Plan du site : détaillé / réduit / chronol.
Mots-clés
Liens
S'abonner
Forum
Archives
Contact
 
Vous êtes ici : Accueil » Hommes et femmes de notre histoire » Historiens, écrivains et poètes locaux » Agrippa d’Aubigné (1552-1630), la Saintonge, l’Aunis et (...) » 1577 (c) - Agrippa d’Aubigné - Les Tragiques - Les horreurs de (...)

1577 (c) - Agrippa d’Aubigné - Les Tragiques - Les horreurs de Montmoreau (16) et duel sur la Boutonne

D 16 octobre 2007     H 17:53     A Pierre     C 0 messages     A 2898 LECTURES


agrandir

La guerre civile, avec son cortège d’atrocités commises par les deux camps, racontée en vers.

Sources :
- Les Tragiques, Livre premier (Misères), vers 367-436 et 1177-1188.

Ce texte ne date pas ces épisodes, mais on peut les situer dans la période 1577-1579.

Voir en ligne :
1577-1579

25-27 ans

Les horreurs de Montmoreau

Les Tragiques, Livre premier (Misères), vers 367-436.
Ici je veux sortir du general discours

De mon tableau public ; je flechirai le cours

De mon fil entrepris, vaincu de la mémoire

Qui effraie mes sens d’une tragique histoire :

Car mes yeux sont tesmoins du subjet de mes vers.

_ J’ai veu le Reistre noir foudroier au travers

Les masures de France, et comme une tempeste,

Emportant ce qu’il peut, ravager tout le reste.

Cet amas affamé nous fit à Mont-moreau

Voir la nouvelle horreur d’un spectacle nouveau.

Nous vinsmes sur leurs pas, une trouppe lassee

Que la terre portait, de nos pas harassée.

Là de mille maisons on ne trouva que feux,

Que charongnes, que morts ou visages affreux.

La faim va devant moi ; force est que je la suive.

J’oy d’un gosier mourant une voix demi-vive ;

Le cri me sert de guide, et faict voir à l’instant

D’un homme demi-mort le chef se débattant,

Qui sur le seuil d’un huis dissipoit sa cervelle.

Ce demi-vif la mort à son secours appelle

De sa mourante voix. Cet esprit demi-mort

Disoit en son patois (langue de Perigort) :

« Si vous estes François, François, je vous adjure,

« Donnez secours de mort ; c’est l’aide la plus seure

« Que j’espère de vous, le moyen de guérir.

« Faictes-moy d’un bon coup et promptement mourir.

« Les reistres m’ont tué par faute de viande :

« Ne pouvant ny fournir ny ouïr leur demande,

« D’un coup de coutelas l’un d’eux m’a emporté

« Ce bras que vous voyez près du lict, à costé ;

« J’ai au travers du corps deux balles de pistolle. »

Il suivit, en couppant d’un grand vent sa parolle :

« C’est peu de cas encor, et, de pitié de nous,

« Ma femme en quelque lieu, grosse, est morte de coups.

« Il y a quatre jours qu’aians esté en fuitte,

« Chassez à la minuict, sans qu’il nous fust licite

« De sauver nos enfans liez en leurs berceaux,

« Leurs cris nous appelloient, et entre ces bourreaux,

« Pensans les secourir, nous perdismes la vie.

« Helas ! si vous avez encore quelque envie

« De voir plus de mal-heur, vous verrez là-dedans

« Le massacre piteux de nos petits enfans. »

J’entre, et n’en trouve qu’un, qui, lié dans sa couche,

Avoit les yeux flestris ; qui de sa pasle bouche

Poussoit et retiroit cet esprit languissant

Qui, à regret son corps par la faim délaissant,

Avoit lassée sa voix bramant après sa vie.

Voici après entrer l’horrible anatomie

De la mere assechee : elle avoit de dehors,

Sur ses reins dissipez, traîné, roulé son corps,

Jambes et bras rompus ; une amour maternelle

L’esmouvant pour autrui beaucoup plus que pour elle,

A tant elle approcha sa teste du berceau,

La releva dessus. Il ne sortoit plus d’eau

De ses yeux consumez ; de ses playes mortelles

Le sang mouilloit l’enfant ; point de laict aux mammelles,

Mais des peaux sans humeur : ce corps séché, retraict,

De la France qui meurt fut un autre portraict.

Elle cerchoit des yeux deux de ses fils encore ;

Nos fronts l’espouventoient. En fin la mort dévore

En mesme temps ces trois. J’eu peur que ces esprits

Protestassent mourans contre nous de leurs cris :

Mes cheveux estonnez herissent en ma teste ;

J’appelle Dieu pour juge, et tout haut je deteste

Les violeurs de paix, les perfides parfaicts

Qui d’une salle cause amènent tels effects.

Là je vis estonnez les cœurs impitoyables,

Je vis tomber l’effroi dessus les effroiables.

Quel œil sec eust peu voir les membres mi-mangez

De ceux qui par la faim estoient morts enragez !

Même époque Duel sur la Boutonne

Les Tragiques, Livre premier (Misères), vers 1177-1188.
Enfin, rien n’est exempt [de la folie du duel] : les femmes en colère

Ostent au faux honneur l’honneur de se deffaire ;

Ces hommaces, plustost ces démons desguisez,

Ont mis l’espée au poing, les cottillons posez,

Trepigné dans le pré avec bouche embavée,

Bras courbé, les yeux clos, et la jambe levée ;

L’une dessus la peur de l’autre s’advançant

Menace de frayeur et crie en offençant.

Ne contez pas ces traictz pour feinte ny pour songe,

L’histoire est du Poictou et de nostre Xaintonge ;

La Boutonne a lavé le sang noble perdu,

Que ce sexe ignorant au fer a respandu.

...
Un message, un commentaire ?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
Ajouter un document

Les mots-clés de l'article

pour en savoir plus sur : 1562-1598 Guerres de religion - 16 Montmoreau-Saint-Cybard - 16e siècle - Aubigné (Agrippa d’) - Boutonne (rivière) -

Rechercher dans le site :