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1844 - Description du château d’Angoulême par l’abbé Jean-Hippolyte Michon

D 23 juin 2012     H 23:33     A Pierre     C 0 messages A 1193 LECTURES


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Le projet de la construction du nouvel (et actuel) hôtel de ville d’Angoulême va faire couler beaucoup d’encre pendant plus de 15 ans chez les historiens et archéologues de Charente. Dans sa "Statistique monumentale de la Charente", l’abbé Michon fournit une précieuse description du château, avant que les travaux de construction de l’hôtel de ville (de 1858 à 1869) ne fassent disparaître pour toujours une grande partie de ses vieux murs et de ses bâtiments.

En 1859, lorsque l’architecte Paul Abadie commence les travaux, la polémique atteint une grande violence. Voir : 1859 - Mémoire pour la conservation du château d’Angoulême

Source : Statistique monumentale de la Charente - Jean-Hippolyte Michon - Angoulême - 1844 - Google livres

Le château d’Angoulême

Nos historiens d’Angoumois, Corlieu, Pierre de St-Romuald, Vigier ne fournissent aucun document sur la fondation du château d’Angoulême [1]. Corlieu nous apprend seulement qu’en 1282, « Après le décès de Hugues, sa veuve, pendant le bas-âge de ses enfants, fit réparer le vieux chasteau et commença l’œuvre magnifique de la grand salle qui encores se voit au-dit chasteau [2]. » Et peu après il ajoute : « Hugues-le-Brun succéda à son père... et après se mit à bastir la grande tour du chasteau d’Engolesme et paracheva la salle encommencée par sa mère qui sont deux merveilleusement beaux édifices. Aucuns ont pensé, et est le commun bruict en la ville, que ceste salle a esté bastie par les Anglois, qui est faux... Les armoiries de la maison de Lezignan, ses alliances et divises desquelles est ceste salle toute pleine monstrent assez du contraire [3] »

Ces textes, tout précieux qu’ils sont, puisqu’ils nous donnent la date de la construction de la grande tour (1282-1303), ne nous disent rien de la fondation primitive. Même ce mot, vieux château, improprement employé par Corlieu, a fait croire à Vigier qu’il avait, dès le XIIIe siècle, une grande antiquité.

J’ai trouvé aux Archives du royaume un document qui assigne la véritable époque de la construction du château, et le nom de ses fondateurs. C’est un échange fait entre le comte Hugues et Ysabel sa femme, et les doyen, chanoines et chapitre de Saint-Pierre, de certaines terres appartenant au chapitre, afin d’y bâtir le château neuf d’Angoulême, pour une place propre à faire un cimetière et à bâtir une maison de chapelain. La charte est de l’an 1228 [4]. C’est donc après 1228 qu’il faut fixer la date du château neuf d’Angoulême. Hugues et Ysabel durent trouver que la ville, défendue au nord et à l’ouest par l’escarpement de la montagne, et à l’est par le Châtelet, était accessible au midi, où elle n’avait d’autre défense qu’un vieux mur à assises romaines qui partait de l’extrémité ouest de la promenade du Parc (appelée aujourd’hui place de la Commune), et allait aboutir, vers la rue de l’Arsenal, à un autre mur du même travail qui joignait le Châtelet. De la sorte, près de la moitié du plateau de la montagne était un terrain inoccupé, ce qui devait singulièrement faciliter les ennemis, en cas de siège. Une seconde forteresse, à l’angle sud-est, qui, au moyen d’une enceinte flanquée de bastions, occuperait le reste du plateau, devait entrer dans le plan d’une bonne défense de la ville. Hugues et Ysabel conçurent ce plan et en commencèrent l’exécution. Un conduit souterrain faisait communiquer les deux forteresses. Mais, comme je l’ai remarqué plus haut, il est probable que l’enceinte seule fut achevée de leur temps, et qu’ils laissèrent à leurs enfants le soin de bâtir le château proprement dit, ce qui s’accorde assez avec le texte de Corlieu. La veuve de Hugues de Fougères répare le vieux château, c’est-à-dire le travail du premier Lesignan, et commence la grande salle ; Hugues-le-Brun, son fils, achève cette salle et construit la grande tour polygone.

Plan du château d’Angoulême

Quatre époques de construction se remarquent dans le château d’Angoulême.
- 1° L’enceinte, dont le mur et deux bastions au levant A, B, et un au sud, C, existent encore. —Sous Hugues et Ysabel, après 1228. La porte D est de cette époque.
- 2° La tour polygone E. — Sous Hugues-le-Brun, de 1282 à 1303.
- 3° Le corps de logis F, la demi-tour d’encorbellement G, la grosse tour ronde H. — Sous Jean-le-Bon, de 1445 à 1467. Plusieurs de ces travaux ne furent terminés, au moins pour les sculptures, que sous Louise de Savoie, de logis qui tiennent à la tour ronde du côté de l’ouest. — femme du comte Charles, de 1467 à 1515. ils paraissent d’une époque moins reculée ’.
- 4° Le pavillon polygone I, le pavillon carré et le corps

TOUR POLYGONE. Elle forme un très-beau donjon dont l’aspect est tout-à-fait monumental.. On l’aperçoit de très-loin, dominant tous les autres édifices de la ville. Avec la flèche romane de la cathédrale et quelques petits clochers, elle rompt la ligne monotone des maisons de la ville, qui ne sembleraient que des cabanes au sommet du plateau, si le passé féodal n’eût rien laissé de ses œuvres gigantesques.

Le plan E présente un polygone irrégulier de neuf côtés. La ligne partant de l’angle ouest, passant par le centre de la tour et joignant l’angle est, donne 12m 34c de diamètre ; une autre ligne, partant de l’angle nord, allant à l’angle sud, donne 15m [5].

Elle a de hauteur, au-dessus du préau intérieur, 25m, non compris le parapet crénelé qui a été détruit et qui pouvait avoir 1m.

Elle se compose du rez-de-chaussée et de trois étages. Le rez-de-chaussée forme une salle octogone de 6m 40e de diamètre. La porte primitive a été remplacée par une autre, du style du XVe siècle. La voûte est à huit pans, séparés par autant de nervures qui se coupent dans le haut sans avoir de fleuron. Ces nervures, à leur retombée, s’appuient sur des consoles en guise de chapiteaux, dont le tailloir forme, autour de la salle, une corniche continue. Une cheminée a été pratiquée dans le côté ouest du mur ; mais sa forme indique une époque postérieure à la construction primitive [6].

Du rez-de-chaussée on passait autrefois dans l’escalier pour parvenir aux étages supérieurs. Plus tard, d’une meurtrière qui éclairait l’escalier au nord, on a fait une porte extérieure.

Le premier étage a pour plan un octogone et pour voûte une coupole.

Le deuxième est un carré dont la voûte est en ogive à tiers-point.

Le troisième est un octogone assez régulier, de 7 mètres de diamètre. Une colonnette engagée aux trois-quarts remplit chacun des angles ; elle porte sur une base pentagone, et son chapiteau, formé de quelques moulures dont les angles correspondent à ceux de la base, supporte une nervure qui va se joindre aux autres au sommet de la voûte octogone. Un fleuron, dans un encadrement circulaire, décore la clef de voûte. Ce troisième étage a sa cheminée qui remonte au temps de la construction, et deux assez grandes fenêtres, ornées extérieurement d’archivoltes carrées qui s’arrêtent en encorbellement sur le nu du mur. Cette salle est fort belle.

L’escalier tournant, placé dans un des angles de la tour, s’arrête à ce troisième étage. Un autre escalier, droit d’abord et qui ensuite se brise en équerre, sert à conduire à la plate-forme. Outre le coup-d’œil ravissant dont on jouit du haut de cette tour, on est dédommagé d’y être monté, à la vue de son ingénieux dallage. Il se compose de sillons d’écoulement qui conduisent les eaux vers le côté nord de la tour, d’où elles s’échappent par trois petites gargouilles portées par les consoles des mâchicoulis.

Avant de décrire le corps de logis du XVe siècle, que j’attribue au comte Jean, aïeul de François Ier, je dois revenir sur un passage de Corlieu que j’ai cité plus haut. Notre chroniqueur y fait mention d’une grande salle commencée par la veuve de Hugues de Fougères, et terminée par Hugues-le-Brun, son fils ; œuvre magnifique, décorée des armoiries des Lesignan. Il résulte de ce passage que cette salle existait au temps de Corlieu, et il le dit en termes positifs : « La grande salle qui encores se voit audit chasteau. »

Or, aujourd’hui [7], il n’y a plus le moindre vestige de cet édifice « merveilleusement beau » ; et cependant, en 1576, époque où Corlieu écrivait, le château était à peu près ce que nous le voyons aujourd’hui, sauf quelques changements que le duc d’Épernon a pu y apporter postérieurement.

Serait-il vraisemblable que le duc d’Épernon ait détruit une salle si magnifique ?

Le rez-de-chaussée du corps-de-logis F, dont le mur de l’ouest K est fort épais, ne serait-il pas cette salle aujourd’hui couverte d’un badigeon ignoble et conservée par le comte Jean, au XVe siècle ? Ce mur épais n’aurait-il pas été conservé pour ménager cette salle ? Ce qui est certain, c’est que jusqu’au premier étage ce mur est antérieur à la construction du XVe siècle. Sur le plan, on le voit se prolonger avec la même épaisseur jusqu’au donjon.

Je dois avouer qu’après une étude sérieuse du château actuel, je ne vois pas d’opinion un peu probable à laquelle on puisse s’arrêter.

CORPS DE LOGIS F. Il touche au nord par l’extrémité d’un de ses pignons, à la tour polygone et au midi par l’autre pignon, à la tour ronde H. Ces deux pignons ont leurs gables décorés de crosses végétales et terminés par un panache. J’ai parlé du rez-de-chaussée où je suppose la grande salle tant citée par nos chroniqueurs. Le premier étage et le second formaient deux ou plusieurs appartements auxquels on parvenait par l’escalier J.

Les fenêtres de ces deux étages sont carrées, à moulures prismatiques, délicatement profilées.

Les fenêtres du troisième étage étaient en saillie au-dessus du toit aigu. Elles devaient être ornées, selon le style de l’époque, d’un fronton triangulaire, orné de crochets et surmonté d’un panache. On les a coupées au niveau du toit. Elles étaient entourées d’un encadrement à moulures prismatiques faisant saillie et supportées par des consoles.

Ces consoles sont très-gracieuses. Celles de la façade de l’ouest représentent :
- 1° une femme sortant de la coquille d’un colimaçon, coiffée d’un long capuchon pointu auquel sont attachées des oreilles d’âne.
- 2° un homme vêtu d’un capuchon auquel sont attachées des oreilles d’âne, et portant à sa bouche une bouteille qu’il tient des deux mains
- 3° un homme chaussé de bottines et soutenant de ses mains le tailloir de la console
- 4° un homme encapuchonné, à la figure rieuse et moqueuse, tenant une large règle des deux mains.

Les quatre consoles correspondantes de la façade de l’est sont :
- 1° Un homme avec le capuchon aux oreilles d’âne, jouant du hautbois ;
- 2° Un singe tenant d’une main un chapeau à trois cornes et de l’autre une massue ;
- 3° Un homme encapuchonné, ayant des oreilles d’âne, tenant une cornemuse et riant aux éclats ;
- 4° Un sujet mutilé.

Ce corps de logis est encore d’une bonne conservation. Il suffirait d’y rétablir la charpente en tiers-point et ses jolies fenêtres au-dessus des combles, pour lui redonner son ancienne splendeur.

Nous dirons peu de chose de la demi-tourelle G, placée à l’angle nord-ouest du corps de logis. Elle s’élève en encorbellement au-dessus d’une autre tourelle, beaucoup plus ancienne, dont on a voulu conserver la base, comme un souvenir du passé. Elle est élancée, gracieuse ; elle a conservé ses mâchicoulis et son toit primitif. Ou y remarque un tuyau de cheminée en briques, terminé par un couronnement en pierre de taille, sur lequel sont sculptés des compartiments trilobés, ornés de petites crosses végétales.

TOUR RONDE H. C’est le morceau d’architecture le plus intéressant du château d’Angoulême ; il est du même temps que le corps de logis. Il est probable que cette tour n’était pas encore terminée, au moins pour certains détails, à la mort du comte Jean, puisque, à la voûte du boudoir du second étage, on voit un écusson mi-partie d’Orléans et de Savoie.

Elle se compose d’un rez-de-chaussée et de deux étages. Ronde au dehors, elle forme au dedans un carré long. Des escaliers, de vastes embrasures de fenêtres, des corridors anguleux pour communiquer au corps de logis de l’ouest, sont pratiqués dans le plein du mur. Au couchant, on a ménagé pour le rez-de-chaussée et les deux étages un très joli petit cabinet ou boudoir voûté en ogive. Chaque nervure tombe sur une console sculptée. Les consoles du rez-de-chaussée et celles du premier étage ont été presque toutes mutilées. Cependant, une d’elles, représentant une tête de vieillard, sortant d’une coquille d’escargot, a été épargnée. La voici avec le bas-relief qui l’accompagne. Il représente un porc ou sanglier mis à la broche ; une corde lie les membres antérieurs ; trois crochets de fer lui percent le flanc et le retiennent ; on voit la flamme s’élever au-dessus ; la broche porte sur deux chenets.

Le rez-de-chaussée, dont le plan H est sous vos yeux, n’a rien de remarquable. Les poutres qui le séparent du premier étage et soutiennent le plancher sont rapprochées et à moulures très-évidées. Il est difficile de dire si elles ont reçu des peintures ; mais elles appartiennent au temps de la construction de la tour [8].

Le premier étage ressemble au rez-de-chaussée. Il est éclairé par une large fenêtre donnant au midi, ornée au dehors de moulures prismatiques et de fleurons délicatement sculptés. Je pense que ces fenêtres, comme toutes celles du château bâti par le comte Jean étaient croisées, c’est-à-dire partagées par deux meneaux se coupant à angle droit.

On a pratiqué une porte pour communiquer de cet étage au corps de logis de l’ouest.

Le second étage forme une salle d’une grande beauté. En voici le plan que j’ai levé avec soin afin de montrer aux yeux la distribution de toutes les parties qui la composent et surtout l’ingénieux artifice des escaliers secrets qui y conduisent.

Je ne connais pas de salle plus gracieuse dans nos châteaux gothiques. L’élévation de la voûte, la finesse des nervures prismatiques se croisant à leur naissance avec une grande légèreté, les écussons, les fleurons à compartiments découpés, jetés à la rencontre des nervures et y adhérant avec grâce, tout enchante lorsque, pouvant un peu se distraire de la pensée pénible que fait naître l’état de dégradation dans lequel on a laissé ce berceau de rois, on s’arrête pour admirer la symétrie des lignes, la délicatesse des écussons, et tout ce gracieux ensemble mélangé de simplicité et de grandeur. Notre François Ier, la Marguerite des Marguerites, ont habité cette salle princière ; ils ont joué dans le joli boudoir qui est à côté ; et la tête de femme, sortant du colimaçon, a dû exciter vivement la curiosité de cette spirituelle enfant qui devait être la reine de Navarre, et donner du sang d’Angoulême à Henri IV.

L’écusson central de la voûte de la salle est écartelé d’Orléans et de Milan. L’écu a cette forme singulière : d’un côté est une petite échancrure arrondie, et le bas, au lieu de se terminer par une pointe en accolade, présente la forme inverse. Les supports sont deux lévriers. Au-dessus de l’écu est un cimier à la couronne ducale.

A la voûte du petit cabinet contigu à la salle, se voient :
- 1° les armes d’Orléans entourées d’une guirlande de branches de rosier, travaillées à jour ;
- 2° les armes mi-partie d’Orléans et de Savoie, entourées d’un cercle découpé en compartiments gothiques et de branches de rosier entrelacées.

Un mâchicoulis orné d’ogives en accolade sert de couronnement à la tour. Comme l’escalier qui conduit dans le haut est recouvert d’un petit dôme, il est probable qu’elle se terminait en terrasse.

Toute la partie de l’ouest du château parait moins ancienne, excepté toutefois la chapelle qui se trouve au-dessus du bastion C. Derrière la tour de l’escalier I et le pavillon carré qui lui est contigu, on voit un pignon orné de crosses végétales, destiné à la charpente du corps de logis, placé entre ce pavillon et la tour.

Je n’avais pas mentionné dans la vieille enceinte la porte L qui donnait issue au château, sur le midi.

La porte principale donnait sur la place, au nord du château. Elle avait son pont-levis. On la voit encore avec ses vieilles portes de madriers épais. Un petit mâchicoulis défend l’entrée. Au-dessous se voient deux écussons mutilés.

Il m’en coûterait trop d’aborder l’étude d’un autre monument sans exprimer mon opinion sur la destination du château d’Angoulême. Je la donne ici avec loyauté et franchise, mais avec insistance et conviction.

Lorsqu’un gouvernement intelligent et ami des arts conserve et restaure dans toute la France les monuments qui se trouvent liés à de grands faits historiques, je pense bien d’abord que le vandalisme de l’art moderne, quelque bonheur qu’il ait à substituer ses lourds entablements grecs à nos pignons fleuronnés, n’obtiendra par la démolition du château, pour y substituer une fabrique toute neuve. Je doute que, éclairés sur la valeur monumentale et historique du château d’Angoulême, les membres de la Maison-commune veuillent jamais prendre sur eux l’odieux d’une mesure que la France savante se hâterait de flétrir. Il est donc à peu près certain que, dans un plan quelconque d’un hôtel-de-ville, on laissera subsister la grande tour polygone et la tour ronde du midi. Mais on voudra sacrifier le corps de logis du milieu avec sa tourelle gracieuse qui se marie si bien au reste de l’édifice.

Or, aujourd’hui les idées d’art ont assez marché pour qu’un édifice grec, avec ses pilastres doriques ou ioniques, tels qu’on les fait pour les appeler ensuite, au hasard, église, palais de justice, caserne, théâtre, ne paraisse pas d’un horrible effet, encadré entre deux tours énormes, l’une du XIIIe siècle, l’autre du XVe. L’architecte le moins intelligent reculera toujours devant cet accouplement bizarre. Il faut donc que l’idée sage, facile, moins coûteuse, d’une restauration de l’œuvre du bon comte Jean, prédomine. C’est ce que l’on fait partout maintenant. A Blois, on achève de rendre à sa grâce primitive la partie de l’est du château. Le corps de logis, que j’ai décrit plus haut, est très-solidement construit ; il offre un développement de 11m 86c de longueur dans œuvre, sur 7m de largeur. Un rez-de-chaussée, trois étages, peuvent se prêter à une distribution qui réponde à tous les besoins d’un hôtel-de-ville. La tour ronde a trois belles salles et autant de petits cabinets. La grande tour a. ses trois étages correspondants à chaque étage du corps de logis. Dans un siècle où l’art du décorateur et du tapissier est mis au niveau de celui de l’architecte, il sera facile de donner à l’intérieur du château la distribution d’un hôtel-de-ville commode, et de lui laisser en même temps sa belle figure féodale. Voilà ce que commandent le goût, le bon sens et le patriotisme. On me pardonnera de plaider ici la cause d’un monument auquel se rattache toute notre histoire. Un mur que les biscaïens ont criblé donne à penser aux peuples qui jouissent des bienfaits d’une paix profonde. Quand des esprits chagrins ne parlent du passé que comme de l’âge d’or des nations, il faut qu’on puisse leur faire lire l’histoire sur les vieux donjons, sur les portes hersées, les bastions et les courtines de leurs enceintes, pour qu’ils sachent que tout cela, pendant près de dix siècles, s’est teint de sang. Ils pourraient remuer le sol, ils y trouveraient des ossements de leurs pères.


[1« On ne trouve point l’origine de ce château. » Vigier, pag. 63.

[2Recueil en forme d’hist., pag. 64.

[3Recueil en forme d’hist., pag. 35.

[4Archives du Roy., Titres du comté d’Ang., t. III, lettre t, 1405.

[5Les murs ont dans leur moindre épaisseur 2 m. 78 c. Ils sont construits en appareil moyen régulier. Le revêtement seul est en cartelage ; le massif des murs est un blocage, composé de moellons irréguliers, noyés dans un fort ciment, ce que l’expérience des siècles a démontré être le meilleur de tous les genres de construction. Les travaux des Romains et ceux du moyen-Age ont mis cette vérité hors de toute contestation.
Absence de contreforts qui se trouvent aux donjons de l’époque romane.

[6Toute cette partie du château, que l’on juge postérieure à Louise de Savoie, pourrait cependant bien être du commencement du XVIe siècle.

[7Desbrandes parle de cette salle comme si elle existait encore ; mais en cela comme en beaucoup de choses, il faut ajouter peu de foi à ce laborieux compilateur, et n’accepter ses assertions qu’avec réserve et après les avoir vérifiées. Ce qu’il a écrit en particulier sur le château d’Angoulême, pag. 462, 463 de son manuscrit, contient presque autant d’erreurs que de mots.

[8Il est probable que ce fut au temps de la construction de cette salle que le comte Jean écrivit à Pierre Bouchard, abbé de la Couronne, une lettre par laquelle il le priait de lui procurer le. plus grand nombre de charrois qu’il pouvait faire, pour le transport des bois dont il avait besoin. Cette lettre qui témoigne quel intérêt le bon comte portait aux hommes de ses domaines, fut conservée par Jean Terrasson, religieux de la Couronne, qui la communiqua à l’auteur de la vie du comte.
« Révérend père en Dieu, cher et bien aimé, parce que présentement nous faut faire venir le bois de notre sale que nous faisons faire, à laquelle il nous en faut grande quantité, et comme toute cette année les charrois de nos terres ont été occupés pour nos affaires, tant qu’à peine ont-ils pu rien amasser du leur ; pour quoi est bien raison que leur donnions soulagement. Si envoyons par devers vous Marsault de la Partemart, vous priant que vous veuillés exhorter et faire faire à tous les charrois de vostre terre à chacun un charroi pour nous dudit bois et l’amener en nostre chastel d’Angolesme en cette présente semaine. Autrement y aurons grand dommage. Et en ce faisant nous ferés un grand plaisir, révérend père en Dieu, cher et bien aimé. Dieu soit vostre garde. Ecrit en nostre chastel d’Angolesme, le sept jour d’aoust. Jean. Et plus bas, L’Aubigeois. »

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