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2005 - Un inventaire des anciens moulins du canton de Matha (17)

jeudi 29 février 2024, par Pierre, 51 visites.

En 2005, la Société d’Ethnologie et de Folklore du Centre-Ouest. (SEFCO) a publié dans sa revue « Aguiaine » une très intéressante étude sur les anciens moulins du Canton de Matha, réalisée par un mathalien passionné, Jean-François Noël (†). Il y recensait 123 moulins dont 55 à eau et 68 à vent.
Ils étaient mentionnés sur différentes sources : Cartulaire du Chapitre de Saintes, Cartulaire de Saint-Cybard (Angoulême), Cartulaire de Saint-Jean d’Angély, Chartrier d’Authon, Chartrier de Matha, Archives Historiques de Saintonge et d’Aunis, Carte de l’étang du Solençon (C. Chastillon, dessinée vers 1604), Rôle de la paroisse de Saint-Hérie, établi en 1681 par J. Chollet, notaire à Thors, Carte de Cassini (relevés 1770), Carte d’Etat-Major (1850), publications de l’Association Culturelle du canton de Matha.

Cette étude reste à ce jour le travail inégalé d’un passionné, réalisé dans un cadre associatif.

Source : Aguiaine - revue de la Société d’Ethnologie et de Folklore du Centre-Ouest. (SEFCO) - 01/05/2005 - (Domaine public).

 Un inventaire des anciens moulins du canton de Matha (17) par Jean-François NOËL

Les moulins à eau

En France, l’utilisation de la technologie des moulins à eau remonte à l’époque gallo-romaine (minoterie de Barbegal près d’Arles, création au 3e et réfections jusqu’au 6e siècle après JC).

Avant l’an 1000, on peut citer les moulins qui apparaissent par dizaines en Languedoc, en Catalogne, en Rhénanie.. .et vraisemblablement un peu partout. En France de l’Ouest, l’expansion commence au 11e siècle et l’apogée se situe au 13e , où presque chaque paroisse disposera alors d’un moulin.

On s’intéressera surtout ici à l’histoire de la mise en place du moulin et du meunier dans l’univers médiéval [1] [2], plutôt qu’à la technique.

Des environs de l’an 1000 date l’établissement des banalités, dont celles de la mouture du blé (le moulin) et de la cuisson du pain (le four), qui ne laissent aucun choix au paysan. Le nombre de ces moulins a suivi l’expansion de la population et l’affirmation des pouvoirs ecclésiastiques et seigneuriaux. La grande aristocratie semble être l’acteur principal au début. Le rôle initial des abbayes est moins visible, mais ensuite les actes de donation et d’achat de parts sont nombreux. Ensuite, au cours des temps, le phénomène gagne les rangs de la petite seigneurie de village et de domaine.

Il apparaît bien que le but premier est le pouvoir que cet instrument confère sur la société villageoise, et ce n’est que peu à peu que l’aspect financier prendra toute son importance.

Le pouvoir, c’est tout d’abord le prestige, puis le contrôle féodal par la contrainte du ban, y compris les corvées d’entretien. Même les monastères sont obligés de composer avec les seigneurs laïques.

De nombreux actes témoignent de leurs différents, allant jusqu’à des tentatives d’usurpation, comme celles de la châtellenie de Montmorency, en Ile-de-France, à l’encontre de l’abbaye de Saint-Denis [3]. Même au 18 e siècle, on peut encore évoquer les actions violentes des Bourdeille, seigneurs de Matha, envers les biens du Chapitre de Saint-Hérie (moulin, four, vivier...), les notes du doyen Poitevin en témoignent.

Le facteur financier, c’est la capacité d’investir assez lourdement et l’assurance de revenus confortables, comparables à ceux d’un grand domaine. Ainsi, le propriétaire bénéficie pleinement de la croissance économique et renforce son pouvoir. On a comparé (F. Braudel) ce phénomène à la révolution industrielle du 19 e , et on s’est posé la question : les moulins sont-ils la cause ou la conséquence de la transformation sociale au Moyen-Age ? sans doute les deux à la fois.

Le moulin à eau fait partie intégrante du paysage médiéval, conjointement à l’église et au château.

Il est un facteur primordial d’aménagement du territoire : rectification des rives, creusement de canaux, création d’étangs, établissement de points de passage, amélioration des chemins...
À partir du début du 18e siècle, on assiste à une « débanalisation » progressive des moulins, vendus pour des raisons financières, souvent aux meuniers eux-mêmes. En comparaison, la débanalisation des pressoirs, moins stratégique, a pu débuter beaucoup plus tôt dans les régions vini- coles (par exemple en Ile-de-France, à Montmorency).

Pour finir, un strict minimum de technique.

Les moulins à eau sont ici exclusivement à roue verticale (donc à axe horizontal), à l’opposé des moulins occitans dont la majorité est à roue horizontale.

L’eau arrive sur le dessus si une chute est possible ou au dessous sinon (moulin au fil de l’eau). Une retenue d’eau est quelquefois nécessaire pour une meilleure régulation du débit.

Parfois, quand le besoin le justifie et que c’est possible, deux moulins proches sont spécialisés, dans le même bâtiment ou dans des constructions distinctes : l’un pour la farine alimentaire (le moulin blanc), l’autre pour une autre production (le moulin noir ou brun), telle que tan, huile de noix, nourriture animale, fibre de chanvre, poudre à canon.... Les moulins à poudre de Saint-Jean d’Angély sur la Boutonne, dont l’apogée dès la fin du 17e siècle est liée à l’arsenal de Rochefort, illustrent ce dernier cas particulier.

Les moulins à vent

Les moulins à vent n’apparaissent en France qu’à la fin du 12e siècle (près de Sainte-Mère-Eglise, dans le Cotentin), au départ sur initiatives individuelles, vite confisquées au profit du ban féodal. Certaines exceptions sont à signaler toutefois, notamment en Normandie et à Paris. Dans l’Ouest pourtant venteux, ils n’apparaissent timidement qu’au 13e siècle et à peine un peu plus tôt en Saintonge, à la fin du 12e. Au 14e siècle, le moulin à vent a pris une extension considérable au sud de Paris, région céréalière. Est-ce dû à l’absence réelle de cours d’eau suffisants ou au fait que leur efficacité était meilleure que celle des moulins hydrauliques ?

À la fin du 18e, il y avait déjà globalement de nombreux moulins à vent non-banaux et ce nombre augmenta fortement lors de l’achat des biens nationaux par les particuliers (car ils étaient bien moins onéreux que les moulins à eau).

Ils sont ici exclusivement du type dit « moulin-tour », de hauteurs diverses. Seule la partie supérieure s’oriente au vent. Il n’y a pas de place pour le meunier, qui doit habiter une maison conventionnelle.

Il est enfin souvent mentionné le « couplage » (c’est à dire association dans une même propriété) d’un moulin à eau et d’un moulin à vent, pour des raisons évidentes de diversification des sources d’énergie. La suite montrera que c’est un cas fréquent.

Les meuniers

Le meunier est un personnage-clé dans la société médiévale. Sa fonction le place naturellement entre les possédants (le seigneur en premier lieu) et les paysans, ce qui lui assure peu à peu une grosse fortune et une grande influence ; il devient donc un notable du village.

Les abus de monopole lui donnèrent une réputation de malhonnêteté, pas toujours usurpée. Voici une anecdote recueillie auprès de D. Mazouin (FFAM, voir [2]) : une pratique courante, bien que devenue interdite, est l’usage d’une archure (coffre contenant les meules) octogonale, qui permettait au meunier de garder dans les angles une partie de la farine produite, après avoir soi-disant nettoyé ladite meule, circulaire elle, avant de passer au client suivant !

Le moulin était d’abord un lieu d’attente, il devint naturellement un endroit de réunion, d’échange et même un centre d’affaires ! A titre d’illustration, le terme de « port », qualifiant des lieux de transit et de commerce, est quelquefois utilisé pour des moulins, par exemple Port-Bessons pour les moulins Bessons de Matha (voir plus loin). Saint Bernard alla jusqu’à réclamer (vainement...) l’interdiction des moulins, lieux de débauche !

Le meunier sait souvent lire et peut agir comme relais pour diverses transactions, dont le prêt d’argent. Ce rôle officieux, dans ses pires excès, renforce cette image d’homme sans scrupules.

Au fil des temps, les familles de meuniers constituaient presque une quatrième classe sociale, intermédiaire entre le peuple et le pouvoir, aristocratique ou ecclésiastique.

À ce titre, les moulins et les meuniers ont été des instruments de première importance dans l’encellulement médiéval, au service du système seigneurial.

une première (et dernière) statistique
À l’âge d’or des moulins en France (première moitié du 19ème), la situation était très contrastée selon les régions, que ce soit concernant le nombre de moulins ou la proportion des deux technologies utilisées. Nous disposons d’une statistique complète, effectuée en 1809, figurant dans l’ouvrage « Le moulin, histoire d’un patrimoine » de C. Rivais [2], mine d’or d’où nous avons extrait de quoi brosser cette toile de fond.

Contentons nous ici d’indiquer que le Centre-Ouest atlantique était le plus riche en moulins à vent et que la Charente Maritime s’y distinguait particulièrement (1754 moulins à vent en 1809, représentant 67% du nombre total de moulins dans ce département, la moyenne française étant de 16%). Les régions rurales se caractérisaient par une faible population desservie par moulin, c’est précisément le cas en Charente-Maritime (157 habitants, la moyenne nationale étant de 295). Signalons que, pour tous ces indicateurs, la situation en Charente était radicalement différente (peu de moulins, dont très peu de moulins à vent), proche de la moyenne nationale. On verra plus loin comment se situe le canton de Matha.

À défaut de statistiques, des estimations ont cependant été faites à l’échelle nationale (F. Braudel) : environ 20 000 moulins à eau début 12e , 40 000 fin 13e , 70 000 fin 15e auxquels il faut ajouter 20 000 moulins à vent. Sans entrer dans le détail, cela nous conduit aux fourchettes respectives suivantes pour le canton de Matha : 10-16, 20-32 et 35-72. On verra hélas que le nombre des moulins attestés identifiés à ce jour est nettement inférieur : le travail de datation est loin d’être achevé !

Objectif et limites de l’étude

Pour se faire une idée de la situation au cours des périodes antérieures, nous allons essayer de recenser tous les moulins qui ont laissé une trace, documentaire ou toponymique, ou qui sont encore visibles, sous forme de vestiges plus ou moins évocateurs, à défaut hélas de moulins en état de marche, comme des terroirs plus chanceux ou plus volontaristes en possèdent encore.

La zone étudiée est définie par un rectangle couvrant au plus juste le canton de Matha. Toutes les communes limitrophes y sont donc a priori tronquées, mais cela vaut mieux que les ignorer complètement, d’autant par exemple que la zone Aujac, Authon, Migron, le Seure (moyenne vallée de l’Antenne) est très riche en moulins à eau, dès le Moyen-Age.

Il y a eu, globalement, au cours des siècles, pérennité des sites hydrauliques. Ils ont donné lieu à des réaménagements successifs, puis à un abandon plus ou moins récent de l’activité et à la destruction plus ou moins complète des équipements, mais l’habitat et les biefs sont bien souvent reconstituables sinon maintenus.

Au contraire, les sites éoliens sont sujets à une grande versatilité : l’infrastructure en est beaucoup plus légère et généralement non habitée, d’où une disparition progressive et entière des vestiges.

Afin d’enrichir cette liste très austère, il serait extrêmement intéressant d’indiquer l’état actuel de chacun des moulins, avec une priorité pour les 123 moulins identifiés dans le canton (dont environ 80 vers 1800). C’est un travail considérable, qui nécessite une connaissance du terrain commune par commune et une compétence globale sur le sujet. Un inventaire des moulins de Charente-Maritime doit être mis en chantier prochainement par la Fédération Française des Amis des Moulins.

 Les plus anciennes attestations connues

La couverture des actes [4] utilisés est hélas très variable : très locale pour les Chartriers d’Authon et Matha, un peu plus régionale (mais limitée aux donations) pour le Cartulaire de Saint-Jean d’Angély.

Il faudrait compléter avec d’autres documents du même type.
Nous avons arbitrairement limité cette liste chronologique aux attestations remontant au Moyen-Age et à la Renaissance ; pour les suivantes, se reporter au classement par paroisse.

Il est donc clair que cette vision est très fragmentaire, mais elle apporte quelques témoignages historiques intéressants.

Abréviations utilisées : CCS = Cartulaire du Chapitre de Saintes, CSC = Cartulaire de Saint-Cybard, CSJ = Cartulaire de Saint-Jean d’Angély, CA = Chartrier d’Authon, CM = Chartrier de Matha, AHSA = Archives Historiques de Saintonge et d’Aunis ; (hc) = hors cadre et hors carte.

Le recensement : avant l’an mille

- moulin d’Arvidis, 944, CSC
en 944, la villa Arvidis, de la viguerie de Neuvicq, est donnée en testament à l’abbaye de Saint-Cybard. Ce domaine n’a pas encore été identifié, donc son moulin pas localisé. On le mentionne cependant ici, car c’est le plus ancien du pays, à notre connaissance.

- moulin d’Asnières ?, 974, CSJ (hc)
en 974 / 1103, dons (à l’abbaye de Saint-Jean) dans la viguerie de Juillers de biens divers (bois, vignes, prés, terres, moulins, alleu en partie) dans les villae de Varaize, Asnières, Benaja et Sudranna.
S’il y a eu un moulin à Asnières, c’est sans doute celui du bourg, mais peut-être celui de la Laigne ou celui de Véron ? Pour Varaize, voir plus bas. Benaja reste un mystère, mais Sudranna est peut-être Brie, situé sur la Saudrenne, site gallo-romain au bord de la voie Saintes - Poitiers et où il y a un lieu-dit l’Abbaye, ou encore la Sauderne, lieu-dit à Saint- Pierre de Juillers, à l’est de Courpeteau où un bassin gallo-romain a été découvert, ou enfin un lieu indéterminé sur le cours d’une autre Saudrenne, affluent de l’Antenne entre Bagnizeau et Gibourne (sous le nom de Courance), par la Brousse (Villemarange, Esset), entre Aumagne et Blanzac, entre Aujac et Courcerac. Le radical gaulois *sala (marécage ?) et le très classique suffixe -ona sont vraisemblablement à l’origine de ces hydronymes.

Le recensement : 11e et 12e siècles

- moulin des Touches de Périgny, 1060, CSJ
en 1060 /1098, dons d’une partie de biens divers (alleu en partie, moulin, église, cimetière) et revenus. S’agit-il du moulin des Planches ?

- moulin de la Clie, 1060, CSJ, CC (hc)
en 1060 /1086, don du mas (attesté en 998) et du moulin de la Clie (sur la Nie) entre Saint-Julien de l’Escap et Fontenet, par Achard de Born. Ce peut être le Moulin Vieux, dans la paroisse de Fontenet ou le moulin de la Petite Clie, dans la paroisse de Saint-Julien. Il y a un lieu-dit l’Abbaye près de la Grande Clie.

- moulin de Saint-Germain de Varaize, 1086, CSJ, CC
en 1086, don du moulin de Saint-Germain (patron de l’église) de Varaize. Cet acte s’insère dans la suite 974 /1095 des donations de biens divers (église, alleu, prés, bois, chapelle, terres) et revenus à Varaize, une fois réglée la contestation de l’abbaye de Charroux (comme pour Orlac, Burie et Saint-Vivien de Cressé). Est-ce le moulin situé juste en amont du passage de la Nie par la voie romaine Saintes - Poitiers ?

- moulin de Saint-Pierre de Juillers, 1089, CSJ, CC
en 1089 /1096, dons de biens divers (église, cimetière en partie, moulin, prés, terres) et revenus. Il doit s’agir du moulin sur la Nie près de l’église.

- moulin de Forest, à Macqueville, 1146, CCS, CSJ, CC, CEM
en 1146, ce moulin appartient à l’abbaye de Saint-Jean. C’était un privilège de l’évêque Eugène avec sa terre de Machovilla. C’est probablement le même que le moulin dit de Malémont, sur le ruisseau éponyme.

Le recensement : 1e et 14e siècles

- deux moulins Bessons, au Bourgfranc de Matha, 1260, CSJ, CM
en 1260 /1270, ventes partielles de droits sur les moulins (deux, jumeaux, d’où leur nom ? ou référence aux acteurs initiaux ?) et du four voisin. C’est l’attestation la plus ancienne du bourg de Matha. Il n’est pas fait référence au seigneur de Matha : les moulins faisaient peut-être partie de l’étendue de franchise accordée au bourg ? On ne sait rien, ni quoi, ni quand, ni pourquoi une telle franchise. Peut-on y voir une punition infligée au seigneur, accompagnant le démantèlement du château par Saint Louis en 1241 ?. Les droits de péage (1292), de foires et de marchés demeurent cependant, ainsi que le droit de guet et de garde (1364).
L’appellation Bourgfranc n’est toutefois attestée qu’en 1400.

On mentionne un Bourg-Vilain et son four à ban en 1543 /1565 (CM), tout en continuant d’évoquer le Bourgfranc : il peut s’agir d’un nouveau bourg, sans doute jointif au précédent, dont le qualificatif de vilain et la référence au ban semble indiquer une tardive reprise en main féodale, coïncidant avec la construction du nouveau château ? En 1599 /1604 et 1712 /1726, on reparle de ces moulins à propos des droits banaux des seigneurs de Matha. Ils ont pu s’appeler aussi plus tard Moulins de Madame (selon J. Texier). Au 18ème, ils ont été dotés de l’appellation apparemment étrange de « Port Bessons » (Port signifie passage, au sens large ; il a parfois désigné un lieu de trafic et de commerce, et cela dès le 11em siècle).

Ils ne figurent pas sur la Carte de Cassini : les Moulins Blanc et Noir du Château de Matha, attestés en 1681 / 1686, ont dû les remplacer ; cependant un plan de 1813 mentionne encore l’un des deux comme étant ruiné. Ils étaient situés en contrebas de factuelle rue des Lavoirs.

- moulin de Saint-Cézaire, 1304, CA, CC (hc)
sur la Carte de Cassini, il y a plusieurs moulins sur le Coran entre Saint-Brice et Saint-Sauvant, dont un près du bourg de Saint-Cézaire : il doit s’agir de celui-là.

- moulin d’Aujac, 1328, CA, CC
en 1328, Beatrix de Bourgogne fait moudre du blé au moulin d’Aujac. Trois moulins figurent sur la Carte de Cassini, celui du Bois (le plus éloigné), le moulin Grelat et un moulin anonyme au niveau du bourg. Le moulin d’Aujac est probablement ce dernier.

- moulin du Bois, à Aujac, 1330, CA, CC, CEM
en 1330, vente du tiers du moulin du Bois à Hugues d’Authon

- moulin Portier, 1336, CA
en 1336 / 1367, on cite le moulin (de) Portier, à Authon. Où était-il précisément ?

- moulin de Chevallon, à Mons, 1347, CA
en 1347, l’hébergement et le moulin de Chevallon dépendent féodalement de Robert de Matha. La seigneurie de Chevallon est attestée en 1218.

- moulin du Gué (puis Grelat ), à Aujac, 1366, CA, CM, CC
en 1366, il est question du chemin d’Authon au moulin du Gué (il y en a un au Seure, mais c’est un peu loin, et cette paroisse serait nommée). De 1407 à 1523, plusieurs baux concernant le moulin du Gué sont contractés entre les seigneurs de Matha et la famille Grelat. Le prieuré de St-Vaize a aussi joué un rôle. En 1519, est mentionné le « moulin d’aigue, appelé le moulin des Grelat ». Notons au passage l’emploi tardif du mot médiéval aigue, sans doute significatif de la disparition très progressive de la langue d’oc dans ce terroir. En 1727 / 1732, des actes laissent comprendre que les moulins du Gué et Grelat n’en font qu’un en réalité ; la Minoterie a pris le relais du Moulin Grelat en 1830 (et utilise encore des équipements datés de 1920 et 1935, aujourd’hui pour l’alimentation animale). En revanche, en 1729 /1734, des actes montrent que le moulin dit d’Aujac (voir plus haut) est un moulin distinct du précédent.

Le recensement : 15e et 16e siècles

- moulin de Chéraud, à Gibourne, 1412, CC

- moulin des Planches, aux Touches de Périgny, 1429, CM
de nombreux actes de 1429 à 1721 indiquent que le moulin des Planches, aux Touches de Périgny, relève du prieur de Marestay ; il faut donc le distinguer du moulin de Marestay lui-même. Ce moulin, bien que ne figurant pas sur CC ni CEM, est dit fonctionner encore en 1890 (ACCM).

- moulin de Bagnizeau, 1449, CC, CEM
décision provisoire en faveur du seigneur de Beaulieu en attendant le résultat d’un procès.

- deux moulins de Chantemerle, à Marestay de Matha, 1473, CM, CC, CEM
première mention ( 2 moulins) en 1473, d’autres (1 moulin) en 1605 / 1666, appartenant toujours à des particuliers.

- moulin anonyme, près de Massac, 1497, ACCM, (CC ?)
en 1497, bail de François de Monberon à Guillaume Cousin : s’agit-il du Moulin Blanc de Massac ?

- moulin Planchard (?), entre Cressé et Périgny, 1498, CM, (CC, CEM ?)
en 1498, accord de Eustache de Montberon à Pierre Charreau pour construire un moulin à eau sur l’Antenne entre ces deux paroisses ; en 1501, il s’agit d’un bail d’Adrien de Montberon à Pierre Chereau, et c’est à Cressé : il s’agit probablement du Moulin Planchard, créé pour remplacer le très vieux (12 ème ?) moulin de Babon appartenant au prieuré Saint-Sauveur, dépendant de l’abbaye de Charroux, ou pour seulement s’en affranchir... Ce dernier ne doit pas être confondu avec la chapelle disparue de Saint-Vivien (ou Bibien), donnée à Saint-Jean en 1096 lors du règlement d’un litige important (voir Varaize).

- moulin de Geffrou, à Saint-Hérie de Matha, 1518, CM
en 1518, Adrien de Montberon achète le moulin de Gemfeoux, appelé Joferon en 1697 et appartenant toujours aux seigneurs de Matha. Il est encore nommé Geffrou, Geoffrou(x), Jeoffrou... et comporte un beau pigeonnier classé du 17ème siècle.

droit de chassanderie sur tout le Comté de Matha, 1522, CM
en 1522, une enquête prouve que « le seigneur de Matha a le droit de chassanderie sur toute l’étendue de son comté de Matha » (notons que le terme de comté et celui de baronnie semblent utilisés indifféremment au hasard des actes, et cela depuis 1313 jusqu’au 18ème).

Par ailleurs, le droit de chasse et de chassanderie est généralement accordé avec le bail des moulins situés sur l’étendue de la seigneurie de Matha, toujours hors banlieue.

- moulins du Cluzeau, à Haimps, 1525, CM, CC, CEM
en 1525 /1563, un moulin, puis les moulins à eau et à vent du Cluzeau (fief de l’Omeron) sont cités, tantôt à Haimps, tantôt à Massac. En réalité, le fief de l’Omeron est à cheval sur les deux paroisses, et de l’autre côté du Briou, mais les deux moulins sont à Haimps.

- moulin Brun à Aujac, 1527, CM, CC
encore un autre moulin à Aujac ?
en 1527, on relève ce nom pour la première fois. En rapprochant un acte de 1693 de ceux de 1729 /1734 évoqués plus haut, on peut en déduire que les moulins Brun et d’Aujac n’en font qu’un en réalité.

- moulin du Pont, à Marestay de Matha, 1535, CM en 1535 /1536, seuls des particuliers sont mentionnés ; en 1539, de nombreux actes concernent l’achat par François de Montberon de divers biens et revenus liés au moulin du Pont.

- moulin d’Héritolle, 1549, AHSA, CM, CC
en 1549, attestation d’un premier moulin, appartenant à l’abbaye de Saint-Jean ; un second apparaîtra entre le 17 ème et le 18 ème siècles.

- moulin de Romagnou, aux Touches de Périgny, 1549, AHSA
en 1549, ce moulin est mentionné, appartenant à l’abbaye de Saint-Jean : est-ce un autre nom pour l’un des nombreux moulins identifiés aux Touches, ou est-ce encore un autre ?

- moulins de Suché, à Marestay de Matha, 1580, CM, CC, CEM
en 1580, vente entre particuliers de droits sur les moulins de Suché, sans autre précision sur leur nombre et nature. En 1686 /1696, de nombreux actes en attestent la propriété après saisie à Claude de Bourdeille. A cette époque, il y a un moulin à huile, un moulin à eau (ou plusieurs ? dont le moulin à huile ?) et un moulin à vent. Ce dernier doit être situé à Blanzac au fief Conteau ou aux Monneries (il y avait 4 moulins en 1840, un seul sur la CEM, où d’ailleurs les moulins à eau ne figurent plus).

Le contexte historique

Tentons de replacer ces attestations (à défaut, hélas comme toujours, de dates de création) dans le contexte historique du terroir, grâce à A. Debord :
Vers l’an mille,
- Matha est un castrum créé par le Comte d‘ Angoulême Vulgrin 1er à partir de 866 (le château dit de Marestay en sera sans doute le réaménagement dans le contexte de l’apanage de Guillaume Chaussard) ;
- Asnières, Ebéon, Herpes, Macqueville et Rouillac ont une église à cimetière d’époque mérovingienne ;
- Bresdon (852), Cherves (852), Juillers (974), Migron (1003) et Neuvicq (942 ?) sont des vigueries ;
- Aujac, Bresdon, Cherves et Neuvicq sont considérées comme bourgades rurales d’une certaine importance (selon quels critères ?).

Au cours des 11ème et 12ème siècles, sont signalés :
- les châteaux de Varaize (1077), Anville (1140) et Authon (1144) ;
- les mottes de Authon, Beauvais (2 mottes), Fontaine, Neuvicq (le Bois du Fouet), Saint-Pierre (Féole), Sainte-Sévère (l’Abattu), Siecq (2 mottes), Sonnac (?) et Verdille (le Breuil). Soulignons toutefois que la datation des mottes est très incertaine ;
- les bourgs de Aujac, Barbezières, Beauvais, Mareuil, Matha (bien qu’attesté tardivement en 1260, à propos des Moulins Bessons), Néré et Sonneville ; 
- les archiprêtrés de Matha et de Rouillac, appartenant respectivement aux diocèses de Saintes et d’Angoulême ;
- la fondation de la commanderie de Beauvais (1118 ?) ;
- l’influence grandissante de l’abbaye de Saint-Jean dans la majeure partie du terroir.

Commentaires

Tous ces moulins sont à eau, à l’exception du moulin à vent du Cluzeau, attesté en 1563 seulement.

Ce n’est pas une grande surprise, dans la mesure où la technologie hydraulique trouve ici toute l’eau dont elle a besoin, sans faire appel, au début, à la technologie éolienne plus récente en France.

La corrélation entre châteaux, mottes, bourgs, églises, vigueries, archiprêtrés... est du domaine de la thèse. Il en est un peu de même pour les moulins : leur présence dépend du pouvoir féodal et/ou ecclésiastique en place, de la population concernée et bien sûr des ressources en énergie. On notera que les plus anciens se retrouvent majoritairement placés au cœur du bourg, ce qui est conforme à la chronologie relative de création du chef-lieu de paroisse et de ses hameaux satellites, plus récents en général (il y a bien sûr des exceptions). Il est en effet reconnu [2] que les tout premiers emplacements de moulin étaient liés à la fin (affirmation du pouvoir, alimentation de la population), beaucoup plus qu’aux moyens (énergie disponible) : autrement dit, la proximité valait mieux que l’adéquation du site.

Cette situation a changé ensuite, et de nouveaux moulins plus productifs (plus grands et mieux placés, donc plus éloignés) et plus rémunérateurs ont été installés tout au long des cours d’eau.

La densité de très anciens moulins à Aujac est remarquable ; elle est certainement liée à la puissance de la seigneurie d’Authon, à l’importance de ce bourg dès l’époque mérovingienne et bien sûr à l’abondance des eaux de l’Auriou en toute saison.

On observe des situations apparemment analogues sur la Nie à Juillers et Varaize et tout au long de l’Antenne à Cressé, les Touches de Périgny, Matha (Marestay et Saint-Hérie), Mons.. .mais à des nuances importantes près : époques différentes, contextes de pouvoir et de population spécifiques...

On mesure tout le trajet qu’il fallait parfois effectuer pour faire moudre son blé, en n’ayant du reste pas le choix du moulin !

 Les anciens moulins, classés par commune

Les documents utilisés ici, outre les précédents, sont essentiellement [5] la Carte de Cassini et la Carte d’Etat-Major, qui offrent, à moins d’un siècle de distance, une couverture assez complète et fiable du sujet (certains moulins y sont même mentionnés comme ruinés !), bien qu’hélas un peu récente. Une carte de C. Chastillon apporte une vision plus ancienne des parages de l’ancien étang du Solençon.

Un complément très appréciable est fourni par l’ouvrage [6] de l’ACCM « A la rencontre des lieux-dits du Pays de Matha », malheureusement limité au strict canton de Matha.

En ce qui concerne Matha lui-même, on a conservé la distinction entre les anciennes paroisses puis communes de Marestay et de Saint-Hérie, qui a perduré jusqu’en 1818.

Les commentaires sur les attestation anciennes (aa) ne sont bien sûr pas repris ici, on s’y reportera.

l’ astérisque (*) indique les communes du canton de Matha ; pour les autres, la liste des moulins n ’est pas exhaustive ; (aa) = attestation ancienne (arbitrairement avant 1600), voir plus haut.

Un chiffre est la référence sur la carte d’un moulin à eau ; une lettre, celle d’un moulin à vent.
CS = Carte du Solençon (C. Chastillon, dessinée vers 1604, mais parue en 1642) ;
Chollet = rôle de la paroisse de Saint-Hérie, établi en 1681 par J. Chollet, notaire à Thors ;
CC = Carte de Cassini (relevés 1765 /1767 : nous dirons 1770) ;
CEM = Carte d’Etat-Major (1850),
ACCM = Association Culturelle du canton de Matha.

Anville
1, moulin d’Anville, CC, CEM : sur le Sauvage. Le château existait en 1140.
a, moulin d’Anville, CC.

Aujac
1, moulin du Bois, 1330, CA, CC, CEM (aa) : sur le Dandelot.
2, moulin du Gué puis Moulin Grelat, 1366, CA, CM, CC (aa) : sur l’Auriou, comme les suivants.
3, moulin d’Aujac puis Moulin Brun ?, 1328, CA, CM, CC (aa).
4, Moulin Blanc, CC, CEM. 
5, Grand Moulin, CC, CEM. 
6, Moulin Gaudin, CC. a, moulin du Chagneau, CEM. 

Authon
1, moulin du Château, CC : sur le Dandelot, comme les suivants.
2, moulin de Guignebourg, CC, CEM. 
3, Moulin Bonnet, CC.
Le Moulin Portier, 1336, CA (aa) doit être l’un des trois. Lequel ?

*Bagnizeau
1, moulin de Bagnizeau, 1449, CC, CEM (aa) : sur l’Antenne.
a, deux moulins de Bagnizeau, 1713, CM (un seul), CC (deux), CEM (deux) : le premier appartenait complètement à Henri de Bourdeille en 1740.

*Ballans
a, moulin au lieu-dit le Champ du Moulin, au sud-ouest du bourg, CC, CEM. 

*Bazauges
a, moulin des Arramys, CC, CEM : attesté en 1685 ; c’est le nom d’une grande famille de fariniers qui exploita ce moulin pendant deux siècles (ACCM).
b, deux moulins de Six Ailes, CC (un seul), CEM (un seul) : il y a eu effectivement au 19ème siècle des moulins à six ailes de type Berton, mais ceux-là sont attestés dès 1736 (ACCM) sous leur vrai nom, Chezelle ; ils furent exploités par la famille de fariniers Chéraud, que l’on retrouve sans doute à Cressé, Gibourne et Loiré.

*Beauvais sur Matha
a, deux moulins de la Motte Bourrue.
On peut s’étonner de ces deux seuls moulins (et apparemment postérieurs à 1850) à Beauvais, c’est parce que d’autres moulins, situés sur les paroisses limitrophes, appartenaient à la Commanderie. C’est le cas, au moins, des Moulins Noir et Blanc à Siecq et du moulin de Regret à Saint-Ouen.

*Blanzac lès Matha
1, moulin du Gravier, CC : sur la Gravouse.
a, quatre moulins du Fief Conteau ou des Monneries, CC (un seul), CEM (un seul) : le premier moulin fut sans doute (1696, CM) associé aux moulins à eau de Suché, paroisse de Marestay.

*Bresdon
a, moulin du Breuil, CC, CEM. 
b, moulin de Vinageville, CC.

Bréville
1, moulin de la Coudre, CC, CEM : sur le Ru de Brie.
2, moulin de Bréville, CS, CC, CEM : sur la Soloire, antérieur à 1627 si c’est bien le « moulin Balan » cité par Chastillon. Notons l’emploi tardif et systématique de la forme médiévale « molin » dans sa carte du Solençon, sans doute significatif de la disparition très progressive de la langue d’oc dans ce terroir (voir plus haut la note sur le moulin du Gué à Aujac).
a, moulin de la Bédie, CC.

*Brie sous Matha
1, Moulin Durand, CC, CEM : sur le ru de Brie, comme le suivant
2, Moulin Mercier, CC, CEM
a, trois moulins de Brie, CEM : le Moulin Petit, le Moulin Giraud et un troisième à l’est, représenté en ruine sur la CEM ; l’un des trois était le moulin à vent Durand.
b, moulin au lieu-dit la Rente, CC.

*la Brousse
1, moulin de l’Etang, CC, CEM : sur la Saudrenne.
a, moulin de Reignier, CC.

Burie
(hc), moulin de Pouvet, CS : sur le Baronneau, comme le suivant ; il est antérieur à 1627.
1, moulin de Chez Baronneau, CC, CEM. 
2, moulin de Chez Garnier, CC : sur le ru de Chez Landais.

Courbillac
1, moulin du Petit Beauvais, CC : sur le Toutrat, comme le suivant.
2, moulin de Courbillac, CC.
a, moulin au lieu-dit le Moulin à Vent, CC.

*Courcerac
1, moulin de Bardon, CS, CC, CEM : sur l’Auriou. La seigneurie de Bardon est attestée dès 1486, le moulin est antérieur à 1627, château actuel est de la fin du 18ème.

*Cressé
1, moulin de Babon : sur l’un des trois ruisseaux qui composent l’Antenne, comme les suivants. Ce moulin du 12ème (ACCM), situé dans le quartier éponyme du bourg, a disparu.
2, Moulin Planchard, 1498 ?(CM, aa ?) CC, CEM : est dit dater du 15ème (ACCM) ; si c’est celui de Pierre Charreau / Chereau, il remonte à 1499 / 1501 en réalité. Un acte de 1724 (Morisset, notaire) mentionne « les moulins à eau du Vivier-Cressé, les moulins de Planchard » : quels sont ces moulins portant le nom du château ? La référence aux planches est un classique des moulins : il s’agit de passerelles, en bois ou en pierre, qui peuvent être des accès au moulin ou des passages antérieurs à l’installation du moulin.
3, moulin de Chagnolet, CC, CEM date du 18ème (ACCM).
a, moulin de Comparait, 1705 (minutes de P. Rocquet, notaire, CC, CEM. 
b, Petit Moulin, 1724 (minutes de Morisset, notaire), CC : c’était le moulin à vent Planchard.
c, moulin du Subson.

Fontaine-Chalendray,
a, deux moulins de Fontaine, 1770 (minutes de Sébilleau, notaire),CC, CEM (un seul).

*Gibourne
1, moulin de Chéraud, 1412, CC (aa) : sur la Nie. Les moulins à vent associés sont à Loiré, de l’autre côté. Pour le patronyme Chéraud, voir Cressé et Bazauges.
2, moulin du Petit Pont de Bois, 1856 : le plus jeune de tous, mais déjà totalement disparu. La meule a été retrouvée dans les ronciers juste à côté, il y a 10 ans.

Gourvillette
a, moulin au lieu-dit le Moulin, CC, CEM. 
b, moulin de Prends Garde, CEM. 
c, moulin de Virolet : non attesté, mais le nom est évocateur (ce n’était peut-être qu’une éolienne).

*Haimps
1, moulin du Cluzeau, 1525, CM, CC, CEM (aa) : sur le Briou, comme le suivant. Le logis du Cluzeau est attesté depuis 1400.
2, moulin de Fresneau : curieusement ignoré des Cartes de Cassini et d’Etat-Major. Le logis de Fresneau remonte au 15ème siècle.
a, moulin du Cluzeau, 1563, CM, CC (aa)
b, Petit Moulin de Fresneau, 1705, CM, CC, CEM : c’est aussi le moulin des Rentes (CEM).
c, deux moulins au lieu-dit Champ des Moulins, CC, CEM. 
d, moulin près du lieu-dit la Nougerée, CC, CEM. 

Loiré sur Nie
1, Petit Moulin, CC : sur la Nie, comme le suivant.
2, Moulin Neuf, CC.
a, deux moulins au nord du Fief des Moulins..., CC, CEM. 
b, moulin à l’ouest du Fief du Moulin à Vent, CC.
c, deux moulins de Chéraud, au lieu-dit le Moulin à Vent, CC (un seul), CEM (deux), cadastre de 1840 (trois). Le moulin à eau associé est à Gibourne, de l’autre côté de la Nie.

*Louzignac
a, moulin au lieu-dit le Rouable, CC, CEM. 
b, moulin au lieu-dit le Moulin Rompu, CC : déjà en ruine sur la Carte de Cassini.

*Macqueville
1, moulin de Malémont, 1146, CCS, CSJ, CC, CEM : sur le ruisseau éponyme, au lieu dit la Fontaine Carrée, sans doute reste de l’ancien bief. C’est probablement le même que celui de Forest (aa).
a, moulin du Verger, CC, CEM. 
b, moulin de la Botte, CC.
c, moulin de Bouchereau, CC, CEM. Le château de Bouchereau remonte au 15ème siècle.
d, moulin au lieu-dit le Moulin, CC.
e, moulin de Virollet : non attesté.

Mareuil
a, moulin du Plessis, CC.

*Massac
1, moulin de Fondouce, 1458, ACCM : sur le Briou, comme les suivants.
2, Moulin Blanc (?), au niveau du Bourg, 1497 ?, CC (aa ?).
3, Moulin Adviaud, 1633, CM : situé à la Prairie de Massac, il s’appelait aussi Advia, Davia, Daviaud.. .et appartenait à la seigneurie de Matha ; il figure encore sur la carte cantonale de 1860.
a, moulin près du lieu-dit le Moulin à Vent, CEM. 
b, moulin au lieu-dit le Moulin à Vent, CEM : selon la Carte d’Etat- Major, il y a eu en réalité deux moulins.

*Matha (Marestay)
1, Moulin Gargouland, CEM : sur un ruisseau affluent de l’Antenne. Il ne figure, anonyme, que sur la Carte d’Etat-Major ; a-t-il vraiment existé ?
2, moulin du Pont, 1535, CM, CC, CEM (aa) : sur l’Antenne, comme les suivants. 3, moulin de Marestay, 1745 (minutes Merveilleux, notaire) CC : il semble que le moulin des Planches, attesté par le Chartrier de Matha en 1429, soit celui des Touches et non celui-ci, figurant seulement sur la Carte de Cassini. L’acte de 1745 mentionne deux moulins banaux dans le même bâtiment, l’un blanc l’autre brun, avec deux roues distinctes.
4, deux moulins de Chantemerle, 1473, CM, CC, CEM (aa).
5, deux (?) moulins de Suché, 1580, CM, CC (aa).
6, deux Moulins Bessons, au Bourgfranc de Matha, 1260, CM (aa).
a, moulins de la Plaine, ACCM, CEM. le moulin à vent de Suché, 1696, CM, CC, CEM doit être au fief Couteau ou aux Monneries, à Blanzac.

*Matha (Saint-Hérie) 1, Moulin Blanc, l’un des moulins du Château, 1681, CM, Chollet, CC : sur l’Antenne, comme les suivants, à l’exception des deux derniers. Il a été vendu comme bien national en même temps que le château et l’autre moulin. C’est dans ce grand moulin que fut installé un générateur électrique (d’où la rue de l’Electricité).
2, Moulin Noir, l’autre moulin du Château, 1684, CM, Chollet, CC.
3, moulin de Saint-Hérie, 1673, Poitevin : « le moulin du cloître de Saint- Hérie. . .fut détruit par Claude de Bourdeilles en 1673, la meule est à Joffrou » (cela venait après la destruction du four banal de Saint-Hérie par la femme de Charles de Bourdeilles en 1662 !).
4, moulin de Geffrou (Joffroux...), 1518, CM, Chollet, CEM (aa).
5, moulin de Jeudi, 1681, Chollet, CC, CEM. 
6, deux moulins d’Héritolle, 1549, AHSA, CM, CC (aa) : le moulin est mentionné dès 1549, le Petit Moulin en 1666 et le Grand en 1708 ; en 1731, on parle des Moulins Blanc et Noir.
7, moulin d’Archambaud, 1681, Chollet, CC.
8, moulin du Vieux Briou, CC : sur le Briou, comme le suivant. Ce doit être le Moulin Videau ou Vidaud du Briorest, au lieu-dit les Gravois, 1604, CM, Chollet (à confirmer, le lieu-dit est inconnu et que signifie Briorest ? y a-t-il un rapport avec Briou ou prieuré ?).
9, moulin du Jeune Briou, CC, CEM : comme son nom l’indique, il est plus récent.
a, moulin de Bel-Air, CEM. 
b, deux moulins de la Praine, CC (un seul), CEM : sont-ce les moulins des Joyeux, 1692, CM, dans la mesure où le lieu-dit Bois Joyeux (patronyme) est tout proche ?

Mesnac
1, moulin de Chazotte, CS, CC, CEM : sur l’Antenne, antérieur à 1627.
a, moulin à vent de Chazotte, CS : il figure symboliquement près du précédent, mais où était-il précisément ? C’est le seul de son espèce sur la Carte du Solençon ; antérieur à 1627, il est peut-être de la même époque que le moulin du Cluzeau à Haimps.

Migron
1, moulin de Tournay, CC : sur le Dandelot, comme les deux suivants.
2, moulin de Grand-Samson, CC.
3, moulin de Château-Couvert, CC ; l’origine du château remonte à 1189.
4, moulin du Gué, CC : sur l’Antenne, comme le suivant.
5, moulin de la Curée, CC.

*Mons
1, moulin de Romefort, CC : sur l’Antenne, comme les suivants.
2, moulin de Chevallon, 1347, CA, CC (aa).
3, Moulin Neuf, CC,CEM. 
a, deux moulins au lieu-dit les Moulins, CC, CEM. 

*Neuvicq le Château
1, moulin de Passavant, CC : ou moulin du Gouffre, sur le Tourtrat.
a, moulin du Béguet, CEM : c’est l’Everest du canton (158m).
b, moulins (combien ?) au lieu-dit les Moulins, CC (un seul).

*Prignac
1, moulin de Montils, CC : sur l’Antenne, comme les suivants.
2, moulin de la Chaume, CC, CEM. 
3, moulin au niveau du bourg, CC.
4, moulin des Arrondeaux, CEM. 
a, moulin de Montils, CC, CEM. 
b, deux moulins de la Sablière, CEM. 

Saint-Martin de Juillers
1, moulin de Villotte, CC : sur la Nie.

Saint-Médard d’Auge
1, moulin de la Poissonnerie, CC : sur le Sauvage.

*Saint-Ouen la Thène
a, moulin de Regret, CC, CEM, 1764 (minutes de Sebilleau, notaire) : il appartenait à la Commanderie de Beauvais. Il y aurait eu un deuxième moulin construit en 1778 et présent sur le cadastre de 1840 (ACCM), bien qu’il ne figure ni sur CC ni sur CEM. 
b, moulin de Pairin, CEM. 

Saint-Pierre de Juillers
1, moulin de Saint-Pierre, 1089, CS J, CC (aa) : sur la Nie.
2, moulin de la Verdinière, CC.
3, moulin de Courgeon, CC, CEM. 
a, moulin de Pernaud CC.
b, moulin de Pontraud, CEM. 
c, deux moulins de Courgeon, CC (un seul), CEM (un seul).

Saint-Sulpice
1, moulin de Coulonges, CC : sur l’Antenne. L’alleu de Coulonges est attesté en 1003.
2, moulin de Chez Landais, CC : sur le ru éponyme.

Le Seure
1, moulin Noir, CC : sur l’Antenne, comme le suivant.
2, moulin de la Vergnée, CC.

*Siecq
1, moulin Noir, 1729 (minutes de P. Roquet, notaire), CC, CEM : sur le Briou, comme le suivant ; ces deux moulins ont appartenu à la commanderie de Beauvais. L’acte de 1729 précise à J. Merveilleux, fermier de la Commanderie, la redevance annuelle : « trois cent truffes de grosseur raisonnable ».
2, moulin Blanc, CC, CEM, 1729 : était aussi appelé Moulin de Chaillot, du nom du meunier (ACCM).
a, moulin de Bel Air, CC, CEM : c’est le Grand Moulin.
b, Petit Moulin, CC, CEM (interversion possible sur la carte).

*Sonnac
1, moulin du Maine, CS, CC : sur la Sonnoire, comme le suivant ; antérieur à 1627.
2, moulin de Gadeville, CC.
a, moulin des Singles ou des Simples, CC, CEM. 
b, deux moulins de Sonnac, CEM. 
c, moulin du Treuil, CC, CEM. 

Sonneville
a, moulin de Sonneville, CC, CEM. 

*Thors
1, moulin de Chasserat, CC, CEM : sur le Briou. Chasserat, Moquerat.. .sont des sobriquets courants et tellement évocateurs !

*Les Touches de Périgny
Il y a eu au total une dizaine de moulins à eau (ACCM) aux Touches, et autant de moulins à vent, ce qui est considérable pour cette paroisse. Ceux qui ne figurent que dans la monographie de J. Jeanjean (1899) sont indiqués JJ.
1, moulin de la Grande Rivière, CEM ( 18 ème ?) : sur l’Antenne, comme les suivants.
2, moulin de Chapitre, CC.
3, moulin des Planches, 1429, CM (aa) : est-ce le même que le moulin des Touches de Périgny, 1060, CSJ (aa) ? On trouve aussi mention (JJ) du moulin Haurut et du moulin à drap, dans le voisinage immédiat, entre le Bourg et le Temple : sont-ce des appellations plus récentes du même moulin ? Pour le terme « planche », voir Cressé.
4, moulin du Fresne, 1765 (minutes Morisset ?), CC. L’acte donne beaucoup de précisions sur les mensurations de l’Antenne à cet endroit.
5, moulin des Auchers, JJ (ou moulin des Sauvions ?) et moulin de Moquerat, JJ, à la Cour : deux (ou trois) noms successifs pour un même moulin ?
6, Moulin Neuf, 1633, CM, CC, CEM. 
7, Moulin Béchereau, CC, CEM, 1726 (minutes de Courtin, notaire) : ce nom est un autre classique des moulins, il signifiait l’utilisation de pales en forme de godet. Ce moulin est bien plus ancien.
a, moulin de Chapitre, CC, CEM. 
b, moulin de Chapitre ? (au sud du précédent), CC.
c, moulin des Sauvions, CC, CEM. 
d, moulin de Chaudronne ou des Pierrières, CM, CC, CEM, 1742. Ce moulin et le précédent sont encore appelés moulins Bourru.
e, deux Moulins Bossuet, CC, CEM, aux Combereaux.
f, moulin de Périgny, CC.
g, moulin du Fresne, CC.
h, moulin du Seur ou de la Charraud, CC, CEM : il est tentant de rapprocher ce patronyme de celui de Pierre Charreau ou Chereau, autorisé en 1498 /1501 (CM, aa) à construire un moulin à eau, peut-être le moulin Planchard, à Cressé, ou encore du Cheraud de Gibourne / Loiré ? Est-ce la même famille, ou de simples coïncidences ?
Enfin, restent encore à localiser les moulins de Gâte-Vilain, ACCM, et de Romagnou, 1549, AHSA (aa).

Varaize
1, moulin de l’Epervier, CC, CEM : sur la Nie, comme le suivant.
2, moulin de Saint-Germain, 1086, CS J, CC (aa).
a, moulin de l’Epervier, CC, CEM. 

En complément, voici trois autres moulins figurant sur la carte du Solençon, dressée vers 1604, mais situés dans des paroisses qui sont en dehors des limites de l’étude : 
- (hc), moulin de l’Etang, CS, CC, CEM, à Houlette sur le Thidet (affluent de la Soloire) ;
- (hc), moulin de Bois, CS, CC, sur le Coran au nord d’Orlac. Il peut s’agir du moulin Barreau à Dompierre ou plutôt du moulin de Bouhet (ou Bouet), CEM, à Chaniers au nord de Chauveau ;
- (hc), moulin de Coupegrain (aujourd’hui Popegrain), CS, CC, à Villars des Bois sur le Souillac (affluent du Baronneau).

 Les moulins à eau

Autour des noyaux initiaux observés plus haut (Juillers / Varaize sur la Nie, Aujac sur l’Auriou et Cressé / les Touches / Matha / Mons sur l’Antenne), de nouvelles implantations ont suivi l’augmentation de population du terroir, bien sûr sur l’initiative ou avec l’autorisation des pouvoirs en place, qui consentaient un bail au meunier choisi.

Les rivières et ruisseaux concernés (qui se versent tous dans la Charente) sont : 
- la Nie, affluent de la Boutonne ;
- la Soloire et ses affluents, la Sonnoire, le Malémont, le Ru de Brie, le Tourtrat ;
- le Sauvage, affluent du Crachon (qui rejoint la Charente à Marcillac) ;
- l’Antenne et ses affluents, le Dandelot, l’Auriou, la Saudrenne, la Gravouse, le Briou, le Baronneau, le ru de Chez-Landais.

Quand on voit la modestie, sinon parfois la quasi disparition, d’une grande partie de ces cours d’eau, on se demande si les petits moulins s’accommodaient de très peu d’eau dès leur création, ou si le phénomène de dessèchement est postérieur ; la réponse est vraisemblablement : les deux ! L’apport de l’énergie éolienne deviendra essentiel dès la seconde moitié du 16ème siècle, aussi bien pour renforcer les installations hydrauliques existantes, que pour équiper les paroisses dépourvues jusque là.
- L’Auriou est une notable exception, avec son débit important en toute saison.

Il serait très intéressant d’identifier les sections naturelles et les sections artificielles de ces cours d’eau, mais les sources (sans jeu de mot) manquent cruellement !

La concentration des moulins à eau est souvent étonnante. On pourrait objecter qu’ils ne sont pas tous contemporains : oui, mais les contraintes demeuraient, car les infrastructures lourdes (biefs et canaux, essentiellement) sont en général pérennes.

La distance moyenne entre installations (sans tenir compte des quelques moulins doubles) a été déterminée quand le calcul est significatif : elle varie de 1500 m pour le Briou à 600 m pour l’Auriou, en passant par 1300 m pour la Nie, 1100 m pour le Dandelot et 750 m pour l’Antenne.

De même, la hauteur potentielle de chute d’eau (en réalité, la dénivellation moyenne entre deux moulins consécutifs) varie de 4,4 m pour le Briou et 0,6 m pour l’Auriou, en passant par 3,8 m pour la Nie, 1,5 m pour l’Antenne et 1,1 m pour le Dandelot.

Il faudrait bien sûr connaître aussi le débit et la vitesse, mais les données manquent, et leur grande variabilité dans le temps rendrait de toute manière le résultat peu exploitable.

Il existe des corrélations entre ces différents paramètres et la technologie employée (roues au-dessus ou en dessous, pales ou godets, retenue ou non...), mais elles sont complexes et trop techniques pour figurer ici ; cela nécessiterait en plus une une analyse cas par cas.

Ces chiffres sont à comparer avec les données régionales et nationales.
A titre d’exemple [7], sur une petite rivière (la Rémarde) du Sud-Ouest de l’Ile de France, il y avait 23 moulins sur 17 km de distance et 76 m de dénivelée, soit un espacement moyen de 750 m et une chute d’eau potentielle de 3m environ par moulin. Les chiffres sont donc voisins en ce qui concerne les intervalles, mais la pente est globalement supérieure. Nous sommes là au bord de la Beauce, avec les nombreuses auberges de Saint- Arnoult-en-Yvelines (sur la voie romaine de Lutèce à Chartres, puis Saintes..., l’une des deux branches depuis Paris de la ViaTuronensis vers Compostelle), il fallait produire ! Le canton recèle une bonne cinquantaine d’anciens moulins.

Par ailleurs, le cadre historique est analogue (première installation attestée dès 1167 dans une charte de Simon III de Montfort, mais suite à un contexte monastique remontant au 6 ème siècle !). Signalons enfin que deux d’entre eux s’appellent Moulin Béchereau et un autre celui de la Planche (appartenait en 1207 à Simon III de Montfort ; j’habitais en face, mais plus tard...), noms biens connus ici...
Il n’y a pas apparemment de moulin à vent ancien (à l’inverse du cas de la Beauce elle-même).

 Les moulins à vent

Comme nous l’avons vu plus haut, ces moulins sont en général plus récents que leurs homologues hydrauliques, et ils sont venus renforcer les installations existantes dans les paroisses peuplées ou équiper les paroisses sans cours d’eau exploitable.

Cette situation est comparable à celle de la vallée de la Boutonne autour de Saint-Jean d’Angély : un terroir dont la mise en valeur est très ancienne, avec donc une grande densité de moulins à eau, retardant d’autant le besoin d’installations complémentaires, dotées de la nouvelle technologie [8].

En examinant la carte, on ne ressent pas clairement l’influence prépondérante d’autres critères, conduisant à des zones de plus grande densité, tels que l’altitude (en toute modestie) ou l’exposition aux vents dominants. Il est vraisemblable qu’une meilleure connaissance locale des flux éoliens explique le choix des emplacements, mais la conclusion ne serait sans doute pas de portée générale

 Résumé statistique pour le canton de Matha

Pour l’ensemble du canton, sont indiqués :
- le nombre total de moulins à eau et à vent et leur proportion. Bien entendu, la taille des moulins n’intervient pas dans ce chiffre ;
- la couverture estimée vers 1800, c’est-à-dire le nombre moyen d’habitants desservis par chaque moulin.
Faute d’information précise, pour estimer la population des communes et du canton au début du 19ème siècle (époque de la statistique nationale sur les moulins, rappelons-le), nous avons pris la moyenne du nombre d’habitants en 1665 et en 1880 (respectivement 10 536 et 17 233) ; nous avons opéré de même pour la quantité de moulins, à partir des visions 1770 et 1850 (respectivement 42 et 25 pour l’hydraulique, 43 et 48 pour l’éolien). Ces indicateurs nous permettent de situer le canton de Matha dans la photographie de 1809 :
- c’est un canton rural, donc on observe une couverture relativement forte d’un moulin pour 190 habitants, à comparer avec les 295 de la moyenne nationale ;
- mais qui bénéficie d’un nombre considérable de moulins, 80 au lieu de 66 pour la moyenne des cantons de Charente-Maritime et 24 pour la moyenne des cantons de Charente ;
- avec une majorité de moulins à vent, en proportion (58%) certes inférieure à celle de la Charente Maritime dans son ensemble (67%), mais bien supérieure au chiffre correspondant en Charente (15%) et à la moyenne nationale de 16%.

Etude statistique des moulins du Pays de Matha estimation vers 1800

Rappelons que nous avons identifié dans l’ensemble du canton, toutes époques confondues, 55 moulins à eau et 68 moulins à vent.

 Le nom des moulins

On peut classer les noms rencontrés en catégories : technique, taille, âge, production, sobriquets, emplacement.. .et patronyme (propriétaire ou meunier).
On ne citera ici que les qualificatifs génériques les plus courants (les toponymes locaux et les patronymes sont donc exclus), rencontrés dans le terroir étudié et dans l’exemple francilien :

Technique : Béchereau, Choisel, Echelettes, Virol(l)et.
Béchereau vient d’une racine germanique (que l’on retrouve dans le mot allemand moderne becher, est-ce aussi celui des chimistes ?), qui signifie godet. Ce terme désigne parfois aussi le canal d’amenée (il y a peut-être là confusion entre deux origines distinctes). Il a pour équivalent le mot choisel, d’une racine latine caucellum, qui désigne parfois aussi l’étang de retenue (même remarque).
Echelettes doit faire allusion au profil caractéristique du canal d’amenée ou de fuite.
Virol(l)et peut éventuellement désigner une éolienne disparue (pompage ou même production électrique) plutôt qu’un petit moulin à vent plus ancien : une enquête locale est nécessaire.

Taille : Grand, Moyen, Petit.

Age : Vieux, Neuf.

Production : Blanc, Noir, Brun, le Soufflet, la Forge, la Galetterie, les Monneries.
Pour Blanc, Noir et Brun, se reporter à l’introduction ; les autres qualificatifs de ces trois catégories sont transparents...

Sobriquets : Nuisement, Malnuit, Cacherat, Chasserat, Moquerat.
Nuisement et Malnuit font référence aux interférences entre moulins trop proches ou aux dommages à l’encontre des autres usagers et voisins de la rivière (de nombreux procès figurent dans les actes).
Tout commentaire est superflu pour les références aux muridés...

Emplacement : le Gué, la Planche, Planchard, Passavant, l’Étang, Choisel, le Vivier, la Poissonnerie, Bel-Air, Toutvent.

Le gué est évidemment antérieur à l’implantation du moulin, mais la question demeure pour la planche, cela doit dépendre des cas. On peut rencontrer des planches sans moulin ; a contrario, les îles engendrées par le creusement des canaux nécessitent des passerelles d’accès, mais ce seul fait ne justifie probablement pas la création d’un toponyme, sauf dans le cas où ce nouveau passage est d’utilité publique.

Passavant, rencontré plusieurs fois, reste pour l’instant mal expliqué (c’est aussi le nom de quelques communes et sans doute de nombreux lieux-dits en France). C’est un vieux mot français, dont plusieurs significations (franchise, passerelle) sont a priori applicables au moulin.

L’étang et le choisel (au sens de retenue), en revanche, découlent de l’installation du moulin.

Ces réservoirs d’eau étaient en outre souvent utilisés pour la pisciculture (ou ont été ultérieurement réaffectés à cet usage), d’où le vivier et la poissonnerie.

 Sources principales

[1] M. Mousnier et al. (actes Flaran 1999), Moulins et meuniers dans les campagnes européennes (9 ème -18ème siècle), PUM, 2002 ;
[2] C. Rivais, Le moulin, histoire d’un patrimoine, Fédération Française des Amis des Moulins, 2000. D. Mazouin représente à Matha cette association ;
[3] B. Bedos, la châtellénie de Montmorency des origines à 1368, SHAPVOV, 1980
[4] Cartulaires de Saintes, Saint-Cybard et de Saint-Jean d’Angély, Chartriers d’Authon et de Matha ;
[5] Cartes du Solençon (C. Chastillon), de Cassini et d’Etat-Major ;
[6] A la rencontre des lieux-dits du Pays de Matha, Association Culturelle du Canton de Matha, 2000 ;
[7] Revue trimestrielle de la SHASAY, années 1960 / 1970.
[8] E Julien-Labruyère, à la recherche de la Saintonge maritime, chez l’auteur, 1974
... et bien sûr, les grands classiques, tels F. Braudel, A. Debord, G. Duby ...


Voir en ligne : Aguiaine - revue de la Société d’Ethnologie et de Folklore du Centre-Ouest. (SEFCO) - 01/05/2005

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