Car le vendredi quatorziesme de mai, l’an mil six cents dix, le roi troublé de quelques devinations qui le menaçoient de mort en ce jour-là, prié par ses plus proches de le vouloir passer à l’ombre, après s’estre jeté par trois fois sur un lict, pour y cercher sans trouver le repos, avoir prié Dieu extraordinairement, entra dans son carrosse, relevé de tous costez pour voir à son aise la parade et magnificence, accompagné des dues d’Espernon, de Mombason, mareschal de Laverdin, la Force et autres ; aiant trouvé un embarras de charrettes à la rue de la Ferronnerie, et ses va-de-pieds, horsmis deux, aians pris par le cloistre de Sainct-Innocent, François Ravaillac d’Angoumois mettant le pied sur le raion d’une roue de derrière pour avancer son corps dans le carrosse, trouva le roi penché vers la portière droite, lui donna trois coups, les deux derniers portans au cœur, d’un cousteau à manche de poignard, sur lequel il y avoit un caractère gravé : le meurtrier levoit la main pour le quatriesme coup, quand il fut arresté et pris par le va-de-pied.
Le roi n’aiant monstrè aucune respiration de vie, fut couvert d’un manteau, et aiant ensanglanté toute la rue Sainct-Honoré, fut porté au Louvre, sur le lict qui n’a-guères lui avoit refusé le repos.
Je n’ai plus d’haleine pour suivre aucun article des succès de cette mort ; la plume me tombe des mains, et, au lieu d’esmouvoir les cœurs, non-seulement des François, mais de tous ceux qui favorisent la vertu de leur yeux et la pleurent esteinte de leurs yeux ; je laisse parler mieux que moi Anne de Rohan princesse de Léon [et de tous ceux qui escrivent bien en ce temps], de laquelle l’esprit trié entre les délices du ciel, escrit ainsi :
| Quoi ? faut-il que Henri, ce redouté monarque,
Ce dompteur des humains, soit dompté par la Parque ? Que l’œil qui vid sa gloire ores voie sa fin ? Que le nostre pour lui incessamment dégoute ? Et que si peu de terre enferme dans son sein Celui qui méritoit de la posséder toute ? Quoi ? faut-il qu’à jamais nos joies soient esteintes ?
Il le faut, on le doit : et que pouvons-nous rendre
Quand bien nos yeux seroient convertis en fontaines,
Mais qui pourroit mourir ? Les Parques filandières
Puisqu’il nous faut encor et souspirer et vivre,
Plaignons, pleurons sans fin cet esprit admirable,
Regrettons, souspirons cette sage prudence,
Mais parmi ces vertus par mes vers publiées,
Pourroit-on bien conter le nombre de ses gloires ?
Ce Mars dont les vertus furent jadis sans nombre,
Jadis pour ses beaux faits nous esievions nos testes,
Maintenant nostre gloire est à jamais ternie,
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Je me contenterai de cet eschantillon, pour vous faire envie de ce qui suit, et venir aux accidents inespérez, aux atentes brisées, aux grands desseins esvanouïs qui faisoient parler les choses, et jeter par la France des amertumes qui n’ont point de vocables suffisans. Les tragédies observent deux propriétez qui se tiennent bien la main ; c’est que non seulement elles ont des yssues lugubres et sanglantes ; mais aussi ont-elles des personnages ausquels il eschet de ne finir point à la mode des moindres et de la médiocrité. En vain eussè-je donc souhaité une catastrophe comique en traitant des dieux de la terre.
Or voici la conclusion, non seulement de mon Histoire, mais de toutes celles qui ont esté escrites et s’escriront jamais, ou soit par les desseins des autheurs, ou soit par le droit d’amirauté, que le Dieu des armées fait poser sur l’autel de l’Honneur ; c’est que les succez envoient par force les yeux et les esprits de la terre ténébreuse au ciel luisant, des splendeurs qui passent aux éternelles, des roiaumes caduques au permanent, et en fin de ce qui paroist estre vivre et régner, à ce qui seul est, vit et règne véritablement.
Je n’ai plus qu’à laisser quatre vers pour le renom d’un roi sans pareil ; que si la deffaveur de leur autheur les fait refuser au tombeau de Sainct-Denis, ils ne le seront pas en celui qui est posé et sacré dans le marbre permanant, qui est l’éternelle mémoire de la postérité.
Henry Le Grand, si grand, que la paix ni la guerre
Ne lui ont fait souffrir maistres ni compagnons,
Trouve repos au ciel qu’il n’eut point en la terre :
Guerrier sans peur, vainqueur sans fiel, roi sans mignons.

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