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Histoire du château de Cognac (16) par Paul de Lacroix (1906)

D 9 octobre 2007     H 00:00     A Pierre     C 0 messages A 4425 LECTURES


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Un château en très grande partie disparu, où de nombreux épisodes de l’histoire de France se sont déroulés. Les archives permettent d’en retracer l’évolution au cours des siècles.

Source : Les anciens châteaux des environs de Cognac, par Paul de Lacroix, bibliothécaire de la ville de Cognac - 1906

Le Château de Cognac, avant et après les Valois

Le château de Cognac, bâti sur une plate-forme au bord de la Charente, n’appartient pas, par ses origines à la série des monuments qui furent construits après la mort de Charlemagne pour arrêter l’invasion des Normands. Sa toute première fondation doit être attribuée au Xe siècle, époque où l’on voit apparaître ses possesseurs féodaux. Ceux-ci, Ithier et Arnaud, de concert avec leur oncle l’évêque de Périgueux, fondèrent, en 1031, sous le règne de Robert, roi de France, l’église et le prieuré de Saint-Léger sur un terrain appartenant au château ; cette création nouvelle suppléait à l’insuffisance reconnue de l’ancienne église, dite de Saint-Caprais, dont le nom seul a survécu, appliqué à une des rues de la ville. Le château et 2 grosses tours, construits vers la même époque à l’entrée du pont, défendaient le passage de la rivière. Les tours existent encore. Le pont a été démoli en 1855, après avoir été remplacé par un autre en amont, répondant mieux aux exigences de la batellerie.

Le château féodal du Xe siècle, modifié rebâti dans le cours des âges, n’offre plus rien aujourd’hui, et, même avant la Révolution, n’avait rien conservé de comparable en ancienneté aux deux tours du pont restées debout. Celui dont la vue de face regarde la Charente, est presque en entier, une construction du style de la Renaissance, datant des premières années du règne de Louis XII.

Notre intention ne saurait être ici, à propos du château de Cognac, de publier un résumé des évènements dont il a été le témoin ; ce résumé ne serait lui-même qu’un épisode de l’histoire de l’Angoumois. Indiquons du moins quels furent dans l’ordre chronologique les principaux maîtres ou simples habitants du château, les constructions par lesquelles ils y signalèrent leur passage : Hélie, fils d’Arnaud, puis Ithier II, Hélie de Chambarot ; Bardon (XIe siècle) ; Eléonore d’Aquitaine et son fils Richard Cœur-de-Lion (1170), Philippe, fils de Richard.

Isabelle Taillefer, mère d’Henri III d’Angleterre et femme en deuxièmes noces, de Hugues de Lusignan (1299), époque de la réunion définitive de Cognac et Merpins, dépendances saintongeaises, à l’Angoumois.

Guy de Lusignan, leur second fils, possesseur viager (1242-1289) ; Beatrix de Bourgogne, douairière de Lusignan, morte en 1329 ; Jeanne, fille de Louis-le-Hutin, épouse en 1318, du comte d’Evreux, ouvre la série des comtes apanagistes. Elle meurt en 1349. Le roi Jean donne ensuite le comté à Charles d’Espagne de la Cerda, connétable de France (mort en 1354).

Le duc de Berri, frère du roi Charles V (1375). Son frère Louis, duc d’Orléans (mort en 1407). Jean d’Orléans, le plus jeune fils de Louis, emmené comme otage en Angleterre, prisonnier à Londres pendant trente deux ans à partir de 1412. A son retour en Angoumois, en 1445, il répare ses châteaux, fort endommagés par la longue guerre qui venait de prendre fin. Celui de Cognac, entr’autres, lui dut la reconstruction des tours et des bâtiments, existant entre la première et la seconde cour, des cuisines, de l’office et de la tour ayant vue sur la place dite du « Canton de la Font ». Mort au château en 1467, et inhumé dans la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême.

Charles d’Orléans, son fils, époux, en 1487, de Louise de Savoie, fille aînée de Philippe II, duc de Savoie. Le luxe, les plaisirs et les grandes dépenses au château datent de cette époque. Cognac est un « second paradis », au dire d’Octavien de Saint-Gelais, qui composa son Séjour d’honneur en 1490. Charles d’Orléans meurt en 1496, laissant deux enfants : Marguerite d’Angoulême et François, connu plus tard sous le nom de François Ier, né à Cognac le 12 septembre 1494. Il fut baptisé dans la chapelle du château, ayant pour parrain François de La Rochefoucauld, gouverneur de l’Angoumois, et pour marraine Marguerite de Rohan, son aïeule, veuve du comte Jean d’Orléans.

François d’Orléans et d’Angoulême fut créé duc de Valois et pris en affection par le roi Louis XII qui n’avait que des filles. Sa sœur Marguerite épouse, en 1509, Charles IV, duc d’Alençon. De là le nom d’appartement d’Alençon, dans les nouvelles constructions exécutées au château, à l’orient de la chapelle, par Louise de Savoie et ses enfants. Cet appartement communiquait au moyen d’une galerie à une tribune existant dans la chapelle, où la famille venait assister aux offices. M. Michon a décrit le luxe et l’élégance des ornements de ce temple chrétien : « Un rétable de la Renaissance en faïence vernie, représentant la Nativité de la Sainte Vierge et, à côté, les écussons armoriés d’Orléans et de Savoie ; de plus trois camaïeux dont l’un est une Visitation, l’autre un Solitaire dans le désert et le troisième un Saint-François, patron du roi-chevalier. Outre ce rétable de faïence, la chapelle possédait douze médaillons de même genre, représentant les douze Apôtres et d’un assez grand diamètre. Il ne reste, ajoute-t-il, du vieux château féodal, bâti par les Lusignan (ou leurs prédécesseurs, ce qui paraît plus probable) que la chapelle basse et sa façade. Le comte Jean ne commença la reconstruction du château de Cognac qu’après qu’il eût pris possession de son comté, vers 1450. La partie méridionale est de cette époque. La cheminée d’une grande et belle salle, construite par lui, porte encore un écusson couché, exactement semblable à l’écusson de son sceau. Le timbre a de même une fleur de lis pour cimier. Les supports, qui sont deux cygnes dans le sceau, sont différents dans ce bas-relief. Charles d’Orléans continua l’œuvre de son père. Plusieurs parties même ne furent terminées que sous François Ier, soit avant, soit après son avènement à la couronne. » Marié en 1514, devenu, par la mort de Louis XII, son successeur au trône de France (1515), François 1er aux époques brillantes ou sombres de son histoire, revoit toujours avec bonheur sa ville natale et, à chaque fois, il y est reçu avec enthousiasme, qu’il y amène sa première épouse, Claude de France, ou la deuxième, Eléonore d’Autriche (1530), sœur de l’empereur Charles-Quint. En l’année 1542, il y fait son dernier voyage. On sait que ce fut lui qui termina les constructions du château, notamment l’édification de la Salle des Gardes, faisant face à la rivière, où l’on remarque encore aujourd’hui une large et belle fenêtre, ornée, dans son encadrement, de médaillons représentant Jean le Bon. Charles d’Orléans, François Ier, Louise de Savoie, Claude de France, Marguerite de Valois. Il fit aussi construire un petit corps .de bâtiment, situé entre la terrasse et la petite cour où il avait ses appartements.

L’ensemble des bâtiments du château de Cognac, pour emprunter le langage de ceux qui l’ont vu au dix-huitième siècle, « offrait aux yeux une masse considérable et digne des regards des connaisseurs ». De plus, « sa situation sur le bord de la rivière, jointe à la perspective de prairies fort étendues, de bois, de coteaux et autres objets, était tout à la fois avantageuse et agréable à la vue. »

Après la mort du roi François Ier, le château, domaine de la couronne, ne reçut aucun des soins prodigués à ceux de Blois, de Chenonceaux, d’Amboise, de Fontainebleau et de Chambord. Un corps de ses bâtiments .fut occupé au siècle suivant par les gouverneurs de Cognac.

En 1565, après les premières guerres de la Réforme, Charles IX et Catherine de Médicis, visitant le midi de la France, s’installèrent dans le château pour une semaine. La reine-mère y revient en 1586, au moment des Conférences de Saint-Brice, entr’elle et le roi de Navarre, y donne des fêtes, y essaie toutes sortes de séductions pour amener le roi de Navarre à traiter de la paix et à se faire catholique. Mais elle échoua dans ses projets.

C’est la dernière lueur de la royauté jetée sur le château de Cognac. Désormais, il ne doit plus servir qu’à loger ses gouverneurs, dont les plus connus sont MM. de Jussac d’Ambleville, de Parabère, de Ste-Maure, comtes de Jonzac père et fils, d’Aubigné, frère de Madame de Maintenon, de Rions, de La Vauguyon.

En 1788, les administrateurs des domaines du comte d’Artois, frère du roi, apanagiste du duché d’Angoulême, firent dresser un plan du château de Cognac et conseillèrent au prince d’en aliéner certaines parties, ne réservant que les bâtiments indispensables pour l’administration des receveurs des forêts, des étangs, des halles et marchés, etc.

Le 30 janvier 1789, devant Grassac notaire à Angoulême, MM. Rambaud de la Roque et Caminade de Châtenet en acquirent deux portions distinctes.

En 1791, le comte d’Artois ayant émigré, ce qui restait du château fut mis sous séquestre. Deux ans après, les administrateurs des biens nationaux du département de la Charente autorisaient la démolition des parties réservées du château pour en vendre les matériaux. A la date du 6 vendémiaire an III (28 septembre 1794), cette vente avait produit 4,293 livres ou francs ; mais comme il y avait eu 3,480 livres pour dépenses de démolitions, le produit net réalisé comptait à peine pour un cinquième. Un arrêté fut pris par le conseil général de Cognac pour interdire désormais toute démolition au château. En 1795. ce qui restait fut vendu comme bien national à Angoulême, et acquis par MM. Otard et Dupuy, qui y joignirent bientôt la partie achetée en 1789 par M. Rambaud de la Roque. C’est là qu’ils installèrent leur maison de commerce d’eau-de-vie, qui, avec des constructions nouvelles, forma un ensemble de bâtiment considérable. En 1852, le besoin de nouveaux agrandissements nécessita la démolition de la chapelle.

Tous les archéologues et les amis passionnés des beaux spécimens d’architecture historique regretteront, avec nous, la disparition de ces tours crènelées, ouvrage des Lusignan, de ces vastes appartements à balcons et terrasses de la Renaissance, de ces tourelles élancées se mirant dans le paisible bassin du fleuve ! Si nous ne pouvons les voir, du moins à l’aide de documents échappés à la destruction, faisons en partie revivre et faisons connaître à nos contemporains, ces brillantes constructions des vieux âges.

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