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Histoire du chteau de Bourg-Charente (16) par Paul de Lacroix (1906)

mercredi 15 août 2007, par Jean-Claude, Pierre, 7466 visites.

La chtellenie ou seigneurie de Bourg-Charente remonte aux temps les plus anciens. C’est une des plus vieilles de la province d’Angoumois.

Son histoire.

Source : Les anciens chteaux des environs de Cognac par Paul de Lacroix, bibliothcaire de la ville de Cognac (1906)

Dessin de Jean-Claude Chambrelent

La chtellenie ou seigneurie de Bourg-Charente remonte aux temps les plus anciens. C’est une des plus vieilles de la province d’Angoumois. Elle formait une vaste tendue ; plusieurs villages de la paroisse de Gensac, Chassors et Julienne en dpendaient. Elle possdait un chteau que l’on qualifiait de forteresse au lieu de Moulineuf. Primitivement, elle a t possde par les seigneurs de Cognac, puis par les comtes d’Angoulme.
Un des seigneurs de Bourg, dont l’histoire regrette de ne pas connatre le nom, fonda, dans ses terres, de l’an 975 1001, l’abbaye de Chastres.
Un autre de ses possesseurs, Bertrand de Bourg, continuant les libralits de ses anctres envers le mme monastre, lui fit don en 4190 des rentes qu’il avait prs de la Villa Molis (Moulineuf).

En l’anne 1362, sous Guy de Lusignan, sire de Cognac, le possesseur del terre de Bourg-Charente s’appelait Olivier. Il eut de graves contestations avec Thomas, prieur de Bouteville, de qui dpendait l’glise de Bourg. Une transaction tant intervenue entre eux, le prieur se rserva le droit de nomination des prtres qui desserviraient la chapelle du chteau, et les offrandes faites par les fidles dans cette mme chapelle devaient tre abandonnes au recteur de l’glise de Bourg. De plus, Olivier se reconnut dbiteur du prieur de Bouteville, d’une rente annuelle de trente-deux sous, lgue par ses prdcesseurs. Cet accord est du mois de mars 1264.

La famille Olivier continua de possder la chtellenie de Bourg. Ce fut probablement elle qui fit btir le chteau qui se trouve sur la colline qui domine la valle de la Charente et dont on retrouve encore aujourd’hui les fondations et les larges douves qui l’entouraient.

Le trait de Brtigny, sign en 1360, livra aux Anglais les provinces d’Angoumois, de Saintonge et de Prigord, consquences fatales de la bataille de Poitiers, perdue par le roi Jean en 1356.

Ayant t investi de l’Aquitaine en 1363, le prince de Galles, fils an du roi Edouard III d’Angleterre, se transporta dans les villes soumises sa domination et reut dans chaque province les foi et hommages des barons. Le 19 aot de cette anne, dans la grande salle du chteau d’Angoulme, messire Olivier, seigneur et baron de Bourg-Charente, rendit hommage son nouveau suzerain pour les terres qu’il possdait dans le comt d’Angoulme et nommment pour celle de Bourg.
Pendant les guerres qui dvastrent la France sous le roi Jean et sous Charles V, les Anglais s’emparrent des chteaux de Merpins, de Bourg et de Bouteville, et s’y retranchrent. En 1376, le comte de Sancerre, marchal de France, ayant t envoy en Angoumois pour les leur reprendre, s’empara aprs une longue rsistance de Merpins et de Chteauneuf. Deux ans aprs il s’empara de celui de Bourg-Charente ; les habitants de Cognac s’unirent l’arme, renversrent les murailles du chteau de Merpins, et partie des retranchements de ceux de Bourg et de Moulineuf, si avantageusement situs.

Jean de Bourg chevalier, seigneur dudit lieu et de Brizambourg, rendit hommage son suzerain le 15 juillet 1415, et dclara tenir de monseigneur le duc d’Orlans, comme ayant bail et gouvernement de monseigneur son frre, comte d’Angoulme, cause de son chastel de Merpins, le chteau et forteresse dudit lieu de Bourg, ses appartenances et dpendances (Aveux du comt d’Angoulme. Archives nationales, p. 515).

Ce Jean de Bourg avait nom patronymique Bragier. Un de ses descendants, Jean Bragier, seigneur de Bourg, cuyer du comte Jean d’Orlans, rendit hommage pour sa terre de Bourg, le 12 novembre 1445, l’poque du retour du comte d’Angoulme de sa captivit en Angleterre. Jean Bragier, qui avait pous Julienne de Polignac, dame de Flac, sœur de Jeanne, qui avait captur le cœur de Charles d’Orlans, mourut, il est probable, en 1446, car, le 19 juin de l’anne suivante, Pierre Bragier, chevalier, conseiller du roi, seigneur de Bourg-Charente, renouvela l’hommage, dont la redevance tait de dix sous monnoie courante chaque mutation de seigneur. Pierre Bragier tait maire de La Rochelle en 1445, et ce fut lui qui fit commencer la tour de Lanterne, qui dfend la ville du ct de l’entre du port.

Aprs son mariage avec Marguerite de Rohan, Jean d’Orlans, comte d’Angoulme, acheta de la famille Bragier la terre de Bourg et ses dpendances. Cette chtellenie resta attache au domaine d’Angoulme sous Charles d’Orlans et sous Louise de Savoie, sa veuve. Mais, en 1515, le duc Franois de Valois, ayant t reconnu successeur de Louis XII au trne, sous le nom de Franois Ier, il donna la terre de Bourg Artus Gouffier, grand-matre de France, son ancien gouverneur, celui-l mme qui lui avait fait prendre une salamandre dans ses armoiries. Artus Gouffier tant mort en 1519, la seigneurie de Bourg fut ensuite possde par Claude, son fils an, qui pousa, en 1526, Jacqueline de La Trmouille. Celle-ci tant veuve dcs, Claude Gouffier, duc de Roannais, marquis de Batz, seigneur de Bourg et d’Oiron, en Poitou, se remaria en 1545, Franoise de Brosse, dite de Bretagne. Cette dame mourut en 1558. D’un troisime mariage, fait en 1559, Claude Gouffier eut, entr’autres enfants, Franois Gouffier, chevalier de Malte, auquel, devenu vieux, il attribua la terre de Bourg-Charente (1570).

Celui-ci, l’ge de 47 ans, alina cette chtellenie, laquelle du reste, il avait peu rendu de visites, son tat religieux et militaire l’en tenant loign.

Pons de Pons, issu d’une branche de l’illustre famille saintongeaise de ce nom, ancien page du roi Franois 1er, acheta du chevalier Gouffier, en 1607, la terre de Bourg et en rendit hommage la mme anne Diane de France, duchesse d’Angoulme. Ce fut la sollicitation de M. de Pons que le roi Louis XIII, cra, au mois de mai 1620, les foires de Bourg.

Pons de Pons s’tait mari une premire fois, en 1592, avec Ccile de Durfort de Civrac ; il s’unit en secondes noces Elisabeth de Puyrigault. Du premier lit, il eut une fille, Madeleine Pons, devenue, en 1614, madame Chasteigner du Lindois ; et du second mariage :
 1 Renaud de Pons, appel le comte de Bourg-Charente, mort 20 ans, sans alliance ;
 2 Marie Elisabeth de Pons, qui pousa, le 26 novembre 1659, Franois-Amadieu d’Albret, comte de Miossens, baron d’Ambleville, en Angoumois ;
 3 Bonne Pons, qui fut marie, en 1666, Michel Sublet marquis d’Hendicourt, grand louvetier de France.

Pons de Pons pre, qui, l’exemple de quelques membres de sa famille, avait embrass le protestantisme, lgua par son testament une somme de cent cinquante livres de rente, dont il avait fait fonds, pour l’entretien du ministre qui ferait le service de la religion rforme dans sa maison de Bourg Charente Aprs la rvocation de l’Edit de Nantes, la dame de Miossens, sa fille qui tait catholique, fit conversion de la dite rente pour l’entretien d’un prtre, et obtint, cet effet, du conseil du roi, l’enregistrement d’un brevet de confirmation, le 11 juin 1687.

Madame de Miossens, aprs la mort de son mari, qui tait un batailleur et avait tu en duel, en 1651, le marquis de Svign, le mari de la femme spirituelle que l’on connat, et fut tu en duel son tour, par M. de Saint Lger Corbon, en 1672, madame de Miossens habita souvent le chteau de Bourg, qui avait t rebti en partie par son pre et dont les principaux btiments existent encore.

Elisabeth de Pons Miossens se fit aimer Bourg et Cognac par sa grce et sa bont. Le 16 avril 1662, elle fut marraine avec le pasteur Rossel de Cognac de Elisabeth Rigaud. baptme fait Bourg Charente, par M Locquet, pasteur du dit lieu. Le 30 avril 1690, elle fut de nouveau marraine, dans l’glise de Bourg, du fils de M. Louis Mesnard, conseiller du roi et docteur en mdecine de la ville d’Angoulme, et signa : E. de Pons de Miossens d’Albret.

En 1687 elle avait assist l’inhumation, dans l’glise de Gensac, de Lydie de La Rochefoucauld, comtesse de Roquefort, marquise de Roissac, dcde en son chteau de Roissac, l’ge de 27 ans, pouse de Pons de Pons IV, son cousin.

Le 28 mars 1688, M. de Montgon, colonel de cuirassiers, pousa, Versailles. Mademoiselle d’Hendicourt, nice de Mme de Miossens. En faveur de ce mariage, le roi donna au futur mille cus de pension et la demoiselle deux mille, outre cela, dit Dangeau, celle-ci a 25,000 cus d’argent comptant, et Madame de Miossens, sa tante, lui assura 40,000 livres aprs sa mort.

La comtesse Miossens, qui se faisait vieille et que Paris attirait en mme temps que ses proches, les d’Albret et les Richelieu, vendit, en 1711 sa chtellenie de Bourg, MM. Rambaud et Salomon, beaux-frres.

Elle alla encore plusieurs fois la cour ; mais elle y trouva des envieux qui la dcrirent, parce que le roi protgeait la famille d’Albret. Elle obtint, sur la fin de sa vie, de rsider au palais du Petit-Luxembourg ; elle y mourut le 23 fvrier 1714, ge de 78 ans.

M. Rambaud, co-propritaire de la chtellenie de Bourg-Charente, en rendit aveu et dnombrement au roi, le 21 juillet 1715. M. Salomon renouvela cet aveu en 1718.

Le 30 dcembre 1719 eut lieu, Cognac, le baptme de Henri F ; le parrain fut messire Henri Rambaud, conseiller secrtaire du roi, maison et couronne de France, seigneur de Bourg.

Le 11 octobre 1736 autre baptme Cognac, celui de Marie Elonore Guillet de Saint-Martin, ayant pour parrain le mme M. Rambaud, et pour marraine rvrente dame Marie Guillet, prieure de St-Lger de Cognac.
Le dernier acte o figure Monsieur Rambaud de Bourg est du 21 octobre 1742.

On croit qu’Henri Rambaud tait fils de Pierre Rambaud, sieur de Mareuil, lieutenant particulier au sige royal de Cognac et de Marguerite Thrse Guillet.

M. Rambaud fit partie du corps de ville d’Angoulme, et, par lettres patentes du mois de juillet 1723, il fut cr maire ancien alternatif et perptuel ; mais, l’anne suivante, cette charge perptuelle fut supprime, et la triennale rtablie. Il acheta alors une charge de conseiller secrtaire du roi prs le parlement de Bordeaux. Cette charge anoblissait celui qui en tait revtu, mais cette noblesse n’tait transmissible aux-descendants qu’ condition de payer financ, ce qui ne parat pas avoir t fait.

Henri Rambaud, maire d’Angoulme, conseiller secrtaire du roi, anobli, dut consolider cette haute position sur des proprits immobilires, et c’est dans ce but, sans doute, qu’il acheta la terre de Bourg. Il parat s’tre mari deux fois : en premires noces, il avait pous Franoise de La Charlonie, et en secondes, le 11 octobre 1706, Marguerite Salomon, sœur de Pierre Salomon, ci-devant conseiller du roi.

Henri Rambaud a laiss un fils, connu sous le nom de Rambaud de Maillou. Nous ne savons de laquelle des deux femmes il tait issu, et nous ne l’avons jamais vu prendre intrt la seigneurie de Bourg. Il est donc supposer qu’Henri Rambaud a eu un autre fils, pre de la marquise de Girac, que nous verrons plus loin dame de Bourg.

Au commencement de l’anne 1744, la terre de Bourg-Charente tait possde en entier par Jacques-Pierre Salomon fils, cuyer, conseiller du roi, prsident trsorier de France Limoges, et madame Thrse Bourre, son pouse. La seigneurie de Moulineuf fut acquise par eux de Louis-Franois Laisn de Nanclas, chevalier, seigneur de Gondeville.
M. Salomon est mort au logis de Cress le 7 janvier 1779, l’ge de 77 ans.

La famille Salomon vendit le chteau de Bourg Marc Ren Bareau de Girac, major au rgiment d’infanterie de Normandie, poux d’une demoiselle Rambaud, mais elle se rserva le domaine de Cress.

C’est pendant la possession de M. Bareau de Girac que la terre de Bourg fut rige en marquisat, titre qu’elle conserva jusqu’au nivellement gnral.

Le passage de ce dernier la terre de Bourg ne fut pas de longue dure. Il eut pour successeur Franois-Michel-Benot Le Camus de Nville, intendant de la gnralit d’Aquitaine, qui avait pous Thrse Rambaud, et celui-ci clt la liste des seigneurs de Bourg-Charente.
Les intendances ayant t supprimes en 1790, M. de Nville vint Bourg au mois de juin de cette anne ; il y tait encore en juillet. Plus tard, il migra. Pendant la Rvolution, son chteau servit mettre des prisonniers de guerre, et fut vendu plus tard comme bien national.

Le chteau de Bourg que l’on voit aujourd’hui a t bti par les de Pons au dix-septime sicle, sur l’emplacement de la forteresse fodale. Sa position sur une colline leve qui s’avance en promontoire sur la valle de la Charente, est une des plus pittoresques du pays. On y admire de beaux fragments d’architecture ancienne, et notamment une belle chemine, due aux artistes de la Renaissance.

Le chteau de Bourg a t acquis, il y a quelques annes, d’une dame Raymond, par M. Alexandre Pellisson, ngociant Cognac, qui y fait sa rsidence et s’occupe avec un got aussi intelligent qu’clair de ses embellissements.

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