1789 - Description, histoire et anecdotes : la Saintonge, Pons, l’île d’Oleron, Saintes

D 16 août 2008     H 01:39     A Jean-Claude, Pierre     C 0 messages A 2766 LECTURES


Source : Description des principaux lieux de France, contenant des détails descriptifs & historiques sur les Provinces, Villes & Bourgs, Monastères, Châteaux, &c. du royaume, remarquables par quelques curiosités de la Nature ou des Arts ; par des évènemens intéressans & singuliers, &c; ainsi que des détails sur le commerce, la Population, les usages, & le caractère de chaque peuple de France ; semée d’observations critiques, &c., accompagnée de cartes.

Par J. A. Dulaure.
Prix, 2 liv. 10 sous br., 3 liv. rel.
A PARIS.
Chez LEJAI, Libraire , rue Neuve des Petits Champs, près celle de Richelieu.

M.DCC.LXXXIX. Avec Approbation & Privilège du Roi


Les lieux décrits dans cette page sont : Pons, l’île d’Oleron et Saintes
Voir aussi Sablonceaux et Saint-Jean d’Angély

Nota : Plusieurs notes de bas de page de ce livre, qui recèlent des perles savoureuses, ou citent des archives probablement détruites aujourd’hui, ont été ramenées dans le corps de cette page, sous forme d’encadré, à la suite du paragraphe où elles sont situées.

Pons et son donjon
Dessin de Jean-Claude Chambrelent

Pons

Petite ville Située à quatre lieues de Saintes, sur la route de cette capitale à Blaye & à Bordeaux.

Origine

Quelques Ecrivains conjecturent que cette ville fut fondée par Elius Pontius, petit fils du grand Pompée, & que le nom de Pons dérive de celui du fondateur ; d’autres croyent, & c’est l’opinion la plus commune, qu’elle tire son nom des Ponts qu’on y voit sur la petite rivière qui baigne les murs de cette ville [1].

Pons a depuis long-temps eu le titre de Sirie ou de Sirauté. Ses Seigneurs ont toujours pris la qualité de Sires de Pons. Richard Cœur de Lion, Duc d’Aquitaine, fit démolir cette place en 1179, parce que le Sire de Pons avoit alors embrassé le parti de Geoffroi de Rançon, Seigneur de Taillebourg.

Les anciens Sires de Pons étoient fort puissans, puisque cette seigneurie comprend cinquante fiefs nobles. La Sirauté ne relève que du Roi. Voici la formule singulière des hommages que ces Seigneurs lui rendoient.

Le Sire de Pons, armé de toutes pièces, la visière baissée, se présentoit au Roi, & lui disoit : Sire, je viens à vous, pour vous faire hommage de ma terre de Pons, & vous supplier de me maintenir en la jouissance de mes privilèges. Le Roi le recevoit, & devoit lui donner, pour gratification, l’épée qu’il avoit à son côté.

Description

Cette ville est située sur une colline agréable, elle se divise en haute & basse ; la haute est appelée Saint-Martin, & la basse Saint-Vivien ; la petite rivière de Seugne, qui passe au bas, se partage en trois branches, & forme, en serpentant dans la campagne, un paysage très-riant.

Près du sommet de la colline, & au centre de la ville, paroît l’ancien château des Sires de Pons, bâti sur un rocher ; il n’en reste que le donjon, qui est une tour carrée d’une grande hauteur ; les étages sont formés par de belles voûtes ; ce donjon sert aujourd’hui de tour de l’horloge & de maison de ville ; au bas est une espèce de plate forme carrée, flanquée de petites tourelles de même forme, dont il en est deux seulement qui subsistent.

De cette plate-forme on jouit d’une vue charmante & étendue.

La Sirauté de Pons fut constamment possédée par des Seigneurs de la maison de même nom, jusqu’à la fin du seizième siècle ; ensuite elle passa dans la maison d’Albret de Miosans, & depuis dans celle de Lorraine, de la branche de Marsan, dont l’aîné porte ordinairement le titre de Prince de Pons.

Ile d’Oleron

Cette ile est située sur les côtes de la Saintonge, vis à-vis les embouchures des deux rivières de Seudre & de Charente, à peu de distance & à droite de l’embouchure de la Gironde.

Histoire

Oleron étoit connu des anciens ; plusieurs Géographes de l’antiquité en font mention sous les noms d’Uliarus ou d’Olerum, &c. ; M. de la Sauvagère prétend que ce terrain étoit uni au continent par l’endroit où est aujourd’hui le Pertuis de Maumusson, & que la baye, formée à l’embouchure de la Seudre par cette langue de terre & le continent, étoit le port nommé Portus Santonum. Cette conjecture, dit ce Savant, est appuyée sur la tradition de ce canton ; on raconte qu’il y avoit autrefois sur cette côte, ou l’on ne voit aujourd’hui que des dunes affreuses, une ville qui y est engloutie sous les sables, qui s’appeloit, dans les derniers siècles où elle subsistoit, Anchoigne, nom que les habitans de ce pays prononcent anchoanne.

L’Auteur ajoute, que pendant des tempêtes le vent y soulève les sables, & qu’alors on aperçoit quelques masures. C’est un pareil événement qui mit à découvert une chapelle enfouie, dont on a recueilli des morceaux de verre des vitraux, qui étoient peints en rouge & en bleu, & vivement colorés ; ces verres ont une ligne d’épaisseur, & quelques morceaux sont dorés ; ce procédé étoit connu des anciens (note)

Note : On conjecture que cette chapelle ou église pourroit bien appartenir à un prieuré autrefois situé en ce canton, dépendant de l’abbaye de Grandmont, & qui fut sondé en 1192 ; ce qui rapproche la destruction de cette église & de ces côtes, à des temps bien postérieurs aux Romains, & semble prouver que cette partie étoit habitée au treizième siècle.

M. le Maréchal de Senectère, Seigneur de ce pays, a retiré de ces ruines, des matériaux qu’il a employés à des constructions dans la Tremblade, bourgade que l’on croit bâtie des démolitions de la ville enfouie.

Ce qui est remarquable, c’est que de pareils débris se trouvent sur la rive opposée de l’île d’Oleron. L’ancien village de Saint-Trojan y est totalement englouti sous les sables ; le village, qu’on a depuis reconstruit à quelque distance de l’ancien, semble menacé du même sort.

La rupture de l’isthme, qui forme aujourd’hui le pertuis de Maumusson, s’est successivement élargie, & a recouvert de dunes arides, des bords autrefois fertiles & habités. Dans ce détroit, pendant les gros temps, il se fait un bruit épouvantable ; deux directions différentes y produisent un choc violent des vagues de la mer, qui dégrade continuellement les côtes voisines.

Il est prouvé, par un titre, qu’en 1430 la petite île d’Aix, placée à l’embouchure de la Charente, étoit encore unie à la terre, & qu’il y croissoit de beaux chênes.

Ainsi, en supposant, comme il y a tout lieu de le croire, que l’île d’Oleron tenoit autrefois au continent (note) ; le port de Saintonge, ou le Santonum Promontorium, dont parle Ptolémée, se trouveroit naturellement placé à l’extrémité la plus occidentale de l’île d’Oleron, qu’on nomme le Cap de Chassiron, & cette détermination géographique est plus satisfaisante que les systèmes jusqu’alors imaginés à cet égard.

Note : M. de la Martière, Capitaine des Gardes-côtes, racontoit à M. de la Sauvagère, que son père, pendant la basse marée, avoit passé ce détroit appelé Pertuis de Maumusson à pied sec ; qu’il n’y couloit qu’un petit courant d’eau qu’il traversa sans se mouiller, en posant le pied sur la carcasse de la tête d’un cheval ; ce qui prouve que les progrès de ce pertuis sont assez récens ; aujourd’hui même les vaisseaux n’y passent qu’avec grande précaution.

Cette île forma long-temps un gouvernement particulier. Pendant les guerres de la Ligue, d’Aubigné, en 1526, s’en empara pour le Roi de Navarre, & en fut long-temps Gouverneur (note)

La manière donc cette île fut prise est assez singulièrement racontée par d’Aubigné lui-même, dans l’Histoire secrète de sa vie. « Voyant quelque résistance dans l’île, il (d’Aubigné) défendit à ses Officiers de mettre pied à terre avant lui ; & pour soutenir cette fanfaronnade, il se jeta dans un petit bateau, accompagné de Monteil & de Lisle, & du Capitaine Brou, qui ramoit lui-même ; comme il étoit près d’aborder, une barque qui paroissoit être des pêcheurs , fut tout d’un coup reconnue par lui pour un vaisseau de guerre, où étoit le Capitaine Madelin, brave soldat & en grande réputation. Celui-ci hausse ses voiles, & arrive sur le futur Gouverneur d’Oleron. Brou lui cria « Vous êtes perdu, & il n’y a d’autres moyens de se sauver, que d’aller passer à la proue de ce bâtiment ; ce qui étant résolu sur le champ, Brou rama droit à eux. Madelin, voyant cette manœuvre, fit compasser la mèche à ses soldats, au nombre de soixante, & les fit tous tirer à plomb dans l’esquif, à la longueur de vingt pas ; mais la précipitation avec laquelle ces Mousquetaires firent leur décharge, fut cause que des trois qui éroient dans ledit esquif, il n’y eut que Brou de blessé légèrement. Ayant ainsi passé de dix pas le bâtiment ennemi, Brou se leva debout, & leur cria : Pendez-vous, bourreaux, vous avez manqué le Gouverneur d’Oleron. Cette rodomontade leur attira quelques volées de canons qui ne leur firent pas grand mal ; après quoi les trois aventuriers ayant mis pied à terre, se mirent â la tête d’un petit nombre de soldats venus dans d’autres bateaux, & le peuple de l’île s’enfuit, sans livrer aucun combat ». D’Aubigné raconte ensuite que les habitans d’Oleron ayant préparé quatre charrettes chargées de vivres, pour les présenter à M. de Saint-Luc, Commandant dans le bas Poitou, qu’ils attendoient à leur secours, & voyant que les choses avoient pris une autre face, ils voulurent renvoyer ces présens à la ville. « A quoi s’opposa, dit d’Aubigné, un Roger Bontemps, Procureur de ladite île, lequel présenta lesdits vivres à d’Aubigné, en lui faisant ce compliment : Monsieur, il ne faut point déguiser la vérité ; ce présent avoit été destiné pour celui qui demeureroit le maître de l’île.

Description

Oleron a environ six lieues de longueur sur deux lieues dans sa plus grande largeur ; à l’extrémité la plus voisine du continent, & sur les bords de la mer est le château du Bourg, qui est le chef-lieu de cette île.

Le château du Bourg est une petite ville fortifiée qui contient deux hôpitaux, l’un pour les soldats de la garnison, l’autre pour les ouvriers & les matelots, & environ quatre ou cinq cents maisons.

La tour de Chassiron est à l’autre extrémité ; c’est un fanal qui sert principalement à faire connoître aux vaisseaux l’entrée du Pertuis d’Antioche ; il y a deux réchauds, l’un plus élevé que l’autre, où l’on entretient un feu considérable ; cette double lumière fait distinguer ce fanal de celui de la tour de Cordouan, qui est à l’embouchure de la Gironde.

Le Pertuis d’Anthioche est l’espace que l’eau a formé entre l’île de Rhé & celle d’Oleron.

En 1787, on a établi, sur la côte méridionale d’Oleron, des balises pour indiquer aux Navigateurs la partie de la côte où, dans un cas de naufrage, on peut sauver les équipages, les cargaisons, & quelquefois les navires. On y a aussi construit une digue dans l’anse nommée la Peroche ; cette digue forme un port propre a recevoir journellement les Caboteurs & les Pilotes de la rivière de Bordeaux, & à servir de refuge aux bâtimens forcés de donner à la côte : une batterie de deux canons, établie au pied des balises, est destinée à répondre aux signaux de détresse que feront les navires. Pour indiquer l’entrée de ce petit port, le jour on hisse un pavillon blanc, & la nuit on pose un falot sur chacune des balises.

On compte dans l’île d’Oleron six paroisses, un couvent de Récollets, & quelques chapelles.

L’air de cette île est tempéré, & le terrain très-bien cultivé ; les habitans, agriculteurs ou sauniers, ont beaucoup d’activité ; on y recueille de très-bons légumes ; le sel que produisent ces marais salans, est considérable, & la ferme en retire de gros droits.

Les habitans d’Oleron sont depuis longtemps très-expérimentés dans l’art de la navigation ; ils ont été aux François ce que les habitans de Rhodes furent aux Romains ; leurs lois maritimes, appelées jugemens d’Oleron, ont servi de modèle aux premières ordonnances de la marine de France. Eleonor, Duchesse de Guienne, fit servir, pour la première fois, ces jugemens d’Oleron à la police de la mer.

Droits singuliers

Lorsque Geoffroy Martel, Comte de Saintonges, fonda l’abbaye des Dames de Saintes, il la dota de très-grands biens, & accorda à ces Religieuses la dixme dans l’île d’Oleron sur tous les cerfs & biches qu’on y tueroit ; afin, est-il dit dans l’acte, de faire des couvertures de livres ; il est en outre permis à l’Abbesse d’y faire prendre vifs, tous les ans, un cerf & sa biche , un sanglier & sa laie, un chevreuil & sa femelle, deux daims & deux lièvres, pareillement mâles & femelles, pour servir à désennuyer ces dames, ad recreandam femineam imbecillitatem.

Saintes

Ville ancienne, épiscopale & capitale de la Saintonge, située sur la rive gauche de la Charente, à cent trente-deux lieues de Paris, à vingt-cinq de Bordeaux, & à douze de la Rochelle.

Origine

C’est une des plus anciennes villes des Gaules ; les Géographes en font mention sous les noms de Civitas Santonum, Mediolanum Santonum, &c. ; elle étoit capitale des peuples nommés Santones ; cette ville, déjà florissante lorsque César fit la conquête des Gaules, fut mise, sous l’empire d’Auguste, dans le département de l’Aquitaine ; sous l’Empereur Valentinien, elle fit partie de la seconde Aquitaine. Les Visigoths & les Francs la soumirent successivement. Avant les irruptions des barbares qui ravagèrent l’Empire Romain, cette ville étoit grande, riche, fortifiée de murs flanqués de hautes tours, & décorée de plusieurs édifices publics, tels qu’un amphithéâtre, plusieurs temples, un aqueduc, des mausolées, un Capitole, &c.

En 845, Saintes fut assiégée par les Normands. Seguin, qui en étoit Comte pour le Roi Charles le Chauve, fut pris, tué ; ses trésors furent enlevés ; la ville devint la proie des flammes ; les murs, les tours, &c, furent démolis ; hommes, femmes, enfans furent égorgés. Saintes, que les Romains avoit rendue magnifique, n’offrit plus que des ruines teintes du sang de ses habitans. Pendant les années suivantes on commença à rétablir quelques édifices ; mais en 854, les mêmes Normands y commirent de nouvelles horreurs, & cette ville fut encore la proie de ces féroces brigands.

Description

Ces désastres, suivis de plusieurs autres, ont fait disparoître de cette ville la magnificence de son ancien état ; elle n’annonce point ce qu’elle étoit du temps des Romains, & son antique splendeur n’existe plus que dans des ruines ; mais les ruines romaines nous semblent toujours précieuses, & celles-ci sont de nature à exciter de l’intérêt.

Il y a peu de villes anciennes où l’on remarque autant de ruines Romaines qu’à Saintes & aux environs de cette capitale.

Antiquités

Le Capitole étoit, suivant les conjectures, situé à peu près où est bâti le couvent des Carmélites, sur un rocher qui dominoit la rivière de Charente ; cet édifice formoit un temple & une citadelle. Au commencement de la monarchie, il servit de palais aux Comtes de Saintonge ; aujourd’hui ce capitole n’existe que dans des fragmens épars de colonnes, de frises, d’architraves, &c. qu’on voit dans plusieurs endroits de la ville. Le mur du jardin de l’hôpital général en offre une grande quantité ; on y remarque sur-tout un bas relief représentant Castor Gaulois. Parmi les ruines des fortifications de la ville, on trouve deux débris de frises, dont l’un est orné de triglyphes & de métopes, l’autre d’une tête de bœuf couronnée de fleurs ; près d’une vieille tour, deux corniches, quinze chapiteaux corinthiens, dix-huit tambours de colonnes cannelées, & quelques lettres d’une inscription. Dans un jardin près de la tour du Mélier, sont aussi des restes du capitole, qui consistent en deux bas-reliefs & une pierre sépulcrale ; une inscription tirée des débris de cet édifice, & publiée par Samuel Veyrel, fait croire que le temple de ce capitole étoit consacré à Jupiter (note)

Note : Lorsqu’en 1609, le sieur Depern, Gouverneur de Saintes, reçut ordre du Roi Henri IV de construire quelques fortifications, il fît en conséquence démolir une vieille tour auprès de la citadelle, & creuser dans les fondemens. On y déterra de grosses pierres qui paroissoient avoir appartenu à quelques constructions antiques, plusieurs fragmens de colonnes, avec leurs bases & chapiteaux, des frises, des autels, des pierres sépulcrales, des bas-reliefs, beaucoup de médailles, & plusieurs instrumens destinés aux sacrifices.

On rencontre encore à Saintes une infinité d’autres antiquités, comme la porte d’Aiguières, anciennement Porta Aquaria ; des débris qui se trouvent au bas du cimetière de Saint-Maur, un mur antique qu’on voit près de la cathédrale, dans une petite cour appelée la Guillarde, &c., mais les antiquités les mieux conservées, ou celles dont les restes méritent une attention particulière, sont l’arc de triomphe, l’amphithéâtre, & l’aqueduc.

L’arc de triomphe, ainsi nommé, quoiqu’il n’ait aucun des ornemens qui caractérisent les monumens triomphaux, est situé au milieu de la Charente, & au milieu du pont qui est bâti sur cette rivière ; de sorte qu’on passe sous cet arc de triomphe pour arriver dans la ville Il est aisé d’apercevoir que ce monument ne fut point construit au milieu de l’eau, mais sur les bords de la Charente, du côté du faubourg , & que cette rivière ayant changé son lit & miné le terrain , a coulé entre ce rivage & l’arc de triomphe.

Ce monument est dans un triste état, toutes les parties saillantes sont brisées, écornées ou défigurées. Des brèches dans les parties élevées, des herbes, des arbustes, même des branches d’arbre offrent une ruine pittoresque, mais qui ne peut intéresser que l’amateur des arts ou de l’antiquité ; le peuple n’y voit qu’un objet de mépris.

Ceux qui ont écrit sur cet arc de triomphe, l’ont assez mal jugé ; nous citerons surtout M. Mahudel, qui, dans les Mémoires de l’Académie des inscriptions, a donné une dissertation accompagnée d’un dessin sur ce monument qu’il n’avoit point vu ; cette dissertation a été suivie par Piganiol qui, comme à l’ordinaire, a été copié par l’Abbé d’Expilly, lequel l’a été ensuite par M. Robert de Hesseln ; elle contient plusieurs erreurs, dont la plus grave est le jugement peu avantageux que porte l’auteur sur cette construction par rapport au peu d’élévation des portiques ; il ignoroit que dans le principe ils offroient des ouvertures plus hautes & plus élégantes, & que le sol du pont ayant été élevé considérablement dans des réparations, les portiques de cet arc de triomphe ont été alors dépourvus des proportions que l’Architecte romain leur avoit données.

Ce monument paroît aujourd’hui élevé sur un massif ou espèce de soubassement, composé d’énormes pierres de taille, & formant une des piles du pont ; sur ce soubassement est construit l’arc de triomphe, offrant deux portiques couronnés d’un entablement, & surmontés d’un attique. Cet arc de triomphe a dix pieds d’épaisseur, quarante-sept de largeur ; la hauteur étoit d’environ quarante-quatre pieds dix pouces avant qu’on eût élevé le sol du pont, elle n’est aujourd’hui que de trente-huit pieds deux pouces.

Si ces deux portiques ne paroissent pas assez élevés pour leur largeur, c’est, comme nous l’avons annoncé, parce qu’on a exhaussé le pavé du pont. Le célèbre Architecte Blondel y fit, en 1665 & 1666, exécuter des réparations indispensables, & qui ont peut-être prévenu la ruine totale de l’arc de triomphe. La plupart de ses travaux tendirent à la conservation de ce précieux monument de l’antiquité ; cependant il se vit forcé de sacrifier quelque chose de sa beauté pour préserver toute la masse d’une ruine prochaine : en conséquence il éleva le sol du pavé de six pieds au dessus des anciens seuils des portiques (note).

Note : M. Blondel, dans son cours d’Architecture, chap. XIII, pag. 599, a fait graver deux dessins de cet antique monument ; l’un qui le représente entier, l’autre dans l’état de ruine où il l’avoit trouvé ; on voit dans ces dessins tous les renforts qu’il y fit ajouter pour préserver sa chûte. Il a laissé des détails circonstanciés sur ce monument, dont il fait un grand éloge, & qui s’est encore beaucoup dégradé depuis plus de cent ans qu’il a été restauré.

Les trois massifs des deux portiques, avoient chacun à leurs quatre angles.des pilastres cannelés avec un chapiteau corinthien ; mais ces pilastres, dont on ne distingue presque aucune trace, étoient très-courts & d’une mauvaise proportion ; ils étoient couronnés d’un imposte qu’on voit encore ; les deux arcades, bordées d’une large archivolte, prennent naissance au dessus de cet imposte ; aux quatre angles de cet édifice sont quatre colonnes engagées dans la maçonnerie, appuyées sur la saillie de l’imposte, & portant à faux ; ces colonnes, courtes, cannelées avec chapiteaux corinthiens, ont la proportion de l’ordre toscan ; au dessus de ces colonnes & des arcades, règne un entablement qui est surmonté d’un grand attique, sur lequel, ainsi que dans la frise de l’entablement, sont des inscriptions romaines.

L’inscription de la frise étoit connue depuis long-temps ; on la voit également sur la façade qui est du côté de la ville, & sur cette qui est du côté du faubourg ; elle forme deux lignes.

C. JULIUS C JULI OTVANEVNI F. RUFUS C. JUFUS GEDEMONIS NEPOS EPOTSOROVIDI PRON.

Sacerdos Romae et Augusti ad aram quae est ad confluentem praefectus fabrum d.

Voici ce qu’elle exprime : « Caius-Julius-Rufus, fils de Caius-Julius Otvaneunus, petit-fils de Caius-Julius Gedemon, & arrière petit-fils d’Epotsorovidus, Prêtre de la Déesse Rome & d’Auguste, Intendant des travaux, fit la dédicace de ce monument sur l’autel qui est au confluent ».

La qualité de Prêtre de la Déesse Rome & d’Auguste, étoit ordinairement commune à ceux qui occupoient à Rome de grandes charges ; c’étoit un simple titre. La charge d’Intendant des travaux étoit très-importante ; ce fut en cette qualité que Rufus fit la dédicace de ce monument sur un autel qui étoit voisin, & situé au confluent de la Charente & de la Seugne ; ces deux rivières ayant depuis long-temps changé de lit, le confluent n’existe plus.

Cette inscription ne nous fait point connoître à quelle occasion ce monument a été élevé, ni à qui il a été dédié. L’inscription qui est sur l’attique, devoit contenir à cet égard des renseignemens ; mais on n’en pouvoît lire que les derniers mots, ce qui n’avoit produit que de savantes conjectures, & rien de satisfaisant ; enfin M, de la Sauvagine fut le premier qui travailla, il y a environ vingt ans, à découvrir ce qui manquoit à cette inscription : plein de zèle & de connoissances, il ne négligea rien pour retrouver une vérité perdue dans la révolution des siècles. Voici le résultat de ses travaux, & ce qu’il a déchiffré de cette seconde inscription qui est en trois lignes.

Germanico Caesari Tib. August. F. Tib. August. F. Caes..... Druso Caesari.

Divi august. nep. Div Juli pronep....

Auguri Pont, max. C. IllI. imp. VII. trib. pot, XXII ; Divi Aug. nep. Divi Juli.
Auguri flam. August. cos. II. imp. II… Pronep.. Pontifici auguri.

Cette inscription, malgré ses lacunes, ne laisse plus de doute sur la personne à laquelle le monument a été dédié. C’est à Germanicus & à Tibère son oncle ; ils ont ici le titre de fils d’Auguste, parce que cet Empereur les adopta conjointement. M. de la Sauvagère conjecture qu’il fut aussi dédié à Drusus. Le mot Druso suffiroit pour le faire croire, si la lacune qui le précède n’en faisoit pas douter. Ce Savant conclut que cet arc de triomphe fut construit après la mort de Germanicus, à qui il est principalement dédié (note), vers l’an 774 de Rome, & l’an 21 de notre ère, c’est-à-dire, qu’il s’est écoulé depuis sa construction, 1768 années.

Note : Germanicus ayant été, à ce qu’on croit, empoisonné, l’an 19 de notre ère, par les ordres de Tibère ; le Sénat, pour manifester les regrets d’une si grande perte, ordonna que par-tout où les Prêtres d’Auguste offriroient des sacrifices, on célébreroit des fêtes, où le nom de cet Empereur seroit chanté dans les hymnes, qu’on lut placerait des chaises curules, avec des couronnes de chêne au dessus ; que dans les jeux du Cirque, sa statue en ivoire seroit portée devant toutes les autres, enfin qu’on élèveroit des arcs de triomphe en son honneur à Rome & dans plusieurs autres villes de l’Empire. On présume, avec assez de raison, que l’arc de triomphe de Saintes fut bâti d’après un pareil ordre du Sénat.

L’amphithéâtre

L’amphithéâtre, dont on voit de foibles restes dans un fond proche l’église de Saint-Eutrope, offre encore des ruines imposantes. Son plan est de figure elliptique, la grandeur du grand axe, hors d’œuvre, est de soixante-six toises trois pieds ; celle du petit de cinquante-quatre toises ; le grand axe de l’arène a quarante toises, & le petit vingt-trois ; ce qui est remarquable dans ces dimensions, c’est qu’elles sont, a très-peu de chose près, les mêmes que celles de l’amphithéâtre de Nîmes ; la différence qui existe entre ces deux amphithéâtres, c’est que celui de Nîmes est fort élevé, & pouvoit contenir environ vingt mille spectateurs, & celui de Saintes n’avoit qu’un étage, & ne contenoit que cinq mille personnes. L’architecture de l’amphithéâtre de Nîmes est magnifique, tandis que celle de l’amphithéâtre de Saintes paroît avoir été fort simple, & dépourvue de tout ornement.

On y voit encore les souterrains, séparés par des murs de refends, qui portoient les voûtes & les gradins circulaires où se plaçaient les Spectateurs ; on y distingue aussi les loges appelées Cavea, où l’on renfermoit les bêtes féroces destinées aux combats, & le Podium où se plaçoient les Sénateurs ou principaux Magistrats.

On croit que cet amphithéâtre servoit à des naumachies, & que l’aqueduc dont on voit encore des restes, étoit destiné à y conduire l’eau nécessaire à ces jeux.

L’Aqueduc

Cet aqueduc prenoit sa source à trois lieues au nord-est de Saintes, & à un quart de lieue au delà du château de Douhet. Les eaux s’y rendent encore, par des voûtes interrompues, à deux cents pas de la source. Ces eaux disparoissent ensuite, mais à un quart de lieue plus loin est une fontaine appelée de Saint- Vénérand, dont les eaux, presque en sortant de leurs sources, entrent dans un gouffre, & s’y abîment, sans qu’on sache où elles prennent leur issue.

Au village de Fontcouvert, à trois quarts de lieue de Saintes, dans un vallon appelé Lefar, on voit les restes les plus apparens de cet aqueduc.

Ces restes consistent en plusieurs arcades soutenues par des piles, dont quelques-unes sont très-hautes ; ces arcades ne présentent que des ruines, triste ouvrage du temps, des barbares Goths ou Normands, & de ceux qui, dans ce siècle-ci, ont dirigé la construction de la chaussée de la route de Paris, & qui y ont employé des pierres tirées de cet ancien monument ; les uns & les autres ont droit à la même réputation.

Cet aqueduc, dans le vallon de Lefar qu’il traversoit, avoit dix-sept arcades. A la hauteur de la montagne, il continue sous terre juiqu’à trois ou quatre cents toises ; on y rencontre des évents ou regards que l’on prendroit pour des puits profonds, & qui indiquent la prolongation des canaux souterrains ; au delà de cet espace, on ne trouve plus aucuns restes.

La Cathédrale de Saintes

Dédiée à Saint-Pierre, fut bâtie par Charlemagne ; elle étoit alors magnifique, si l’on en juge par la grosse tour du clocher, qui, depuis la primitive construction de l’église, a été conservée malgré les ravages du temps & des conquérans.

Cette tour est non seulement curieuse par sa hauteur & par la solidité de sa constrruction, elle l’est encore par sa sculpture ; on y voit de toutes parts, du haut en bas, des ornemens en bas-reliefs dans le genre gothique, qui sont des ouvrages précieux. Le portail soutient toute la masse de ce clocher, qui est d’une grosseur considérable ; la voûte qui sert d’entrée, en face de la nef, est ornée de niches, de statues & de sculptures dentelées, admirables par leur travail précieux.

Lorsque Charlemagne fît bâtir cette église, elle étoit une fois plus grande qu’elle n’est aujourd’hui. On voit encore au dehors les ruines de quelques arcades buttantes, & les contreforts sur lesquels elles portent, qui se soutiennent, pour ainsi dire, en l’air ; ils servoient anciennement à retenir la poussée des voûtes, ce qui témoigne qu’elles étoient prodigieusement élevées. Il n’est pas douteux que ces arcades n’appartiennent, comme le clocher, à la primitive église, bâtie par Charlemagne.

Vers la fin du quinzième siècle, cette église fut réparée ; le Pape Sixte IV accorda, par une Bulle du mois d’août 1476, des indulgences à ceux qui contribueraient aux frais de cette réparation (note). En 1562, cet édifice fut ruiné par le parti des Protestans. Au mois de janvier 1583, Mr le Cornu, Évêque de Saintes, posa la première pierre du chœur, que l’on reconstruisit entièrement ; le reste ne fut que réparé. En 1763, M. de la Corée, aussi Évêque de cette ville, fit faire les voûtes en briques plates qu’on y voit.

Note : Dans le tems que l’on s’occupoit de ces réparations, en 1483, un Prédicateur plein de zèle prêchoit à Saintes, que toute âme condamnée par la justice divine à demeurer un certain temps dans le purgatoire, s’envoloit tout à coup dans le ciel aussitôt qu’on avoit donné, à son intention, six blancs d’aumône pour la réparation de la cathédrale de Saintes, en vertu de la Bulle du Pape Sixte IV. Le Prédicateur fut dénoncé ; la faculté de Théologie de Paris décida que cette Bulle ne promettoit rien de semblable, & qu’il avoit eu tort de prêcher que six blancs suffisoient pour faire sortir une âme du purgatoire.

La cathédrale ne fut point la première église bâtie à Saintes ; celle dédiée à Saint-Eutrope, qui prêcha le premier le Christianisme dans cette ville, & celle de l’Abbaye, fondée par Saint-Palais, Évêque de Saintes, sont plus anciennes.

L’Abbaye des Dames

Située dans le faubourg de Saintes, étoit dans l’origine, comme nous venons de le dire, une église dédiée à l’Evéque Saint-Palais ; on y construisit dans la suite un monastère d’hommes sous le nom de Saint-Pallade. Geoffroy Martel fils de Foulques Nera, ayant conquis la Saintonge, dont s’étoit emparé le Comte de Poitou, fonda, conjointement avec Agnès de Bourgogne, sa troisième femme, en 1047, l’abbaye des dames de Saintes ; elles remplacèrent les anciens Moines qui occupoient ce monastère.

Evènemens remarquables

Ce fut à Saintes que l’usurpateur Pépin ne pouvant, par la force ouverte, se défaire de Waiffre, Duc d’Aquitaine, employa des moyens de trahison si familiers aux grands Hommes de ce temps-là. Dans cette intention, il chargea quatre Comtes de S’emparer d’abord de Remistan, oncle de Waiffre. Ces Comtes, fidèles exécuteurs des ordres cruels de leur maître, saisirent, dans une embuscade, Remistan ; l’ayant lié & garrotté, ils le menèrent, avec son épouse, à Pépin, qui, pour rendre son supplice plus ignominieux, le fit pendre â Saintes, comme un vil criminel.

Quelques mois après, en 768, Pépin étant revenu à Saintes, résolu de se défaire de Waiffre, comme il avoit fait de Remistan ; il ne restoit à ce malheureux Duc que quelques châteaux bâtis sur des rochers presque inaccessibles, où il se tenoit caché pour se dérober aux attentats de Pépin, qui, non content de l’avoir dépouillé de tous ses Etats, sans autres droits que celui de la force, d’avoir cruellement fait couler le sang des sujets de ce Duc, vouloit encore lui arracher la vie.

Pepin, plein de son projet, laissa la Reine son épouse à Saintes, marcha avec ses troupes dans le Périgord, & ne pouvant parvenir assez promptement à se saisir de la personne de Waiffre, il séduisit un des Officiers de ce malheureux Duc, qui, pendant la nuit du 2 juin 768, l’assassina dans son lit. Une ancienne chronique, insérée dans la bibliothèque de Lambecius, a transmis à la postérité le nom du principal meurtrier de Waiffre, comme un nom mémorable ; ce traître se nommoit Waratton. Pépin témoigna publiquement la joie qu’il ressentit à la nouvelle de cet assassinat, qui lui assuroit la tranquille possession de l’Aquitaine. Il pilla les châteaux de Waiffre. Parmi le butin étoient des bracelets d’or, garnis de pierreries, dont ce Duc avoit coutume de se parer les jours de grandes fêtes ; Pépin en fit présent à l’abbaye de Saint-Denis : ces bracelets furent nommés poires de Waiffre.

Pendant les révoltes que causèrent, au commencement du règne de Henri II, dans le Poitou, la Saintonge & la Guienne, l’onéreuse imposition des gabelles, établie par François 1er ; les révoltés faisoient une guerre ouverte à tous les suppôts de la Ferme, qu’ils appeloient Gabelleurs. Puimoreau étoit un de leurs chefs ; il vint, le 1er août 1548, à Saintes, à la tête d’environ seize à dix-sept mille hommes armés ; ils saccagèrent les maisons de ceux qui occupoient quelque emploi dans la gabelle. Un Receveur de cet impôt avoit été mis en prison pour cause d’infidélité ; les révoltés en avoient enfoncé les portes, afin de se saisir de sa personne ; ils lui promirent la vie & la liberté s’il consentoit à entrer dans leur parti, & à porter une de leurs enseignes. Le Receveur avoit déjà accepté cette proposition, lorsqu’un des révoltés lui porta sur la tête un coup de faux emmanchée à l’envers, & la lui fendit en partie. On lui demanda la cause de cette cruauté ; par le cordi, répondit-il, c’est un méchant qui me fit traîner à la queue de son cheval il n’y a pas quinze jours, pour m’amener en cette prison (Note). Ce trait peut s’excuser comme représailles ; mais ce qui suit est atroce. Le Receveur, qui n’était pas mort sur le coup, fut transporté en l’aumônerie de l’abbaye de Saintes ; un Prêtre du nombre des révoltés, s’y rendit aussitôt, s’approcha du malade, & lui donna, dit un Historien contemporain [2], « plusieurs coups de dague au sein, ainsi qu’il étoit couché sur un lit, & l’acheva de tuer, & le dépouilla en chemise, emportant un misérable butin, qui fut un merveilleux acte de Prestre chrestien ».

Note : L’excessive prodigalité de François Ier rendit nécessaire cette funeste imposition, si contraire aux droits de la nature, si gênante pour le peuple, & qui expose sans cesse les Préposés de la Ferme à faire, au nom du Roi, la guerre à ses propres sujets ; tout comme dans la partie des Aides, au nom du Roi, on opprime les habitans des villes & des campagnes. Louis XVI a gémi plus d’une fois sur l’exigence d’une imposition opposée à ses vues bienfaisantes, & qui porte continuellement atteinte à l’amour que les François ont toujours eu pour leur Souverain : il a daigné manifester dans ces derniers temps le désir qu’il avoit de voir son peuple soulagé de cette charge, & a regretté que des circonstances malheureuses éloignassent l’époque de cette abolition. C’est moins l’impôt, que la manière dont il est perçu, qui a toujours révolté les sujets du Roi. Les personnes chargées des premiers emplois ont souvent usé de leur pouvoir en petits tyrans ; ils ont été imités par les subalternes entre les mains desquels l’autorité est si dangereuse. Paradin, qui a écrit en grand détail l’Histoire de cette révolte, & qui se montre plutôt l’apologiste de la gabelle que l’ennemi de cet impôt, avoue que l’émeute de la Saintonge fut causée par les vexations d’un Officier au fait de la gabelle, qui condamnoit à des amendes excessives, à des prisons, les contrevenans ; « ce que le populaire », dit-il, « trouvoit fort étrange & nouveau, & mesmement qu’ils disoient que les Officiers y faisoient infinis abus, tellement que leurs insolences estoient plus grieves que l’imposition de ladite gabelle & donna, dit-il ailleurs, commencement à ladite esmeute, une sentence donnée par le Juge commis & délégué de la gabelle, à l’encontre d’une povre femme ; par laquelle sentence elle estoit tenue à une amende si excessive qui ne lui étoit possible d’y satisfaire de tout son bien tellement, ajoute-t-il, que patience vaincue se tourna en fureur ». Histoire de notre temps, liv. V, pag.723.

Passons à des événemens moins affligeans, & tâchons d’effacer l’impression désagréable que le récit de celui-ci a pu produire.

Pendant les guerres de la religion, la plupart des riches abbayes de filles avoient ouvertement secoué le joug de la règle. L’abbaye de Notre-Dame de Saintes fut dans le temps citée parmi les Communautés religieuses qui, à cet égard, étoient les plus distinguées ; on disoit alors que ce couvent ressembloit plutôt à une Cour qu’à un monastère. L’Evêque de Saintes, Nicolas le Cornu, & l’Abbesse nommée Françoise de la Rochefoucauld, furent accusés de vivre enfemble dans une trop grande intimité ; on fit même, contre ces deux personnages, une épigramme en vers que nous ne rapporterons point ; & dont le sel consistoit dans le rapprochement de l’habit noir de l’Evêque & de la robe blanche de l’Abbesse ; & quand le rapprochement de ces deux couleurs avoit lieu, on disoit que les deux personnes faisoient une œuvre pie (Note)

Note : On nomme Moines pies, Frères pies, des Religieux dont le costume est noir & blanc, comme les plumes de l’oiseau appelé Pie ; ainsi cette épithète ne se rapporte point à piété.

En janvier 1787, l’Officialité de Saintes a rendu un jugement qui mérite d’être rapporté ; ce jugement prononce la dissolution d’un mariage déclaré illégitime, par la puissante raison que la mariée étoit un homme.

François Suire épousa Marie Besson, baptisée & élevée comme une fille ; mais les indices du sexe masculin, d’abord cachés, puis développés un peu tard, jetèrent dans l’erreur les parens, & cette prétendue fille, qui sans doute étoit fort ignorante sur les devoirs du mariage qu’elle contractoit, & par conséquent très-innocente de l’espèce de profanation de ce Sacrement. Les deux hommes ont été séparés, & ont eu chacun la permission de se remarier ; ce qu’il y a de remarquable en cette affaire, c’est que cette union incohérente a duré dix-huit mois.

Environs

Les environs de Saintes offrent quelques antiquités intéressantes.

On voit à Geay, à deux lieues de cette ville, sur la route de Rochefort, une grosse table de pierre de treize pieds de pourtour, portée sur des pierres dressées, & qu’on nomme la Pierre levée. Il y a en France plusieurs monumens semblables, dans le Querci, dans l’Auvergne, dans la Bretagne, &c., notamment une à Poitiers, qui porte aussi le nom de Pierre levée, & qui a fait naître plusieurs dissertations savantes, dont nous parlerons en son lieu.

Ces pierres, objet du culte des Payens, étoient ordinairement consacrées à Mercure, Dieu des chemins. Les habitans des campagnes, toujours attachés aux vieilles superstitions, ont eu bien de la peine à abandonner ce culte ; on a vu, dans le dix-septième siècle, des Paysans porter mystérieusement des offrandes sur ces espèces d’autel & les couvrir de fleurs.

Dans la petite île de Courcourie, formée par la Seugne & la Charente, à une lieue au dessus de Saintes, on voit une haute butte de terre nommée le mont des Fées : cette butte indique la sépulture d’une personne distinguée de l’antiquité. Ces espèces de tombeaux, dont les anciens font souvent mention, sont assez communs en France ; ils étoient ordinairement composés de pierres ou de gazons entassés régulièrement en forme pyramidale ; nous aurons souvent occasion de décrire de semblables monumens.

... à suivre : Sablonceaux et Saint-Jean d’Angély


[1Le blason de cette ville porte de gueules à trois ponts d’or.

[2Histoire de notre temps, par Paradin, livre V

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