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1770 (c) - Verrières (16) : La corvée d’entretien des chemins par les habitants

D 29 mars 2007     H 01:02     A Pierre     C 0 messages A 1886 LECTURES


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Faire 17 kilomètres pour aller entretenir le grand chemin de Cognac à Jarnac, c’est 4 heures de trajet, et autant pour rentrer. Quand il faut y aller avec bœufs et charrettes pour faire des charrois, c’est la journée rien que pour aller. Il y a des privilégiés qui en réchappent, un système de répartition complètement absurde, alors le pauvre corvéable se révolte.
L’Intendant, dans son bureau de La Rochelle, s’en soucie comme d’une guigne ...

Nota : La corvée d’entretien des grands chemins est une corvée royale (et non seigneuriale) qui crée obligation, pour le taillable, de donner plusieurs journées de travail pour des tâches d’intérêt collectif. Elle a subsisté jusqu’au 20ème siècle, avant de se dissoudre dans l’impôt, généralement au moment de la guerre 1914-18.

Document non daté - Le style laisse supposer la seconde moitié du 18ème siècle.

Source : Bulletin de la Société d’Archéologie et d’Histoire de la Charente - Année 1913 - Origine : Papiers de famille E. Briand

Requête à Monseigneur l’Intendant de la Généralité de La Rochelle.

Suplient humblement les sindics et habitans de la paroisse de Verrières, élection de Cognac, disant qu’il leur a été imposé l’année présente une tâche évaluée 600 l. sur le grand chemin de Cognac à Jarnac : ouvrage énorme par lui-même et d’autant plus difficile qu’il consiste en transports à faire par charrette, et que la répartition en est ordonnée au marc la livre de la taille de chaque corvéable.

Depuis quarante ans, Monseigneur, qu’on les fait aller à la corvée — soit au Pont-à-Brard [1], soit auprès de Cognac, on les a toujours dispensés d’y amener leurs bestieaux à cause du grand éloignement, qui est de plus de neuf mille toises, par la raison que leurs bœufs harassez par la longueur et la difficulté de la routte auroient été hors d’état de rien faire, quand ils auroient été arrivez ; ce motif fait qu’on s’est borné à leur imposer des tâches à bras et à les réduire aux trois quarts de celles fixées aux paroisses voisines du grand chemin. Ils avoient lieu de penser, Monseigneur, qu’on auroit l’année présente le même ménagement pour eux, mais ils ont été trompez dans leur attente. On les a chargés d’ouvrages qui ne peuvent se faire que par des charrettes et on leur en a donné autant qu’aux paroisses les plus voisines du grand chemin. Cette conduite à leur égard produit une surcharge considérable et cette surcharge est augmentée par l’exemption de corvée à un grand nombre d’exploitants étrangers, de collecteurs, de préposez du vingtième et autres particuliers, pendant que leur tâche n’a pas été déduilte sur celle assignée généralement à la paroisse.

Cependant il ne paraît pas juste de donner des privilèges aux dépens des autres corvéables : si cet abus continuait, il arriveroit que le sort des suppliants seroit beaucoup plus malheureux que cellui des paroisses où il n’y a ni exploitants ni privilégiez.

Les supliants sont encore, Monseigneur, dans le cas de réclamer contre la fixation des tâches par vous ordonnée, proportionnellement à la cotte d’un chacun : dès que la corvée personnelle est seule autorisée, ni la fortune, ni les particuliers ne peuvent entrer pour rien dans leur répartition, mais seulement les forces corporelles. L’exécution en est d’ailleurs impraticable ; il n’y a point d’homme qui puisse régler de l’ouvrage sur un grand chemin, de manière qu’un habitant en fasse pour 18 sols, un autre pour 21 sols, un autre pour 23 sols. C’est rendre évidemment la corvée réelle et contrevenir à la déclaration du moys dernier. C’est qu’il est plus avantageux aux corvéables de payer le prix de leur tâche que de la faire eux-mêmes : si leur état étoit bien connu, on verroit au contraire que, dans l’indigence extrême où ils sont, il leur est plus aisé, pourvu qu’on ne les presse pas, de donner quatre jours à la corvée, que de débourser dix sols.

La confiance, Monseigneur, qu’inspire aux supliants l’esprit de justice qui vous anime, fait espérer que vous aurez égard à leurs représentations. C’est pourquoi ils vous donnent la présente requête.

A ce qu’il vous plaise dispenser leurs bestieaux de la corvée, en faisant convertir l’ouvrage à eux imposé dans un travail convenable à de simples journaliers, ordonner que sur le dit ouvrage il sera déduit un quart à cause de leur éloignement du grand chemin et un autre quart pour les privilégiez, les étrangers exploitants, les veuves et les grabataires ; que la tâche à eux fixée sera dirigée et estimée d’une manière moins vague et plus aisée à calculer, et que le piqueur sera tenu de veiller aux traveaux et de diriger les ouvriers pour éviter la malfaçon dont il doit seul être responsable : les supliants ne cesseront de faire des vœux pour la santé de V. Grandeur et...


Une deuxième requête fut adressée à l’intendant, après rejet de la première ; les habitants y insistèrent à nouveau sur l’éloignement du « grand chemin de Cognac à Jarnac » de la paroisse de Verrières (9000 toises, soit 17 kil. 541), exigeant 6 heures de marche pour bœufs et charrettes, 4, pour les hommes, soit une perte de temps d’une journée entière pour l’aller et le retour, et sur la surcharge à eux imposée par suite du nombre des privilégiés, qui fait monter leur tâche à 8 s. 2 d. (au lieu de 6 s.) par livre du principal de la taille.


[1Alias : le Pont-à-Brac, commune de Nonaville (Charente)

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