1848 – La colonie agricole de la Vallade (Rétaud 17) sous surveillance

Le comte De Luc aurait-il des arrière-pensées spéculatives ?

D 18 mars 2016     H 22:35     A Pierre, Razine     C 0 messages A 99 LECTURES


Plan général de cette étude Références et bibliographie

L’année 1848 est une année difficile pour la colonie agricole de La Vallade. Dans un contexte politique troublé par la chute du régime de Louis-Philippe, la petite colonie agricole survit difficilement. Le Comte de Luc sollicite de nouveau une aide financière, mais le Préfet a changé et les plaintes enregistrées au cours des années précédentes ont terni la réputation de la colonie. L’administration se montre méfiante. Le ministre de l’Intérieur s’interroge : de Luc aurait-il des arrière-pensées spéculatives ? La surveillance se resserre autour de la Vallade.

Dates clés de l’année 1848

- janvier-février : agitation politique à Paris.
- 22-23-24 février : affrontements entre la population de Paris et la garde nationale.
- 24/02/1848 - Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils, le Comte de Paris et quitte la capitale. Création d’un gouvernement provisoire (Arago, Ledru-Rollin, Lamartine ...)
- 25/02/1848 - proclamation de la IIème République.
- février-mai : nombreuses réformes législatives et économiques.
- 27/04/1848 : décret abolissant l’esclavage (V. Schoelcher) dans les colonies françaises (250 000 esclaves concernés).
- mai-juin : insurrection à Paris. Près de 6 000 morts et 10 000 arrestations. Le gouvernement fait déporter 4 348 insurgés en Algérie.
- 24/08/1848 : création du timbre-poste.
- 17/09/1848 : Louis-Napoléon Bonaparte est élu député, et revient d’exil le 25.
- 10/12/1848 : élection de Louis-Napoléon Bonaparte comme président de la République avec 74,4% des voix exprimées.
- 27-28/12/1848 : conflit entre le président et le gouvernement.

Archives de l’année 1848 associées à cet article

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- 19/08/1848 – Lettre du Ministre de l’Intérieur au Préfet - « Citoyen Préfet,,, » - De Luc a demandé une aide de 3000 f. - « Diverses appréciations m’ont laissé l’impression que le fondateur de la Vallade n’était pas exclusivement dirigé par des vues de bienfaisance, mais qu’il cédait peut-être aussi à des pensées de spéculation. »- J’attends votre avis sur cette demande d’aide, et dites moi si vous laisserez partir les enfants en Algérie. Voir ce document
- 26/08/1848 – Lettre du Préfet au Ministre de l’Intérieur – Je suis nouveau ici et je ne connais pas le cas de cet établissement. Les enfants y sont mieux que chez les « nourriciers » de campagne. - Une inspection a été faite récemment – 72 enfants de 3 à 12 ans – l’habillement et la propreté laissent à désirer – enfants inoccupés et pas formés – Mais l’action de M de Luc doit être encouragée – Avis défavorable pour l’envoi d’enfants en Algérie avant l’âge de 15 – 20 ans. Voir ce document
- 28/11/1848 – Délibération du Conseil Général : vote d’une aide de 2000 f pour la Vallade. Voir ce document
- 29/12/1848 – Arrêté préfectoral instituant une commission de surveillance de l’établissement de la Vallade. Voir ce document

I –Le contexte politique

En ce début d’année 1848, le trône de Louis-Philippe est éclaboussé par des scandales : corruption touchant des notabilités du régime, affaire de mœurs, relayée par la presse, chez un religieux provoquant une poussée anti-cléricale dans les mentalités. Lamartine prédit alors au roi « La révolution du mépris ». Malgré l’opposition qui réclame des réformes, le souverain ne veut aucun changement dans sa politique. En Algérie, la reddition d’Abd el Kader obtenue par le Duc d’Aumale conforte le roi dans l’autorité de son régime et renforce son optimisme.

Pourtant, un vent révolutionnaire souffle sur la France et Louis-Philippe est obligé d’abdiquer. La République est proclamée. La chute de la royauté provoque un marasme économique et politique, renforcé par l’inexpérience du gouvernement provisoire qui prend cependant des décisions importantes : journée de 10 heures pour les ouvriers, déclaration du cours forcé des billets en raison de l’effondrement des valeurs boursières.

La constitution républicaine proclamée jette les bases de notre état moderne avec l’instauration de pouvoirs exécutif et législatif séparés et un appareil judiciaire indépendant. Le neveu de Napoléon 1er : le prince Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République.

Dans ce contexte économique troublé la colonie du Comte de Luc continue à fonctionner, contre vents et marées, Malgré les difficultés croissantes de Luc poursuit son rêve : créer des succursales de la Vallade, pour recevoir des enfants dès l’âge le plus tendre jusqu’à la maturité, afin de les envoyer grossir les « troupes des colons » en Algérie où il prétend leur procurer un avenir meilleur. L’année précédente, avec le concours de l’Abbé Landmann, la colonie agricole de Medjez-amar a vu le jour.

II – De Luc suspecté de spéculations

En 1848, le comte de Luc, confronté à des problèmes de trésorerie, s’adresse de nouveau à l’Etat et au conseil général de la Charente-Inférieure pour obtenir une aide financière de 3 000 francs. Mais en raison du changement de régime, de nouveaux fonctionnaires ont été nommés à la tête des départements. C’est le cas en Charente-Inférieure, où le préfet ne connaît pas bien l’institution de la Vallade et son directeur.

Le 19 août, (voir lettre en annexe) le Ministère de l’Intérieur demande des renseignements au Préfet. La mauvaise réputation de l’établissement due en partie aux allégations des responsables des hospices de Saintes, a entamé la crédibilité du comte de Luc. Le ministre s’exprime en ces termes : « les appréciations diverses sur cet établissement, dont il a été l’objet de la part des différentes autorités de la Charente Inférieure, m’ont laissé une impression que le fondateur de la Vallade n’était pas exclusivement dirigé par des vues de bienfaisance, mais qu’il cédait peut-être aussi à des pensées de spéculation ». Il s’interroge aussi : « sur l’organisation même de cet établissement et des frères d’un ordre indéterminé ».

Dans sa réponse (voir lettre du 26 août) le Préfet s’efforce de balayer les craintes du ministre de l’intérieur à propos de l’esprit supposé mercantile de De Luc : « Ce n’est pas là le caractère qu’il faut attribuer aux sentiments qui animent M. de Luc ; ses pensées ont une source plus honorable ».

Cependant après avoir pris connaissance du rapport de l’inspecteur des enfants trouvés, il reconnaît les déficiences de la colonie :

- lingerie trop peu garnie et presque pas de linge de rechange
- enfants de 8 à 12 ans dont la propreté laisse à désirer
- ateliers qui n’existent qu’à l’état de projet

« Les enfants sont peu ou point occupés, ne se préparent point à la vie de travail à laquelle ils sont destinés ».

Pour contrer cette mauvaise impression, de Luc argumente une réponse au préfet. Les problèmes de la colonie de La Vallade ont pour origine :
- le manque de terres et de matériel pour exercer les enfants aux travaux agricoles
- des enfants trop jeunes pour travailler dans les ateliers
- des travaux d’entretien de la maison confiés aux petits, leur formation scolaire…

Pourtant, si le préfet louange l’établissement en matière d’éducation morale, il reconnaît en matière professionnelle : «  il est probable que leur éducation est dirigées de telle façon qu’ils ne soient pas bons à grand-chose, quand ils quitteront cette vie commune dans laquelle ils ne voient pas comment se procurer le pain de chaque jour ».

Pour le Préfet cependant, la colonie remplit sa fonction nourricière : « ce qui vient à l’appui de cette assertion, c’est que la mortalité n’a point encore sévi chez aucun des enfants confiés à la colonie de la Vallade ». Par contre il se préoccupe des fréquentes absences de De Luc de la colonie de la Vallade.

Sur l’idée de lui confier des enfants pour qu’il les emmène en Algérie à la colonie de Medjez-Amar, il se montre très réticent :

« Quant à lui permettre d’emmener en Algérie les enfants, il y aurait plus de mauvaises chances que de bonnes à les envoyer dans nos possessions d’Afrique…….ces enfants si on les envoyait avant l’âge de 15 à 20 ans ne sauraient y prospérer et deviendraient un embarras pour l’administration. …..Envoyés à l’âge de 16 à 18 ans ils seraient alors des colons précieux et plus disposés que d’autres à suivre le plan de colonisation qui sera reconnu définitivement le meilleur par l’administration ».

C’est une fin de non-recevoir. Nous verrons plus loin que De Luc parviendra à ses fins en emmenant des enfants de 12 ans en Algérie.

Pour l’heure, le bilan paraît globalement satisfaisant au préfet et de Luc obtient le 28 novembre (voir lettre) une allocation de 3 000 francs du Conseil général pour l’entretien des enfants avec en plus, 2 500 francs de subvention du département (sur les fonds du ministère de l’Instruction publique et des Cultes).

Cette année 1848, les autorités étaient donc disposées à financer le développement de la Vallade. Cependant pour être sûr du bon emploi de cette aide publique, le préfet demandait la création d’une commission de surveillance de l’établissement. (voir arrêté du 29 décembre).

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