurs choses nécessaires pour soutenir un siège, comme instrumens, outils, &c. ; il ne leur restoit du pain que pour vivre deux jours, plusieurs de leurs chevaux étoient déjà morts de faim, & leur corruption les infectoit ; on remarqua même que la faim avoit porté ces animaux à s’entre-manger le crin & la queue jufqu’aux os.

Le gouvernement de cette place fut donné au sieur de Cluseaux, dit Blanchard, zélé Ligueur, qui y fit plusieurs extorsions, ruines, saccagemens & pillages, fuivant les expressions d’un Ecrivain du temps. Deux mois après, le 14 juin 1588, le Roi de Navarre reprit, sans beaucoup de peine, cette ville & le château (note).

Note : Les Ligueurs qui défendoient Marans furent tout de suite découragés en voyant les troupes du Roi de Navarre, qui, avant de combattre, chantaient des pseaumes, & prioient Dieu en mettant un genoux en terre. Les soldats de la garnison, qui se rappeloient de la journée de Coutras, se disoient entre eux : Ils prient Dieu, ils nous battront comme à Coutras. Voyez Coutras, pag. 84 de ce volume).

Description

Ce fut après cette victoire que ce Roi écrivit à la belle Corisandre d’Andouin, sa maîtresse, la lettre suivante, dans laquelle il fait la description de Marans ; cette lettre, qui donne la connoissance de l’ancien état des lieux, écrite sur-tout par un Prince tel qu’Henri IV, doit intéresser tous les François. Ce Prince, toujours pressé alors, qui, pour ainsi dire, n’écrivoit qu’en courant, ne s’occupoit guère de style, comme cette lettre le prouve ; on y reconnoîtra les élans de son coeur sans aucune affectation au bel esprit.

« J’arrivai hier au soir de Marans où j’étois allé pour pourvoir à la seureté d’icelui : ah, que je vous y souhaitois ! c’est le lieu le plus selon votre humeur, que j’aye jamais vu ; pour ce seul respect, suis-je après à l’échanger ; c’est une isle renfermée de marais boscageux, où de cent en cent pas il y a des canaux pour aller charger le bois par basteaux ; l’eau claire, peu coulante ; les canaux de toutes largeurs ; parmi ces deserts, mille jardins où l’on ne va que par bateau.

L’isle a deux lieues de tour, ainsi environnée. Passe une rivière au pied du château, au milieu du bourg, qui est aussi logeable que Pau ; peu de maisons qui n’entre de sa porte dans son petit bateau.

Cette rivière s’étend en deux bras qui portent non seulement de grands bateaux, mais des navires de cinquante tonneaux y viennent : il n’y a que deux lieues jusqu’à la mer : certes, c’est un canal & non une rivière. Contre Mont, vont les bateaux jusqu’à Niort, où il y a douze lieues. Infinis moulins & météries insulées ; tant de sortes d’oiseaux qui chantent de toute sorte ; de ceux de mer, je vous en envoye les plumes.

De poissons, c’est une monstruosité que la quantité, la grandeur & le prix ; une grande carpe, trois sous, & cinq, un brochet. C’est un lieu de grand trafic ; tout par bateaux ; la terre très-pleine de blés & très-beaux.

L’on y peut être plaisamment en paix & sûrement en guerre ; l’on s’y peut réjouir avec ce que l’on aime, & plaindre une absence. Ah, qu’il y fait bon chanter !

Je pars jeudi pour aller à Pons ou je serai plus près de vous ; mais je n’y ferai guères de séjour.

Mon ame, tenez-moi en votre bonne grâce ; croyez ma fidélité être blanche & hors de tache ; il n’en fut jamais sa pareille ; si cela vous porte contentement, vivez heureuse
 »

_ Henri ».

Marans, qu’on a depuis peu nommée Aligre, est le bourg le plus considérable de l’Aunis ; son nouveau nom lui vient de celui de M. d’Aligre, Premier Président au Parlement de Paris, qui en est Seigneur ; sa situation dans un pays très-marécageux n’est pas saine ; la rivière de Sèvre, qui traverse ce lieu, contribue beaucoup a son commerce de blé ; toutes les semaines il s’y tient un marché qui fournit le pays d’Aunis & les environs, de blé & de farine. C’est de Marans que l’on tire encore le fin minot de Bagnaux, qu’on croit être la meilleure farine du monde, & qui se transporte jusqu’aux Indes orientales.

Le château fut rasé en 1638 ; il devoit être beau, puisqu’Henri IV le trouva aussi logeable que celui de Pau. Une partie de l’emplacement appartient au Seigneur, & l’autre fut donnée en 1659, par Jean Sire Dubeuil. Seigneur de Marans, aux Pères Capucins, pour y bâtir un couvent.

L’île de Marans est longue d’environ une petite lieue, dans la direction de l’Orient à l’Occident ; elle est fort étroite, & n’a que trois ou quatre cents toises dans sa partie la plus resserrée, elle est bornée au nord par la Sèvre & par plusieurs marais ; au sud par le canal de Saint-Michel ou de la Brune. Cette île est divisée en deux par le canal de la branche. Son terrain ne s’élève au dessus des marais que de trente pieds vers le milieu, & s’abaisse insensiblement vers ses extrémités. Il y a dans cette île beaucoup de cabanes & de métairies ; on y élève une grande quantité de bestiaux, & on y recueille beaucoup de grains.

Quoique les environs de cette espèce d’ile soient desséchés, l’abord en est difficile en hiver ; du côté de la Rochelle, le passage de Serigni offre un canal qui a près de sept cents toises de long, par lequel on arrive quelquefois à Marans en bateau.

Du colé du Poitou, à l’est de l’île, on trouve la chaussée de la bastille qui est très-praticable. Vers le nord, le lit de la Sèvre, un grand nombre de canaux & de flaques d’eau, rendent cette île inabordable en certains endroits ; toutes les avenues de cette île étoient autrefois défendues par des forts & des retranchemens, dont il reste à peine quelques vestiges.

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