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Châteaux de Charente du IXe au XIIIe siècle, par J.-H. Michon

D 31 juillet 2013     H 22:13     A Pierre     C 0 messages A 1795 LECTURES


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Dans son ouvrage de référence "Statistique monumentale de la Charente", l’abbé J.-H. Michon fait un inventaire des châteaux de Charente. Après les châteaux disparus, il inventorie les bâtiments construits du IXème au XIIIème siècle. J.-H. Michon n’est pas seulement un historien. Sa description du château de Touvre est une pièce d’anthologie.

Lecteur, attention : les lieux décrits par l’abbé Michon en 1844 ont beaucoup changé !

Source : Statistique monumentale de la Charente - J.-H. Michon - 1844 - Google livres

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Châteaux dont la date est assignée par l’histoire ou les caractères archéologiques.

Du IXe siècle au XIIIe.

Angoulême, le Châtelet. Angoulême, le palais Taillefer. Anzone. Aysie. Berdeville.
Bourg-Charente, en partie. Brilhac. Chabanais, en partie. Chàteau-Regnaud. Confolens.
Cressiec. La Chaise, en partie. La Roche-Chandry, en partie. La Rochefoucauld, en partie. Marcillac.
Marthon. Merpins. Montignac. Rochéraud. Touvre.
Villebois, en partie.

Angoulême, le Châtelet.

Une étude attentive du Châtelet d’Angoulême ne me permet pas de douter que cette forteresse ne soit de la fin du IXe siècle. Elle fut bâtie vers 886 par Aldoin Ier, deuxième comte héréditaire d’Angoumois. Quoique les paroles de Corlieu ne s’appliquent pas spécialement au Châtelet, elles ont cependant une valeur historique, parce que, de tous les autres comtes d’Angoulême, Aldoin est le seul qui soit mentionné comme ayant fait travailler à la reconstruction de la ville, après qu’elle eut été démantelée par les Normans :
« Aldoin, fait comte d’Angolesme, voyant que sa ville qui autrefois avoit esté démantelée par Pépin, père de Charlemagne, et naguère prinse et ruynée par les Normans, se print à la rebastir et relever les murailles d’icelle, tant que à l’aide des gents du païs, il parvint en peu de temps à ce qu’il désiroit, et la rendit si forte que ce fut des lors le propugnacle et seur refuge de tous les peuples de par-deça [1] » Or la forteresse, le castellum de la ville a dû occuper la première pensée du comte lors de cette restauration.

Ce qui reste du Châtelet porte évidemment le caractère des constructions féodales les plus sévères. Corlieu le décrit tel qu’on le voyait au XVIe siècle : « Ce qui s’y trouve de plus vieil et remarquable est le Chatellet qui sont trois grosses et hautes tours d’ancienne fabrique et de figures ronde, et une sexagone, et dedans celle-cy une autre ronde, lesquelles tours disposées en forme quadrangulaire et se flanquans l’une l’autre, font un donjon fort à merveille, deffendu du costé qui regarde la ville d’un profond fossé taillé en roc à fond de cuve, le tout de rechef renfermé d’une forte ceinture aussi fossoyée et flanquée. Cette tour à six pans est appelée communément la tour Preint ou Pregnant, comme si on vouloit dire qu’elle fust enceinte de l’autre tour qui est dedans, et estoit autrefois l’espace entre ces deux tours, fait à estages, desquels on combattoit pour la deffense de la place, chose non moins belle à veoir que forte et industrieusement faicte. » Cette description est très-utile pour reconnaître le vieux édifice au milieu des constructions modernes qui lui ont ôté tout son caractère féodal. Moins heureux que beaucoup d’autres villes telles que Niort, Pons, Angers, dont le castellum est encore debout, Angoulême ne peut montrer du sien que des tours rasées au tiers de leur hauteur et levant tristement leur tête privée des parapets à créneaux qui la ceignaient comme d’un diadème.

Les quatre tours, réunies sans doute par un mur crénelé, formaient une forteresse quadrangulaire que des fossés profonds défendaient du côté de la ville. De plus une ceinture de courtines et de bastions s’élevait au-delà du fossé et allait se confondre avec le rempart de la ville qui, dans cet endroit, a beaucoup d’élévation.

On peut reconnaître, au bas du rempart, le reste de quatre des bastions de cette enceinte. La porte extérieure de la forteresse se trouvait en face de la rue qui descend à l’Houmeau, vis-à-vis de la tour la plus rapprochée du rempart. L’on voit encore le passage souterrain qui conduisait de cette tour à la porte extérieure. Peut-être même c’était le seul moyen de pénétrer du bas du rempart dans l’intérieur de la citadelle. Tel était l’ensemble du Châtelet. Donnons maintenant quelques détails.

Plan du châtelet d’Angoulême.

(Échelle de 2 millim par mètre.)

Nous venons de dire qu’il ne reste plus rien de l’enceinte extérieure du côté de la ville. En commençant à l’est, nous trouvons la tour, n° 1. Elle a été rasée et n’a plus qu’un étage. Lors de sa construction primitive, elle n’avait pas de voûtes à l’intérieur si ce n’était sans doute celle qui formait la plateforme. A une époque bien postérieure, on fit au rez-de-chaussée et au premier étage deux voûtes ogivées à six compartiments séparés par des nervures qui reposent sur des consoles. Le travail de ces voûtes et de ces nervures est grossier. On pratiqua en même temps une cheminée au rez-de-chaussée. Celte restauration est du XIVe siècle.

La tour n° 2, au nord, se compose également d’un rez -de-chaussée et d’un étage. Le rez-de-chaussée est formé par une belle voûte en coupole ; l’étage n’est pas voûté. Ces deux tours n’étaient éclairées que par des embrasures de 0,8m de largeur sur 2m de hauteur. Ces embrasures si étroites, à travers des murailles d’une aussi grande épaisseur, ne pouvaient pas servir à la défense. Aussi ne présentent-elles à l’œil qu’une fente longitudinale qui ne ressemble en rien à ces meurtrières ingénieusement construites pour lancer en toute sécurité des traits sur les assaillants.

La tour n° 3, au sud, est semblable à celle du nord, et voûtée comme elle en coupole. On y a pratiqué plus tard une cheminée, on a fermé les meurtrières et ouvert des fenêtres carrées comme dans les autres tours. Plusieurs de ces ouvertures sont de date peu ancienne.

La plus curieuse des tours du Châtelet est le n° 4, à l’ouest. C’est celle que Corlieu appelle la tour Prein ou Pregnant. Il prétend qu’elle est à six pans, mais c’est une erreur ; elle forme un trapèze ceignant aux deux tiers une tour circulaire. La tour est beaucoup plus ancienne que le reste de la construction, avec laquelle elle n’a aucune liaison d’appareil. Elle se compose d’un rez-de-chaussée et de deux étages. Le rez-de-chaussée a une voûte en coupole. Le premier étage n’est qu’un simple corridor transversal auquel est ajouté, à angle droit vers le milieu de la tour, une petite alcôve de même largeur que le corridor [2]. Le second étage est voûté en coupole. On remarquera la fenêtre de cet étage : elle est en plein cintre ; elle a 1,30m de hauteur sur 0,25m de largeur. La ceinture en trapèze de cette tour a également une fenêtre en plein cintre au même étage, mais d’une plus grande largeur. On comprend qu’on ait pratiqué ces fenêtres donnant dans l’intérieur du castellum, pendant qu’au dehors, d’où l’on avait à redouter l’escalade, on a fait des embrasures étroites.

Les embrasures de la tour n° 3 et de la tour Prein diffèrent de celles des deux autres. Elles ont les mêmes dimensions, mais elles sont entaillées aux deux tiers de leur hauteur de deux petites rainures en queue d’aronde, destinées à faciliter l’émission des traits au dehors. Ce caractère archéologique indiquerait, pour la tour n° 3 du sud et la ceinture en trapèze, une époque moins ancienne que pour la tour n° 4, entourée aux deux tiers, et les deux autres tours n° 1 et 2.

Les tours sont construites en appareil moyen, de calcaire coquillier dur, appelé vulgairement pierre de l’arche. Elles sont d’une grande solidité ; leurs murs ont 4m d’épaisseur.

La tour ronde de la tour Prein n’a que 5m d’épaisseur, mais aussi elle a un moindre diamètre.

Angoulême, palais Taille-Fer.

Ce palais se trouvait au centre de la ville, dans un vaste emplacement occupé plus tard par le couvent des Tiercellettes. C’est le terrain situé en face de l’église Saint-André, compris entre la rue Taille-Fer, la place du Mûrier, la rue de Beaulieu, et celles des Trois-Notre-Dame et du Soleil. Il fut construit, de 980 à 1028, par Guillaume Taille-Fer II [3]. Les comtes, jusqu’à cette époque, avaient fait leur habitation de la citadelle, bâtie par Aldoin. Quand cessèrent les guerres sanglantes du Xe siècle, ils voulurent se donner un palais moins sombre, dont l’enceinte renfermât de vastes jardins. Telles mœurs, telles habitudes. L’âge chevaleresque remplaçait l’âge de la barbarie féodale. Commencé par Guillaume II, ce palais ne fut terminé que par ses successeurs. Le seul débris intéressant qu’on remarque dans la rue Taille-Fer, est un édifice [4] orné au nord, à son pignon, de deux fenêtres d’ogive romane. Ces deux fenêtres, décorées de colonnes engagées, surmontées d’une archivolte à étoiles, appartiennent au style de transition de la seconde moitié du XIIe siècle. Vigier nous apprend que ce palais s’appelait le Château de la Reine [5]. Ysabel l’habita sans aucun doute depuis son arrivée d’Angleterre jusqu’à sa mort. Les terrains pour la construction du grand château d’Angoulême, appelé alors le Château Neuf, ne furent achetés qu’en 1229. La comtesse reine mourut en 1245. Cet espace de quinze années, entrecoupé encore par la guerre funeste que Hugues et Ysabel soutinrent contre saint Louis, est trop court pour que le château dont ils sont les fondateurs ait pu être habité par eux.

Je fais aussi une remarque : Dans l’architecture militaire on suit une marche inverse de l’architecture religieuse. Quand une abbaye se fonde, ce qu’on bâtit avant tout, c’est l’église, et dans l’église, l’abside, le sanctuaire ; cela s’explique, c’est le besoin de la prière, de l’adoration, du sacrifice. Quand on construit le château féodal, c’est l’enceinte avec ses murailles épaisses et ses bastions crénelés qu’on élève d’abord ; ensuite le donjon, et en dernier lieu la maison d’habitation proprement dite. Ysabel n’a donc pas pu habiter le nouveau château dont elle fit jeter les fondements. En nous appuyant de l’autorité grave de Vigier, nous pouvons dire que c’est le palais Taille-Fer, et non pas le.château placé au midi de la ville, auquel la tradition a conservé le nom de Château de la Reine.

Anzone. (Andone, comm de Villejoubert)

Le château d’Anzone, appelé aujourd’hui Andone [6], est une des plus anciennes constructions de ce genre dont il soit fait mention dans nos annales. Corlieu nous apprend qu’il fut démoli au commencement du Xe siècle par Guillaume, qui porta le premier le nom de Taille-Fer : « ... Et bastit le chasteau de Montignac des pierres et matière du château d’Anzone qui estoit là près, lequel il ruyna [7]. » Les restes de ce château se trouvent au-dessous du château de La Barre, commune de Villejoubert, à environ 4 kilomètres, nord-est, de Montignac. Ce château était admirablement fort par sa seule position naturelle. Il occupait le plateau d’une petite colline qui s’élève à une grande hauteur. Pour rendre ce monticule plus escarpé, l’on creusa de larges fossés à sa base, et l’on porta les terres sur la plate-forme. L’enceinte, à peu près circulaire, peut avoir 100 mètres de diamètre ; du fond des fossés au niveau de la plate-forme, il y a plus de 20 mètres de hauteur. Les murailles de l’enceinte étaient construites, non pas du calcaire compacte du pays, mais de la pierre d’agrégation siliceuse, qu’on appelle grison, inattaquable au feu et à la gelée.

Un bois de haute futaie couvre aujourd’hui ce monticule majestueux, au pied duquel se trouve une abondante fontaine. Le travail de la main de l’homme a presque disparu, la nature est restée la même. Le chêne, ami de cette terre fertile, est revenu germer sur les ruines et montrer ses colonnes séculaires, à la place des épaisses murailles du premier âge de la féodalité.

Le glacis de la contrescarpe est sillonné, du côté du midi, de plusieurs buttes de terrain allongées, présentant de larges remparts de terre espacés régulièrement et rayonnant autour des fossés. Je n’ai pu en expliquer ni l’origine ni le but.

Aysie.

Le Château d’Aysie est sur une éminence au-dessus de la Charente. Il est entouré de douves du côté où le terrain n’est pas escarpé. Il n’en reste qu’un mur de 8m de hauteur, en petits moellons noyés dans le ciment. Il doit remonter aux premiers temps de l’époque féodale [8].

Berdeville. - Châteauneuf-sur-Charente.

« J’ai veu par la charte de la fondation de l’église de Chasteauneuf-sur-Charente, que anciennement le lieu de Chasteauneuf n’estoit qu’un petit bourg appelé Berdeville, où y avoit un vieux chasteau qui par accident fut bruslé en l’an mil quatre-vingt et un, et d’autant que ce chasteau fut rebasti à neuf, le lieu perdit son premier nom et fut deslors appelé Chasteauneuf [9]. » C’est le seul renseignement que nous ayons sur ce château féodal.

Il reste encore quelques débris du château reconstruit en 1081 : la base d’une tour avec ses caveaux voûtés, et le mur extérieur de l’abside de la chapelle, qu’on distingue facilement à ses pilastres. Ce second château fut démoli à une époque reculée dont la tradition locale n’a conservé aucun souvenir. Une troisième construction, probablement de la fin du XVIe siècle ou du commencement du XVIIe, s’éleva avec luxe, à en juger par les fragments que j’ai vus dans des démolitions ; mais ce dernier travail n’a pas eu lui-même de durée.

De beaux souvenirs historiques se rattachent à Châteauneuf. Cette grande seigneurie fut longtemps l’apanage d’une branche des Lesignans, comtes d’Angoulême. Dans les guerres anglaises, il offrit une grande résistance aux armes du duc de Berry, frère de Charles V. « Les archers d’Angleterre, dit Froissard, qui tiennent le chastel, aspresment combattent et ne demandent merci qu’après plusieurs assaults, moult grants et périlleux. » Ce siège, selon Corlieu, avait duré plus de quatre ans, et le roi lui-même y fut présent. Le château fut pris sur les Anglais en 1386 [10].

Brilhac.

Selon la notice de M. M. de Verdilhac [11] le château appelé la tour de Brilhac était bâti en gros quartiers de pierre liés par un ciment qui avait une grande dureté. Je pense toutefois que c’est une erreur de lui supposer une origine romaine. Brilhac bâti en appareil moyen de granit à gros grain, comme le château de Confolens n’était pas antérieur au IXe siècle, mais il pouvait avoir remplacé une vigie romaine. La notice que je viens de citer nous apprend que ce château féodal fut détruit et rasé par les troupes du roi, sous les ordres du sieur de Sauvebeuf, probablement dans les guerres de Religion. Il fut ensuite reconstruit à la moderne, et démoli encore à la Révolution.

Bourg-Charente.

Dès le XIIe siècle, Bourg-Charente était une seigneurie d’une grande importance [12]. Le château féodal, d’un côté s’élevant à pic, et de l’autre défendu par un large fossé taillé à fond de cave dans le roc vif, était une place très-forte qui fermait le passage de la Charente, et a dû jouer un grand rôle dans les luttes incessantes du moyen-âge. Il ne reste de cette forteresse que ses douves et quelques soubassements de terrasse. Dans les premières années du XVIIe siècle, il fut remplacé par un château de style moderne.

Chabanais.

Cabanisium, est un des lieux les plus anciens de l’Angoumois. Nous donnons ici le tiers de sou d’or dont M. Castaigne a parlé plus haut, p. 125.

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La porte B qui se voit aujourd’hui, n’était qu’une fenêtre étroite. Ce donjon, comme ceux de Chalus, de La Rochefoucauld, de Cressiec, n’avait sa porte qu’au premier étage. On n’y parvenait que par un escalier de bois qu’on détruisait en temps de guerre. Les murs du bas de la tour ont, à l’est et à l’ouest, 5,30m d’épaisseur ; au nord et au sud, 2,80m. Les contreforts ont peu de saillie.

Le premier étage est voûté en ogive romane ; on a ménagé dans le mur de l’est un corridor étroit, et à l’angle sud-est un escalier pour monter à l’étage supérieur. Les murs n’ont plus ici que l,70m d’épaisseur. Le second étage a le même plan que le premier ; mais il est presque entièrement démoli.

L’histoire de ce château est fort obscure. Il y a peu de faits intéressants qui s’y rattachent.

Merpins.

« Merpins est un fort chasteau près Coignac, qu’on dit avoir esté basty par Charlemaigne [13]. » Détruit par les Normans, il fut reconstruit plus tard, et devint une seigneurie importante qui, avec Cognac, forma souvent l’apanage des fils du comte d’Angoulême.

Les Anglais s’en emparèrent et le conservèrent longtemps ; il fut repris sur eux en 1376 par le duc de Berry, frère du roi Charles V.

Montignac.

Montignac, comme nous l’avons vu, fut bâti, par Guillaume Taille-Fer, des débris du château d’Anzone. Il reste encore du château de Montignac le rez-de-chaussée d’un beau donjon à contreforts peu saillants, une porte d’entrée flanquée de deux tours, qui ne remonte pas au delà du XIVe siècle, et les remparts qui soutiennent les terrasses. La partie la plus ancienne est évidemment le donjon ; mais il ne faut pas en rapporter la construction à Guillaume Taille-Fer. Il est plus probable que c’est Vulgrin II qui le fît bâtir (1120-1140). Voici en quels termes Vigier, d’après Corlieu, mentionne cette construction.

« Vulgrin fit le siège du château de Montignac dont Girard de Blaye était maître et qu’il défendait avec plusieurs barons du Poitou et de la Saintonge. Ceux-ci qui avaient fortifié le château le défendirent d’abord vaillamment. Le siège fut long et meurtrier. Les assiégés abandonnèrent enfin ce fort nuitamment à petit bruit, et s’enfuirent. Le comte s’en empara et en fit hommage à Girard, évêque d’Angoulême, comme étant de sa mouvance. Il y bâtit une tour haute et forte, qu’il entoura, ainsi que le château, de très-bonnes murailles ; c’est la tour qui reste aujourd’hui [14]. »

Ce qui reste de ce donjon est encore remarquable [15].C’est un carré long de 11,50m sur 13,40m. Il est bâti en grison bien appareillé, flanqué sur chaque face de contre-forts qui n’ont que 0,25m de saillie. Il y a quatre contre-forts sur les plus longues faces et trois seulement sur les plus étroites.

Les murs ont 2,52m d’épaisseur. On y entrait par une porte en plein cintre ; la salle intérieure, voûtée en plein cintre, est éclairée par une fenêtre carrée de 1,66m de hauteur sur 0,33m de largeur.

Rochéraud,

Rupes Eyraudi. C’était une des plus anciennes et des plus belles seigneuries de l’Angoumois [16]. Toutefois nous n’avons pas sur Rochéraud de documents antérieurs au XIVe siècle [17].

Il ne reste du château qu’un pan de mur de 2m d’épaisseur, qui s’élève à environ 10m de hauteur. Ce fragment appartenait au donjon, partie évidemment la plus ancienne. La construction indique l’époque la plus reculée de l’âge féodal [18]. La fenêtre principale est carrée au dehors et en plein cintre au dedans. On remarque, sur le crépi de la voussure d’intérieur, des lignes de peinture rouge formant des refends de pierre.

Le château s’élève sur deux mottes naturelles, exhaussées de main d’homme, séparées l’une de l’autre par une large douve. Il est probable qu’on ne pouvait parvenir au château principal qu’après avoir traversé la tour carrée qui occupait la motte la moins considérable.

Touvre.

Tolvera. La source de la Touvre, dont j’ai déjà parlé, forme un des paysages les plus grandioses et les plus pittoresques dont le regard puisse être frappé. Une large rivière sortant tout-à-coup d’un gouffre profond, et commençant à porter bateau à sa source même, puis s’étendant en une vaste nappe d’eau, dont les rivages sont couverts de roseaux au sein desquels d’innombrables familles d’oiseaux trouvent leur abri ; fraîcheur, limpidité, mouvement ; gouffre dormant dont l’œil ne cherche qu’en tremblant à sonder la profondeur, gouffre vomissant qui, ayant reçu l’eau sous une arche de rochers au fond de l’abîme, la rend impétueuse et presque jaillissante ; voilà ce que la nature vous offre d’abord. Mais la main de l’homme est venue ajouter à la majesté du tableau. Elle a jeté une immense construction féodale sur la colline creusée en entonnoir qui domine à pic le gouffre silencieux. Elle a élevé une chapelle romane à quelques pas du gouffre bouillant. Les deux grandeurs du moyen-âge, le château sur le mamelon qu’il domine, et la chapelle ouverte comme une maison d’asile au passant, se sont placées à côté de la merveille de Dieu, faisant ici jaillir un fleuve comme ailleurs il fait sourdre une limpide fontaine.

Cette belle et forte position du château de Touvre lui donnait à la fois le double caractère d’une maison de plaisance et d’une forteresse imprenable. Il n’avait rien à redouter du côté du gouffre sur lequel il s’élevait à pic, et de larges douves l’isolaient assez de la colline à laquelle il est joint, pour dominer le pays et se défendre. Mais à l’abri des tours du château, on pouvait à toute heure, même en temps de guerre, descendre sur la rivière délicieuse. Il est presque certain que des grottes souterraines conduisaient du château au milieu de l’escarpement qui s’élève au-dessus du gouffre.

Le château fut bâti avant l’an 1074 par Guillaume, évêque d’Angoulême, frère du comte Foulques, un des Taille-Fer. Corlieu assure l’avoir vu dans un titre du trésor de la cathédrale [19]. On ignore à quelle époque il fut démoli ; seulement du temps de Corlieu et d’Elie Vinet [20], il était en ruines [21].

Il reste encore du château de Touvre une magnifique plate-forme couverte d’un beau vignoble. Elle est soutenue par un mur qui s’élève d’abord en glacis, puis perpendiculairement, et est flanquée de deux bastions, l’un à l’angle sud-est, l’autre au milieu d’un des côtés de l’enceinte polygonale. Le travail de ce mur et des bastions est en appareil régulier fortement cimenté. Cette ruine fait un effet magique, se dressant au-dessus du vaste entonnoir au fond duquel le gouffre sombre, immobile, jette ses eaux. De petits sentiers ont été tracés parallèlement, à différentes hauteurs, sur les parois blanchâtres de ce cône renversé, dépouillé de végétation, si ce n’est de quelques touffes de buis, jetées çà et là. Il rappelle par sa tristesse, qui fait contraste avec la beauté et la richesse du reste du paysage, les cercles ténébreux que Virgile fait parcourir au Dante quand il le conduit aux enfers.

Villebois,

Villaboe, aujourd’hui la Vallette. Villebois est une des plus anciennes seigneuries de l’Angoumois. Les sires de Villebois sont au nombre de ces barons toujours guerroyants qui soutiennent les comtes d’Angoulême, se liguent avec eux et quelquefois les combattent.

Je parlerai, dans la description des édifices religieux, de la chapelle, qui remonte à une époque très-reculée. Le château lui-même, dont il reste l’enceinte féodale assez bien conservée, peut bien remonter au XIIe siècle ; il soutint un siège sous Vulgrin II, comte d’Angoulême (1120-1140). Vigier de la Pile (page 22) nous apprend qu’une des tours s’appelait la tour des Poitevins.

Le château ou donjon, dont j’ai vu les fondements, était un vaste carré soutenu de petits bastions. Il fut démoli par le maréchal de Navailles, qui fit construire le château moderne, dont nous parlerons plus bas.

Ici se termine la série des châteaux de l’époque féodale primitive. En y ajoutant les châteaux dont l’époque est incertaine et qui, pour la plupart, doivent appartenir à la période que nous avons parcourue, nous avons la statistique à peu près complète des travaux de l’architecture militaire des premiers temps du moyen-âge.


[1Recueil en forme d’histoire, page 5.

[2Les condamnés à mon sont enchaînés dans cet enfoncement, qui n’a pas même assez de longueur pour recevoir le lit où ils reposent.

[3« Quant à ses édifices, il fit faire en la ville un palais pour sa demeure, près l’église Saint-André, duquel on voit encore quelques restes pour le jourd’huy » (Recueil en forme d’histoire, pag. 17).

[4Il sert aujourd’hui de dépôt aux minutes des anciens notaires de l’Angoumois. C’est faire un usage bien approprié de ce monument ; mais pourquoi, il y a peu d’années, pour aligner la rue, en a-t-on abattu la façade ? Quand aurons-nous bien appris qu’il faut qu’une rue fasse un angle plutôt que de renverser un édifice qui intéresse l’histoire, et auquel se rattache justement l’orgueil national ?

[5« On attribue à Guillaume la construction du château des Taille-Fer, nommé ensuite de la Reine. » (Histoire de l’Angoumois par Vigier de la Pile, page 17.)

[6Dans le cartulaire de Saint-Amand de Boexe, il est fait mention d’Anzone : « Ademarus Cigoniarum... do Sancto Amantio... unam bordariam in Anzona...  » (Cartul. S. Amant. Bux. 36.) Dans une baillette du 4 janvier 1448, il est appelé « le château d’Ozonne » (Cartul. id.), et dans un acte du 21 octobre 1603, je trouve « Jean Horric, escuyer, seigneur de la Barre et de la Mothe d’Andone, parr de Villejoubert » (Arch. char., liasse 41).

[7Recueil en forme d’histoire, page 17.

[8« Haut et puissant seigneur Henry de Volvire, marquis de Ruffec, » est nommé, dans un acte baptistaire du 15 décembre 1623, baron d’Aisie (Pap. bapt. de S. André et S. Benoist de Ruffec).

[9Recueil en forme d’histoire, page 20.

[10Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1845, page 138.— Not. sur Châteauneuf, par M. de Chancel.

[11Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1846, page 85.

[12Donation de Bertrand de Bourg à l’abbaye de Chastres, 1198.

[13Recueil en forme d’histoire, page 45.

[14Histoire de l’Angoumois par Vigier de la Pile, pag. 21.

[15Lors de la démolition de ce château, on trouva beaucoup de pièces de la monnaie d’Angoulême.

[16Vigier nous apprend que c’était une des quatre roches d’Angoumois (La Rochefoucauld, la Rochebeaucourt, la Roche-Chandry, Rochéraud). Histoire de l’Angoumois, page 149.

[17« Alanus de Insula domicellus dominus de Rupe Eyraudi... » (Charte de 1306. Arch. Char., liasse 239.)

[18Rochéraud est assurément un des premiers châteaux bâtis par les barons de l’Angoumois au IXe siècle. Toute la rudesse de construction de cette époque s’y trouve. Cette belle ruine mérite d’être visitée.

[19Recueil en forme d’histoire, page 20.

[20« Au pied d’un tertre sur lequel verrès les ruines d’un chasteau qui semble avoir autrefois esté assès fort et brave... » (Disc, non plus mélanc. que div., page 88.)

[21Ce château n’est connu des gens du pays que sous le nom de château de Ravaillac. On se demande comment cette magnifique ruine a pu recevoir un nom si odieux. M. Eusèbe Castaigne m’a communiqué avec obligeance et publiera prochainement un document qui atteste que l’assassin de Henri IV naquit à Touvre, peut-être dans une maison construite près des ruines du château. Pour laisser à notre savant collègue tout le prix de cette curieuse découverte, je ne nommerai pas le poète du XVIIe siècle, qui, dans sa latinité énergique, a reproché à notre belle Touvre d’avoir été la mère d’un exécrable régicide.

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