Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

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1587 - Agrippa d’Aubigné - L’histoire du curé d’Echillais (17)

mercredi 23 mars 2016, par Pierre, 493 visites.

Un curé peu ordinaire, qui navigue entre deux eaux, pendant les guerres de religion. Caricature ? pas si sûr...

Un havil homme, ou il n’en fut yamais, et qui mettoit en practique ces instructions touchant l’accord des religions, et le Baron de Faeneste bous dira comment.

Sources : Agrippa d’Aubigné
- La confession du Sieur de Sancy - Livre 2, chap. 2
- Les aventures du Baron de Faeneste - Livre 4, chap. 7 et 8

Faeneste. - Comme le Roi s’abançoit à Coutras [1], je troubai un honneste homme qui s’appelle Sponde [2], à Taillebourg, qui s’en retournoit. Il me mena coucher chez Monsur d’Echilais, et me douna connoissance du Curai du lieu, havil homme, ou il n’en fut yamais, et qui mettoit en practique ces instructions touchant l’accord des religions, et je bous dirai comment.

Invention du Curé d’Eschilais [3] ; difference des Sermons

Fœneste - Doncques, lou Curé d’Eschilais qui aboit esté Moine, & puis Diacre Huguenot, de là s’estoit fait Hermite, d’Hermite Preschur Reformé en Bretagne, sans aboir eû l’imposition des mains. Il se jetta encor dans une Avvaye debant laquelle lou Comte de la Rouchefoucaut passant abec quauques vandes, il sort lui présenter un dizain tendant à sauber l’Avvaye : lou Comte qui lou connut, lui demanda s’il composeroit vien en Comédie, en Tragédie ; après qu’il eut respondu qu’ouï, lou Comte :
- hé les feriez bous pas vien jouer aussi ?
- très-vien Monseignur, répond lou Moine,
- je le croi, dit lou Seigneur, car bous abez joué toute sorte de personnaïes ;

& le renboya enfi, il parbint donc à être Curé d’Eschilais, & rendit Guille-Beduin [4] lou Seigneur dou liu. Quand qu’auqu’un de la Paroisse lui apportoit un enfant à vaptiser, il en usoit comme bous boyez de lui amplement en la Confession de Sancy : J’admirai l’esprit de l’homme qui marioit, & vaptifoit les Papistes à lur moude, & les Huguenaux à la lur. [5]


Mais pour fortifier encore mon bon oeuvre par exemple Roquelaure disoit que qui ne voudroit juger des différends à trois coups de dez, comme Bridoye, il falloit enfermer une douzaine de Docteurs & autant de Ministres avec vivres pour un jour, & ne leur en bailler plus qu’ils n’eussent dévalé par une fenêtre leur accord bien écrit & signé.
Le Curé des Eschilais disoit pourtant que ce seroit supercherie, parce que les Ministres sont accoutumés de vivre petitement. Quant à lui, pour ne tomber point en ces peines, il mit les religions d’accord en sa Paroisse ; & quand on lui apportoit un enfant à baptiser, il demandoit de quelle Religion étoient les pères & mères. S’ils disoient : Nous sommes de la Religion de nos pères, lors il couroit à l’aube & l’étole, & demi vestu commençoit Adjutorium nostrum in nomine Domini. S’ils disoient qu’ils avoient la connoissance de Dieu par sa grâce, il tournoit une chaise devant derrière, & mettant les mains sur le haut, il commençoit après l’interrogation : Notre Seigneur nous montre en quelle pauvreté nous naissons tous, &c. Si c’étoit un mariage, après pareilles questions il se mettoit sur Adjutorium, ou, Notre aide soit au nom de Dieu, &c, puis, Dieu notre père, après avoir formé l’homme, &c.

Voilà un habile homme cettui-là, & non pas ce passionné Frère Jean Bonhomme, qui peta sensiblement de colère en la chaire, en criant sur la conversion du Roy : Courage mes paroissiens, les hérétiques sont bien estonnez ; ils n’osent plus nous appeller Papistes, ni manger de la chair en Caresme devant les gens, ils chommeront les fêtes, quelques Ministres s’y accordent, ils sont devenus mols comme couilles de Lorraine, & nos bons Catholiques se roidissent comme beaux vits d’azes de Myrebalais.

Or voilà en discourant de l’accord des Religions une description de la mienne.
...


[1Cette indication permet de situer cet épisode en 1587 : Henri de Navarre gagna une bataille à Coutras le 20 octobre 1587

[2Jean de Sponde (1557-1595), lieutenant-général de la Rochelle (1592). Son abjuration est également racontée par d’Aubigné dans la Confession du sieur de Sancy.

[3Le Curé des Eschillets - Eschillais, car c’est ainsi qu’il faut lire, est un Village de Saintonge, du ressort du Pont de Xaintes.

[4Guille-Bedouins :du mot guille, qui signifie trompeur, & Beduins qui veut dire Assassins ou Massacreurs, parce que ces gens-là, qui croyoient qu’on les laisseroit en paix, & les Catholiques qui s’étoient attendus à les exterminer, se trouvèrent réciproquement trompés. (Histoire ecclésiastique de Bèze, Tom 2. Liv 6, page 106 & Livre 7, page 587).

[5Baron de Faneste, Liv 4, chap. 8

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